Sainte Rita

Décision est prise, le 22 mai 1564, de faire peintre une grande toile au plafond de la Sala dell’Albergo à la Scuola Grande de San Rocco.

Lors de la réunion un des conseillers, un certain Zani de Zignioni, se déclare prêt à faire don de quinze ducats, à condition que le travail ne soit pas attribué à Jacopo Tintoretto.

Toutefois, c’est Le Tintoret qui a obtenu de la commission l’offre de réaliser la toile centrale ovale représentant la « Glorification de Saint-Roch » à la place de l’esquisse demandée par les gouverneurs de la Scuola.

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Le 20 mai est également, traditionnellement à Venise, le jour de la Sainte Rita.

Ce jour, on bénit solennellement dans toutes les églises des pains et des roses. Les pains ont été aromatisés avec de l’infusion des pétales de roses, et une fois bénis, ils sont conservés pour les malades.

L’incostanza schernita

C’est à l’occasion de la Foire de l’Ascension, qu’est programmé pour la première fois au théâtre San Samuelle, appartenant à la famille Grimani, ce drame comique pastoral en trois actes, dont la musique est signée par Tommaso Albinoni, sur un livret de Vicenzo Cassani.

La première est donnée le 21 mai 1727, en l’honneur de Clement Augustus, prince de Bavière, archevêque de Cologne, électeur de l’archichancellerie pour l’Italie, fils de Maximilien II Emanuel et de Theresa Kunegunda Sobieska.

L'incostanza Schernita

Originaire des Marches, Domenico Annibali fait partie des jeunes apprentis chanteurs repérés par l’ambassadeur de Saxe à Venise et choisis avec soin en collaboration avec le maestro Lotti : tout comme Casimiro Pignotti, Rocchetti et Bindi, celui que l’on nomme désormais Domenichino bénéficie d’une excellente éducation musicale payée par l’électeur de Saxe, dès 1725. Cette formation le mène à Bologne auprès d’Antonio Maria Bernacchi, lui aussi célèbre castrat de son temps.

Domenico Annibali

A Venise, il chante dans L’Incostanza schernita d’Albinoni avec Fabri, la Gasparini et Antonio Pasi, et l’œuvre fut accueillie par des applaudissements nourris.

Il semble que dès le début, Antonio Conti avait prévu « une femme dont une telle estime de soi ne s’était jamais vue… célèbre pour sa beauté et pour ses coquetteries. » Des références ultérieure suggèrent que cette chanteuse pouvait être Giovanna Gasparini.

Giovanna Gasparini

Dans les dédicaces, Cassani s’était plaint d’avoir été forcé à réorganiser des parties entières, couper des scènes complètes, jeter les meilleurs airs et faire d’autre compromis à cause du manque de temps dû à la brièveté des nuits de printemps.

Il explique que la cause principale est qu’il doit laisser du temps aux intermèdes, ballets et chœurs et d’autres, dont les souhaits de la chanteuse et la musique elle-même. Bref, son œuvre originale (aujourd’hui perdue) a succombé à une « noble décoration d’une saison populaire« , et il déplore le fait que, toutes ces circonstances on transformé son travail en une « fantaisie stérile. »

Pietro Bembo

Moins connu en France que Pic de la Mirandole, Pietro Bembo incarne pourtant bien lui aussi l’idéal des humanistes de la première Renaissance italienne.

Pietro Bembo naît à Venise le 20 mai 1470, de Bernardo et de Elena Marcello.

Il reçu l’éducation de Giovanni Alessandro Urticio, un obscur humaniste.

Il se distingua dès sa jeunesse par son esprit, et fit ses études dans les grandes cours d’Italie : à Florence, à Ferrare et à Urbino. Élève de Lascaris, il se tourne vers le clergé. Il jouit de la faveur des princes de Ferrare et d’Urbino, ainsi que de celle du pape Léon X et de ses successeurs.

Les asolani sont publiés en 1505 à Venise auprès d’Alde Manuce. C’est le premier livre de poche, un des best-sellers du début du XVIème siècle, écrit en langue vulgaire par Bembo, qui est encore un jeune patricien vénitien à la recherche de sa voie, hésitant toujours entre le latin et la langue vulgaire, entre la carrière politique et l’otium littéraire.

Il accompagne Jules de Médicis, le futur pape Clément VII, à Rome et devient secrétaire pour les lettres latines de Léon X, lequel lui accorda de riches bénéfices.

Correspondant d’Érasme, ami de l’Arioste et de Castiglione, protégé par Lucrèce Borgia et Isabelle d’Este, il est nommé cardinal en 1539 par Paul III, puis cardinal-prêtre au titre de San Crisogono en 1542. Bembo n’est pas moins célèbre par sa galanterie que par son esprit ; avant d’être ordonné il avait eu trois enfants d’une femme nommée Morosina, qu’il a célébrée dans ses vers. Même élevé au rang de cardinal, il trouvera toujours le temps nécessaire pour se consacrer à l’éducation de ses bâtards.

Dans les Proses sur la langue vulgaire (1525), il fonde les canons grammaticaux et esthétiques de la langue littéraire italienne, sur la base des œuvres de Dante, mais surtout de Boccace et de Pétrarque. Il consacre les dernières années de sa vie au classement et à la révision de son œuvre antérieure, notamment de ses Rimes et de ses Lettres, publiées définitivement en 1548-1551. Les preuves abondent, dans l’œuvre même de Bembo, du sérieux de sa culture classique et de sa maîtrise de la rhétorique latine : entre autres, l’épître De imitatione (1512) joua un rôle capital dans le débat sur le cicéronianisme et, plus tard, dans la constitution du classicisme français. À travers la leçon des anciens, Bembo souhaite hausser la culture vulgaire à la dignité de l’antique. Les Rimes révèlent la même intention, en particulier la chanson Âme courtoise (1507), où Bembo pleure la mort de son frère, sujet tragique traditionnellement voué au latin.

À la mort du pape, il se retira à Venise, où il devint conservateur de la bibliothèque de Saint-Marc.

Il achète des tableaux, des statues (comme l’Antinoüs Farnese aujourd’hui à Naples ou l’Idolino di Pesaro), des bronzes, des manuscrits enluminés, des pierres précieuses (certaines ayant appartenu à Laurent le Magnifique), un bel  autel à Isis gravé de hiéroglyphes, des instruments de musique.

A sa mort, sa collection est dispersée par son fils Torquato, elle fait aujourd’hui le bonheur de bien des musées européens et nord-américains et de quelques particuliers privilégiés.

Un portrait du Titien, aujourd’hui dans les collections du National Gallery of Art, Washington, le montre revêtu de la pourpre cardinalice, l’œil vif, le nez droit, la barbe profuse.

Portrait de Pietro Bembo

Bona Tartara

Selon les anciennes chroniques, la famille Barbo était venue de Rome dès les premiers temps, et disaient d’eux qu’ils étaient « tribuni antichi, saggi e prudenti, di natura allegra, buoni compagni, et ingegnosi nelle cose del mar« .

Le Codice 183, Classe VII, de la Bibliothèque Marciana, nous informe que, dès 1188, ils possédaient des biens immobiliers dans la paroisse de San Pantalon.

Nicolò Barbo q.m Giovanni, de San Pantalon, avait retrouvé Bona Tartara, une de ses esclaves, enceinte. Pour la punir, il la fit bastonner rudement « cum un bigolo ab acqua » (avec un bâton que l’on utilisait pour porter les sceaux d’eau).

L’esclave juera de se venger de cet affront que son maître lui avait fait subir. Elle couru chez un apothicaire pour se procurer de l’arsenic. Quelques jours plus tard, elle jeta le poison dans le soupe de son patron qui mourut rapidement dans d’atroces souffrances.

La sentence de la Quanrantia Criminale du 19 mai 1410 la condamna à :

Être conduite sur le Canal Grande attachée à un pieu sur une peata tandis qu’un héraut criait à haute voix son crime et la sentence.

Attachée ensuite à la queue d’un cheval pour être traînée à travers la ville jusqu’à la piazza San Marco.

Mise au bûcher entre les deux colonnes pour y être brûlée vive.

condannata a essere bruciata viva tra le due colonne

La fin du monde

Theodor Buchmann, dit Bibliander (1504?-1564) fut incontestablement un homme qui influença profondément la spiritualité du XVIème siècle.

Theodor Buchmann - Bibilander

Plusieurs de ses écrits parlent de l’écart entre les religions musulmane et catholique et d’autres annoncent purement et simplement la fin prochaine du monde.

Les traduction du Coran avaient déjà circulé dans notre monde, et une grande partie de ces textes étaient collectées dans Le corpus de Cluny ou Collection Toletana,  qui, pour la première fois, mettait à disposition du monde chrétien les textes coraniques et des textes informatifs sur la culture musulmane (que jusqu’alors on avait combattue sans la connaître).

L’’Apologia pro editione Alcorani de Bibliander se nourrit donc de ce savoir fondamental que l’on trouve dans le corpus de Cluny. Dans une version plus brève, la Summula quadam brevis contra haereses et sectam diabolicae fraudis Saracenorum, sive Ismaelitarum qui contient des informations sur la doctrine de Mahomet, la préface de Robert de Ketton ouvre la voie à ce que l’on peut appeler une peur irraisonnée de la fin du monde.

Ermanno il Dalmata, dans la Doctrina Machumetis summatim comprehensa, quae apud Saracenos magnae authoritatis est imagine un « dialogue » entre un hébreu et un musulman.

Bibliander dans Confutationes legis Machumeticae, développe les caractéristiques de l’apologie anti-islamique à partir du XIII siècle, en particulier des extraits sélectionnés des écrits de Juan Luis Vives dans De veritate fidei Christianae libri IV.

L’ensemble de ces écrit crée un véritable confusion dans les esprits de l’époque. Certains érudits y voient l’approche de l’Apocalypse, et s’en vont frapper l’imagination des classes populaires qui n’ont pas accès à ces savoir livresques.

Ainsi, le 18 mai 1529, une foule dense se masse sur la Piazza San Marco autour de la pierre des annonces (pietra del bando) sur laquelle un moine ermite de Pérouse, pieds nus et à demi-nu sous des guenilles, se frappe la poitrine avec de grosses pierres et exhorte le peuple à faire pénitence en annonçant la fin prochaine du monde.

Francesco Antonio Correr

Francesco Correr est né à Venise le 7 octobre 1676, fils de Lorenzo (1627-1709) et de Pellegrina Gussoni.

Dans le livre, Gli estri del mare, qui lui est consacré, nous apprenons qu’il a embarqué, adolescent, sur un navire de guerre vénitien, parti combattre les turcs dans le Levant, et qu’il a été légèrement blessé lors de combats.

Revenu à Venise, il est élu au Grand Conseil, et dès 1702 est chambellan du Comun, charge qu’il laisse à Girolamo Bragadin en octobre de la même année.

Jusqu’en 1730, il se fait remarquer comme capitaine de la flotte et sa bravoure aux combats, ainsi que son don pour le commandement.

Alors qu’il était en poste à Padoue, il refuse la nomination qui lui est faite de devenir baile à Constantinople. Loin des jeux de pouvoir de la Dominante, il est décidé à abandonner sa carrière militaire et politique et revêtir l’habit religieux des Capucins.

Après avoir consulté le père provincial de l’Ordre, Giovan Maria Zane, qui fut aumônier sur son navire, et après une visite au sanctuaire de Loreto, il reçu les ordres, prenant alors le nom de frère Francesco Antonio.

Il passe ensuite quatre ans dans le couvent de Bassano.

En 1734, à la mort du patriarche de Venise Marco Gradenigo, il accepte d’être le candidat du sénat vénitien, et, il est élu par cette assemblée, le 20 novembre 1734. Le 30 janvier 1735, il est ordonné patriarche de Venise dans l’église du Rédempteur.

Portrait du patriarche Francesco Antonio Correr  - Ceregato L

Cette élection arrivait à un moment critique de la vie spirituelles à Venise, et le nouveau patriarche, accoutumé à la rigueur stricte des capucins, se rapprocha de la mémoire de l’austère patriarche Pietro Barbarigo, entrant immédiatement en conflit avec l’insatiable soif de divertissements du peuple. Quelques mois après son élection, on disait déjà dans Venise que « per riscuotere il Patriarca era Corraro e per far lemosina si iscusava coll’esser capucino« . Son grand combat, fut de lutter contre le licence et l’immoralité légendaire qui régnait à l’intérieur des monastères féminins. Ses interventions, à la manière militaire et rugueuse, d’un homme peu enclin au compromis, choquèrent à plusieurs reprises la vie alors très calme de la ville. Un des plus grand scandales qu’il eût à gérer, fut celui de la relation entre Maria da Riva et l’ambassadeur de France, le Comte Charles-François de Froulay, qui fit assassiner l’enfant fruit de leur relation.

Son dernier conflit lui fut fatal.

En début d’année 1741 les religieuses du couvent de S. Girolamo entrèrent en conflit avec le Patriarche. Elle eurent recours au Conseil des Dix pour obtenir satisfaction.

Condamné, le Patriarche Correr décida de quitter temporairement Venise et de se rendre dans le palais de famille des Alauta, à Montagnana. C’est en ce lieu (et non à Venise comme c’est trop souvent mentionné à tord) qu’il est mort, le 17 mai 1741, « in due giorni di colpo apopletico e da certo infiammato vapore » (fièvre et apoplexie). Cette mort soudaine et ses circonstances, ainsi que les symptômes de la maladie ont fait rapidement courir la rumeur que la patriarche avait été trahi par une personne corrompue, envoyée par Froullay pour l’empoisonner. L’ancien ambassadeur n’avait, en effet, jamais oublié les tords subis dans l’affaire dans laquelle il avait été impliqué.

Le corps du patriarche fut ramené à Venise, il eût droit à des funérailles solennelles et fut enterré dans l’église patriarcale.

Les jeux d’Agrigente pour inaugurer La Fenice

La Fenice est justement né sur les cendres d’un autre théâtre brûlé, situé dans le quartier de San Marco, le théâtre San Benedetto, en 1789.

Dès 1790, un petit groupe de nobles vénitiens décide de reconstruire un nouveau théâtre avec l’aide de l’architecte Gian Antonio Selva sur un terrain irrégulier formé de deux rectangles accolés. Le premier, côté façade, abritera le vestibule, le second contenant la salle à proprement parler.

Après seulement dix-huit mois de travaux, ils aboutissent à un élégant monument de style néoclassique, avec une décoration intérieure d’esprit baroque, somptueusement ornée de rouge et d’or. Il s’appellera  « La Fenice » (le phœnix), par allusion à l’incendie qui à détruit le théâtre de la société propriétaire et aux démêlés juridiques qu’elle dut traverser.

La Fenice joue pour sa première représentation, le 16 mai 1792, un opéra seria du célèbre Giovanni Paisiello, livret d’Alessandro Pepoli, Les Jeux d’Agrigente. Son répertoire mêle des œuvres lyriques, de l’opéra seria, le genre musical le plus prestigieux à l’époque (par opposition à l’opéra bouffe), mais aussi des ballets, des concerts ainsi que des pièces de théâtre.

Commence alors une longue période de gloire pour La Fenice. Le théâtre, ouvert à tous, en plein cœur de la ville, acquiert en effet rapidement une belle renommée. Lieu de sociabilité par excellence, la salle de la Fenice trône au centre de la vie culturelle des Vénitiens, qui la fréquentent tous les soirs pour faire des rencontres, mener des affaires ou simplement dîner, en écoutant le dernier aria à la mode. Le grand opéra voit défiler sur sa scène les plus grandes voix de son époque, la virtuose Angelica Catalani ou l’immense et émouvant castra Gasparo Pacchiarotti. En 1813, la Fenice accueille la création du Tancrède de Rossini, œuvre charnière d’un jeune musicien extrêmement prometteur, bientôt considéré comme le plus grand compositeur de son époque. C’est aussi dans ce temple du chant lyrique que sont créées les œuvres de Vincenzo Bellini, Beatrice di Tenda, en 1833, ou Belisario de Gaetano Donizetti en 1835.

En 1832, le théâtre est détruit par les flammes, mais se relève dans un temps record, l’année d’après, grâce à Giambattista Tommaso Meduna.

Le 29 janvier 1996, un incendie criminel ravage encore une fois le théâtre. Si les murs extérieurs tiennent encore, l’intérieur du théâtre est dévasté. Les travaux pour reconstruire la Fenice vont exiger un effort colossal de la ville de Venise, avec l’aide de l’Etat italien, le soutien des fondations internationales et de l’UNESCO. C’est l’architecte milanais Aldo Rossi qui redessine pour la troisième fois le temple de l’art lyrique.

La Fenice - 1837

Le pape Pie VI à Venise

De retour d’un voyage à Vienne, le pape Pie VI fait une halte à Padoue. Puis il embarque sur la canal de la Brenta pour se rendre à Fusina, puis rejoindre San Giorgio in Algua, dans la lagune où le doge de Venise viendra l’accueillir.

Pie VI - 1775

Le voyage sur l’eau de Padoue à Venise est facile et agréable. La campagne verdoyante est entrecoupée de délicieux jardins. A Mira, le souverain pontife prit congé du Rappresentante qui ne pouvait pas aller au delà des frontières de sa province.

Le pape se dirigea ensuite vers la lagune.

A Venise, tous les commerces avaient fermé à midi. Le doge Renier avec tous ses Conseillers, les chefs de la Quanrantia Criminale, les sages et tout ceux qui forment ce que l’on appelle l’Ordre de la Seigneurie, et qui représentent la République, quittent Venise pour aller à la rencontre du Saint-Père.  Les bateaux se suivaient par milliers.

Le pape Pie VI est arrivé à San Giorgio d’Alega le 15 mai 1782 à 22 heures.

Alors qu’il approchait l’île, quelques coup de feux ont donné le signal, et toutes les cloches de la ville se sont mises à sonner à toute volée.

Le doge est aller l’aider à débarquer, puis ils se prosternèrent et allèrent prier dans l’église du couvent érigé sur cette petite île.

Puis, le doge invita le souverain pontife à se rendre avec lui à Venise dans le bateau que l’on nommait Peattone, orné de sculptures dorées et couvert de velours pourpre. Sont montés avec eux, le Patriarche de Venise et les nonces Carampi et Ranucci. Bien que l’île soit seulement à 2 miles, le voyage a pris longtemps à cause de la lenteur du bateau, lenteur voulue car elle ajoutait au côté grandiose du spectacle.

Les galères, déployées dans le canal de la Zuecca accueillirent sa Sainteté par 21 coups de canons.

Partout, le peuple de Venise était venu accueillir le pape, et la lagune ressemblait à une grande île recouverte de barques chargées de toute une population qui acclamait le Saint Père. Le cortège emprunta ensuite le Grand Canal, avant de passer sous le Pont du Rialto, le seul qui relie les deux rives et entra dans le rio di Noale, qui conduit à la partie septentrionale de la lagune. Après avoir longé les Fondamente Nuove, ils arrivèrent enfin par le canale de’ Mendicanti au Couvent de San Giovani e Paolo qui était tout illuminé.

Vingt-quatre hommes en livrée l’escortèrent, torches à la main, dans es appartements où fut servir rapidement un riche repas.

Le lendemain, en présence du doge et de 22 évêques, le Saint-Père bénit la foule depuis le campo San Zanipolo.

Pie VI bénit la foule sur la campo Sa Giovani e Paolo

Bataille d’Agnadel

Le 14 mai 1509, la République de Venise est vaincue à Agnadel, non loin de Milan, par la coalition de pays regroupés dans la Ligue de Cambrai, à savoir le pape Jules II, le roi de France Louis XII, l’empereur d’Allemagne Maximilien Ier et le roi d’Aragon Ferdinand.

Bataille d'Agnadel, Pierre-Jules Jollivet (1837)

Le 15 avril 1509, l’armée française menée par Louis XII quitte Milan et s’enfonce en territoire vénitien. Pour entraver sa progression, Venise lève une armée de mercenaires commandée par les cousins Orsini, Bartolomeo d’Alviano et Niccolò di Pitigliano, qu’elle stationne devant Bergame. Les Orsini ont reçu l’ordre d’éviter toute confrontation directe et de s’en tenir à des démonstrations et des escarmouches pour harceler l’ennemi.

Pourtant, le 9 mai, Louis XII de France, à la tête de 30 000 hommes dont 6 000 Suisses et 2 000 cavaliers, fait traverser à son armée l’Adda à hauteur de Cassano d’Adda. Alviano et Pitigliano, dont l’armée, de force égale, campe sous les remparts de Treviglio, hésitent sur l’attitude à tenir : Alviano est partisan d’enfreindre les consignes des doges et d’attaquer de front l’envahisseur ; mais finalement ils se décident à décrocher sur le Pô afin de tenir des positions plus solides.

Le 14 mai, alors qu’il faisait marche vers le sud, Alviano se heurte à un détachement français commandé par Charles d’Amboise, qui stationnait ses troupes autour du village d’Agnadel. Alviano range son armée, environ 8 000 hommes, en ordre de bataille, sur un coteau surplombant un vignoble. Les Vénitiens engagent l’action et se heurtent à l’avant-garde Française. Chaumont-d’Amboise répond par une charge de cavalerie, puis fait monter les piquiers suisses à l’assaut, mais ses troupes sont ralenties dans l’ascension de la colline par le franchissement d’un fossé de drainage et par la pluie. Dans ces conditions, les positions vénitiennes soutiennent le premier choc.

Lorsque Pitigliano, qui est déjà plusieurs kilomètres au sud, reçoit un message d’Alviano l’appelant à la rescousse, il fait répondre qu’il vaut mieux interrompre la bataille, et quant à lui, poursuit sa marche vers le sud.

Dans l’intervalle, le gros de l’armée française, dirigé par Louis XII, arrive à Agnadel et encercle Alviano et son armée. Les bataillons français et vénitiens se combattent dans une terrible mêlée, sans pouvoir presque se reconnaître, et dans un tel tumulte que les ordres sont à peine entendus par les soldats. Le roi Louis ayant fait disposer son artillerie dans les broussailles, hors de la vue des ennemis, la fit tirer, éclaircissant les rangs Vénitiens. Il fit ensuite donner ses gens d’armes, mettant en fuite les forces ennemies.

Les Français, notamment le chevalier Bayard, s’illustrent aux côtés de leurs alliés. La cavalerie vénitienne s’enfuit, puis en l’espace de trois heures, l’armée vénitienne est détruite et compte 4 000 morts, cependant qu’Alviano, blessé, est fait prisonnier.

Premier livre de musique

Se rendant compte du potentiel commercial représenté par l’impression de partitions de musique polyphonique, Ottaviano Petrucci essaya d’obtenir un privilège accordant l’exclusivité de l’impression et de la vente de musique en notation mesurée pour voix et de tablatures d’orgue ou de luth dans la République de Venise et cela pour une période de vingt ans. Ce privilège lui fut accordé en 1498.

Trois ans plus tard, le 13 mai 1501, il publia un premier recueil de 96 chansons profanes : Harmonice Musices Odhecaton (aussi connu simplement comme l’Odhecaton), est le premier ouvrage imprimé comprenant de la musique polyphonique ; de surcroît, il est entièrement consacré au répertoire des franco-flamands.

Frontispice de l'Odhecaton A, exemplaire conservé au Musée international et bibliothèque de la musique (Bologne)

Pour imprimer l’Odhecaton, on utilisa la technique de l’impression en trois passages : la portée musicale fut imprimée d’abord, puis le texte et, finalement, les notes. La plupart des 96 pièces, même si elles furent écrites comme des chansons, furent imprimées sans les paroles, ce qui implique peut-être qu’une exécution instrumentale était envisagée. Les paroles de la plupart d’entre elles peuvent être trouvées dans les sources manuscrites de l’époque ou dans d’autres publications ultérieures.

La première édition de l’Odhecaton ne nous est pas parvenue dans sa totalité et la date exacte de publication n’est pas véritablement connue, mais elle comprend une dédicace à Girolamo Donato, un noble, diplomate et humaniste vénitien, datée du 13 mai 1501.

Frontispice de Canti B, exemplaire conservé au Musée international et bibliothèque de la musique (Bologne)

Fin de la république

Venise a été annexée par Napoléon Bonaparte.

Venise

L’invasion des Français a mis un terme à près de 800 ans d’indépendance; en revanche, Napoléon a été perçu comme une sorte de libérateur par la population pauvre et juive de Venise, république aristocratique où le pouvoir et la plupart des richesses étaient monopolisés par quelques familles.

Le 12 mai 1797, le Maggior Consiglio décrète la fin de la République de Venise choisissant, face à l’invasion napoléonienne, de recevoir l’abdication du dernier doge Ludovico Manin et de dissoudre l’assemblée aristocratique.

Malgré l’absence de nombre de votants fixé à 600 membres, le conseil vote à une large majorité (512 voix pour, 30 contre, 5 abstentions) la fin de la Sérénissime et le transfert des pouvoirs à un gouvernement provisoire non encore défini.

Peu après, sur le pont du Rialto, un soulèvement populaire tente de s’opposer à cette décision, et de renverser le gouvernement provisoire de cette municipalité jacobine qui s’est substituée, de fait, au gouvernement de la Sérénissime république.

Les insurgés, comme à Véronne et Belluno, font face à l’armée de Bonaparte, armés d’épées et de fusils.

Les forces jacobines répriment férocement cette rébellion qui se termine dans le sang après qu’on ait tiré sur la foule au canon.

Un des meneurs de cette révolte fut identifié : Antonio Margarini fut arrêté quelques jours lus tard et fusillé à 21 heures, le 23 juin 1797 sur le campo de San Francesco della Vigna.

Les troupes françaises de Bonaparte tirent sur la foule au pont du Rialto

Venise impose le dépôt légal

Le dépôt légal est l’obligation légale ou l’incitation faite aux producteurs ou aux diffuseurs de déposer dans la bibliothèque nationale du pays ou dans d’autres institutions désignées, un ou plusieurs exemplaires des documents qu’ils produisent ou diffusent.

Il vise à assurer le contrôle bibliographique universel et permet l’élaboration et la diffusion de bibliographies nationales.

Historiquement, la pratique de la Bibliothèque d’Alexandrie peut s’apparenter à une forme de dépôt légal : en effet, tous les documents qui arrivaient en Égypte étaient confisqués par les employés de la bibliothèque qui les faisaient copier, conservaient l’original et redonnaient une copie.

En France, c’est François Ier qui est considéré comme l’initiateur du dépôt légal, par l’édit du 28 décembre 1537.

Plusieurs pays européens suivent le mouvement aux XVIIème et XVIIIème siècles.

A Venise, c’est le 11 mai 1603 qu’il est ordonné qu’une copie de chaque livre imprimé dans la ville soit remis à la Pubblica Libreria qui est devenue, aujourd’hui, la Bliblioteca Nazionale Marciana.

Pubblica Libreria

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