L’insurection gagne Venise

Au mois d’avril 1945 la Linea Gotica* d’Albert Kesselring est enfoncée par la 15ème Armée américaine et les troupes alliées qui progressent ensuite dans la plaine du Pô.

Le Conseil National de Libération (CNL) proclama alors l’insurrection générale et tout le nord de l’Italie s’embrasa. Des brigades de partisans descendirent des montagnes, pendant que les armées allemandes tentaient de se retirer en direction des montagnes et de l’Autriche.

Mais il y avait une ville vers laquelle tous les regards étaient tournés, avec une certaines anxiété. Militairement, Venise est un cul-de-sac, où on ne peut combattre ouvertement. Les allemands et les fascistes étaient si nombreux à patrouiller en ville, que les chefs de la résistance, venus de Milan avouaient aux chefs vénitiens ne jamais avoir vu une telle concentration.

La topographie de la ville, si fermée et imbriquée, la délicatesse de son tissus urbain, la valeur inestimable de ses mouvements étaient autant de facteurs propices à un massacre.

La résistance à Venise représentait quelques centaines d’hommes et de femmes qui se réunirent dans la nuit du 23 avril. Quelques heures plus tard, une proclamation était affichée sur les murs de la ville ; signée de Luigi Pasetti, Pietro Benedetti, Eugenio Gatto, Pietro Malgarotto et Sante Listato : « “Il Comitato di Liberazione della Provincia di Venezia, espressione unitaria delle forze che hanno collaborato alla lotta di liberazione nazionale, per volontà ed elezione di popolo, in forza del mandato conferito dal Governo Democratico Italiano al Comitato di Liberazione Nazionale per l’Alta Italia (C.L.N.A.I.), rappresentante legittimo del Governo stesso e come tale riconosciuto dalle Autorità Alleate, assunti tutti i poteri di Governo e di Amministrazione nel territorio della Provincia di Venezia, dichiara iniziata da questo momento anche nella provincia di Venezia l’insurrezione nazionale per la liberazione del Paese dal giogo degli invasori tedeschi e dei traditori fascisti.”

Des combats eurent lieu à Venise, dans la ville, et surtout autour du port, à Mestre, Mirano, Mira, Dolo, San Dona di Piave, Portugruaro…

25 avril 1945, les partisans sur le pont du Rialto

A Venise, les combats commencèrent le 25 avril 1945 avec des partisans et des vénitiens chauffés à blanc par le coup d’éclat de la Brigata Biancotto, le  12 mars au théâtre Goldoni.

Le quotidien « Il Gazzetino« , trop compromis avec les fascistes cesse de paraître et est remplacé le 25 avril 1945 par “Fratelli d’Italia” qui proclame l’insurrection décidée la veille par le CNL de Venise et ordonne la « grève générale insurrectionnelle ».

Les allemands utilisèrent des sortes de barges, sur lesquelles ils avaient fait monter un char, ou armées de mitrailleuses, avec lesquelles ils circulaient dans les canaux, fauchant ceux qui étaient sur les berges avec des rafales mortelles.

Ils menacèrent même de miner le port et plusieurs navires remplis de carburants amarrés sur la Riva degli Schiavoni, à la douane de mer, à l’embouchure du Grand Canal, pour « faire table rase ».

25 avril 1945, l'insurection à Venise

Le CNL déclare assumer désormais « tous les pouvoirs de gouvernement et d’administration » et les calli et campi de Venise sont, toute la journée, parcourues de long en large par des groupes de partisans armés et des gens ordinaires qui se joignent à eux.

Mais le cœur de la Libération de Venise, comme toujours, se trouve sur la piazza san Marco où se concentrent les pouvoirs : le patriarcat, comme prolongement de la basilique, le palais Royal siège de la Platzkommandantur, les Procuratorie vecchie où son installés les SS entourent la piazza et la contrôlent. C’est une histoire dignes des Doges et de la sérénissime République qui semble attendre ce jour-là les libérateurs de Venise.

25 avril 1945, l'insurrection dans Venise

Partout on libère les prisonniers, dont Gianmario Vianello dit « Piero » partisan actif dans la libération de la prison de Santa Maria Maggiore dans la nuit du 26, ou, Mario Lizzezo dit « Andrea » travailleur et responsable de la propagation de la presse clandestine dans les usines de Marghera, torturé et condamné à mort par les Brigades Noires.

Mario Lizzezo dit Andrea

Les représentants de le CNL et Mario Coccon qui commandait le CVL (Corpo volontari della libertà) avaient déjà demandé la reddition inconditionnelle des allemands.

Mais, malgré l’effondrement du front sur la Pô, ce fut refusé, jusqu’à une proposition de médiation du Patriarcat.

C’est donc le 28 avril, que, sous la protection d’un drapeau blanc, Gatto (Parti démocrate), Damo (Parti communiste), Lisato (Parti socialiste), Pasetti (Parti autonomiste), Rubin (Parti libéral) accompagnèrent les commandants allemands au Patriarcat, ou le Cardinal Piazza put mettre en œuvre une médiation avec l’aide décisive de padre Mapelli, son secrétaire et monseigneur Urbain, chancelier de la curie.

Le matin même à 6 heures du matin, le commandant de la Guarde Républicaine déposait les armes. C’était le chaos dans les rangs des fascistes, dont beaucoup, cependant refusaient de se rendre aux partisans, tirant sur tout le monde, touchant même des civils.

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* Linea Gotica en allemand : Gotenstellung ; en français : Ligne Gothique ; en anglais : Gothic Line désignait en 1944 une ligne de fortifications organisée par le Maréchal Kesselring, au moment de la retraite des troupes allemandes. Située le long des Apennins, dans le nord de la péninsule, elle avait pour but de stopper la progression des armées alliées du général Alexander.

L’opération Olive est la plus grande bataille de la campagne d’Italie, tant au niveau du matériel engagé de part et d’autre, qu’à celui des troupes. Plus de 1 200 000 hommes y participèrent.

Murazzi de Pellestrina

Bernardino Zendrini dont nous venons de vous parler, hier, à propos de la Tour de l’Horloge, est né à Saviore, dans le Val Cominica en 1679, à une époque où cette région faisait partie de la partie continentale de la Sérénissime République de Venise.

Bernardino Zendrini a étudié à Padoue, où il fut diplômé en médecine en 1700. Pendant une courte période, il exerça comme médecin dans sa ville de Saviore.

En 1704, il s’installe à Venise, où il démontre son penchant pour la science.

En 1708, à la suite d’une tornade sur la lagune, il écrit une thèse dans laquelle il démontre ses intuitions sur les lois de la gravité, ses théories sur l’électricité et la propriété des corps gazeux.

Puis, il s’est spécialisé dans l’étude et le calcul des phénomènes astronomiques et leurs liens sur les éléments liquides et en particulier sur le flux des rivières et les lois de leur débit.

En 1720, il fut nommé surintendant aux eaux, fleuves, lagune et ponts.

Vers 1738, on lui a demandé de concevoir des récifs artificiels pour protéger les digues le long de l’Adriatique. En effet, les simples digues érigées en bordure de l’océan pour protéger la lagune, faiblissaient à chaque tempête. Bernardino Zendrini imagina donc un système de murazzi di lidi, des récifs artificiels fait de rochers cimentés entre eux avec de la pouzzolane hydraulique, et du mortier de chaux, reposant sur une fondation armée et pavée, construits entre Pellestrine et Chioggia.
La première pierre fut scellée le 24 avril 1744.

Les travaux durèrent jusqu’en 1782, bien après la date du décès de Zendrini, dont les directives étaient suffisamment explicites pour que les travaux soient réalisés, même sans qu’il les supervise, dans les meilleures conditions. Ces travaux ont coûté environs 20 millions de lires vénitiennes.

Le Sénat vénitien lui a fait ériger un buste en marbre, dans le Palazzo Ducale, avec l’inscription suivante : Zendrini Bernardino, mathématicien de la république, par naissance Camuno, par mérite vénitien.

Bernardino Zendrini

La foudre sur la Tour de l’Horloge

Anonimo sec. XVIII , Veduta di Venezia con la Piazzetta verso la torre dell'Orologio

Nous l’avons souvent évoquée dans le blog, la Tour de l’Horloge est un monument indissociable de Venise, et son histoire est émaillée d’anecdotes, de légendes, mais également d’accidents et de catastrophes.

Depuis qu’elle a été édifiée par l’architecte Mauro Codussi entre 1496 et 1499, les aléas climatiques ne l’ont guère épargnée.

Ainsi, le 23 avril 1745, l’angle de la tour qui surplombe la Piazza San Marco a été en partie détruit par la foudre.

En dégageant les décombres, on releva les corps de quatre malheureux qui avaient leurs boutiques au pied de la tour et qui sont morts ensevelis.

La rapidité avec la quelle les travaux de restauration furent accomplis, sous la direction de Bernardino Zendrini, qui était alors le Soprintendente generale delle acque, fiumi, lagune e porti della Repubblica Veneta, empêchèrent, fort heureusement la ruine complète du bâtiment. Zendrini, génial hydraulicien qui marqua, par ses travaux, l’histoire de Venise, n’en profita guère puisqu’il est mort  un peu plus de deux ans plus tard, le 18 mai 1747.

Carlevaris Luca , Veduta di Venezia con la Piazzetta verso la torre dell'Orologio

Francesco Panizzi, décapité et coupé en quatre

Il y avait sept ans déjà que Francesco Panizzi, un sexagénaire d’origine napolitaine vivait à Venise comme intendant dans une famille patricienne. Dans cet intervalle de temps, il s’était fait connaître comme un homme au tempérament tempétueux, fier et résolun qui s’était plusieurs vanté de crimes commis de ses propres mains.

Il avait maintenu une relation amoureuse avec une prostituée qui habitait dans la calle delle Locande, à San Paterniano, Angela Gagiola.

Dans la soirée du 12 janvier 1571, avec un autre ami, ils allèrent manger à l’osteria del Selvatico dont ils partirent à huit heures. L’auberge de l’Uomo Selvaggio ou du sauvage date du XIVème siècle, et était connu comme un lieu de rencontre pour des amours passagères comme on peut en déduire du quatrain de Dotti :
Se riesce a queste lamie
D’allettar qualche mal pratico
A commetter mille infamie
Lo conducono al Selvatico.

Puis, Panizzi proposa à Angela Gagiola, vêtue d’une cape claire bordée d’argent, d’aller, masqués, au Ridotto. Ils quittèrent l’établissement vers une heure du matin, et Panizzi proposa à la femme de terminer la nuit ensemble. Il la conduisit alors dans la maison de son patron, le patricien Pietro Marcello, procurateur de saint-Marc, où ils arrivèrent vers deux heures du matin.
Francesco Panizzi sortait seul, le lendemain matin, de la maison de son maître. Il se rendit alors dans la maison d’une certain Allegri, chez qui il avait l’habitude de dormir. Après avoir astucieusement défait le lit, il essaya d’aller vendre le manteau de couleur claire, garni d’argent, qui fut reconnu, par la suite, comme étant celui que portait Angela Gagiola la veille au soir.

Cela fait, il prit une gondole pour se rendre sur les Zattere.

Là, il négocia une gondole à quatre rames pour Dolo, mais, une fois parti, il négocia avec les rameurs pour qu’ils l’emmènent jusqu’à Ferrare. Pendant le voyage, il était préoccupé à soigner trois coupures qu’il avait aux mains.

Pendant ce temps, sa disparition avait été constatée à Venise.

Pietro Marcello (qui était le fils de Girolamo et de Chiara Civran, né en 1989, marié à Chiara Duodo, élu Procuratore di S. Marco de supra en 1716) avait remarqué la disparition de quelques pièces d’argent. Il avait également trouvé dans une pièce, une serviette maculée de sang. On retrouva également des traces de sang dans la maison d’Allegri, et porte et fenêtres d’Angela demeuraient closes.

Trouvant ces faits suspects, les agents de la justice pénétrèrent de force dans la maison de la courtisane, et la trouvèrent assassinée ainsi qu’une servante. Ils trouvèrent également, jetée à terre, une chemise trempée de sang qui s’avéra, plus tard, être celle de Panizzi. Ils constatèrent qu’il n’y avait plus aucun objet de valeur, et tout les bijoux, dont on savait la courtisane abondamment pourvue, avaient disparus.

Ces indices concordants permettaient au Consiglio dei Quaranta al criminale de citer Panizzi avec une proclamation du 28 janvier 1751, que, n’étant pas réapparu, il était banni pour les trente prochains jours des territoires de la République, et qu’un prime était promise pour qui aiderait à son arrestation.

Un des bateliers qui l’avait conduit à Ferrare, le rencontra quelques jours plus tard à Pise où il fut arrêté. La République demanda son extradition. Le 7 avril 1751, l’assassin était conduit à Venise et enfermé en prison.

Après avoir tout avoué pour obtenir la dispense des tourments de la torture, il fut décapité le 22 avril 1751, en face de la Tour de l’Horloge avant que son corps ne soit écartelé et coupé en quatre, puis exposé à des crochets, selon la coutume qui prévalait à Venise à cette époque.

Source : Raspe Vol. XCV (page 205), et Registri dei Giustiziati.

Marti Van Maele - Grande Danse macabre

Préparatifs de la Conférence de Venise

Le 21 avril 1956, à Paris, une note confidentielle de la direction générale des Affaires économiques et financières sur les problèmes posés à la France par le projet de Marché commun prépare les diplomates au prochain Sommet de Venise, qui en mai, signera le début de l’Union Européenne.

21 avril 1956

Les 29 et 30 mai 1956, les ministres des Affaires étrangères des six pays membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) se réunissent à la Fondation Cini, sur l’île de San Giorgio Maggiore, à Venise afin d’examiner ensemble le rapport des chefs de délégation aux ministres des Affaires étrangères, pour examiner les enjeux du rapport Spaak et les projets de Marché commun et d’Euratom.

Daté du 21 avril 1956, le texte a été mis au point pendant les mois précédents par le Comité intergouvernemental créé par la conférence de Messine.

30 mai 1956

Placée sous la présidence de Christian Pineau, ministre français des Affaires étrangères, la conférence rassemble Walter Hallstein (RFA), Paul-Henri Spaak (Belgique), Maurice Faure, secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, Gaetano Martino (Italie), Joseph Bech (Luxembourg) et Johan Willem Beyen (Pays-Bas).

A Venise, les ministres exposent l’avis de leur gouvernement respectif sur les propositions formulées par le rapport Spaak et constatent leur accord pour l’adopter comme base des discussions à venir pour élaborer un traité instituant un marché commun général et un traité créant une organisation européenne de l’énergie atomique (Euratom). Face à une délégation allemande réticente par rapport au projet d’Euratom, Christian Pineau rassure ses partenaires quant aux intentions françaises. Il demande cependant que le traité d’Euratom soit rédigé avant celui de Marché commun.

Lascito bessarioneo (La donation Bessarion)

Basilius Bessarion, Jean Bessarion, ou Basilius, né le 2 janvier 1403 à Trébizonde (dans l’actuelle Turquie) et mort le 18 novembre 1472 à Ravenne (Italie), fut patriarche latin de Constantinople et cardinal.

Les écrits de Bessarion comptent parmi ceux qui marquèrent la renaissance des lettres ; ils contribuèrent surtout à faire revivre en Italie le goût de la philosophie platonicienne.

Il mèna un travail de traduction du grec au latin et rassembla autour de lui une véritable Académie. Il protègea les humanistes menacés par l’Église, comme Lorenzo Valla et reçut les savants grecs exilés après 1453.

Bessarion était un humaniste, qui possédait une grande bibliothèque. Il fit venir de Constantinople une grande quantité de manuscrits pour les sauver de la menace turque d’un probable autodafé.

En 1468, toujours pour protéger ses précieux livres d’une probable destruction par les turcs, il décida de léguer sa bibliothèque, comportant 746 manuscrits (entre autres un manuscrit de la Bibliothèque de Photius), au monastère de San Giorgio Maggiore en raison des liens étroits qu’il entretenait avec ces moines, et de l’existence en leurs murs d’une bibliothèque érigée sur le modèle des Médicis.

Le legs final de Bessarion à la République de Venise, se trouve formalisé dans le codice Lat. XIV, 14, et nous renseigne sur ses exigences en matière de protection et de stockage des 482 codex grecs et 264 livres en latin, pour lesquels il demande qu’ils soient placés dans un foyer digne d’eux et de leurs lecteurs.

Le 20 avril 1469 arrivent à Venise les premières trente caisses contenant 466 manuscrits précieux donnés à l’Église de San Marco et qui formeront le fond de la Libreria Ducale avant de rejoindre la Libreria Marciana quand elle sera créée.

Bibliographie :

Les inventaires de cette donation sont publiés dans :

Lotte Labowsky, Bessarion’s Library and the Biblioteca Marciana. Six early inventories, Roma, Edizioni di storia e letteratura, 1979

Vie per Bisanzio

Encore une étrange histoire de trahison…

Le 19 avril 1591, le Baile à Constantinople, Girolamo Lippomano est accusé par le Conseil des Dix, d’avoir fournit à la cour d’Espagne de Philippe II des secrets sur les techniques de construction des navires, soit le plus grave délit qui pouvait exister au temps de la Sérénissime République.

Girolamo Lippomano était le troisième enfant de Giovanni di Girolamo et de Chiara Gussoni di Andrea, né à Venise le 13 avril 1538.

Il mena une carrière politique et diplomatique brillante au service de la République de Venise. Mais, pour d’obscures raisons, et malgré une constante implication dans la diplomatie vénitienne à une époque où les conflits entre l’Espagne et l’empire de Byzance sont constants, il tomba en disgrâce, officieusement, dans certaines instances proches du pouvoir vénitien dès 1570. Certes, on continue à l’envoyer en ambassades diverses, mais ses actions furent toujours, dès lors, jugées avec le regard de la plus grande sévérité et les rapports secrets se firent de plus en plus critiques, alors que le fruit de ses ambassades était le plus souvent bénéfique à la République.

Le 31 mars 1590, le Conseil l’envoyait en ambassade à Constantinople, pour une délégation qui, dans un horizon politique apaisé, pouvait être perçu comme une récompense pour services rendus et un séjour calme et relativement paisible.

Mais ce qui aurait pu être le point culminant d’une carrière de fin diplomate se transforma en cauchemar mortifère quand un an plus tard, le Conseil des dix envoya Lorenzo Bernardo pour le remplacer et ordonna qu’il soit immédiatement rapatrié à Venise.

Le 25 juin 1591, Girolamo Lippomano quittait Constantinople accusé de trahison.

Le lendemain, son frère Pietro, Prieur de la Trinità, était banni de Venise. Toute la famille fut frappée, ruinée et humiliée, pour avoir trahi Venise et donné des secrets aux ministres de Philipppe II.

Officiellement, quand le navire qui le ramenait à Venise fut à proximité des côtes du Lido, le 30 août 1591, Girolamo Lippomano se suicida lâchement en se jetant à l’eau avant de se noyer.

Comme vous pouvez vous en douter, il existe peu ou pas de document officiel sur ce qui s’est réellement passé à ce moment.

Mais à Venise, ceux qui connaissaient l’homme doutèrent de son suicide et beaucoup pensèrent qu’on l’avait probablement « aidé à sauter et se suicider », ou simplement exécuté et jeté à la mer.

Une autre version, plus pernicieuse encore, de l’histoire, veut qu’il ait bel et bien ramené à Venise, emprisonné sous les Plombs, torturé puis condamné à être étranglé avant que, pour éviter de plus amples explications, il soit jeté à la mer pour simuler un suicide et en faire un lâche.

C’est cette dernière version qui a été retenue par l’ambassadeur d’Espagne à Venise, Francisco de Vera y Aragon, pour justifier les actions qu’il entrepris par la suite.

Le corps de Girolamo Lippomano a été enterré sans pierre tombale, dans l’église Santa Maria di Servi, près des tombes de ses ancêtres, ainsi que c’est stipulé dans son testament.

Ambassade de Lippomano

Les Pâques véronaises.

L’Histoire de France retient, pour la date du 18 avril 1797 la signature à Leoben (Styrie) du traité de Leoben (ou paix de Leoben)

Il s’agit d’un accord préliminaire dans lequel figurent nombre de clauses secrètes. Ces dernières disposent que l’Autriche perd le contrôle des Pays-Bas autrichiens et de la Lombardie, cédés à la France, en échange des possessions vénitiennes d’Istrie et de Dalmatie.

Ce démembrement de la république de Venise, qui se voit ainsi réduite au Dogado, signe sa disparition définitive comme État indépendant.

Le traité est confirmé et augmenté par un accord de paix final, le traité de Campo Formio, le 17 octobre 1797.

Mais l’Histoire vénitienne retient ce même jour un fait qui a été occulté par les manuels scolaires français, effacé de nos mémoires par la censure impérialiste.

Les français occupaient Vérone depuis le mois de juin de l’année précédente, et l’occupation française opprimait la ville et ses habitants.

Le général Balland, qui commandait dans cette place, prévoyant une révolte, se renferme avec le petit nombre de troupes placées sous ses ordres dans le fort Saint-Félix et dans les deux autres châteaux. Balland, en se renfermant dans les forts, n’avait laissé à la garde des portes que le nombre d’hommes nécessaire. Les agents de l’administration et environ 600 malades se trouvaient ainsi sans défenseurs.

Le 17 avril 1797 (soit le 27 germinal an V), seconde fête de Pâques, de vives altercations opposèrent un groupe de soldats français au patron d’un bistrot, quasiment aussitôt les rues et les places publiques se remplirent, le peuple exaspéré est sorti dans les rues, en un cortège de plus en plus compact et a pris d’assaut la caserne en criant « Viva San Marco ». Il s’en suivit des échauffourées qui provoquèrent rapidement une émeute générale, les civils accourant à l’aide de leur concitoyen. Les soldats français ripostèrent, provoquant de nombreux blessés, pour ramener l’ordre. C’est après vêpres, que le tocsin sonna en même temps à Vérone, à Vicence, à Padoue, ce qui donna le signal d’une insurrection générale, que personne ne pouvait prévoir. Dans ces deux dernières villes, les Français échappèrent au massacre ; mais à Vérone, tous les Français isolés, qui vivaient dans les maisons particulières furent assassinés, sans distinction d’âge, d’état, ni de sexe, dont notamment des malades et des blessés et des femmes enceintes. Plusieurs Véronais, ainsi que les juifs, soupçonnés d’être partisans des Français furent également tués.  L’hôpital fut pris d’assaut et saccagé, les blessés, massacrés. Deux cent soldats français furent également tués par les manifestants.

Pâques Véronnaises

La réaction française fut d’une sanglante violence aveugle : le 18 avril 1797 (soit le 28 germinal an V) l’artillerie bombarda la ville causant des milliers de morts.

Pâques Véronnaises

L’épisode dramatique est connu sous le nom de Pasque Veronesi (les Pâques véronaises). Ce fut les français, semble-t’il qui employèrent le terme de « pâques véronaises » par référence aux « vêpres siciliennes »… l’émeute dura jusqu’au 23 avril, et l’épisode de la frégate française Le Libérateur d’Italie fait partie de cette séquence qui donna à Bonaparte le prétexte pour attaquer Venise.

Pâques Véronnaises

Le doge Marino Faliero est jugé pour haute trahison

Outre la tentative de coup d’État contre les institutions vénitiennes, il lui fut reproché d’avoir tenté de négocier l’accord économique avec Gênes, alors grande rivale de Venise.

Gravure de 1880

La sentence est prononcée à huis clos par le Conseil des Dix, et, dans le registre de ce Conseil des Dix, à cette date, on retrouve deux larges espaces vides, avec seulement la mention du scribe : non sia scritto (non écrit).

Il fut condamné à être décapité le 17 avril 1355. L’exécution eut lieu aussitôt, dans la cour du Palais des Doges, au pied du perron sur lequel, avant de ceindre la couronne ducale, Faliero avait prêté serment d’observer la « promissione ». Le bourreau, son épée sanglante dans la main, cria aux spectateurs : « constatez tous qu’il a été fait justice du traître ».

Francesco Hayez, La dernière heure du Doge Marino Faliero, Milan, Academia di Belle Arti di Brera

Le cadavre du doge resta exposé toute une journée, la tête tranchée.

L'exécution de Marino Faliero par Eugène Delacroix, 1827

Au soir du 18 avril, il fut déposé dans une gondole et inhumé sans aucune cérémonie, dans un caveau creusé dans une chapelle de la basilique de San Zanipolo, nécropole des doges de Venise.

On confisqua toutes ses propriétés, et, le jour même, dans la galerie des doges dans la Salle du Grand Conseil, un voile noir fut peint sur son portrait, avec l’inscription Marin Faliero decapitato per delitti (Marin Fallier décapité pour crimes).

L’Inquisition, les femmes et les casins

Caterina Sagredo Barbarigo était la fille de Gerardo Sagredo et avait épousé Antonio Pisaro en 1732, puis Gregorio Barbarigo en 1739, son unique fille fut Contarina Barbarigo.

Caterina Sagredo était connue pour sa beauté et ses activités intellectuelles. Elle a conservé la réputation d’une dévoreuse de livres, et est connue pour ses voyages.

Elle a organisé un salon littéraire dont on estime qu’il fut une des plus remarquables à Venise, et elle a supporté le novateur Domeniceti.

Mais Caterina Sagredo Barbarigo est resté célèbre, également, en raison de son conflit avec l’Inquisition vénitienne.

Au XVIIème siècle, Chiara, Maddalena et Laura Contarini, filles du doge Domenico II Contarini, seront les premières nobles à abandonner les traditionnels sabots pour des chaussures et adopteront la perruque qui fut interdite en 1665 avec peu d’effet.

Venise était devenue célèbre pour ses casins, le Caterina avait ouvert le sien à La Giudecca (et un autre à San Moisè, corte Luisella).

L’Inquisition et l’Église ont vu dans ces casins nouvellement créés les preuves d’une émancipation des femmes qui était jugée dangereuse pour la société de l’époque. Les femmes de la noblesse furent donc interdites de fréquenter ces lieux de perdition où elle pouvaient rencontrer et côtoyer (voir plus) des hommes en toute liberté.

Caterina Sagredo Barbarigo fut arrêtée et inculpée, et, le 16 avril 1747, son casino de La Giudecca fut fermé suite à l’ordre des Inquisitori di Stato.

Pour réponse, Caterina Sagredo Barbarigo a exprimé son profond regret de cette décision inique en vers :

Oh poveri lustrissimi
El luni avemo perso:
Demo sfortunatissimi […]
Da strissimi discreti
Stevimo in un mezà
Biscotarie e sorbeti
no ne ga mai mancà.
Per nu no ghera cioca
Né candelieri a lumi
Non avevimo taolini
De ombre e rocambol
[…] Da strissimi studiosi
Citevimo Russo,
da strissimi ingegnosi
Disevimo bon mo.
Quel gran lini no ghe più
Lé andato quel amabile
Strissimo randeù.

Son cas est devenu célèbre, mais n’a pas empêché la création d’autres casini par des femmes. déjà en 1751, une autre noble dame, Marina Sagredo Pisani, ouvrait un autre casin. En 1867, l’Inquisition permettait aux femme nobles de fréquenter les casini à la condition qu’elles couvrent leur visage.

Portrait de Caterina Sagredo Barbarigo par Rosalba Carriera

L’Hôpital de San Giovanni Battista

A sa mort, un riche marchand florentin, Ser Orsolino, confia à Ser Giovanni degli Ubbriachi dix mille lires de piccoli veneti pour ériger un hôpital pour les pauvres dédié à Saint Jean-Baptiste.

San Giovanni dei Battuti

Ses dernières volontés ont été transcrites dans un testament rédigé le 8 juin 1337.

Il a vécu à Venise dans la paroisse de Santa Maria Formosa, et a exigé que le patronage de cet hôpital soit confié à ses parents les plus proches.

L’édifice, fut construit, pour des raisons qui ne sont pas connues, sur l’île de Burano, sous le contrôle du Prieur Massimo Belligotti, proche parent du donateur défunt. Le terrain affecté à la construction de l’hôpital était près du lac San Basilio (l’actuelle zone du phare et le la fondamenta dei Battuti) et avait apparemment appartenu à l’église Santa Maria e Donato, bien que sous la compétence de la paroisse de Santo Stefano.

On retient la date du 15 avril 1338, comme celle de la fondation officielle de cet hôpital dont les recteurs ont été confirmés par les évêques de Torcello.

En 1341, le même prieur Belligotti, demanda à l’évêque de Torcello, Giovanni Morosini, l’autorisation de construire un autel dans l’albergo, pour permettre aux personnes accueillies, incapables de se déplacer pour entendre les messes, de pouvoir le faire sur place. Cet autel fut dédié à San Demetrio martire.

A Murano, existait depuis longtemps une confraternité appelée la Fragia dei Battuti, située à proximité, et qui possédait une petite chapelle dédiée à San Vittore martire. Désireux d’accomplir leur mission de charité pour les pauvres, “…ai soliti uffici di pietà e mortificazione…”, la Fragia, par le voix de son tuteur Nicoletto Carrer, a demandé et obtenu la permission de rejoindre l’hôpital le 6 août 1348, avec la bénédiction du prieur des lieux.

Puis, au fil des siècles, l’hôpital devint prospère, on construisit une église et une scuola dont on trouve de nombreuses traces dans l’histoire et les archives, de qui écrire un livre.

Mais de livre nous n’avons trouvé que celui sur les célèbres stèles de l’église de Saint Jean Baptiste :

I Dossali di San Zuanne

Quand à nos sources (nous en avons gardé sous le coude pour plus tard), elle proviennent des archives d’État :

1 « Veneranda Scola grande di San Giovanni Battista di Murano. Villa di Preganziol. Lite contro Giacinto Varisco prior dell’ospital di San Giovanni Battista di Murano », 1543
2 « Scritture sopra la casa a Santa Chiara con il nobil homo Anzolo Badoer », sec. XVI –
3 « Scola di San Giovanni Battista di Muran. Scritture delli Agostini chiamati Barbarighi per la casa confinente in campopicolo », sec. XVI –
4 « Scritture della chiesa di Santo Stefano appartenenti alla Scuola di San Zuanne de battuti », sec. XVI – sec. XVIII, con docc. in copia dal 1458, apr. 30
5 « Conti Ferretti per le case agli Angeli contro li Ferretti », sec. XVII –
6 « Processo contro Domenico Berengo fu guardian e prior », sec. XVII –
7 « Processo del signor Zorzi Avanzago », sec. XVII –
8 « Veneranda Scola di San Giovanni Battista di Muran contro l’eredità del quondam domino Andrea Marinoni per la fabrica d’una casa », sec. XVII, con docc. in copia dal 1466
9 « Per la veneranda Scola di San Giovanni Battista contro heredi quondam Piero Nichetto », sec. XVII – sec. XVIII
10 Atti di conciliazione tra la Scuola di San Giovanni Battista di Murano e due affittuari morosi, 1734 ago 03
11 « Per il signor Giovanni Mazzola nepote del quondam signor Domenico Mazzola prior dell’ospedale di San Giovanni Battista contro il signor Sebastian Berton prior elletto dell’ospedal suddetto per li fruti del presente raccolto di Preganziol », sec. XVIII – , con docc. in copia dal 1337, giu. 14
12 « Per la veneranda Scola di San Giovanni Battista di Muran contro la Scola del Santissimo Sacramento di Santo Steffano di Muran », sec. XVIII – , con docc. in copia dal 1626, set. 28
13 « Corrente per la veneranda Scola di San Giovanni Battista di Murano », sec. XVIII –

Collegio alle Acque

On se souvient que, au XVIème et au XVIIème siècles, la création d’îles artificielles, pour y décharger les matériaux générés par les travaux de terrassement et la création de digues de grisiole avaient modifiés les débits des courants et les échanges d’eau dans les lagunes méridionales et centrale, mettant en péril l’équilibre même de la lagune.

Des enseignements de l’histoire que l’on semble avoir, pourtant, déjà oublié et fait table rase, aujourd’hui où les dégâts engendrés par le canal de pétroliers n’est pas suffisant, et quand, Paolo Costa, veut, encore, créer un nouveau canal, qui obligera à édifier de nouvelles îles artificielles, et modifiera de manière imprévisible l’équilibre de la lagune.

Le 14 avril 1662, en attendant que le sénat prenne des décisions définitives sur les sites d’entreposages des matières, le creusement des canaux et les concessions de pêche, le Collegio alle Acque, suspend toutes les licences d’élevage et de pêche dans les vallées de Cornio Sette morti, Riolo, Torson et Valle Grande.

Le Collegio alle Acque, créé en 1501, était composé de quinze membres, tous sénateurs, pour veiller sur la gestion et le respect de sa lagune. C’est l’ancêtre du Magistrato alle acque nella Repubblica di Venezia, qui existe encore de nos jours, sous une forme différente, mais sous le même nom. Cet organisme est devenu un service de l’État italien, responsable de tout le bassin versant d’Italie nord-orientale.

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