Pomponius Mellae cosmopraphi Geographia

Pomponij Mellae cosmopraphi Geographia: Prisciani quoque ex dionysio Thessalonicensi de situ orbis interpretatio

Cet ouvrage publié à Venise par Erhardt Ratdolt, dix ans avant la découverte des Amériques par Christophe Collomb a été écrit par le géographe Pomponius Mela au Ier siècle.

Placée au début du livre, on peut voir une carte, qui nous paraît étrange désormais, du monde connu à cette époque.

Pomponij Mellae

Ehrardus Ratdolt (1442–1528) éditeur scientifique, imprimeur, était originaire d’Augsburg ; il travailla à Venise de 1475 à 1485 et fut le plus dynamique des imprimeurs-éditeurs vénitiens de cette époque.

En 1482, il publia l’ouvrage de Pomponius Mela et le premier traité de géométrie à figures, les Elémentaires d’Euclide.

En 1490, il a imprimé l’ouvrage de Pierre d’Ailly (1351-1420), intitulé Concordantia astronomie cum theologia.

Pomponius Mela, géographe du Ier siècle, est contemporain de l’empereur Claude. D’origine espagnole, de la famille de Sénèque, Pomponius Mela est le premier en date des géographes romains, ayant précédé Pline de plusieurs années. Il est à peu près prouvé aujourd’hui qu’il vécut sous Claude, et il dit lui-même qu’il était originaire de Tingentera en Espagne. C’était probablement un jeune noble ibérique, romanisé de mœurs et de nom : on a supposé qu’il était entré par adoption dans l’illustre famille Pomponia, et Mela pouvait être son nom espagnol.

Il résuma les connaissances de son temps, transmises par l’école d’Alexandrie aux Romains et augmentées par ceux-ci, dans un livre intéressant, intitulé : Geographia ou Cosmographia. Ce livre, écrit dans un style parfois tourmenté, offre de temps à autre de fort belles pages.

La version du livre de Pomponius Mela, imprimée à Venise par Erhard Ratdolt, est datée du 15 Calendas Augusti anno 1482, soit, traduit dans notre calendrier, le 18 juillet 1482.

Les frères Bandiera

25 Luglio 1844

Les frères Bandiera appartiennent à une famille noble de Venise. Ils sont les fils du baron Francesco Bandiera, amiral, et d’Anna Marsich. À leur tour, ils seront officiers de la marine austro-hongroise.

Attilio Bandiera est né à Venise le 24 mai 1810, son jeune frère Emilio Bandiera est né dans la cité lagunaire le 20 juin 1819.

Les frères Bandiera adhèrent aux idées de Giuseppe Mazzini et fondent une société secrète, l’Esperia. Ils font de la propagande auprès des officiers et des hommes de troupe de la marine autrichienne, presque tous italiens. Attilio prévoit de saisir un navire de guerre, la frégate Bellona, pour bombarder la ville de Messine. Après avoir été trahi par un informateur, il fuit vers Corfou et sera rejoint par son frère le 13 juin 1844.

Les frères Bandiera, encouragés par Mazzini, sont déterminés à fomenter un raid sur la côte calabraise. Ils rassemblent un groupe d’une vingtaine d’hommes prêts à sacrifier leur vie dont le barese Vito Infante, le brigand calabrais Giuseppe Melusi et le corse Pietro Boccheciampe. Ils mettent le cap sur leur destination le 12 juin 1844. Quatre jours plus tard, le 16 juin 1844, ils débarquent en Calabre à l’embouchure de la rivière Neto, près de Crotone dans l’intention d’aller à Cosenza libérer les prisonniers politiques et émettre leur proclamation.

Ils sont trahis par un membre de leur groupe, Boccheciampe, et par des paysans qui voient en eux des pirates turcs.

La recherche des rebelles par les gardes civiques des Bourbons commence immédiatement. Lorsque le petit groupe se trouve devant les portes de San Giovanni in Fiore, il est repéré par les gardes civiques, et après un court combat qui a lieu vers le lieu-dit la Stragola, ils sont capturés, à l’exception du brigand Giuseppe Melusi qui connaît très bien la région étant lui-même originaire de San Giovanni in Fiore

Les prisonniers sont présentés devant la cour martiale qui les condamne à mort. Le roi Ferdinand II se montre sévère et en gracie peu, les frères Bandiera avec sept autres compagnons, Giovanni Venerucci, Anacarsi Nardi, Nicola Ricciotti, Giacomo Rocca, Domenico Moro, Francesco Berti et Domenico Lupatelli sont fusillés dans le vallon de Rovito le 25 juillet 1844, ils tombent aux cris de « Viva l’Italia! ».

Les corps des neuf fusillés sont enterrés dans l’église de Sant’Agostino, puis dans la cathédrale de Cosenza. Ceux des frères Bandiera et de Domenico Moro retournent à Venise le 18 juin 1867, environ un an après la libération de Venise à l’issue de la troisième guerre d’Indépendance. Les trois dépouillent sont enterrés dans la basilique de San Zanipolo.

Bibliographie :

  • Anita Frugiuele, Chi per la patria muor. Cosenza, Le Nuvole, 2004.
  • Alessandro Conflenti, I fratelli Bandiera e i massacri di Cosenza del 1844, Cosenza, Tipografia Bruzia, 1862.
  • Alessandro Conflenti, Commiato di Cosenza alle ceneri dei fratelli Bandiera e Domenico Moro, Cosenza, SN, 1867
  • Carlo Alberto Radaelli; Storia dello assedio di Venezia negli anni 1848 e 1849. Napoli, 1865.
  • Felice Venosta, I fratelli Bandiera e loro compagni martiri a Cosenza: notizie storiche, Milan, C. Barbini, 1863.
  • Mauro Stramacci, La vera storia dei fratelli Bandiera. Roma, Mediterranee, 1993.
  • Riccardo Pierantoni, Storia dei fratelli Bandiera e loro compagni in Calabria. Milano, Cogliati, 1909.
  • Salvatore Meluso, La spedizione in Calabria dei Fratelli Bandiera. Soveria Mannelli (Catanzaro), Rubbettino Editore, 2001.

 Mauro Stramacci, La vera storia dei fratelli Bandiera

Le doge a disparu !

Un matin de septembre 978, l’alarme court à travers Venise : « Le doge a disparu ! ».

Pietro Orseolo ou Pietro I Orseolo, fut le vingt-troisième doge de Venise.

Pietro Orseolo, âgé de 48 ans, est élu par l’assemblée populaire qui se réunit à l’église de San Pietro de Castello.

Il est issu d’une très grande dynastie provenant peut-être de la gens Ursia romaine. Il épouse Felicia dont on ne connaît le nom de famille et il est le père du 26ème doge Pietro II Orseolo.

En deux ans, il restaure la paix civique, reconstruit les quartiers incendiés et l’église Saint-Marc dans lequel il fait mettre en un lieu secret les os de l’évangéliste. Il fait de plus construire deux hôpitaux.

L’abbé Guarino (Warinus) de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa (dans les Pyrénées-Orientales) arrive à Venise pour adorer les reliques de Saint-Marc.

Il revient plusieurs fois à Venise et dans la nuit du 1er au 2 septembre 978 le doge disparait sans laisser de traces. Sous un faux nom, avec l’abbé Guarino et le jeune moine camaldule Romualdo, fils du duc Serge de Ravenne, il a gagné l’abbaye Saint-Michel de Cuxa, dans le Roussillon, et y passe le reste de sa vie dans l’expiation, la pénitence et la prière. Sa femme l’avait laissé partir, sachant et comprenant la volonté de son époux qui voulait probablement expier l’assassinat de son prédécesseur.

On ne connaît pas l’année exacte de sa mort, survenue pense-t-on entre 982 et 997. Il fut enterré dans le cloître de l’église.

En 1027 Pietro Orseolo fut proclamé bien heureux par l’église de Rome et son corps fut porté à l’intérieur de l’église de Cuxa. Sa dépouille fut souvent déplacée jusqu’au 6 décembre 1644 lorsque ses ossements furent enfermés dans une caisse de bois dorée sur autel dédié à San Romualdo et sur lequel son nom fut ajouté. En 1731 il fut proclamé saint par l’Église et Venise demanda à avoir une relique du doge sanctifié: trois morceaux d’os de la jambe gauche furent expédiés qui arrivèrent à Venise en 1732. Le 7 janvier 1733, les reliques furent déposées, dans la basilique de Saint-Marc, dans une urne d’argent. Le 7 février 1732 une somptueuse cérémonie se déroula et Farinelli chanta lors de la messe.

Son portait est conservé dans l’église de l’Assomption à proximité de la Ca’ di Dio à Venise.

Sur son portrait, dans la galerie des doges du palais ducal, une auréole fut ajoutée à son portrait après sa canonisation.

 St. Pietro I Orseolo

Vorria morir in Mona

Dernier représentant d’une modeste famille de la noblesse de robe vénitienne, Giorgio Baffo est né de Giannandrea et de Chiara Querini, le 1er août 1694.

Il fit toute sa carrière, sans ambition politique, dans les différentes magistratures judiciaires, où il fut plus connu pour son absentéisme que pour son travail acharné.

En 1737, il épousa Cecilia, une jeune noble de la Ca’ Sagredo et leur union ne donna lieu à aucune rumeur.

Quand il mourut en 1768, il avait été nommé à l’un des postes les plus importants de la Justice en Vénétie : la Quarantia Criminale.

Mais c’est surtout comme un fabuleux poète qu’il est resté dans la postérité…

VORRIA MORIR IN MONA.

Zà, che s’hà da morir, mi no vorrìa
Morir, co son in barca, o sulla strada,
Mi no vorrìa morir, sù ’na piantada,
Mi no vorrìa morir all’Osterìa.

Morir mi no vorrìa alla Malvasia,
Quando dago ’na brava tacconada,
Gnanca co dago a brazzi ’na cagada,
Gnanca co dormo in letto a Casa mia.

Mi ho vorrìa morir, co son al fuogo,
Mi no vorrìa morir sul Canapè,
Mi no vorrìa morir sulla poltrona.

Mi no vorrìa morir in gnessun liogo;
Ma quando hò da morir; Indovinè?
Mi vorrave morir, co son in Mona.

VORRIA MORIR IN MONA

Luigi Brugnaro, le nouveau maire de Venise

Suite aux élection municipales pour remplacer l’ancien maire de Venise, Giorgio Orsoni, contraint de démissionner après le scandale des pots de vins du Mose, les élections on nommé, pour diriger la ville, une coalition qui a choisi, le 15 juin 2015, pour maire, le peu discret Luigi Brugnaro.

Luigi Brugnaro

Nos fidèles lectrices et lecteurs vont, de suite, penser que ce nom leur dit quelque chose : Luigi Brugnaro est l’homme d’affaire vénitien, qui a préempté l’isola de Poveglia contre l’association qui avait organisé une collecte internationale, et ceci « pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains d’étrangers« .

Ce populiste proche de Silvio Berlusconi, dont il est un fervent admirateur et dont il copie la manière n’aime pas les étrangers, qu’on se le dise !

Il s’est présenté comme « indépendant », mais tous les italiens savent qu’il est proche de Forza Italia le parti fondé par son mentor. Il a été élu au sein d’une coalition qui réunit également, Area Popolare (une fédération de centre droit chrétienne, assez populiste), la Lega Nord, le parti de droite indépendantiste, Fratelli d’Italia, le parti d’extrême droite, et une liste civique qui regroupait des membres du tissus associatif vénitien hostiles à un tourisme de masse dans la cité lagunaire.

Inutile donc de préciser que la nouvelle municipalité n’aime pas les touristes qui envahissent la ville par flot ininterrompu, tous juste sont-ils tolérables à la condition qu’ils dépensent de l’argent.

Luigi Brugnaro1

Luigi Brugnaro est né à Mirano, le 13 septembre 1961 de Ferruccio, travailleur, dirigeant syndical de la Montefibre de Porto Marghera et poète et de Maria, institutrice. Il a cinq enfants : deux d’un premier mariage, Valentina et Andrea, trois avec Stefania, qui l’accompagne partout désormais, Piera Maria, Jacopo et Ettore.

Stefania et Luigi Brugnaro1

Stefania et Luigi Brugnaro

Avant d’être le maire de Venise, il est le président de Umana, une holding regroupant une vingtaine d’entreprises opérant dans les secteurs des services, de la fabrication, de la construction, des sports et de l’agriculture. Mais Umana, c’est aussi une agence pour l’emploi fondée en 1997 qui est devenue en quelques années un leader dans l’industrie avec 123 agences en Italie, 5 bureaux au Brésil, 700 professionnels et 12.000 personnes employées dans les meilleures entreprises italiennes.

De 2009 à 2013 il a été président de la Confindustria Venise.

Les vénitiens pourront être attentifs, désormais, à l’attribution des marchés publics de la ville…

Il est aussi le propriétaire de de la Reyer, l’équipe de basket vénitienne fondée en 1872.

A la mairie de Venise, son mandat est clair (selon lui) : la sécurité, la lutte contre les dégradation, la relance économique.

Très actif sur les réseaux sociaux (Twitter ou Facebook), il s’est déjà distingué à l’occasion de plusieurs décisions qui provoquent le scandale en Italie (et au delà) et dont vous vous reparlerons. Xénophobe et homophobe, Luigi Brugnaro est déjà en guerre ouverte avec Elton John, résident de La Giudecca, nous aurons l’occasion d’y revenir…

Bref, tous nos ami-e-s, toutes nos lectrices et tous nos lecteurs qui aiment Venise, et nous l’espérons, les vénitiens, pourront-ils encore profiter en paix de cette admirable citée qui, depuis des siècles, était connue pour sa tempérance et comme un fourmillement de peuples venus de toutes les contrées… l’avenir nous le dira très vite.

En vacances !

En juillet et août, nos lectrices et lecteurs partent en vacances, visiblement, et la fréquentation de notre blog s’en ressent.

Alors, en cette année où nous avons tant à faire avec nos divers projets, nous avons décidé, pour la première fois, de mettre notre blog en vacances pour l’été, ce qui nous permettra de siroter un spriz, par exemple face à San Giovani e Paolo en pensant à nos futurs articles.

Spritzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

Vous nous trouverez donc plus facilement dans le jardin de la maison, occupés à choyer fleurs et légumes, ou, lors des grandes chaleurs, sur la plage du Lido, mais cela, surtout le soir, quand les touristes sont partis…

Olia & Klod sur la plage du Lido de Venise

… dans la journée il y a trop de monde.

Plage du Lido de Venise

Ainsi, nous pourrons perpétuer une tradition plus que centenaire.

Venise et le Lido - Affiche de Vittorio Grassi, 1920

N’oubliez-pas, cet été, la balade sur les zaterre où vous aurez aussi quelques chances de nous croiser (surtout à proximité de chez Nico ou sur la terrasse de La Piscina)…

Zaterre

Bonnes vacances à toutes et tous

et rendez-vous dès les premiers jours de septembre

pour découvrir un blog « nouvelle version »…

Le guet-apens de S. Pietro in Olovolo

Giovanni Partecipazio est le second fils du doge Angelo Participazio. Il est associé à la gouvernance de Venise vers 817, en qualité de co-Dux (corégent), afin d’essayer d’instaurer un dynastie héréditaire.

Lorsque son père meurt en 827. Son frère, qui avait fait exiler Giovanni, Giustiniano, désormais âgé, lui succède. Resté sans héritier et sentant désormais la fin prochaine, il fait rappeler Giovanni de son exil à Costantinople et il le nomme in extremis co-Dux, en 829.

Le premier des problèmes que le nouveau régent doit affronter est le retour de Obelerio Antenoreo qui a précédé son père et qui a été exilé vingt ans à Constantinople. Il débarque à Vigilia, une ville de la lagune à proximité de Metamauco, recueillant un groupe de fidèles et réclamant le pouvoir avec le soutien semble-t-il du nouveau roi d’Italie Lothaire Ier. Vigilia et Malamocco se placent à ses côtés. Giovanni réagit brutalement et avec rapidité incendiant et détruisant les deux villes. Il tue Obelerio et expose sa tête aux rebelles comme avertissement avant de la planter sur un pieux à proximité de la frontière des terres de Lothaire.

Quelques années après, Giovanni doit fuir de Venise vers l’empereur Louis le Pieux à cause d’une révolte interne organisée par des nobles proches de la maison des Partecipazio, auxquels Giovanni se fie, ce qui le prend au dépourvu. Le siège de doge est alors occupé par le tribun Pietro Caroso qu’il garde moins de six mois. Une nouvelle révolte populaire permet aux Participazio de reprendre le pouvoir, aveuglant et chassant l’usurpateur. Le pouvoir est pris par l’évêque de Olivolo Orso Partecipazio et les tribuns Giovanni Marturio et Basilio Tribuno, pendant que les partisans de Caroso, parmi lesquels Domenico Monetario sont mis à mort. Le doge Giovanni rentre dans la ville en toute sécurité et consacre la basilique Saint-Marc, dont les travaux ont débuté avec son frère.

basilica

Le retour est de courte durée : le comportement dictatorial des Participazio et le choix de Giovanni de pactiser avec les pirates slaves qui menacent le commerce vénitien provoque la réaction des nobles qui, le soir du 29 juin 836, commandés par un Mastalici, organisent un guet-apens à la sortie de l’église de S. Pietro in Olovolo.

Ils capturent le doge, le tonsurent et l’obligent à se faire clerc à Grado, ville où il mourra. C’est Pietro Tradonico qui deviendra doge de Venise à sa place, interrompant la succession dynastique des Participazio. Immédiatement après son élection, il nomme corégent son fils Giovanni qui meurt avant lui, empêchant ainsi la transmission de sa charge. Il est analphabète et quelques documents avec son signum manus sont conservés au archive de Venise. Il combat les esclavons et les sarrasins qui ont pris Bari et Taranto, et qui battent Venise lors de la bataille de Sansego (petit île au sud de Pola). Il combat avec plus ou moins de résultats les pirates qui infestent les eaux de l’Adriatique.

 Doge_Angelo_Partecipazio

Elena Lucrezia Corner

25-6-1678 - Elena Cornaro Piscopia

Elena Lucrezia Corner Piscopia, cinquième de sept enfants de Giovan Battista Cornaro et de Zanetta Boni, vint au monde à Venise le 5 juin 1646.

En 1665, à 21 ans, elle pervertis déjà la tradition : obligée de devenir bénédictine, elle respecte ses obligations religieuses, mais continue à vivre dans sa famille. Et c’est là que l’histoire d’Elena commencera à laisser un goût amer à ses contemporains…

Sa force est son étonnante capacité à apprendre. Son point fort est l’étude de la philosophie, mais sa culture est immense : elle connait comme le fond de ses poches le latin, le grec, le français, l’anglais, l’espagnol et elle étudie l’hébreu.

Elena Lucrezia Cornaro Piscopia

Lorsque, après avoir été inscrite à l’Université (à l’époque, Université de Padoue), elle demande l’admission régulière de son diplôme, elle a une surprise désagréable. Gregorio Barbarigo, évêque de Padoue, s’oppose fermement à ce qu’une femme reçoive le titre de docteur en théologie, car la femme est une être inférieur, et seul l’homme est capable de raisonner et que ce serait une erreur que de nommer une femme docteur, décision ridicule qui ferait de nous la risée du monde.

Alors commence une longue polémique entre le cardinal Barbarigo et l’Université de Padoue qui avait accepté ce diplôme.

Finalement, le 25 juin 1678, à l’âge de 32 ans, Elena obtient enfin son diplôme de philosophie. Le cardinal Barbarigo a obtenu que le diplôme de théologie ne lui soit jamais accordé.

La cérémonie de proclamation, qui réunit 30.000 personnes reste un grand moment dans les anales.

Elena Lucrezia Corner Piscopia est la première femme diplômée au monde, et elle prends enfin sa devance qur les archaïques traditions. Elle est désormais une célébrité, et tout le monde veut lui parler, même le roi Louis XVI envoie des informateurs pour s’enquérir des qualités exceptionnelles de la jeune femme.

Elena Lucrezia Corner

Après une vie passée dans le livres, Elena; déjà gravement malade, meurt à Padoue le 26 juillet 1684, à seulement 38 ans. Elle a été enterrée dans l’église de Santa Giustina.

Les moines bénédictins ordonnèrent la destruction de tous ses manuscrits, et obtiendront même que disparaisse la statue qui la représentait, voulue par son père. Le clergé fera tomber sur l’histoire de la jeune femme une terrible censure, pour la plonger dans l’oubli. Le cardinal Barbarigo, lui, sera proclamé saint.

Maltraitée de son vivant, oubliée dès sa mort, il faudra attendre 1969 pour que l’Italie découvre que la première femme diplômée au monde soit vénitienne, et que personne ne le savait.

Aujourd’hui, la reproduction de la statue d’Elena Lucrezia Corner Piscopia est située au pied de l’escalier de la Ca’ Bo, le siège de l’Université de Padoue, sous une protection en plexiglas recouverte de fiente de pigeons.

Les quelques cartes qui ont survécus à l’autodafé sont composés de parties de discours et d’arguments sur la morale et la religion, et quelques poèmes : presque rien.

Notre époque contemporaine, et l’Italie moderne ont une dette envers Elena Lucrezia Corner Piscopia, qu’il serait peut-être temps de solder, à moins que les archaïques préjugés envers les femmes soient encore un problème pour certains intégristes de nos contrées…

Anonimo: Ritratto di Elena Cornaro, Biblioteca Ambrosiana, Milano

Fin de la peste dans les îles Ioniennes

Les épidémies qui ont frappé les villes européennes pendant de nombreux siècles sont principalement venues du Moyen-Orient.

Venise fut l’une des premières ville de l’ouest de la Méditerranée à décider, dans un premier temps, de l’isolement des malades, puis, des marchandises, navires et de tout cas suspect pour empêcher la propagation de l’infection.

Venise à été la première ville à construire, en 1423, un lazzaretto (une léproserie) et la première, à la fin de ce siècle à mettre en place une véritable magistrature dédiée à la salubrité publique : le Magistrato alla Sanità. Cette institution avait pour mission d’informer largement sur la prévention sanitaire, de sensibiliser et de prévenir toute épidémie.

Dans le cas où les ambassadeurs de Venise à l’étranger informaient de possibles épidémies, certaines villes furent « bandite » (interdites) et, par « decreto » à tous les voyageurs, marchandises et animaux, l’interdiction de pénétrer dans la lagune fut notifiée.

Des remparts pour préserver la santé ont été mis en place à travers tout le territoire de la République, à la fois à l’intérieur des terres et sur les mers. Des navires ont été bloqués et mis en quarantaine. Dans tous les postes de passages obligé, des cordons sanitaire de soldats ont été mis en place.

L’exemple de Venise a été rapidement suivi dans d’autres ports de la Méditerranée ainsi que la pratique de l’isolement, appelée « quanratena » car, la plupart du temps, une période d’isolement de quarante jours était jugée nécessaire et suffisante pour éviter tout risque d’infection.

Lorsqu’un territoire de la République de Venise atteint par une épidémie se retrouvait ainsi mis à l’isolement, il fallait attendre une décision officielle de la magistrature à la salubrité pour que cet isolement soit enfin levé.

C’est ainsi que le 19 juin 1758 les patriciens membres du Magistrato alla Sanità décidèrent que « les graines de la peste avaient disparu des îles Ioniennes » et que, dans ce cas, on pouvait lever l’isolement dans lequel ce territoire, situé au nord-ouest du Péloponnèse, qui faisait partie de la république de Venise depuis 1204, se trouvait forcé depuis le début de l’épidémie.

TerminazioneTerminazione des Provveditori alla Sanità en date du 19 juin 1758 mentionnant que les « semi di peste » dans les îles Ioniennes sont éteintes.

 

La Biennale de la Contestation

Biennale 1968 - 100

Ce 18 juin 1968, les portes de la Biennale d’Art de Venise devaient s’ouvrir pour la presse et la critique, mais le spectacle qui s’offrit aux yeux de ces premiers visiteurs fut très différent de leurs attente.

De nombreuses sales sont fermées, ou vides, les quelques œuvres exposées ont été retournées ou jetées à terre.

Les portes du pavillon de l’URSS sont verrouillées, les fenêtres de celui de la Suède ont été recouvertes de rideaux et un écriteau indique « Dans les conditions actuelles de la Biennale, nous ne pouvons pas ouvrir notre exposition« . L’accès au pavillon de la France est barré par des affiches avec des slogans sur les évènements de mai.

Les artistes italiens Gastone Novelli et Lorenzo Guerrini ont remplacé leur exposition par es carrés sur les bords desquels ont peut lire des phrases comme « La Biennale est fasciste« .

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Aux inutiles protestations des critiques d’arts, les artistes répondent : « Les œuvres sont à moi et j’en fait ce que je veux« .

Le vent de la révolte de 1968 souffle sur Venise et les artistes remettent en question le passé fasciste de la Biennale largement récupérée par Mussolini.

Biennale 1968 - 001

Au cours de la matinée, les artistes, rejoints par des étudiants, réunis en assemblée à l’Academia delle Belle Arti, décident de partir en cortège vers les Giardini de Castello. Mais ils sont arrêtés par la police avant d’avoir atteint leur objectif.

Dans l’après-midi, ils s’attaquent alors à plusieurs monuments emblématiques de Venise (Ca’ Pesaro, Ca’ Rezzonico, Palazzo Ducale, Galeria d’Arte Moderna), dans le but de les occuper. Mais ils sont repoussés ou violemment évacués par des dizaines de policiers.

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La manifestation s’est ensuite dirigée vers la piazza San Marco.

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Le conflit a continué, et la soirée d’inauguration n’a pas pu se faire : 18 artistes italiens sur les 22 ont, les espagnols et les scandinaves, ont retiré leurs œuvres pour protester contre les violences policières.

La Biennale a bien ouvert au public le 21 juin, mais de manière purement formelle puisqu’il n’y avait presque rien à voir.

Biennale 1968 - 005

« La Biennale é lo strumento della borghesia per codificare una politica di razzismo e di sottosviluppo culturale attraverso la mercificazione delle idee » (La Biennale est l’instrument de la bourgeoisie pour codifier une politique raciste et de sous-développement culturel à travers la marchandisation des idées).

Biennale 1968 - 002Emilo Vedova, sur la piazza en juin 1968

 Lire également : « Storia della biennale 1895-1982« , P. Rizzi, E. di Marchio, ed. Electra

Matteotto Giacomo Darduin

Matteotto Giacomo Darduin est né à Murano le 10 août 1924.

Lors du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, il fut enrôlé dans la Marine. Après la proclamation de l’armistice, le 8 septembre, il abandonna le département où il était pour rejoindre avec d’autres compagnons, les partisans de Macerata.

Il se joignit alors au groupe « Vera » qui opérait dans le zone de San Ginesio, participant à de nombreuses actions militaires, montrant beaucoup de courage et de bravoure.

Il participait à une action près des Moulins de San Ginesio quand ils furent capturés par les nazis lors d’un raid, le 17 juin 1944.

Le 16 juin, le commandant du groupe « Vera » apprit que des fascistes occupaient une ferme sur le route de Macerata. Il envoya donc une équipe de ses hommes dans une maison voisine, avec pour mission de les espionner et d’organiser leur capture. Cette équipe était constituée par Tonino Bertoni, Cosimo Montaldo et Matteotto Darduin, guidés par Mario Mogliani.

Dans la nuit du 16 au 17, Mogliani, Darduin et Montaldo s’étaient postés dans un champ de maïs donnant sur une courbe où était la maison occupée par les fascistes. Bertoni, de l’autre côté de la route était en sentinelle et à un moment donné, a signalé l’arrivée d’un officier allemand en moto. Mogliani a jailli sur la route, ordonnant au motard de s’arrêter. L’allemand a refusé de s’arrêter et Mogliani l’a atteint d’un rafale de mitraillette. par chance, une ambulance de la Croix Rouge passait par là, et le blessé fut chargé pour être emmené à l’hôpital de Sarmano. Mais en traversant Pian di Piecca où se trouvaient des allemands, les ambulanciers leur rapportèrent les faits. Immédiatement une colonne parti pourchasser les partisans.

Entre temps, les hommes du commando de résistants s’étaient repliés sur une ferme. A la femme qui les encourageait à renoncer à leurs activités contre les fascistes, Mogliani a répondu « Noi abbiamo sentito una cosa sola: che dobbiamo combattere contro i fascisti e i tedeschi per un sentimento di amor proprio e per difendere la nostra libertà. […] Quale altro scopo può avere la nostra giovinezza nella lotta faccia a faccia con la morte? E che cosa direbbero domani di noi se ce ne rimanessimo nascosti nelle nostre case mentre i tedeschi predano la nostra terra e vogliono tenerci sotto la loro barbarie e mentre sono con essi ancora dei rinnegati indegni del nome d’Italiani? Noi vogliamo essere di esempio. E se il nostro ardimento ci costerà la vita essa non sarà perduta inutilmente » (Le nostre vittime del naifascismo, 1945 p.52-3).

(Nous n’attendons qu’une chose, nous battre contre les fascistes et le allemands pour conserver le respect de soi et notre liberté. Que diront-ils demain si nous étions resté cachés dans nos maisons alors que les allemands pillent notre pays et veulent nous garder sous la coupe de leur barbarie, alors nous serions des renégats indignes d’être italiens. Nous voulons être un exemple et si notre courage nous coûte la vie, alors ne ne serons pas morts pour rien.)

Pendant encore quelques heures, ils réussirent à échapper à leurs poursuivants, mais Darduin et Mogliani furent capturés alors qu’ils se cachaient dans un fossé à quelques mètres de la maison de Bertoni. Les deux autres réussirent à s’échapper. Montaldo dira plus tard, que, de sa cachette, il sentait l’odeur des cigarettes des soldats qui le cherchaient.

Les deux compagnons furent transporté à Pian di Piega, les mains liées dans le dos, pour y subir torture et interrogatoires.

Les allemands prirent un certain nombre d’otages, dont le curé, don Sesto Mosca et Fernando Ferroni qui témoignera plus tard que « Era un vero silenzio di morte fra noi poiché conoscevamo la ferocia dei tedeschi. Nessuno sperava più di salvarsi. Guardavo Mario, pallido e dignitoso, sereno e calmo, come se fosse già trapassato. Aveva le mani gonfie per i lacci troppo stretti ai polsi. Silenzioso e fermo come la statua di Alberico Gentili che gli era di fronte. E grondava da tutte le parti del suo giovane corpo, bello e sofferente » (Le nostre vittime del naifascismo, 1945 p.55).

Comme ils refusèrent de donner les noms des autres partisans et le lieu où ils se cachaient, le commandant allemand déclara alors que, à 16 heures, les otages seraient fusillés, et à 18 heures, les terroristes pendus. Un sergent allemand qui avait vécu quelques temps à San Ginesio, témoigna alors en faveur des otages, jusqu’à ce que le Major consente à les libérer.

Les deux artisans furent amené à l’angle des routes de Macerata, Amandola et Tolentino, où se trouvait la maison de la famille Mancini. C’est depuis le balcon du premier étage de cette maison que Matteotto Darduin et Mario Mogliani furent pendus à 18 heures précises, en compagnie d’un troisième homme, Benedetto Tardella que les nazis avaient surpris en train de leur voler du grain à Passo San Gineso.

Les pendus de Pian di Pieca

Les trois cadavre ont été laissés suspendus du samedi soir jusqu’au mercredi matin, les allemands s’amusant à leur tirer dessus au pistolet. Le 21 juin, le capitaine Casà et l’ingénieur Verdecchia se rencontrèrent dans la boutique de Mancini et, avec les notables ils allèrent détacher les cadavres, les envelopper dans des draps blancs avant de déposer les corps dans le bureau de Poste. Ce n’est que le jour suivant qu’ils furent emmenés à San Ginesio.

Matteotto Giacomo Darduin reçut, à titre posthume, la Médaille d’Argent de la Mémoire avec comme motivation : « Catturato in combattimento affrontava serenamente la morte per impiccagione essendosi decisamente rifiutato di rivelare la dislocazione delle forze partigiane della zona. Esempio fulgido di attaccamento al dovere e di spirito di sacrificio.« 

Un campiello et un ramo de Murano lui sont dédiés et rappellent sa mémoire.

Une plaque commémorative est apposée sur le lieu de son martyr, et, depuis 1974, une autre à été posée à Murano.

Matteotto Giacomo Darduin

Le G7 à Venise

Renato Ruggiero nommé Chef de Cabinet de deux ministres des affaires étrangères, a, durant cette période, suivi personnellement les questions européennes et joué un rôle actif dans la décision de l’Italie d’installer des Euromissiles. En tant que représentant personnel du Premier Ministre, il a participé à la préparation de trois sommets économiques des sept pays les plus industrialisés (G7).

La création du G7 constitue une réponse à la crise des relations transatlantiques, après les nombreuses divergences face à la crise du système de Bretton Woods, face au premier choc pétrolier et face au développement de la détente depuis le début des années 1970. Les États-Unis sont ravis de voir Giscard proposer un « directoire politique des démocraties industrialisées » que Pompidou avait refusé.

En 1980, Renato Ruggiero a été chargé des travaux de préparation du sommet économique de Venise.

Arrivée de Helmut Schmidt, chancelier fédéral allemand, 7e depuis la gauche

Le sommet du G7 1980, sixième réunion du G7, réunissait les 12 et 13 juin 1980, les dirigeants des sept pays démocratiques les plus industrialisés, du 22 au 23 juin 1980, sur l’île de San Giorgio Maggiore, dans la ville de Venise.

Arrivée de François-Xavier Ortoli, vice-président de la CCE chargé des Affaires économiques et financières, du Crédit et de l'Investissement et de l'Office statistique, 2e depuis la gauche

Au cours de ce Conseil européen, ce ne sont pas les problèmes proprement communautaires qui ont dominé les débats, mais les questions de politique internationale et, en premier lieu, celles concernant le Proche-Orient. La CCE a transmis une série de communications destinées à faciliter les débats. Elles portaient sur les thèmes suivants: situation économique et sociale de la CEE, problème du chômage, énergie, relations avec les pays industrialisés, relance du dialogue nord-sud.

Hans-Dietrich Genscher, ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, à gauche, et Jean François-Poncet, ministre français des Affaires étrangères

On retrouvera les actes de ce sommet ici

Vue générale de la salle de réunion

Vue de la salle de réunion: Margaret Thatcher, Première ministre britannique; Christoph van der Klaauw, ministre néerlandais des Affaires étrangères; Andries van Agt, Premier ministre néerlandais; Gaston Thorn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la Coopération; Pierre Werner, Premier ministre luxembourgeois; Francesco Cossiga, président du Conseil des ministres italien et président en exercice du Conseil; Emilio Colombo, ministre italien des Affaires étrangères (de gauche à droite)

Vue des délégations: Brian Lenihan, ministre irlandais des Affaires étrangères; Jean François-Poncet, ministre français des Affaires étrangères; Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française; Helmut Schmidt, chancelier fédéral allemand; Hans-Dietrich Genscher, ministre fédéral allemand des Affaires étrangères; François-Xavier Ortoli, vice-président de la CCE chargé des Affaires économiques et financières, du Crédit et de l'Investissement et de l'Office statistique (de gauche à droite)

Vue de la salle de réunion: Roy Jenkins, président de la CCE; Anker Jørgensen, Premier ministre danois; Kjeld Olesen, ministre danois des Affaires étrangères; Charles-Ferdinant Nothomb, ministre belge des Affaires étrangères; Wilfried Martens, Premier ministre belge; lord Carrington, ministre britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth; Margaret Thatcher, Première ministre britannique; Christoph van der Klaauw, ministre néerlandais des Affaires étrangères; Andries van Agt, Premier ministre néerlandais; Gaston Thorn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la Coopération; Pierre Werner, Premier ministre luxembourgeois; Francesco Cossiga, président du Conseil des ministres italien et président en exercice du Conseil (de gauche à droite dans le sense des aiguilles d'une montre)

Conversation entre lord Carrington, ministre britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth; Pierre Werner, Premier ministre luxembourgeois; Margaret Thatcher, Première ministre britannique; Roy Jenkins, président de la CCE; et Emilio Colombo, ministre italien des Affaires étrangères (de gauche à droite)

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