L’assassinat du Doge Vitale II Michiel

Vital Michele est le dernier doge élu par l’Assemblée Générale ou populaire, parce que, par la suite, c’est le Conseil Mineur qui s’attribue ce droit.

Michiel II Vitale

La situation extérieure est critique : en 1156 Manuel Ier Comnène, empereur de Byzance, concède à Gênes des privilèges commerciaux équivalents à ceux accordés à Venise et Pise; l’empereur d’occident Frédéric Barberousse s’attaque aux communes libres afin de les soumettre ainsi que Venise, bien que formellement possession byzantine. De plus, Venise doit reconquérir Zadar et envahir le Frioul où s’est réfugié le patriarche d’Aquileia Ulrich Von Treffen1, favorable à l’empereur, après avoir détruit le patriarcat et la ville de Grado, favorable à Venise.

En 1163, le patriarche Ulrich est battu et emprisonné : grâce à l’intercession du pape Alexandre III et au nom de l’alliance contre Barberousse signée par les communes italiennes par l’accord de Pontida du 1er décembre 1167 et que Venise a secrètement soutenu, le patriarche Ulrich est libéré à condition de verser une rançon provenant de son diocèse composée de 12 gros porcs, de 12 gros pains et d’un taureau destiné aux prisonniers et aux plus pauvres et à remettre le dernier jour avant les cendres. Douze, parce qu’il y eut douze notables, douze prélats et un patriarche à détruire Grado. De ces faits, naquit la tradition du jeudi gras et le dicton populaire couper la tête du taureau dans le sens de mettre fin à un problème.

En 1171, à Constantinople 10 000 Vénitiens sont arrêtés, tous les traités sont rompus ; les biens de Venise, bateaux compris sont confisqués. Le doge envoie une flotte mais l’empereur d’orient avait déjà établi de nouveaux accords avec les Pisans et les Génois ; la flotte est décimée par les bateaux des autres républiques et par la peste.

Vitale II Michiel, proche des chevaliers de l’Ordre du Temple, avait essayé de placer ses fils et ses neveux aux postes-clefs et avait raté son expédition à Byzance. Il dut alors affronter la colère de l’Assemblée Populaire.

Non seulement l’expédition avait été un désastre, mais on l’accusait en plus d’avoir ramené la peste avec lui sur ses bateaux. Cette épidémie de peste avait déjà décimé des milliers de vénitiens.

Le 28 mai 1172, on retrouva le doge Vitale II Michiel mort assassiné sous le sottoportego qui le conduisait, dans sa fuite, vers le monastère de San Zaccharia. Il avait été poignardé par Marco Casolo. Les ambassadeurs à Constantinople Sebastian Ziani et Orio Mastropiero qui deviendront doges, soutinrent la révolte.

Doge_Vitale_Michiel_II

Fedi di Sanità

Pendant les périodes de grandes épidémies de peste, chaque navire, personne ou les marchandises devaient subir une quarantaine et/ou être désinfectés.

Ce n’est qu’une fois qu’il était certain qu’il n’y avait plus aucun danger que la Magistrato alla Sanità décidait de la « libera pratica » (la libre circulation) et, pour que les navires, marchandises et hommes concernés puissent aller librement, un certificat leur était délivré : la Fede di sanità.

Fede di Sanità-1

Le nom de ce document vient du fait que, généralement, il commençait par ces mots « Io … faccio fede de … » soit « Moi [nom du magistrat] je suis convaincu que … » et, aux confins des territoires de le République de Venise, dans chaque port, à chaque poste frontière, dans chaque ville, on devait effectuer fermement ces contrôles de santé, appliquant des sanctions sévères qui pouvaient même coûter jusqu’à la vie.

Cependant, ceux qui n’obtenaient pas le « liber pratica » obtenaient une « patente sporca » qui empêchait tout transit et donc la possibilité de continuer leur voyage.

Les Fedi di sanità qui sont parvenues jusqu’à nous permettent de comprendre comment la salubrité publique était protégée au cœur même du gouvernement de la République de Venise, et comment, une société basée sur les échanges avec les autres contrées et le commerce international s’est organisée pour préserver sa population tout en maintenant son activité au delà des mers.

Fede di Sanità-2Fede di Sanià délivrée à Fiume le 27 mai 1743

Le terrible incendie de la scuola des Laneri

Un terrible incendie détruit la Scuola dei Laneri, près du ponte Marcello aux Tolentini en cette date du 26 mai 1620.

Le patricien Nicolò Malipiero est tué par l’effondrement d’un mur.

La Scuola dell’ arte dei Laneri fut entièrement finie de reconstruire en 1633.

Dans un document jusqu’alors inédit daté de 1767, retrouvé dans les archives de l’église San Pantaleon, nous avons retrouvé ceci :

Per l’incendio dell’anno 1620 accaduto che rovinò la Schola dell’arte de Laneri, la quale in tempo di Tomaso q.m. Pietro de Bianchi gastaldo e compagni fu restaurata, nel prospetto della sud.tta si legge le seguente iscrizione :
A laude del Dio Ottimo Grande e della Beata Maria sempre Vergine e di S. Bernardino confessore in honor et anco a consolazion degli confratelli questa scola di Laneri cioè de verghezini, petenadori, scartezini già distrutta l’anno  MDCXX  dal  gran incendio fu restaurata in tempo di M. Tomaso del cq. Piero de Bianchi gastaldo m. Lazaro del cq. Paulin Rancho  Vicario, m. Simon de Mattio Fanzoli Scrivano m. Valentin del cq. Paolo di Mazi m. Andrea del cq. Vincenzo Forner m. Paolo   del  cq. Zuan Piero Casizi tutti tre sindici con gli suoi compagni della detta scola et arte”.

On peut, sans le moindre doute, attribuer la reconstruction à Baldassarre Longhena qui a mené conjointement ces travaux avec ceux de la construction de Notre Dame de la Salute.

Cette confraternité des artisans et commerçants de la laine avait été fondée le 3 mars 1298. Elle fut supprimée par Bonaparte en 1806, et les œuvres qu’elle abritait et sa décoration, pillées et dispersées.

La Prédication de San Stefano, œuvre de Vittore Carpaccio, est de nos jours au Musée du Louvre.

 Vittore Carpaccio - Prédication de San Stefano

Ferruccio Bortoluzzi

Ferruccio Bortoluzzi devant quelques-unes de ses œuvres

Ferruccio Bortoluzzi est né à Venise le 6 décembre 1920. Il a obtenu le diplôme de l’Institut d’art de sa ville natale en 1942, puis il a enseigné dans ce même institut, ainsi qu’au Lycée artistique et au Cours supérieur de dessin industriel.

Tout de suite après la guerre, il fut l’un des fondateurs du centre culturel L’Arco de Venise, avec d’autres artistes et lettrés venitiens.

Artiste plasticien, peintre et sculpteur italien contemporain, son style peut être associé à celui du courant matiériste du mouvement de l’Art informel européen.

Dans un entretien, Ferruccio Bortoluzzi déclarait :

 » ... Je me rappelle les années soixante, quand je présentai pour la première fois mes tableaux de matière. Ils déconcertèrent, ils suscitèrent même la dérision de certains collectionneurs plus sensibles à la palette d’un artiste affirmé qu’à la rugosité et à l’âpreté de mes bois. Je me sens profondément vénitien ; fils de cette ville extraordinaire. Mes travaux sont dédiés à Venise : on peut y lire la dénonciation de son délabrement, l’exaltation des couleurs éteintes typiques de ces journées d’hiver humides et brumeuses ; on peut y sentir l’odeur saumâtre des bancs de sable… ; pour cette raison j’aurais désiré quelque chose de plus.
Les expositions individuelles que j’ai faites à Venise ont toujours été suivies par de nombreux amis qui vivent avec moi parmi ces pierres, parmi les marbres de ces églises qui dressent par dizaines de majestueuses coupoles vers le ciel. Et pourtant la critique n’a pas toujours été généreuse envers moi..
.  »

Ferruccio Bortoluzzi est mort à Venise le 25 mai 2007.

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Avvisi Pubblici di Venezia

Les vénitiens ont presque tout inventé, surtout dans ce qui touche au commerce.

Ainsi, le 24 mai 1785, paraît le tout premier numéro des Avvisi Pubblici di Venezia qui n’est, ni plus, ni moins, que l’ancêtre des journaux publicitaires de petites annonces.

Ce journal de petit format si renderà conto all cittadino veneto delle notizie soltanto che per la loro utilità diventano desiderabili, e ciascuna delle quali costerebbe al particolare gran fatica per farne acquisto.

Pour les annonceurs, le tarif est de 10 sous pour les 4 lignes.

Avvisi Pubblici di Venezia

La conspiration de Venise

En l’espace de quinze jours, entre le 12 et le 23 mai 1618, cinq français sont sommairement exécutés à Venise, sur ordre du Conseil des dix.

Dans l’affaire de la présumée conspiration de l’Espagne contre Venise, cinq français furent désignés comme des complices, dans une lettre anonyme postée le 9 avril 1618.

Le 18 mai, ce sont les frères Boleaux qui sont éliminés, puis, le 23 mai 1618 c’est Nicolas Renault, qui avait été arrêté le 12, qui périt à l’intérieur de son cachot dans des conditions similaires.

Le poète et espion Francisco de Quevedo relate à Philippe III d’Espagne l’une de ces liquidation expéditives :

« Dinant avec le général [sur une galère de la République], ils descendirent tous dans la chambre, et là, on attacha les mains du français [Jacques Pierre], lui disant qu’il allait mourir. Sans lui donner le temps de se confesser, on le jeta à la mer avec une pierre autour du cou. Ils [les vénitiens] firent de même avec le capitaine Anglade, un français qui s’était enfui de Naples avec Pierre. ce fut proprement un exécution de Turc, ou, pour mieux dire, à la vénitienne« .

La présence du capitaine Anglade est attestée, en compagnie du marin Jacques Pierre, dans la péninsule italienne en 1617, auprès du vice-roi de Sicile, le duc d’Osuma. A en croire Quevedo, les deux hommes s’étaient enfuis de Naples où ils étaient menacés par leur employeur après avoir été achetés par la République de Venise.

D’après Nicolas Renault, le capitaine Anglade travaillait en réalité pour le compte du duc de Lesdiguières.

Aventuriers, agents doubles, triples, espions d’un ne sait plus trop qui… la République de Venise et le Conseil des Dix usèrent de méthodes expéditives pour se débarrasser définitivement de personnages peut-être plus gênants que véritablement dangereux.

Dans la république, mais également dans les cours étrangères, ces assassinats de français ne passèrent pas inaperçus. Venise profita de la plainte adressée par l’ambassadeur français au Sénat au sujet de ces exécutions, pour souligner la connivence des cinq aventuriers avec le trio espagnol : le marquis de Bedmar, ambassadeur espagnol à Venise, Pedro Téllez Griron, duc d’Osuna et le marquis de Villafranca.

La conjuration des espagnols

Sources bibliographiques :

F. de Quevedo Y Vikkegas, obras completas, tome II pages 822-823

Sainte Rita

Décision est prise, le 22 mai 1564, de faire peintre une grande toile au plafond de la Sala dell’Albergo à la Scuola Grande de San Rocco.

Lors de la réunion un des conseillers, un certain Zani de Zignioni, se déclare prêt à faire don de quinze ducats, à condition que le travail ne soit pas attribué à Jacopo Tintoretto.

Toutefois, c’est Le Tintoret qui a obtenu de la commission l’offre de réaliser la toile centrale ovale représentant la « Glorification de Saint-Roch » à la place de l’esquisse demandée par les gouverneurs de la Scuola.

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Le 20 mai est également, traditionnellement à Venise, le jour de la Sainte Rita.

Ce jour, on bénit solennellement dans toutes les églises des pains et des roses. Les pains ont été aromatisés avec de l’infusion des pétales de roses, et une fois bénis, ils sont conservés pour les malades.

L’incostanza schernita

C’est à l’occasion de la Foire de l’Ascension, qu’est programmé pour la première fois au théâtre San Samuelle, appartenant à la famille Grimani, ce drame comique pastoral en trois actes, dont la musique est signée par Tommaso Albinoni, sur un livret de Vicenzo Cassani.

La première est donnée le 21 mai 1727, en l’honneur de Clement Augustus, prince de Bavière, archevêque de Cologne, électeur de l’archichancellerie pour l’Italie, fils de Maximilien II Emanuel et de Theresa Kunegunda Sobieska.

L'incostanza Schernita

Originaire des Marches, Domenico Annibali fait partie des jeunes apprentis chanteurs repérés par l’ambassadeur de Saxe à Venise et choisis avec soin en collaboration avec le maestro Lotti : tout comme Casimiro Pignotti, Rocchetti et Bindi, celui que l’on nomme désormais Domenichino bénéficie d’une excellente éducation musicale payée par l’électeur de Saxe, dès 1725. Cette formation le mène à Bologne auprès d’Antonio Maria Bernacchi, lui aussi célèbre castrat de son temps.

Domenico Annibali

A Venise, il chante dans L’Incostanza schernita d’Albinoni avec Fabri, la Gasparini et Antonio Pasi, et l’œuvre fut accueillie par des applaudissements nourris.

Il semble que dès le début, Antonio Conti avait prévu « une femme dont une telle estime de soi ne s’était jamais vue… célèbre pour sa beauté et pour ses coquetteries. » Des références ultérieure suggèrent que cette chanteuse pouvait être Giovanna Gasparini.

Giovanna Gasparini

Dans les dédicaces, Cassani s’était plaint d’avoir été forcé à réorganiser des parties entières, couper des scènes complètes, jeter les meilleurs airs et faire d’autre compromis à cause du manque de temps dû à la brièveté des nuits de printemps.

Il explique que la cause principale est qu’il doit laisser du temps aux intermèdes, ballets et chœurs et d’autres, dont les souhaits de la chanteuse et la musique elle-même. Bref, son œuvre originale (aujourd’hui perdue) a succombé à une « noble décoration d’une saison populaire« , et il déplore le fait que, toutes ces circonstances on transformé son travail en une « fantaisie stérile. »

Pietro Bembo

Moins connu en France que Pic de la Mirandole, Pietro Bembo incarne pourtant bien lui aussi l’idéal des humanistes de la première Renaissance italienne.

Pietro Bembo naît à Venise le 20 mai 1470, de Bernardo et de Elena Marcello.

Il reçu l’éducation de Giovanni Alessandro Urticio, un obscur humaniste.

Il se distingua dès sa jeunesse par son esprit, et fit ses études dans les grandes cours d’Italie : à Florence, à Ferrare et à Urbino. Élève de Lascaris, il se tourne vers le clergé. Il jouit de la faveur des princes de Ferrare et d’Urbino, ainsi que de celle du pape Léon X et de ses successeurs.

Les asolani sont publiés en 1505 à Venise auprès d’Alde Manuce. C’est le premier livre de poche, un des best-sellers du début du XVIème siècle, écrit en langue vulgaire par Bembo, qui est encore un jeune patricien vénitien à la recherche de sa voie, hésitant toujours entre le latin et la langue vulgaire, entre la carrière politique et l’otium littéraire.

Il accompagne Jules de Médicis, le futur pape Clément VII, à Rome et devient secrétaire pour les lettres latines de Léon X, lequel lui accorda de riches bénéfices.

Correspondant d’Érasme, ami de l’Arioste et de Castiglione, protégé par Lucrèce Borgia et Isabelle d’Este, il est nommé cardinal en 1539 par Paul III, puis cardinal-prêtre au titre de San Crisogono en 1542. Bembo n’est pas moins célèbre par sa galanterie que par son esprit ; avant d’être ordonné il avait eu trois enfants d’une femme nommée Morosina, qu’il a célébrée dans ses vers. Même élevé au rang de cardinal, il trouvera toujours le temps nécessaire pour se consacrer à l’éducation de ses bâtards.

Dans les Proses sur la langue vulgaire (1525), il fonde les canons grammaticaux et esthétiques de la langue littéraire italienne, sur la base des œuvres de Dante, mais surtout de Boccace et de Pétrarque. Il consacre les dernières années de sa vie au classement et à la révision de son œuvre antérieure, notamment de ses Rimes et de ses Lettres, publiées définitivement en 1548-1551. Les preuves abondent, dans l’œuvre même de Bembo, du sérieux de sa culture classique et de sa maîtrise de la rhétorique latine : entre autres, l’épître De imitatione (1512) joua un rôle capital dans le débat sur le cicéronianisme et, plus tard, dans la constitution du classicisme français. À travers la leçon des anciens, Bembo souhaite hausser la culture vulgaire à la dignité de l’antique. Les Rimes révèlent la même intention, en particulier la chanson Âme courtoise (1507), où Bembo pleure la mort de son frère, sujet tragique traditionnellement voué au latin.

À la mort du pape, il se retira à Venise, où il devint conservateur de la bibliothèque de Saint-Marc.

Il achète des tableaux, des statues (comme l’Antinoüs Farnese aujourd’hui à Naples ou l’Idolino di Pesaro), des bronzes, des manuscrits enluminés, des pierres précieuses (certaines ayant appartenu à Laurent le Magnifique), un bel  autel à Isis gravé de hiéroglyphes, des instruments de musique.

A sa mort, sa collection est dispersée par son fils Torquato, elle fait aujourd’hui le bonheur de bien des musées européens et nord-américains et de quelques particuliers privilégiés.

Un portrait du Titien, aujourd’hui dans les collections du National Gallery of Art, Washington, le montre revêtu de la pourpre cardinalice, l’œil vif, le nez droit, la barbe profuse.

Portrait de Pietro Bembo

Bona Tartara

Selon les anciennes chroniques, la famille Barbo était venue de Rome dès les premiers temps, et disaient d’eux qu’ils étaient « tribuni antichi, saggi e prudenti, di natura allegra, buoni compagni, et ingegnosi nelle cose del mar« .

Le Codice 183, Classe VII, de la Bibliothèque Marciana, nous informe que, dès 1188, ils possédaient des biens immobiliers dans la paroisse de San Pantalon.

Nicolò Barbo q.m Giovanni, de San Pantalon, avait retrouvé Bona Tartara, une de ses esclaves, enceinte. Pour la punir, il la fit bastonner rudement « cum un bigolo ab acqua » (avec un bâton que l’on utilisait pour porter les sceaux d’eau).

L’esclave juera de se venger de cet affront que son maître lui avait fait subir. Elle couru chez un apothicaire pour se procurer de l’arsenic. Quelques jours plus tard, elle jeta le poison dans le soupe de son patron qui mourut rapidement dans d’atroces souffrances.

La sentence de la Quanrantia Criminale du 19 mai 1410 la condamna à :

Être conduite sur le Canal Grande attachée à un pieu sur une peata tandis qu’un héraut criait à haute voix son crime et la sentence.

Attachée ensuite à la queue d’un cheval pour être traînée à travers la ville jusqu’à la piazza San Marco.

Mise au bûcher entre les deux colonnes pour y être brûlée vive.

condannata a essere bruciata viva tra le due colonne

La fin du monde

Theodor Buchmann, dit Bibliander (1504?-1564) fut incontestablement un homme qui influença profondément la spiritualité du XVIème siècle.

Theodor Buchmann - Bibilander

Plusieurs de ses écrits parlent de l’écart entre les religions musulmane et catholique et d’autres annoncent purement et simplement la fin prochaine du monde.

Les traduction du Coran avaient déjà circulé dans notre monde, et une grande partie de ces textes étaient collectées dans Le corpus de Cluny ou Collection Toletana,  qui, pour la première fois, mettait à disposition du monde chrétien les textes coraniques et des textes informatifs sur la culture musulmane (que jusqu’alors on avait combattue sans la connaître).

L’’Apologia pro editione Alcorani de Bibliander se nourrit donc de ce savoir fondamental que l’on trouve dans le corpus de Cluny. Dans une version plus brève, la Summula quadam brevis contra haereses et sectam diabolicae fraudis Saracenorum, sive Ismaelitarum qui contient des informations sur la doctrine de Mahomet, la préface de Robert de Ketton ouvre la voie à ce que l’on peut appeler une peur irraisonnée de la fin du monde.

Ermanno il Dalmata, dans la Doctrina Machumetis summatim comprehensa, quae apud Saracenos magnae authoritatis est imagine un « dialogue » entre un hébreu et un musulman.

Bibliander dans Confutationes legis Machumeticae, développe les caractéristiques de l’apologie anti-islamique à partir du XIII siècle, en particulier des extraits sélectionnés des écrits de Juan Luis Vives dans De veritate fidei Christianae libri IV.

L’ensemble de ces écrit crée un véritable confusion dans les esprits de l’époque. Certains érudits y voient l’approche de l’Apocalypse, et s’en vont frapper l’imagination des classes populaires qui n’ont pas accès à ces savoir livresques.

Ainsi, le 18 mai 1529, une foule dense se masse sur la Piazza San Marco autour de la pierre des annonces (pietra del bando) sur laquelle un moine ermite de Pérouse, pieds nus et à demi-nu sous des guenilles, se frappe la poitrine avec de grosses pierres et exhorte le peuple à faire pénitence en annonçant la fin prochaine du monde.

Francesco Antonio Correr

Francesco Correr est né à Venise le 7 octobre 1676, fils de Lorenzo (1627-1709) et de Pellegrina Gussoni.

Dans le livre, Gli estri del mare, qui lui est consacré, nous apprenons qu’il a embarqué, adolescent, sur un navire de guerre vénitien, parti combattre les turcs dans le Levant, et qu’il a été légèrement blessé lors de combats.

Revenu à Venise, il est élu au Grand Conseil, et dès 1702 est chambellan du Comun, charge qu’il laisse à Girolamo Bragadin en octobre de la même année.

Jusqu’en 1730, il se fait remarquer comme capitaine de la flotte et sa bravoure aux combats, ainsi que son don pour le commandement.

Alors qu’il était en poste à Padoue, il refuse la nomination qui lui est faite de devenir baile à Constantinople. Loin des jeux de pouvoir de la Dominante, il est décidé à abandonner sa carrière militaire et politique et revêtir l’habit religieux des Capucins.

Après avoir consulté le père provincial de l’Ordre, Giovan Maria Zane, qui fut aumônier sur son navire, et après une visite au sanctuaire de Loreto, il reçu les ordres, prenant alors le nom de frère Francesco Antonio.

Il passe ensuite quatre ans dans le couvent de Bassano.

En 1734, à la mort du patriarche de Venise Marco Gradenigo, il accepte d’être le candidat du sénat vénitien, et, il est élu par cette assemblée, le 20 novembre 1734. Le 30 janvier 1735, il est ordonné patriarche de Venise dans l’église du Rédempteur.

Portrait du patriarche Francesco Antonio Correr  - Ceregato L

Cette élection arrivait à un moment critique de la vie spirituelles à Venise, et le nouveau patriarche, accoutumé à la rigueur stricte des capucins, se rapprocha de la mémoire de l’austère patriarche Pietro Barbarigo, entrant immédiatement en conflit avec l’insatiable soif de divertissements du peuple. Quelques mois après son élection, on disait déjà dans Venise que « per riscuotere il Patriarca era Corraro e per far lemosina si iscusava coll’esser capucino« . Son grand combat, fut de lutter contre le licence et l’immoralité légendaire qui régnait à l’intérieur des monastères féminins. Ses interventions, à la manière militaire et rugueuse, d’un homme peu enclin au compromis, choquèrent à plusieurs reprises la vie alors très calme de la ville. Un des plus grand scandales qu’il eût à gérer, fut celui de la relation entre Maria da Riva et l’ambassadeur de France, le Comte Charles-François de Froulay, qui fit assassiner l’enfant fruit de leur relation.

Son dernier conflit lui fut fatal.

En début d’année 1741 les religieuses du couvent de S. Girolamo entrèrent en conflit avec le Patriarche. Elle eurent recours au Conseil des Dix pour obtenir satisfaction.

Condamné, le Patriarche Correr décida de quitter temporairement Venise et de se rendre dans le palais de famille des Alauta, à Montagnana. C’est en ce lieu (et non à Venise comme c’est trop souvent mentionné à tord) qu’il est mort, le 17 mai 1741, « in due giorni di colpo apopletico e da certo infiammato vapore » (fièvre et apoplexie). Cette mort soudaine et ses circonstances, ainsi que les symptômes de la maladie ont fait rapidement courir la rumeur que la patriarche avait été trahi par une personne corrompue, envoyée par Froullay pour l’empoisonner. L’ancien ambassadeur n’avait, en effet, jamais oublié les tords subis dans l’affaire dans laquelle il avait été impliqué.

Le corps du patriarche fut ramené à Venise, il eût droit à des funérailles solennelles et fut enterré dans l’église patriarcale.

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