Les signore putane supplient le Patriarche

Sanudo nous indique que, en 1509, il y avait bien 11.654 prostituées dans Venise, chiffre qui est confirmé par le frère prédicateur Bernardino Ochino.

Elles représentaient environs 5% de la population de l’époque, 10% de la population féminine, et plus de 20 % des femmes en âge de pratiquer la plus ancienne profession…  (sans que nous ne sachions à partir de quelle âge elles étaient censées pouvoir le faire ?).

Courtisane

Le 27 mars 1511, les « signore putane » envoient une supplique au Patriarche Antonio Contarini car « nessuno va da loro a cagione dei peccati contro natura » plus personne ne va vers elles à cause des pêchés contre nature. 

Elles le prient, en quelque sorte, de remédier à leur drame.

Nous ne savons pas si le Patriarche est réellement intervenu pour arranger les choses, et dans le cas où il se serait investi dans cette croisade contre le vice, nous ignorons quelles mesures il a bien pu prendre.

Par contre, nous savons que le Conseil Major a plusieurs fois légiféré à ce sujet, et qu’à chaque fois, les prêtres ont été mis à contribution, par l’affichage dans leur paroisse, et par le rappel en confession. Faut-il y voir un lien ?

Pietro Bertelli, Courtisane à Venise (Diversarum Nationum Habitus. 1589. London, British Library).

Terrible séisme

Dans la chronique du 26 mars 1511 :

 Francesco Tironi - Isola di San Secundo

 … capitò un teremoto che durò per spatio di un miserere ed alquanto più, che fu assai grando lo scosso, che a memoria d’uomeni non ne fu il maggiore, di gran spavento a tutti… arrecò molti danni alla Basilica di San Marco et el campanil per il mover si risentì in la zima molto et si averse, adeo el zorno seguente non si potè sonar nè terza, ni meza terza, nona, vesporo, ni altra campana; cossa che mai è stata in questa terra, senza sonar tal hore, un zorno.

Venise est touché par un séisme si puissant, que, de mémoire d’homme on n’en avait pas connu de si terrible, semant la désolation dans la lagune.

La basilique San Marco a subit de nombreux dégâts ainsi que son campanile, pendant plusieurs jours, les cloches ne pouvaient plus sonner.

Fondation de Venise

La tradition veut que ce jour du vendredi 25 mars 421, sur le coup de midi, soit née officiellement Venise.

Traditionnellement, le mythe fondateur relaté par la Cronaca Veneziana del Diacono Giovanni (Chroniques vénitiennes du diacre Jean, Xème-XIème siècle) raconte que ce jour-là, furent jetées les bases de l’église San Giacomo di Rialto (mais l’église actuelle ne remonte qu’au IXème siècle).

Cette affirmation se base sur un document, lié à la visite des trois Consuls de Padoue, afin d’installer un comptoir commercial sur  les îlots du rivus altus (qui est devenu par la suite le Rialto). Les historiens considèrent le document authentique, et l’histoire de la fondation de Venise, au départ, simple comptoir commercial, comme plausible.

Depuis, et jusqu’à la chute de la Sérénissime République, chaque année le 25 mars, le doge et l’ensemble de la seigneurie se rendaient dans la basique San Marco pour y célébrer la fondation de la ville.

Les fouilles archéologiques ont révélé que les îles et le cordon littoral de la lagune étaient déjà occupés par les hommes au temps de l’empire romain. Il s’agissait surtout de pêcheurs, appelés les incolae lacunae (« habitants de la lagune »), exploitant les salines et vivant dans des hameaux. Depuis 1995-2000, les découvertes sur des sites aujourd’hui immergés révèlent la forte densité de peuplement dans certaines zones. Les vestiges de l’époque romaine sont sous un ou deux mètres d’eau. Des bouleversements hydrographiques, ainsi que la transgression marine, provoquèrent des inondations, et obligèrent la population à évacuer la plupart des îlots aux Vème et VIème siècles : de sorte que lorsque Cassiodore, fonctionnaire du royaume ostrogoth, décrivit la lagune en 537-538, elle offrait un paysage de roseaux et de vase, où quelques pêcheurs menaient une vie chiche et étriquée.

Mosaïques de Saint Jean de Torcello

Le kaiser Guillaume II prépare sa guerre à Venise

Le Hohenzollern dans le bassin de San Marco

Ce dimanche 24 mars 1912, le Kaiser Guillaume II arrive à Venise.

Le roi Victor-Emmanuel est arrivé le lundi matin, 25 mars, à Venise, à 8 heures 35, il est acclamé par la foule.

A dix-heures, le roi s’est rendu à bord du Hohenzollern, accompagné du marquis di San Guiliano, ministre des Affaires étrangères. Il a été salué à son arrivée par les salves des navires italiens et allemands et les hourras des équipages.

La rencontre de l’empereur Guillaume et du roi Victor-Emmanuel a été extrêmement cordiale ; les souverains ses sont embrassés deux fois. L’empereur et le roi ont ensuite conféré en présence du ministre des Affaires étrangères.

Le roi Victor-Emmanuel repart le soir même pour Rome 

L’empereur Guillaume II quitte Venise le mardi 26 mars, à bord du Hohenzollern, accompagné du prince et de la princesse Auguste-Guillaume et de la princesse Victoria-Louise. Il est reçu ensuite dans la rade de Brioni par la flotte austro-hongroise.

Le Holenzollern II, yacht construit en 1892, , baptisés d’après le nom de la maison des empereurs d’Allemagne, fut le symbole de la volonté impériale d’apparaitre comme une grande puissance maritime. Ce deuxième Hohenzollern avait été construit par la compagnie AG Vulcan Stettin. Il mesurait 120 mètres de long, 14 mètres de largeur et 5,6 mètres de profondeur. Ce fut un yacht impérial de 1893 à juillet 1914. Jouet et passion du Kaiser Guillaume II qui y passait quasiment tout ses étés jusqu’à la déclaration de la Première Guerre Mondiale, ce bateau était une merveille de technologie, plus grand et plus rapide que beaucoup de paquebots de l’époque.

Hohenzollern

Arrivée d’Alexandre III au Lido

Le pape Alexandre III arrive le 23 mars 1177 à San Nicolò du Lido, pour négocier une paix entre Venise et l’empereur Frédéric Barberousse.

Le jour suivant, le doge Sebastiano Ziani, le Patriarche Enrico Dandolo et les plus hautes autorités ainsi que l’ensemble de la noblesse l’accompagnent dans la basilique San Marco. La foule est si grande qu’elle occupe non seulement le moindre recoin de l’église, mais également le « brolio« l’espace de terre qui a du Palazzo Ducale à l’église de l’Ascensione.

Le pape, qui ne repartira de Venise qu’en octobre suivant, logera dans la bâtiment du Patriarche de Grado, à San Silvestro.

Le traité de Venise (ou Paix de Venise) est conclu après la bataille de Legnano du 29 mai 1176, une défaite pour Frédéric Barberousse. Barberousse envoie rapidement ses négociateurs au pape Alexandre III à Anagni, en demandant que soit mis fin au schisme entre lui et l’antipape, Calixte III. Après l’accord préliminaire, une conférence était prévue pour juillet 1177. Barberousse essaie d’influencer les rivalités internes de la politique vénitienne dans l’espoir d’obtenir un pouvoir lui étant favorable au moment de la confrontation.

Le 24 juillet, le pape, depuis la basilique Saint-Marc, envoie une délégation de cardinaux de l’empereur qui se trouve dans le Lido, à l’embouchure de la lagune vénitienne. L’empereur reconnaît officiellement Alexandre comme pape et renonce au soutien de son antipape. Les cardinaux lèvent l’excommunication dont il était frappé. Sebastian Ziani, le doge de Venise, et Ulrich von Treven II, le patriarche d’Aquilée, escortent l’empereur jusqu’à Venise. Les délégués du roi de Sicile sont Romuald, l’archevêque de Salerne, un chroniqueur qui nous a laissé un témoignage de tout l’épisode, et le comte Roger d’Andria.

Dans le traité qui a été conclu, l’empereur reconnaît le droit des papes sur la ville de Rome, en dépit que la ville ne se rende pas au pape et qu’elle l’a forcé à la quitter en 1179. Quinze ans de paix sont conclus entre Barberousse et Guillaume II de Sicile, ouvrant la voie à la Sicile de l’âge d’or de la paix et la prospérité. De même une période de six ans de trêve est conclue avec la Ligue lombarde et les négociations devaient se poursuivre. L’empereur reconnaît finalement l’autonomie des villes lombardes, qui restent cependant dans la mouvance impériale, lors de la paix de Constance en 1183.

Paix de Venise (1177) : Alexandre III, l'empereur Barberousse et le Doge se rencontrent à Ancône - Girolamo Gamberato, Palazzo Ducale à Venise, Grande Salle du Conseil

Paix de Venise (1177) : Alexandre III, l’empereur Barberousse et le Doge se rencontrent à Ancône – Girolamo Gamberato, Palazzo Ducale à Venise, Grande Salle du Conseil

Retour des cendres de Daniele Manin

Daniele Manin

Hier à Montmartre, et aujourd’hui à Venise !

Cendres glorieuses d’un Génie italien !

De liberté vous êtes la devise ;

De deux nations vous l’amoureux lien.

Voilà la place, arène de vos exploits

Et le Palais qui rententi du cri

Au autrichiens fatal plus d’une fois :

« Résistera Venise à chaque prix ! »

[…]

Giovanni Tamburlini

 Daniele Manin

Le corps de Daniele Manin retourne à Venise le 22 mars 1868, environ deux ans après la libération de la ville. 

Cérémonie sur la Piazza

Ce n’est qu’à la fin de la troisième guerre d’indépendance que le corps retourne à Venise, où, après un long cortège funèbre le long de la Riva degli Schiavini, on accueille la dépouille sur la Piazza pour une fête en hommage au héros vénitien.

Les trois mâts devant le basilique San Marco portent le drapeau national, nommés d’après les trois royaumes du sud de l’Adriatique : Crète, Chypre et Morée, ils sont une partie des emblèmes de la République Sérénissime de San Marco.

Daniele Manin est mort en exil à Paris, le 22 septembre 1857. Son corps fut alors inhumé dans le cimetière de Montmartre, dans le tombeau de la famille Scheffer, aux côtés de sa fille Émilie qui mourut trois ans avant.

Les cendres de Danielle Manin, de sa femme et de sa fille ne furent autorisées à revenir à Venise qu’en 1866.

La dépouille du héros fut ensuite hébergée sous les voutes de la basilique, mais, suite aux plaintes des membres du clergé et des plus conservateurs des vénitiens, ainsi que de l’Accademie di Belle Arte, le conseil municipal a décidé de construire un mausolée sur le côté nord de la basilique, où, en 1913, sera également placé le corps de son fils Giorgio.

Le Réveil du Lion

En 1848 le lion ailé de saint Marc, emblème de Venise, devient le symbole de la liberté retrouvée.

Le réveil du lion est d’ailleurs le titre d’une lithographie satirique de 1848 représentant le fameux lion en train de mordre le postérieur d’un soldat autrichien.

Il ruggito del Leone

Alors qu’en 1797 le lion ailé représentait un ordre révolu, en 1848 il symbolise l’espoir de l’indépendance. La première affiche du Gouvernement provisoire de la République, rédigée par Daniele Manin en personne et qui appelle au calme, porte sur son en-tête le lion de saint Marc après plus de cinquante ans d’absence

La Gazzetta di Venezia exhibe à partir du 21 mars 1848 le lion de saint Marc avec au fond une forteresse sur laquelle flotte un drapeau, symbole de la terre ferme.

Gazzetta di Venezia

Alors que la guerre s’intensifie à partir du 29 janvier 1849, et conformément à la tradition, le lion tient désormais entre ses pattes non seulement le Livre, mais également une épée pour souligner l’effort de guerre qui aboutira à la proclamation de la résistance à tout prix au mois d’avril 1849.

Vers la fin du mois de mars, Manin reçoit une lettre signée d’un « vétéran » de la Sérénissime expliquant qu’il faut scrupuleusement appliquer les canons héraldiques dans la représentation du lion de saint Marc, car celle-ci est des plus fantaisistes. Bien qu’isolée, cette lettre s’inscrit dans un courant de restauration de la symbolique républicaine propre à Venise.

En 1848, le lion est donc un symbole politique identitaire, utilisé pour susciter l’adhésion du peuple vénitien dans un sursaut de patriotisme local. Or le symbole de saint Marc n’évoque pas seulement la cité de Venise, mais également son ancien empire. Aussi le drapeau de Venise se doit-il d’être un appel aux anciennes possessions adriatiques pour qu’elles se joignent à l’ancienne Dominante dans son combat pour la liberté. Cette idée de soulèvement des territoires de l’ancienne Sérénissime est l’aboutissement ultime de la « résurrection » de Venise : non seulement la ville renaît de ses cendres, mais l’empire est prêt à ressurgir, fondé cette fois-ci non plus sur la domination d’une cité, mais sur la lutte commune pour la liberté des peuples.

Giovanni Battista Pescetti

Fils de Giacinto Pescetti un facteur d’orgues, Giovanni Battista Pescetti est né à Venise dans une famille de compositeurs et facteurs d’orgues depuis plusieurs générations.

Il fut l’élève d’Antonio Lotti et se lia d’amitié dès cette époque avec Baldassare Galuppi avec qui il collabora à quelques reprises par la suite. Sa messe, comme test final de ses études, fut saluée par Johann Adolf Hasse. Il débuta au théâtre avec l’opéra Nerone detronato, représenté à Venise en 1725. En 1730 il est appelé à Rome par le Cardinal Ottoboni pour écrire la musique d’une fête théâtrale à l’occasion de la naissance du Dauphin de France.

Quatre ans plus tard, il remplace Nicola Porpora au Théâtre de la Noblesse à Londres, et se retrouve à la direction du King’s Theatre en 1738. L’année suivante, il publie un livre de Sonate per gravicembalo (1739). Il semblait donc voué à finir de grossir les rangs de la grande colonie italienne, avec tout son lot de conventions artificielles.

Canaletto - Place St Marc avec la basilique - 1730

Fuyant l’animosité des Londoniens contre les catholiques italiens, Pescetti retourne en Italie vers 1747. Il se consacre à la composition d’opéras et se fait particulièrement apprécier par ses œuvres comiques. Son dernier opéra, Zenobia, fut représenté à Padoue en 1761.

En 1762, Pescetti est nommé second organiste de St-Marc de Venise, le poste de premier organiste ayant été donné de préférence à Ferdinando Giuseppe Bertoni.

Orlandi étant mort à Florence, il postule pour devenir Maitre de la Cathédrale du Duomo dell’Oratorio de San Giovanni Battista et de la Cour du Grand Duché de Toscane à Florence :

« Gio: Battista Pescetti, Veneziano, Maestro di Cappella, per anni 14 ha composte in Londra l’Opere per quel Teatro; il simile ha fatto per tutti i più celebri Teatri d’Italia e, negli anni 1748 e 1749, fece le Opere per il Teatro di Via della Pergola [a Firenze]. In Venezia poi, suaPatria, oltre le Opere, ha fatte diverse Musiche nelle Chiese più riguardevoli; a tal che è attualmente richiesto per occupare il Posto di Primo Organista di S. Marco. (. ..) » mais le poste revient à Giovanni Nicola Ranieri Redi.

Il décède à Venise, le 20 mars 1766.

Saint Marc

Venise institue la propriété intellectuelle

Aux XIVème et XVème siècles, la délivrance de brevets pour des monopoles, par opposition aux innovations, était en gros identique sur le continent et en Grande-Bretagne.

Des concessions spécifiques semblables à l’octroi des privilegi à Venise n’étaient pas du tout inconnues, et on en trouve la trace dans les archives légales de nombreux pays.

Mais le 19 mars 1474, Venise se singularisa lorsque le Sénat promulgua un décret où, pour la première fois, les brevets étaient soumis à une loi générale, plutôt qu’à un système de demande et d’accord individuels.

Auparavant, quelques licences de monopoles avaient été accordées à des innovations. Mais avant ce décret, on ne demandait pas que l’invention soit absolument nouvelle pour attribuer des brevets. Et l’on n’exigeait pas du demandeur qu’il soit l’inventeur ou l’initiateur du dispositif pour lequel il formulait une requête. On ne sait pas si la loi a simplement codifié la pratique existante, en se conformant aux modes antérieurs d’attribution individuelle, ou si cela a constitué une nouveauté législative. Même si ce décret a reconnu formellement des pratiques coutumières de traitement de l’innovation à Venise, l’absence de loi générale antérieure lui donne de l’importance.

Decreto dell 19 marzo 1474

Le décret du 19 mars 1474 (Archivio di Stato di Venezia, Senato terra, registro 7, carta 32) :

« L’andarà parte che per auctorità de questo Conseio, chadaun che farà in questa Cità algun nuovo et ingegnoso artificio, non facto per avanti nel dominio nostro, reducto chel sarà a perfection, siche el se possi usar, et exercitar, sia tegnudo darlo in nota al officio di nostri provveditori de Comun. Siando prohibito a chadaun altro in alguna terra e luogo nostro, far algun altro artificio, ad immagine et similitudine di quello, senza consentimento et licentia del auctor, fino ad anni X.
Quella repubblica meriterà il nome di perfetta, che averà forze di resistere all’estreme invasioni e buoni ordini per tenere tranquillo il suo stato interno. Questa lode è dovuta per giustizia a quella di Venezia, poiché la sua libertà ottenuta con tanto vigore contro le maggiori potenze, e la sua quiete domestica, superano la memoria d’ogni altra. »

« Il y a dans cette cité et dans ses environs, attirés par son excellence et sa grandeur, de nombreux hommes de diverse origine, à l’esprit des plus inventifs et capables d’imaginer et de découvrir des machines variées et ingénieuses.
S’il était stipulé que personne d’autre ne pourrait s’approprier leurs travaux pour accroître sa propre réputation ou fabriquer les machines imaginées par ces hommes, ces derniers exerceraient leur ingéniosité, et découvriraient et fabriqueraient des choses qui ne seraient pas d’un mince intérêt et d’un mince avantage pour notre Etat.
Il est en conséquence promulgué par l’autorité de ce corps que quiconque dans cette cité fabrique une machine nouvelle et ingénieuse, qui n’avait jamais auparavant été fabriquée dans les frontières de notre juridiction, est tenu de l’enregistrer au bureau des Provveditori di Comun dès qu’elle a été mise au point, afin qu’il soit possible de l’utiliser. Il sera interdit à toute autre personne de notre territoire de faire une autre machine identique ou ressemblante à celle-ci sans l’accord ou la licence de l’auteur, pendant dix ans.
Si quelqu’un le fait, l’auteur aura la possibilité de l’assigner devant tout service de cette cité, qui pourra faire payer cent ducats au contrevenant, dont la machine sera détruite. Toutefois notre gouvernement pourra, s’il le désire, confisquer pour son propre usage toute machine ou instrument, à la condition que personne d’autre que les auteurs ne puisse les utiliser.« 

 

Bartolomeo da Mortegliano, prêtre et traitre

Dans la lutte qui a opposé Venise et Maximilien d’Autriche dans sa tentative de conquête de tout le Frioul, la prise de Marano était un objectif important.

Cet endroit, déjà fortifié par la nature, car au milieu de marécages et de lagunes, avait été admirablement fortifié par les vénitiens.

En, 1513, le noble dalmate Cristoforo Frangipane, au service des troupes impériales avait appris que son ennemi juré, le lieutenant Nicolò Tiepolo, homme énergique et infatigable, avait été rappelé de Marano, laissant le fort avec une petite garnison peu appropriée. Profitant alors de cette bonne occasion, il quitta Gorizia tôt le matin avec 400 chevaux et 600 fantassins.

Arrivé à proximité de la ville, il envoya un signal à Bartolomeo da Mortegliano, un prêtre qui se présenta à Marano avec l’excuse d’en emporter des biens qui lui appartenaient, réussit à entrer dans la ville avec l’aide et le consentement de son ami Alessandro Marcello. Puis, par trahison, il ouvrit les portes de la ville aux troupes de l’Empire qui y pénétrèrent et s’emparèrent facilement de la forteresse le 13 décembre 1513.

Puis ce prêtre traitre à la Sérénissime, tenta de renouveler son exploit à Portogruaro, mais il fut découvert et arrêté, transporté enchaîné à Venise où il fut présenté devant la terrible Inquisition d’État.

D’abord condamné à mort, il fut livré, le 18 mars 1514 à l’autorité ecclésiastique pour y être défroqué, et que le clergé se charge de le faire disparaître à jamais.

Frangipane

Santa Maria della Carità

La fondation de l’église Santa Maria della Carità, probablement survenue au début du XIIème siècle, se perd dans son propre mythe…

Canaletto - Carita depuis san Vidal

Elle devait, selon le Sansovino (1581) être tout d’abord une petite construction en bois autour d’un chapiteau d’une image de la Vierge, célèbre pour différents miracles.

Seulement par la suite fut-il décidé d’en construire les murs. En 1134, quelques moines augustiniens de Santa Maria in Porto se déplacèrent de Ravenne à Venise et construisirent leur couvent à côté de l’église Santa Maria della Carità.

Selon la légende, en 1177, le pape Alexandre III, pour échapper à Frédéric Barberousse, resta six mois caché dans le couvent, et consacra solennellement l’église le 5 avril.

Depuis lors, chaque année, ce même jour, le doge et les Vénitiens de toutes les classes, et même les habitants des provinces, accourraient à Santa Maria della Carità pour acquérir l’indulgence du pape, concédée pour récompenser l’assistance reçue.

La venue d’Alexandre III à l’église par le Grand Canal, était facilitée par la construction d’un pont de barques, de Campo San Vidal à Compo della Carità, et cette coutume dura jusqu’à la fin de la République.

La façade de l’église peut être admirée dans une peinture conservée dans la salle 24 de l’Académie de Venise, et qui représente la rencontre entre le doge et le pape.

Des documents d’archives nous apprennent qu’à la fin du XIIIème siècle, l’église possédait un porche extérieur – à une certaine époque très commun à Venise – dont les uniques exemplaires qui ont survécu, même s’ils ont été remaniés, se trouvent aujourd’hui à San Giacomo di Rialto et San Nicolò dei Mendicoli.

Le campanile devait faire partie de ce premier édifice et fut laissé tel quel, même au cours de la restructuration du Quattrocento, jusqu’à ce que, le 17 mars 1744, désagrégé à la base, l’antique clocher ne tombe à tout jamais dans le Grand Canal provoquant une telle onde que les gondoles du traghetto furent projetées sur le campo San Vidal.

A cette époque déjà, elle abritait des tombes illustres, comme nous en déduisons des inscriptions publiées par Tassini (1876), qui existent encore partiellement au Séminaire. L’avènement du pape Eugène IV, Gabriele Condulmer de l’ordre des Chanoines du Latran, en 1431 et son long pontificat, jusqu’en 1447, apportèrent une nouvelle gloire et une nouvelle puissance aux moines de la Carità, qui, après des négociations exténuantes avec les confrères de la Scuola di Santa Maria della Carità, obtinrent d’agrandir l’église.

Chiesa di Santa Maria della Carità

On se souviendra également que :

  • le 17 mars 1355 fut décapité sur les marches de l’escalier des Géants, le doge Marino Fallier coupable de trahison.
  • le 17 mars 1434 on ordonna un grand recensement des maison de Venise pour établir le Cadastre Urbain, soit 500 ans avant la venue de Napoléon et de ses idées « novatrices » en la matière
  • le 17 mars 1648 une tempête à proximité de l’isola di Psarà envoya par le fond dix-huit galées et neuf navires vénitiens, parmi les victimes figurait également Giovan Battista Grimani, Capitano Generale « da Mar ».

Casino in Salizzada a San Moisè

Nel casino in Salizzada a San Moisè si tripudia di disordini, vi va di ogni sorta di condicion di persone, huomini e donne, in fino sacerdoti come il curato dell’ Angelo Raphael…
Si fa bottega da caffè e si gioca ad ogni sorta di carte, di notte vi va ogni sorta di vagabondi, in fino meretrici delle case pubbliche, e continuamente si offende Dio in ogni forma, bestemmie.

Note trouvée dans les archives des Inquisiteurs d’État en date du 16 mars 1747.

Ainsi donc, la salizada San Moise, où de nos jours se concentrent les boutiques de luxe et toutes les grandes marques de prestige, hébergeait au XVIIIème siècle un de ces nombreux casini où les vénitiens allaient s’encanailler.

On y trouvait même des religieux, comme le curé de l’Angelo Raphael, qui venaient jouer à toutes sortes de jeux de cartes (surtout au Pharaon), en compagnie de prostituées des maisons publiques et de vagabonds de toutes sortes.

On y buvait du café et les conversations étaient loin de se faire dans un langage châtié, puisqu’on y offensait Dieu de toutes manières.

L’origine du mot casino (piccola casa, petite maison), ou ridotto (vient de ridursi, c’est-à-dire se rendre) donne une idée de ce qu’étaient ces lieux : de petits locaux, accueillants, intimes, où rencontrer les amis après le théâtre.

Si l’on connaît assez bien l’ambiance feutrée, mais néanmoins dissolue des casini fréquentés par la noblesse de Venise, tous ces établissements n’étaient pas aussi prestigieux.

Sur les 200 casini que compatit le seul sestiere de San Marco, certains, comme on peut le voir ci-dessus étaient de véritables bouges mal famés.

Valentine Cameron Prinsep

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