Le baiser de l’Excelsior

A l’occasion de la Biennale de Cinéma de Venise de 1955, Sofia Villani Scicolone (mondialement connue sous son nom de scène : Sophia Loren) pose en robe estivale fleurie dans le décors de l’hôtel Excelsior, au Lido de Venise.

Sophia Loren

Pendant cette séance de photographies, elle est rejointe par sa sœur, Anna Maria Villani Scicolone. Les paparazzi présent, continuent de prendre des photos, et demandent aux deux sœurs de poser ensemble.

Sophia Loren et Anna Maria Scicolone 003

The Sisters

Anna Maria est la fille illégitime de l’ingénieur Riccardo Scicolone et Romilda Villani, professeur de piano et sosie de l’actrice Greta Garbo. Elle est la cadette de Sofia, son unique sœur. Elles passent une enfance et une jeunesse difficiles à Pouzzoles, à une quinzaine de kilomètres de Naples avec leur mère.

Elle épousera Romano Mussolini en 1962, fils du Duce Benito Mussolini. Romano Mussolini est le troisième fils du dictateur Benito Mussolini et de Rachele Guidi. Il n’a jamais eu d’activité politique, et s’est au contraire affirmé comme l’un des meilleurs musiciens de jazz italiens.

Anna Maria Scicolone mène une de chanteuse et de personnalité de la télévision italienne. Ils ont deux filles, Alessandra et Elisabetta. Auparavant députée (1992-2004 et 2008-2013) et sénatrice (2013-2014), Alessandra Mussolini est députée européenne depuis 2014, avec Domenico Scilipoti et les députés de la Ligue du Nord, c’est également la seule élue du Peuple de la liberté à ne pas voter la confiance au gouvernement Monti le 18 novembre 2011.

Sophia Loren & Anna Maria Scicolone 002

A un moment, Sophia embrasse fraternellement sa sœur, ce qui a pour effet d’exciter les paparazzi présents… surtout ceux qui ont manqué ce bref instant de tendresse et de complicité fraternelle.

Sophia Loren & Anna Maria Scicolone 005

Un abbrassio, un bacio !!

C’est le chahut dans la meute, les photographes crient et gesticulent, la séance jusqu’alors calme devient la foire.

C’est alors que tout bascule, Sophia saisit sa sœur à deux mains, et l’embrasse à pleine bouche dans un baiser qui n’a plus rien de fraternel.

Sofia embrasse Anna

Sophia Loren et Anna Maria Scicolone 011

La nostra democrazia è sterminio

Il est minuit et demi, ce 12 décembre 1979 lorsque Gemma Schiocchet Lis est reveillée par des hurlements terrifiants provenant de la corte Canal, dans le sestiere de Santa Croce.

Corte Canal

Certains pensent que des profondeurs de la terre, des énergies néfastes s’échappent en des points bien précis. Cette zonne de Venise, dans le quartier de Santa Croce est certainement l’un d’eux : c’est près de là que se trouve San Zan Degola et où se trouvait la taverne de Biasio, Il Mostro di Venezia.

 Jute une coïncidence ?

Cette nuit, au pied des palais si proches de la gare centrale, en face du numéro civique 656 se joue un drame.

Gemma entends des cris, se lève et va à la fenêtre.

Dans la pénombre des réverbères, elle voit deux personnes qui en poursuivent une autre. Il rattrapent ce jeune homme juste en face de sa fenêtre et le jettent violemment, à plusieurs reprises contre le mur.

Puis, les deux assaillant sortent des couteaux de leurs vestes, et les lames s’enfoncent à plusieurs reprises dans le corps de leur victime, dans le dos, la poitrine et à la tête. Ce jeune homme finit par s’effondrer sur le sol dans une mare de sang pendant que ses meurtriers prennent la fuite.

De suite Gemma, qui a tout vu, appelle à l’aide, mais il est déjà trop tard pour Claudio Costa, un jeune toxicomane de vingt-deux ans qui a succombé.

Dans un premier temps, la police privilégie la thèse d’un règlement de compte entre consommateurs de hachisch, et arrête même deux amis de la jeune victime : Gianni Zanata et Salvatore Sedda.

Rio Marin

Cependant, le témoignage très précis de Gemma les met hors de cause, et permet aux policiers d’établir un portrait robot des deux tueurs.

A une trentaine de mètres du corps du jeune toxicomane, ils découvrent une paire de lunettes de soleil, de type Ray-ban qui n’appartiennent pas à la victime, mais sont souillées de son sang. C’est le premier des indices qui les mèneront jusqu’aux deux assassins.

Ils parviennent à retracer avec assez de détails le scénario des faits :

Tout a commencé sur le campo dei Tedeschi, puis s’est poursuivi le long du rio Marin.

En novembre 1980, la rédaction de Mestre du Gazzetino reçoit une enveloppe, envoyée de Bologne, qui contient une sorte de manifeste écrit en caractères pseudo-runiques et garnis de symboles nazis : l’aigle du Troisième Reich, la croix gammée et la devise « Gott mit uns ». Il est signé d’un acronyme étrange « Ludwig« .

Revendiations Ludwig

Cette lettre revendique trois meurtres : celui de Guerrino Spinelli, 33 ans, dont la voiture où il dormait à été aspergée d’essence avant d’y mettre le feu, le 25 août 1977. Celui de Luciano Stefanato, un serveur, gay, de 44 ans, poignardé dans sa voiture le 18 décembre 1978 à Padoue, et enfin, celui de Claudio Costa.

« Ludwig » va ainsi continuer à s’attaquer à des personnes jugées « différentes » et des « lieux de vices » …

Ces meurtriers en série vont sévir dans tout le nord de l’Italie jusqu’au 4 mars 1984 à Castiglione, quand, alors qu’ils charriaient des bidons d’essence pour mettre le feu à une boite de nuit, un lieu de perdition et de corruption, ils sont pris en flagrant délit par les carabiniers.

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Wolfgang Abel et Marco Furlann nés en 1959 pour le premier, en 1960 pour le second ont commis au moins 28 meurtres dont seulement 15 leur ont été reprochés par la justice.

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Le 10 février 1987, après plus de 21 audiences auxquelles les deux accusés ne se sont jamais présentés, la cour d’assises de Véronne les a condamné à 30 ans de réclusion chacun.

Pour aller plus loin : Storie di fuoco, sangue, follia de Monica Zornetta, chez Dalai Editore (18 ottobre 2011) ISBN-13 : 978-8866202578

 Ludwig. Storie di fuoco, sangue e follia

Pugilat à la mairie de Venise !

Depuis que Luigi Brugnaro a été élu maire de Venise, les responsables et compétiteurs des associations de régates à Venise demandaient à être reçus.

Ce n’est qu’hier, à la veille de la cérémonie de remise des prix de la Régate Historique, que cette réunion à été organisée, les régates traditionnelles à Venise ne semblant pas être une priorité pour la nouvelle équipe municipale.

Se sont donc présentés à la Ca’ Farseti, mairie de Venise, Gaetano Bregantin, le président de l’association, Roberto Busetto, Rudi Vignotto, Gloria Rogliani, et, le secrétaire, l’avocat Marino Almansi, pour être reçus par le nouveau maire, pour la première fois depuis qu’il a été élu en mai.

Régate Historique 2015

La délégation est entrée dans la grande salle du conseil, où, outre le maire, les attendait le conseiller municipal délégué à la Voga e alle Tradizioni, le juriste Giovanni Giusto, qui, il y a deux ans, fut lui aussi président de la coordination des associations de l’aviron.

A un moment de la discussion, il a été dit, de la part des marins « La ville ne fait rien ! » (sous entendu, on attend les subventions, d’être reçus et entendus, de savoir quoi pouvoir faire l’an prochain, etc.)

Il était simplement question de rémémorer au maire fraîchement élu, les promesses de campagne électorale, qu’il a fait il y a quelques mois. « Abbiamo una battaglia comune per la città, vogliamo rilanciare la voga e le nostre tradizioni. Non sembra questo l’atteggiamento migliore per lavorare insieme. » disait le candidat… au mois d’avril dernier.

Le maire a perdu son sang froid et a commencé à hurler, injurier et menacer.

Luigi Brugnaro hors de lui à l'issue de la réunion

Lorsqu’ils ont accusé Giusto de n’avoir jamais répondu à leurs demandes de le rencontrer, celui-ci n’a rien eu d’autre à rétorquer que « ma mère était malade » avant de se jeter sur eux pour tenter de les frapper.

La réunion s’est terminée en rixe que les huissiers, intervenus rapidement, ont eu quelques peines à calmer.

Le quotidien vénitien La Nuova di Venezai e Mestre parle de scène de far-west !

La remise des prix de la Régate Historique, qui devait avoir lieu aujourd’hui au Malibran est reportée à… plus tard ?

Décidément, la nouvelle équipe municipale n’a pas encore fini de nous faire rire (de honte).

The Merchant of Venice

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Le Marchand de Venise (William Shakespeare’s, The Merchant of Venice) est un film américano-italo-anglo-luxembourgeois de Michael Radford sorti en 2004, et une adaptation de la pièce éponyme de William Shakespeare écrite entre 1596 et 1598.

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Le film suit la vie des quatre personnages principaux au travers de leurs dessins propres et de leurs interactions. Si le film est fidèle au texte original, l’antisémitisme de l’époque de Shakespeare a toutefois été atténué pour être compris des spectateurs ne connaissant pas le contexte historique du Marchand de Venise.

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Le film se déroule dans la capitale de la République de Venise ; Venise et à Belmonte Calabro, où réside Portia. Le personnage de Bassanio, doit, afin de demander sa main, passer une épreuve imposée par le défunt père de Portia et réunir 3 000 ducats pour financer son voyage. Il demande à son ami, le marchand Antonio de les lui prêter. Cependant, comme tous les navires de ce dernier sont en mer, Antonio emprunte la somme à un usurier juif, Shylock en échange d’un contrat particulier. Shylock, qui déteste Antonio (qui prête sans usure à ses amis et le malmène constamment) lui impose une condition : en cas de défaut de paiement, Shylock sera libre de prélever une livre de chair sur Antonio. Antonio signe et la quête de Bassanio débute. Le film débute avec un texte et un montage de la façon dont la communauté juive est maltraitée par la population chrétienne de Venise. L’un des derniers plans du film attire également l’attention sur le fait que, comme n’étant plus juif, Shylock est chassé par sa propre communauté et n’est plus autorisé à vivre dans le ghetto de Venise.

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Comme la plupart des réalisateurs qui adaptent Shakespeare, Radford ne choisit donc pas de débuter son film par les premiers mots du texte dramatique, mais hors champ ou au-delà du texte, sur un mode visuel ou « pré-textuel » destiné à montrer le contexte et à englober le récit dramatique dans un récit filmique plus large. Par exemple, les séquences d’ouverture offrent souvent des vues de cité filmées en plans d’ensemble, sortes de « cityscapes » attractifs qui permettent d’introduire le spectateur sur le lieu de l’action sur un mode didactique et descriptif.

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La séquence alterne donc les vues de la foule bigarrée et compacte qui se presse sur le Rialto, les hommes coiffés de l’infamant couvre-chef et le rouleau historique explicatif : « In the daytime any man leaving the ghetto had to wear a red hat to mark him as a Jew ».

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Les vues de masques grinçants de la commedia dell’arte ou les visages aperçus de manière fugitive dans la foule, Antonio (Jeremy Irons), puis plus loin Shylock (Al Pacino) filmé en plan rapproché, sont suivis du texte à nouveau : « The Jews were forbidden to own property. So they practised usury, the lending of money at interest. This was against Christian law. […] The sophisticated Venetians would turn a blind eye to it, but for religious fanatics, who hated the Jews, it was another matter… ».

Angelino Alfano : « maschere e burqa, aucune interdiction »

La phrase semble anodine, mais elle est symptomatique !

Le ministre de l’intérieur italien, à l’issue d’une réunion sur la sécurité qui sera mise en place lors du prochain carnaval de Venise a clairement mis sur le même plan, l’utilisation des masques de carnaval et le port du voile islamique.

« Il n’y a pour le moment, aucune planification de nouvelles lois pour réglementer l’utilisation de la burqa, ou plutôt, le niqab, le voile qui ne laisse que les yeux découverts des femmes musulmanes qui le portent , dans notre pays » a assuré le ministre de l’intérieur.

Alfano a déclaré : « Nous avons maintenant des initiatives législatives. En Italie, vous êtes libre de prier, mais pas de faire l’éloge de la haine. Nous avons déjà expulsés 60 personnes dont 4 imams.« 

burqa a Venise

Les musées de Venise vont accroitre leurs mesures de sécurité, une centaine de policiers supplémentaires seront déployés lors des grandes manifestations dans la cité lagunaire. L’accès à certains monuments et lieux de Venise sera restreint, notamment pour les personnes que l’on ne peut identifier (masques ou burqua).

Brugnaro : touristes, venez au Carnaval !

Le maire d’extrême droite de Venise, a entrepris de calmer les professionnels du tourisme inquiets des conséquences du plan « de sécurité » qu’il vient de mettre en œuvre.

« Le maschere? A carnevale ci saranno, eccome« 

La reprise en main sécuritaire de Venise

D’après Luigi Brugnaro, bien sûr que les touristes seront présent pour le carnaval, même s’ils doivent désormais payer et réserver pour accéder au plus beau salon du monde, et à ses monuments et musées. La piazza ne sera accessible qu’aux porteurs d’un pass réservé préalablement par Internet, et sur lequel ils seront identifiés et fichés.

Le fichage des touristes se fera également avec la collaboration active des hôteliers qui devront transmettre en temps réel les fiches de séjour aux autorités.
Pour ce qui est des touristes qui souhaiteraient résider en appartements : la nouvelle municipalité a déclaré la guerre à ce type de logements, et la police effectue désormais des contrôles fréquents, avec de fortes ammendes à la clef (pour les locataires, pour certains propriétaires, mais pas pour les intermédiaires et propriétaires vénitiens – cherchez l’erreur).

« Diciamo a tutti di venire qui, a Carnevale, dove verranno identificati, come si è sempre fatto, coloro che, in maschera, non intendono fornire le proprie generalità, potendo anche contare sull’efficace sistema di identificazione dei turisti in albergo. Ma diciamo di venire anche a Natale, quando proveremo, in una città sicura, a proporre un segnale in controtendenza, con iniziative sul territorio.« 

Du moment que vous payez, donc, pas de problème : touristes vous pourrez venir. Quand à celles et ceux qui, masqués, ne pourront être identifiés, les autorités comptent sur l’efficace système de contrôle dans les hôtels.

Et puis, si vous pouvez payer, venez donc aussi à Noël !

« Oltre alle operazioni con la polizia per il presidio del territorio da settembre, ci siamo messi al lavoro sul tema dell’antiterrorismo, pensando che il 13 dicembre aprirà la Porta Santa a San Marco. Abbiamo così un piano, che incrementerà la vigilanza anche nei musei, con punti di controllo, prima della Piazza, che non saranno effettuati in massa, ma saranno puntuali, su persone sospette, per identificarle. Aumenterà insomma la difesa passiva, anche perché l’intelligence non ci ha segnalato nessun allarme terrorismo.« 

 Carnevale 2016

Carnaval et terrorisme

Les récents actes terroristes commis à Paris, sont la raison invoquée pour mettre en place un projet qui tenait à cœur depuis longtemps aux plus xénophobes des vénitiens, désormais conduits par le nouveau maire d’extrême droite.

Anti terrorismo per Carnevale

Le carnaval est, depuis la nuit des temps, un moment de libertés sans limites. Il sera désormais, au nom de la lutte anti-terroriste, sous « surveillance étroite ».

Grâce à ce prétexte, des idées reléguées depuis longtemps seront « enfin » mise en application. La solution trouvée est vieille comme l’extrême droite dans la lagune : le numero chiuso (comprenez la limitation du nombre de personnes autorisées à venir à Venise pendant le Carnaval).

Numero Chiuso

Quand au moyen pour contrôler les foules, c’est aussi la plus vieille recette lagunaire qui est réemployée : l’argent !

Désormais, pour accéder à la piazza San-Marco si l’on est pas résident, il faudra réserver par avance, et commander un Pass sur Internet.

L’accès à la célèbre place ne se fera que par 5 points de passages (voir notre photo ci-dessous) à une heure choisie par avance et pour un temps pré-déterminé en fonction de la somme que vous aurez dépensée pour l’achat du pass. Un test grandeur nature a été récemment effectué lors de funérailles nationales de Valeria Solesin qui ne furent accessibles qu’à des personnes triées par les autorités.
Quand le maire de Venise avait annoncé que la piazza San-Marco ne serait plus privatisée, nous aurions aimé y croire.

Accès à San-Marco avec le Pass

Ombrelle Bartolomeo Marforo

Chacun-e de nos lectrices et lecteurs aura remarqué cette enseigne qui subsiste à l’angle de deux calli très fréquentées du sestiere de San-Marco.

Bartolomeo Marforo

C’est tout ce qui nous reste, du souvenir d’un célèbre fabriquant de parapluies qui avait sa boutique à cet endroit au siècle dernier, et qui a fourni sans faillir toute les familles vénitiennes en produits de très grande qualité.

Ombrelle Marforo

Aujourd’hui, les parapluies vénitiens sont fabriqués dans l’ouest de la Chine et à chaque coup de vent sur la lagune viennent finir dans les poubelles, ou sont abandonnés n’importe où…

San Cristoforo della Pace

Le 2 juin 1424, le doge Francesco Foscari a donné l’ile San Christofano et l’hospice dédié aux saints Cristoforo et Onorio au florentin Giovanni Brunacci, religieux de l’ordre de S. Brigida (ancien ordre de Sainte Cécile à Rome, récemment réformé).

Puis, le 25 novembre 1436, grâce à l’arbitrage du Saint Evêque Lorenzo Liustiniano, le couvent est passé à Frère Simone da Camerino, recteur des Ermites Augustiniens du Mont Ortone, un homme distingué par son attachement au caractère sacré de la vie, la profondeur de ses connaissances, ses compétences diplomatiques, qui a accentué le culte de la Vierge et la vie religieuse de son Ordre.

Avec ses compagnons, il a développé le jardin et le Fra Alberi y a planté quantité d’oliviers transportés depuis le Mont Ortone, symbolisant, pendant les vingt année de médiation, la volonté de paix voulue par le moine ermite. Le moine intelligent, avec l’aide de la Vierge, qui avait promis la paix, a mené une longue mais fructueuse diplomatie entre Venise et Milan : La paix de Lodi a finalement été signée le 9 avril 1454. Après la signature de la paix, la concession devint don, ce qui fut fait en récompense pour sa médiation fructueuse dans la paix entre la République Sérénissime et Francesco Sforza, duc de Milan. Désormais indépendant, il a fait rénover le monastère et construire la nouvelle église. C’est depuis cette époque que le couvent et l’île se sont appelés San Cristoforo della Pace et furent unis à la paroisse de San Cantiano, tout en maintenant aux évêques de Torcello la juridiction spirituelle de la chapelle San Onorio.

L’église de San Cristofano (ou Cristoforo) était de bonne architecture, à une seule et longue nef. Un centre de la nef, un chœur venait la rompre, jusqu’au toit, finement orné de marbres. Sous le chœur, on ajouta la sépulture de Girolamo Barbaro, mort en 1488 et de Pietro Veruvio qui est mort dans l’année qui a suivi son travail sur la façade de l’église. A partir de la moitié de l’église, quatre spacieuses chapelles. La première fut voulue par Monseigneur Luca Stella, archevêque de Zara, puis Évêque de Padoue, lequel étant mort, resta ainsi imparfaite, bien que son corps ait été enterré près de l’arche voisine de Monseigneur Gio. Finetti, archevêque de Zara. L’autre chapelle était celle de la famille Duodo. C’est au sol de celle-ci qu’était la sépulture de Critofano Duodo, procurateur de Saint-Marc, mort en 1495. Près de là, on pouvait voir la sépulture de Camillo Cautio, grand homme de lettres, mort en 1534. Ensuite venait la chapelle Morosina dédiée à San Nicolo, où furent par la suite ajoutées deux sépultures d’Antonio et Francesco Seza. Dans la chapelle voisine, à côté du chœur, une peinture sur bois de Francesco Rizzo, réalisée en 1519, avec Saint Nicolas, Saint Antoine l’abbé et Sainte Catherine. Au dessus du chœur, l’orge, sans artifices, a été fabriquée comme celle de San Marco. Entre le chœur et la chapelle suivante, il y avait une grande toile qui représentait la Paix conclue par fra Simeone.

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Comète et peurs

Dans le ciel de Venise passe une comète avec une longue queue d’argent. Naturellement, les gens du peuple pensent que le phénomène est une prophétie annonciatrice de malheur.

Nous sommes le 18 novembre 1618, et à cette époque, les vénitiens ont peur de tous et de tout, et le Conseil de Dix ne manque pas d’abonder dans le sens de chaque « découverte d’un réel danger pour la Sérénissime ».

Venise, par Claudine Dossarps

Venise, par Claudine Dossarps

La première peur est le feu :
Nous sommes à quelques années seulement après le terrible incendie au Palais ducal de 1577 qui ouvre vers de nouvelles peurs, toutes centrées sur les risques hypothétiques de feu et d’explosions : le feu peut surgir ne importe où et partout des saboteurs astucieux peuvent faire sauter tout ou partie des bâtiments. Il ya ceux qui se imaginent un incendie ou une explosion dans une cheminée, dans diverses salles, même dans les latrines, dans les prisons, dans le clocher, la forteresse du Lido, dans le grenier de la Chancellerie, à Rialto, dans les échoppes, dans les magasins autour de la place S. Marco…

Francesco Guardi, Incendio nel deposito di olio a San Marcuola, Venezia 1789, Alte Pinakotek Monaco di Baviera..

La seconde grande peur est l’atteinte à la sécurité de la République :
Il y a ceux qui imaginent une possible attaque pendant le carnaval.

Circulent des listes d’espions et de traîtres, et l’on montre du doigt certains individus. Les Vénitiens sont prompts à craindre trahisons et conspirations, il ya ceux qui arrivent à imaginer des attaques combinées complexes par terre et par mer pour renverser la République, parfois avec une ressemblance frappante avec le projet de coup d’État attribué cette même année 1618 à Bedmar et Ossuna.

La quantité de suspicions dans les décennies entre la fin du XVIème siècle et le début du XVIIème est vraiment incroyable.Le Conseil des Dix ne néglige aucun des avertissements des citoyens, souvent motivés par l’amour du pays et l’argent. Les inquisiteurs d’État invitent les autorités compétentes à faire des inspections minutieuses et à prendre les mesures de protection appropriées, même si, bien sûr, il reste peu de témoignages de ces dangers qui furent attestés.

Venise au temps de Casanova

In memoriam – Valeria Solesin

Vous avez été nombreuses et nombreux à vous mobiliser, hier, suite à notre appel, et nous vous en remercions sincèrement. Après 24 heures passées sans nouvelles d’elle, il a fallu se rendre à la terrible évidence.

#rechercheParis

Dimanche dans la matinée, la Préfecture de Police de Paris a contacté la famille Solesin à Venise, pour les informer qu’une victime décédée portait des vêtements qui correspondaient à la description qui en avait été faite. Le Consul Général d’Italie, Andrea Cavallari, l’a identifiée et confirmé la nouvelle que toutes et tous redoutaient dans la lagune.

Le consul d'Italie à Paris, Andrea Cavallari, confirme la mort de Valeria

Le consul d’Italie à Paris, Andrea Cavallari, confirme la mort de Valeria

Dario, le frère de Valeria s’est immédiatement rendu à Paris, reconnaître la dépouille.

Valeria Solesin et son frère Dario

Valeria Solesin et son frère Dario

Son sort émeut l’Italie tout entière qui a pu mettre un visage sur sa peine. Le Président de la République Italienne, Sergio Mattarella, a invité ses parents :

« Carissimi genitori di Valeria, Vi scrivo per farvi giungere il cordoglio e la solidarietà, miei personali e dell’Italia intera, sapendo che nulla potrà lenire il vostro grandissimo e composto dolore. Valeria era figlia d’Italia e figlia d’Europa. È stata uccisa da mano barbara, fomentata dal fanatismo e dall’odio contro la nostra civiltà, i suoi valori di democrazia, di libertà e di convivenza. Valeria è stata uccisa, insieme a tanti altri giovani, perché rappresentava il futuro dell’Europa, il nostro futuro. Insieme a tanti Paesi amici risponderemo con intransigenza a questa micidiale sfida di morte e di sopraffazione. Come accadde durante gli anni del terrorismo interno, lo faremo senza mai far venire meno le ragioni del diritto e della giustizia, che fondano la nostra civiltà, ma con determinazione. Li dobbiamo a Valeria, lo dobbiamo a tutte le vittime, lo dobbiamo a voi carissimi genitori. Vi sono particolarmente vicino e partecipo con profonda commozione alla vostra sofferenza ».

La dignité de ses parents répondant à la presse italienne est impressionnante.

Luciana et Alberto Solesin

Le père, le professeur Alberto Solesin, devant sa maison de San Marcualo, raconte les faits, cherchant à les mettre à distance, et fait preuve d’une grande dignité et d’une patience rare devant la presse.

La mère, Luciana Milani : « Je voudrais que l’on se souvienne de notre fille comme d’une personne merveilleuse. Elle restera pour toujours dans nos cœurs comme notre fille mais également comme une étudiante, une citoyenne qui nous manquera énormément mais qui manquera beaucoup à l’Italie. Les gens comme elle sont importants » puis elle raconte que Valeria « aidait les sans-abri de Paris, ce qui démontre son désir de connaître toutes les facettes de la société. »Pour décrire sa fille, elle évoque « une citoyenne, une érudite ».

Valeria Solesin, 28 ans, vénitienne, doctorante en sociologie à Paris-1–Panthéon-Sorbonne, vivait à Paris depuis six ans, après des études au Liceo scientifico Benedetti de Venise jusqu’en 2006, et lauréate en Sociologie à Trente. Elle poursuivait des recherches sur la place des femmes dans la société, la conciliation famille-emploi, en comparant les modèles français et italien (voir son profil de doctorante). Elle était aussi très engagée dans l’aide auprès des sans-abris à Paris, après avoir été aussi bénévole pour l’ONG italienne Emergency, qui fournit un soutien médical dans les zones de guerre ou de pauvreté. Son fondateur, le chirurgien de guerre Gino Strada, lui a rendu hommage sur Facebook : «Au revoir Valérie, et merci, écrit celui qui a reçu en octobre le prix Nobel alternatif. Nous avons eu la chance de te rencontrer et de t’apprécier, d’abord à Venise puis à Trente.»

Gruppo Emergency di Trento

Le concert de vendredi était un cadeau offert à sa belle-sœur, Chiara, qui vient d’être diplômée, et qui était venue avec Stefano Peretti, son fiancé originaire de Vérone. A part Andrea Ravagnani, son compagnon, légèrement blessé à l’oreille, ses proches sont sortis indemnes de l’attentat. « Elle adorait la musique, elle était de celles qu’on croise toujours aux concerts, décrit l’un de ses amis italiens, lui aussi un temps installé en France. Elle était le visage souriant et la tête bien faite de la jeune communauté italienne de Paris ».

Luigi Brugnaro

Le maire de Venise, Luigi Brugnaro, a présenté ses condoléances à la famille, mais nous attendons bien plus de lui :

Avec de nombreux vénitiens, nous aimerions que la mémoire de Valeria Solesin soit à jamais gravée à Venise, sous la forme d’un nizioletto pour que chacun-e puisse se souvenir d’elle, pourquoi pas un campo Valeria Solesin près de l’endroit où elle est née ?

Photo de Mirko Manzin

Photo de Mirko Manzin

Les 132 victimes de la barbarie, le 13 novembre 2015, à Paris,  étaient de 14 nationalités différentes.

Recherchons Valeria Solesin

Nous recherchons activement une jeune vénitienne du centre historique, qui a disparue depuis vendredi soir, suite aux évènements survenus à Paris !

#rechercheParis

#rechercheParis

Valeria Solesin, originaire de Venise, est étudiante en sociologie à la Sorbonne, à Paris.

Vendredi soir, elle se trouvait au Bataclan pour le concert du groupe de rock metal Eagles of Death Metal, avec son petit ami Andrea Ravagnani et deux autres amis, Chiara et son fiancé Stefano. Ils se trouvaient proche de l’entrée lorsque les assaillants ont commencé à tirer. Quand une personne près d’eux a reçu une balle dans la tête, ils se sont enfuis, Andrea dans la fuite, a pris le sac de Valeria, qui contient ses papiers et son téléphone, ce qui fait que désormais, la jeune fille ne peut, ni être identifiée, ni communiquer.

Pour le moment, elle ne figure pas dans la liste officielle des personnes décédées.

Impossible de savoir si elle est au nombre des blessés, ni dans ce cas, où elle est, dans quel hôpital.

A la radio, une femme a déclaré, qu’après avoir fui la salle de spectacle elle avait trouvé refuge dans un appartement où se trouvaient également d’autres personnes, dont une italienne accueillie comme elle. Cette information laisse un mince filet d’espoir qu’elle soit saine et sauve (mais dans ce cas, elle aurait déjà donné de ses nouvelles).

Si un ou une de nos lecteurs et lectrices avait le moindre indice, merci de contacter la journaliste Anna Buccio qui coordonne cette recherche : https://twitter.com/zobeidene

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