Les Pâques véronaises.

L’Histoire de France retient, pour la date du 18 avril 1797 la signature à Leoben (Styrie) du traité de Leoben (ou paix de Leoben)

Il s’agit d’un accord préliminaire dans lequel figurent nombre de clauses secrètes. Ces dernières disposent que l’Autriche perd le contrôle des Pays-Bas autrichiens et de la Lombardie, cédés à la France, en échange des possessions vénitiennes d’Istrie et de Dalmatie.

Ce démembrement de la république de Venise, qui se voit ainsi réduite au Dogado, signe sa disparition définitive comme État indépendant.

Le traité est confirmé et augmenté par un accord de paix final, le traité de Campo Formio, le 17 octobre 1797.

Mais l’Histoire vénitienne retient ce même jour un fait qui a été occulté par les manuels scolaires français, effacé de nos mémoires par la censure impérialiste.

Les français occupaient Vérone depuis le mois de juin de l’année précédente, et l’occupation française opprimait la ville et ses habitants.

Le général Balland, qui commandait dans cette place, prévoyant une révolte, se renferme avec le petit nombre de troupes placées sous ses ordres dans le fort Saint-Félix et dans les deux autres châteaux. Balland, en se renfermant dans les forts, n’avait laissé à la garde des portes que le nombre d’hommes nécessaire. Les agents de l’administration et environ 600 malades se trouvaient ainsi sans défenseurs.

Le 17 avril 1797 (soit le 27 germinal an V), seconde fête de Pâques, de vives altercations opposèrent un groupe de soldats français au patron d’un bistrot, quasiment aussitôt les rues et les places publiques se remplirent, le peuple exaspéré est sorti dans les rues, en un cortège de plus en plus compact et a pris d’assaut la caserne en criant « Viva San Marco ». Il s’en suivit des échauffourées qui provoquèrent rapidement une émeute générale, les civils accourant à l’aide de leur concitoyen. Les soldats français ripostèrent, provoquant de nombreux blessés, pour ramener l’ordre. C’est après vêpres, que le tocsin sonna en même temps à Vérone, à Vicence, à Padoue, ce qui donna le signal d’une insurrection générale, que personne ne pouvait prévoir. Dans ces deux dernières villes, les Français échappèrent au massacre ; mais à Vérone, tous les Français isolés, qui vivaient dans les maisons particulières furent assassinés, sans distinction d’âge, d’état, ni de sexe, dont notamment des malades et des blessés et des femmes enceintes. Plusieurs Véronais, ainsi que les juifs, soupçonnés d’être partisans des Français furent également tués.  L’hôpital fut pris d’assaut et saccagé, les blessés, massacrés. Deux cent soldats français furent également tués par les manifestants.

Pâques Véronnaises

La réaction française fut d’une sanglante violence aveugle : le 18 avril 1797 (soit le 28 germinal an V) l’artillerie bombarda la ville causant des milliers de morts.

Pâques Véronnaises

L’épisode dramatique est connu sous le nom de Pasque Veronesi (les Pâques véronaises). Ce fut les français, semble-t’il qui employèrent le terme de « pâques véronaises » par référence aux « vêpres siciliennes »… l’émeute dura jusqu’au 23 avril, et l’épisode de la frégate française Le Libérateur d’Italie fait partie de cette séquence qui donna à Bonaparte le prétexte pour attaquer Venise.

Pâques Véronnaises

Le doge Marino Faliero est jugé pour haute trahison

Outre la tentative de coup d’État contre les institutions vénitiennes, il lui fut reproché d’avoir tenté de négocier l’accord économique avec Gênes, alors grande rivale de Venise.

Gravure de 1880

La sentence est prononcée à huis clos par le Conseil des Dix, et, dans le registre de ce Conseil des Dix, à cette date, on retrouve deux larges espaces vides, avec seulement la mention du scribe : non sia scritto (non écrit).

Il fut condamné à être décapité le 17 avril 1355. L’exécution eut lieu aussitôt, dans la cour du Palais des Doges, au pied du perron sur lequel, avant de ceindre la couronne ducale, Faliero avait prêté serment d’observer la « promissione ». Le bourreau, son épée sanglante dans la main, cria aux spectateurs : « constatez tous qu’il a été fait justice du traître ».

Francesco Hayez, La dernière heure du Doge Marino Faliero, Milan, Academia di Belle Arti di Brera

Le cadavre du doge resta exposé toute une journée, la tête tranchée.

L'exécution de Marino Faliero par Eugène Delacroix, 1827

Au soir du 18 avril, il fut déposé dans une gondole et inhumé sans aucune cérémonie, dans un caveau creusé dans une chapelle de la basilique de San Zanipolo, nécropole des doges de Venise.

On confisqua toutes ses propriétés, et, le jour même, dans la galerie des doges dans la Salle du Grand Conseil, un voile noir fut peint sur son portrait, avec l’inscription Marin Faliero decapitato per delitti (Marin Fallier décapité pour crimes).

L’Inquisition, les femmes et les casins

Caterina Sagredo Barbarigo était la fille de Gerardo Sagredo et avait épousé Antonio Pisaro en 1732, puis Gregorio Barbarigo en 1739, son unique fille fut Contarina Barbarigo.

Caterina Sagredo était connue pour sa beauté et ses activités intellectuelles. Elle a conservé la réputation d’une dévoreuse de livres, et est connue pour ses voyages.

Elle a organisé un salon littéraire dont on estime qu’il fut une des plus remarquables à Venise, et elle a supporté le novateur Domeniceti.

Mais Caterina Sagredo Barbarigo est resté célèbre, également, en raison de son conflit avec l’Inquisition vénitienne.

Au XVIIème siècle, Chiara, Maddalena et Laura Contarini, filles du doge Domenico II Contarini, seront les premières nobles à abandonner les traditionnels sabots pour des chaussures et adopteront la perruque qui fut interdite en 1665 avec peu d’effet.

Venise était devenue célèbre pour ses casins, le Caterina avait ouvert le sien à La Giudecca (et un autre à San Moisè, corte Luisella).

L’Inquisition et l’Église ont vu dans ces casins nouvellement créés les preuves d’une émancipation des femmes qui était jugée dangereuse pour la société de l’époque. Les femmes de la noblesse furent donc interdites de fréquenter ces lieux de perdition où elle pouvaient rencontrer et côtoyer (voir plus) des hommes en toute liberté.

Caterina Sagredo Barbarigo fut arrêtée et inculpée, et, le 16 avril 1747, son casino de La Giudecca fut fermé suite à l’ordre des Inquisitori di Stato.

Pour réponse, Caterina Sagredo Barbarigo a exprimé son profond regret de cette décision inique en vers :

Oh poveri lustrissimi
El luni avemo perso:
Demo sfortunatissimi […]
Da strissimi discreti
Stevimo in un mezà
Biscotarie e sorbeti
no ne ga mai mancà.
Per nu no ghera cioca
Né candelieri a lumi
Non avevimo taolini
De ombre e rocambol
[…] Da strissimi studiosi
Citevimo Russo,
da strissimi ingegnosi
Disevimo bon mo.
Quel gran lini no ghe più
Lé andato quel amabile
Strissimo randeù.

Son cas est devenu célèbre, mais n’a pas empêché la création d’autres casini par des femmes. déjà en 1751, une autre noble dame, Marina Sagredo Pisani, ouvrait un autre casin. En 1867, l’Inquisition permettait aux femme nobles de fréquenter les casini à la condition qu’elles couvrent leur visage.

Portrait de Caterina Sagredo Barbarigo par Rosalba Carriera

L’Hôpital de San Giovanni Battista

A sa mort, un riche marchand florentin, Ser Orsolino, confia à Ser Giovanni degli Ubbriachi dix mille lires de piccoli veneti pour ériger un hôpital pour les pauvres dédié à Saint Jean-Baptiste.

San Giovanni dei Battuti

Ses dernières volontés ont été transcrites dans un testament rédigé le 8 juin 1337.

Il a vécu à Venise dans la paroisse de Santa Maria Formosa, et a exigé que le patronage de cet hôpital soit confié à ses parents les plus proches.

L’édifice, fut construit, pour des raisons qui ne sont pas connues, sur l’île de Burano, sous le contrôle du Prieur Massimo Belligotti, proche parent du donateur défunt. Le terrain affecté à la construction de l’hôpital était près du lac San Basilio (l’actuelle zone du phare et le la fondamenta dei Battuti) et avait apparemment appartenu à l’église Santa Maria e Donato, bien que sous la compétence de la paroisse de Santo Stefano.

On retient la date du 15 avril 1338, comme celle de la fondation officielle de cet hôpital dont les recteurs ont été confirmés par les évêques de Torcello.

En 1341, le même prieur Belligotti, demanda à l’évêque de Torcello, Giovanni Morosini, l’autorisation de construire un autel dans l’albergo, pour permettre aux personnes accueillies, incapables de se déplacer pour entendre les messes, de pouvoir le faire sur place. Cet autel fut dédié à San Demetrio martire.

A Murano, existait depuis longtemps une confraternité appelée la Fragia dei Battuti, située à proximité, et qui possédait une petite chapelle dédiée à San Vittore martire. Désireux d’accomplir leur mission de charité pour les pauvres, “…ai soliti uffici di pietà e mortificazione…”, la Fragia, par le voix de son tuteur Nicoletto Carrer, a demandé et obtenu la permission de rejoindre l’hôpital le 6 août 1348, avec la bénédiction du prieur des lieux.

Puis, au fil des siècles, l’hôpital devint prospère, on construisit une église et une scuola dont on trouve de nombreuses traces dans l’histoire et les archives, de qui écrire un livre.

Mais de livre nous n’avons trouvé que celui sur les célèbres stèles de l’église de Saint Jean Baptiste :

I Dossali di San Zuanne

Quand à nos sources (nous en avons gardé sous le coude pour plus tard), elle proviennent des archives d’État :

1 « Veneranda Scola grande di San Giovanni Battista di Murano. Villa di Preganziol. Lite contro Giacinto Varisco prior dell’ospital di San Giovanni Battista di Murano », 1543
2 « Scritture sopra la casa a Santa Chiara con il nobil homo Anzolo Badoer », sec. XVI –
3 « Scola di San Giovanni Battista di Muran. Scritture delli Agostini chiamati Barbarighi per la casa confinente in campopicolo », sec. XVI –
4 « Scritture della chiesa di Santo Stefano appartenenti alla Scuola di San Zuanne de battuti », sec. XVI – sec. XVIII, con docc. in copia dal 1458, apr. 30
5 « Conti Ferretti per le case agli Angeli contro li Ferretti », sec. XVII –
6 « Processo contro Domenico Berengo fu guardian e prior », sec. XVII –
7 « Processo del signor Zorzi Avanzago », sec. XVII –
8 « Veneranda Scola di San Giovanni Battista di Muran contro l’eredità del quondam domino Andrea Marinoni per la fabrica d’una casa », sec. XVII, con docc. in copia dal 1466
9 « Per la veneranda Scola di San Giovanni Battista contro heredi quondam Piero Nichetto », sec. XVII – sec. XVIII
10 Atti di conciliazione tra la Scuola di San Giovanni Battista di Murano e due affittuari morosi, 1734 ago 03
11 « Per il signor Giovanni Mazzola nepote del quondam signor Domenico Mazzola prior dell’ospedale di San Giovanni Battista contro il signor Sebastian Berton prior elletto dell’ospedal suddetto per li fruti del presente raccolto di Preganziol », sec. XVIII – , con docc. in copia dal 1337, giu. 14
12 « Per la veneranda Scola di San Giovanni Battista di Muran contro la Scola del Santissimo Sacramento di Santo Steffano di Muran », sec. XVIII – , con docc. in copia dal 1626, set. 28
13 « Corrente per la veneranda Scola di San Giovanni Battista di Murano », sec. XVIII –

Collegio alle Acque

On se souvient que, au XVIème et au XVIIème siècles, la création d’îles artificielles, pour y décharger les matériaux générés par les travaux de terrassement et la création de digues de grisiole avaient modifiés les débits des courants et les échanges d’eau dans les lagunes méridionales et centrale, mettant en péril l’équilibre même de la lagune.

Des enseignements de l’histoire que l’on semble avoir, pourtant, déjà oublié et fait table rase, aujourd’hui où les dégâts engendrés par le canal de pétroliers n’est pas suffisant, et quand, Paolo Costa, veut, encore, créer un nouveau canal, qui obligera à édifier de nouvelles îles artificielles, et modifiera de manière imprévisible l’équilibre de la lagune.

Le 14 avril 1662, en attendant que le sénat prenne des décisions définitives sur les sites d’entreposages des matières, le creusement des canaux et les concessions de pêche, le Collegio alle Acque, suspend toutes les licences d’élevage et de pêche dans les vallées de Cornio Sette morti, Riolo, Torson et Valle Grande.

Le Collegio alle Acque, créé en 1501, était composé de quinze membres, tous sénateurs, pour veiller sur la gestion et le respect de sa lagune. C’est l’ancêtre du Magistrato alle acque nella Repubblica di Venezia, qui existe encore de nos jours, sous une forme différente, mais sous le même nom. Cet organisme est devenu un service de l’État italien, responsable de tout le bassin versant d’Italie nord-orientale.

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Sigismond le Riche, régent du Tyrol

L’archiduc Habsbourg d’Autriche Sigismond d’Autriche, dit Sigismond le Riche fut régent du Tyrol de 1446 à 1490.

En 1487, Jakob II Fugger devint son banquier et créancier.

Sigismond a été facilement influencé par les mauvais conseils de ses ministres et proches. En Mars 1487, il conclu une guerre inutile avec la République de Venise, parfois appelé la guerre de Rovereto. Les forces armées tyroliennes ont rapidement conquis des mines d’argent dans la vallée Valsugana détenue par Venise, minerais qui fut employé pour frapper une grosse pièce d’argent valant un florin d’or ou gulden (guldiner ; Guldengroschen) à Hall (ville proche de Innsbruck en Autriche).

Guldengroschen

Le 13 avril 1487, l’archiduc du Tyrol Sigismond a donné l’ordre d’emprisonner 130 marchands vénitiens qui étaient venus participer à la foire de Bozen et de confisquer tous leurs biens et marchandises. Les sujets de Sigismond, privés par cette guerre du commerce avantageux qu’ils faisaient avec Venise, murmuraient ouvertement contre leur souverain, qu’ils accusaient de les sacrifier à son ambition.

L’armée du Tyrol a pris d’assaut le col de Calliano et plus tard assiégé le château de Rovereto, dans le Trentin, en utilisant une grosse bombarde, l’une des premières fois qu’un tel armement, si gros, était utilisé lors d’une guerre. La guerre a continué pendant tout l’été, mais a fini sans victoire décisive pour les deux parties. Le condottiere Roberto Sanseverino fut une des victimes remarquables de cette guerre.

En 1490 l’opposition de la population du Tirol éclata avec tellement d’aigreur qu’on craignit une révolte. Ceux des ministres du Prince qui lui avaient conseillé la guerre avec le plus d’ardeur furent les premiers à le persuader à signer la paix avec Venise.  Sigismond contraint de céder et de renoncer au fruit de ses victoires, employa la médiation de l’empereur Frederic.

Les vénitiens qui ne s’étaient engagés dans cette guerre que contrains et forcés, acceptèrent sans difficulté la proposition qu’on leur fit : que tous les prisonniers soient libérés sans rançon, que les limites redeviennent celles d’avant le conflit, et que tous les dommages soufferts par les marchands vénitiens arrêtés à la foire de Bolzano soient réparés dans l’espace d’un mois. Le traité fut signé le 13 novembre.

Après cela, Sigismond du céder la régence du Tyrol à l’archiduc Maximilien Ier, qui devint plus tard empereur Saint Empire Romain Germanique.

Arrestation de l’avogador di comun

Le 12 avril 1761, Anzolo Querini, avogador di comun, à trois heures du matin venait de renter dans son casin, donnant sur le Rio di San Moïse.

Il allait s’abandonner dans les bras de Morphée, lorsque Ignace Beltrami, fante des trois inquisiteurs, frappa à sa porte, la fit ouvrir au nom du tribunal, et déclara ce noble en état d’arrestation.

Querini eût le temps, à cause du respect que l’on témoigna pour sa personne et son rang, d’écrire une lettre à son frère, et une autre à Juliette Uccelli, épouse du notaire extraordinaire de la chancellerie ducale.

Anzolo, dans ses lettres, prévenait ses amis du malheur qui venait d’arriver. Il les priait de le secourir, et, s’il mourrait, de le venger.

Comme avogador di comun, Quérini était investi du droit de dénoncer les Dix ou les Trois, s’il le jugeait convenable. On craignait apparemment qu’il n’exerçât ce droit.

Son arrestation excita  une surprise générale, et la rumeur courrait, disant : « Voilà donc Quérini qui, s’il obtient la liberté, peut récriminer, et, dans sa propre cause, se retrouver juge de son juge. » Sur la demande des amis de Quérini, le Grand Conseil se réunit. Un membre, à cause des circonstances exceptionnelles dans lesquelles on se trouvait, proposa de procéder comme en 1628, à la correction du tribunal des Dix.

L’avis est adopté par un grand nombre de nobles, qui s’indignent de voir le Tribunal des Trois, né du Tribunal des Dix, s’attaquer au censeur naturel nominé par les lois pour observer constamment la conduite d’une institution si puissante. Pierantonio Malipiero, Alvise Zen, Marco Foscari, Girolamo Grimani et Lorenzo Marcello sont nommés correcteurs. Ceux-ci se devisent en deux camps, ceux qui estiment qu’il faut garder sous étroite surveillance le Conseil des Dix pour ne pas instaurer une dictature à la romaine, et ceux qui pensent que se méfier des Dix entraine leur affaiblissement, et que c’est alors un danger pour la république.

Après de longues discussions où chacun des orateurs montrera ses qualités de tribun, et tentera de convaincre du bien fondé de son opinion, le Grand-Conseil entendit les avis de chacun. des différents correcteurs.

Il résulta de tant de délibération qu’Anzelo Querini fut rapidement ramené de son exil à Padoue, que les droits du Doge furent étendus, et que ceux des Dix quelque peu restreints.

Peu de temps plus tard, à la mort du doge Francesco Loredan, de fut Marco Foscarini, le plus ardent défenseur du Conseil des Dix qui fut élu…

Sources bibliographiques :

Histoire des peuples, l’Italie, par M. le Chevalier Artaud – Paris 1835

S. Maria della Salute depuis le Rio de San Moise

Séisme Pascal

Un violent séisme dont l’épicentre semble avoir été vers le lac de Garde a touché tout le nord de l’Italie pendant les fêtes pascales de l’année 1064.

Tous les chroniqueurs qui ont relaté cette catastrophe font mention du jour de Pâques, qui tombait très exactement le 11 avril 1064 (sauf qu’en réalité, ils sont moins précis sur l’année exacte qui peut aussi bien être 1060, dans ce cas, ce serait le 26 mars, que 1065, ce qui donnerait le 27 mars).

Ce genre d’approximations et la façon d’écrire des chroniqueurs d’un autre temps font que, parfois, les recherches historiques révèlent quelques complexités !

Toujours est-il que l’on peut lire avoir ressenti deux fortes secousses, même à Venise, le dimanche de Pâques à midi, puis, de nouveau pendant les vêpres. Il y eût quelques dégâts sur des maisons et une grande panique dans toute la ville, mais on ne trouve trace ni de victime, ni de blessés.

Dans de nombreuses villes (qui ne sont pas citées) ont lit qu’elle ont été entièrement désertées et que ceux qui n’étaient pas mort pendant le tremblement de terre le furent de faim.

 Paisx de venise : l'empereur Barberousse et le doge se rencontrent

Les patriciens rebelles de Candie

Vue_du_siege_de_Candie_en_1669

Une rébellion soulève, en janvier 1364, la colonie vénitienne de Candie, et, fait aggravant, certains nobles vénitiens font partie de cette rébellion et en sont peut-être même à la tête, dont Marco Gradenigo qui s’est autoproclamé gouverneur de la colonie.

Il a fait arrêter le duc, Leonardo Dandolo, et les deux Conseillers, Stefano Grimani et Giacomo Diedo.

Venise envoie dans un premier temps trois des nobles les plus distingués, et, par prudence, avec le titre de Proveditori avec pour mission de réduire l’agitation.

Le 10 avril 1364, à la demande du doge Lorenzo Celso, une flotte met les voiles depuis San Nicolò di Lido, avec à sa tête, Pietro Morosini, nommé Gouverneur de l’île de Candie.

La flotte débarque dans le port de Fraschia, et en sept étapes, rejoint la capitale, reprenant progressivement possession de l’ensemble des territoires.

Le 6 août, les rebelles des Ca’ Gradenigo et Ca’ Venier sont envoyés à Venise, et leurs familles sont expulsées d’Heraklion.

Un prime est proposée pour toute information sur les rebelles qui se sont enfuis, Giovanni Calergi, Tito et Teodoretto Venier.

La paix de Lodi et San Christoforo della Pace

Le 25 novembre 1436, grâce à l’arbitrage du Saint Evêque Lorenzo Liustiniano, le couvent de  situé sur la Cavana di Muran est passé à Frère Simone da Camerino, recteur des Ermites Augustiniens du Mont Ortone, un homme distingué par son attachement au caractère sacré de la vie, la profondeur de ses connaissances, ses compétences diplomatiques, qui a accentué le culte de la Vierge et la vie religieuse de son Ordre.

Îles de S. Michele et S. Christoforo sur le plan de Jacopo Barbari

Avec ses compagnons, il a développé le jardin et le Fra Alberi y a planté quantité d’oliviers transportés depuis le Mont Ortone, symbolisant, pendant les vingt année de médiation, la volonté de paix voulue par le moine ermite.

Le moine théologien, frère Simon da Camerino, intelligent, avec l’aide de la Vierge, qui avait promis la paix, a mené une longue mais fructueuse diplomatie entre Venise et Milan : La paix de Lodi a finalement été signée le 9 avril 1454 après huit années de guerre. Après la signature de la paix, la concession devint don, ce qui fut fait en récompense pour sa médiation fructueuse dans la paix entre la République Sérénissime et Francesco Sforza, duc de Milan.

Désormais indépendant, il a fait rénover le monastère et construire la nouvelle église. C’est depuis cette époque que le couvent et l’île se sont appelés « San Cristoforo della Pace » et furent unis à la paroisse de San Cantiano, tout en maintenant aux évêques de Torcello la juridiction spirituelle de la chapelle San Onorio.

L’église de San Cristofano (ou Cristoforo) était de bonne architecture, à une seule et longue nef. Un centre de la nef, un chœur venait la rompre, jusqu’au toit, finement orné de marbres. Sous le chœur, on ajouta la sépulture de Girolamo Barbaro, mort en 1488 et de Pietro Veruvio qui est mort dans l’année qui a suivi son travail sur la façade de l’église. A partir de la moitié de l’église, quatre spacieuses chapelles. La première fut voulue par Monseigneur Luca Stella, archevêque de Zara, puis Évêque de Padoue, lequel étant mort, resta ainsi imparfaite, bien que son corps ait été enterré près de l’arche voisine de Monseigneur Gio. Finetti, archevêque de Zara. L’autre chapelle était celle de la famille Duodo. C’est au sol de celle-ci qu’était la sépulture de Critofano Duodo, procurateur de Saint-Marc, mort en 1495. Près de là, on pouvait voir la sépulture de Camillo Cautio, grand homme de lettres, mort en 1534. Ensuite venait la chapelle Morosina dédiée à San Nicolo, où furent par la suite ajoutées deux sépultures d’Antonio et Francesco Seza. Dans la chapelle voisine, à côté du chœur, une peinture sur bois de Francesco Rizzo, réalisée en 1519, avec Saint Nicolas, Saint Antoine l’abbé et Sainte Catherine. Au dessus du chœur, l’orge, sans artifices, a été fabriquée comme celle de San Marco. Entre le chœur et la chapelle suivante, il y avait une grande toile qui représentait la Paix conclue par B. Simeone.

San Cristoforo della Pace

Le Cantique des Insurgés

La haine pour l’envahisseur autrichien, unanime à cette époque, explose dans toute la violence du poème écrit par l’ardent patriote Arnaldo Fusinato, ce 8 avril 1848.

Arnaldo Fusinato1

Après les évènements sanglants de Milan et padoue, la révolte violente se propage dans toute la Vénétie. A Vicenza, Arnaldo Fusinato accourt au commandement de près de deux cent volontaires du corps franc de Schio qui s’engage dans la contre-attaque autrichienne à Montebello et Sorio. C’est dans cet environnement qu’il a composé le Cantique des insurgés qui deviendra l’hymne du Bataillon de l’Université de Padoue.

Ce grand enthousiasme dans la puissance de Venise, symbolisée par le Lion de san-Marco a rejoint la bannière bleue du roi Carlo Alberto et celle du pape Pie X, préfiguration du drapeau tricolore qui sera victorieux du drapeau jaune et noir autrichien.

Canto degli Insorti

Suonata è la squilla: già il grido di guerra
Terribile echeggia per l’itala terra;
Suonata è la squilla: su presto, fratelli,
Su presto corriamo la patria a salvar.
Brandite i fucili, le picche, i coltelli,
Fratelli, fratelli, corriamo a pugnar.

Al cupo rimbombo dell’austro cannone
Rispose il ruggito del nostro Leone;
II manto d’infamia, di ch’era coperto,
Coll’ugna gagliarda sdegnoso squarciò,
E sotto l’azzurro vessillo d’Alberto
Ruggendo di gioia il volo spiegò.

Noi pure l’abbiamo la nostra bandiera
Non più come un giorno sì gialla, sì nera;
Sul candido lino del nuovo stendardo
Ondeggia una verde ghirlanda d’allòr;
De’ nostri tiranni nel sangue codardo
È tinta la zona di terzo color.

Evviva l’Italia d’Alberto la spada
Fra l’orde nemiche ci schiude la strada;
Evviva l’Italia! sui nostri moschetti
Di Cristo il Vicario la mano levò …
È sacro lo sdegno che ci arde ne’ petti,
Oh! troppo finora si pianse e pregò.

Vendetta vendetta! già l’ora è sonata,
Già piomba sugli empi la santa crociata:
Il calice è colmo dell’ira italiana,
Si strinser la mano le cento città:
Sentite sentite, squillò la campana…
Combatta coi denti chi brandi non ha.

Vulcani d’Italia, dai vortici ardenti
Versate sugli empi le lave bollenti!
E quando quest’orde di nordici lupi
Ai patrî covili vorranno tornar,
Corriam fra le gole dei nostri dirupi
Sul capo ai fuggiaschi le roccie a crollar.

S’incalzin di fronte, di fianco, alle spalle,
Un nembo li avvolga di pietre e di palle,
E quando le canne dei nostri fucili
Sien fatte roventi dal lungo tuonar,
Nel gelido sangue versato dai vili
Corriamo, corriamo quell’armi a tuffar.

E là dove il core più batte nel petto .
Vibriamo la punta del nostro stiletto,
E allora che infranta ci caschi dal pugno
La lama già stanca dal troppo ferir,
De’ nostri tiranni sull’orrido grugno
Col pomo dell’elsa torniamo a colpir.

Vittoria vittoria! dal giogo tiranno.
Le nostre contrade redente saranno;
Già cadde spezzato l’infame bastone
Che l’italo dorso percosse finor;
Il timido agnello s’è fatto leone,
Il vinto vincente, l’oppresso oppressor !

 Venezia

Les douze porcs du patricarche d’Aquilée

Le serment de Pontida est une cérémonie qui s’est tenue le 7 avril 1167 dans la petite ville de Pontida, près de Bergame, lors de laquelle les villes lombardes se sont alliées contre l’empereur germanique Frédéric Ier Barberousse qui tentait d’exercer, depuis la Diète de Roncaglia en 1158, une influence impériale sur l’Italie septentrionale.

La coalition fut appelée la Lombardorum Societas (Ligue lombarde) et rassemblait, entre autres, Crema, Cremona, Mantoue, Piacenza, Bergame, Brescia, Milan, Gênes, Bologne, Padoue, Modène, Reggio Emilia, Trevise, Venise, Vercelli, Vicenza, Verona, Lodi et Parme.

En 1168, la ville d’Alessandria fut fondée par la Ligue sur les terres du marquis de Montferrat, un allié de Barberousse, pour servir de bastion contre les forces de l’empereur. Elle fut nommée en l’honneur du pape Alexandre III, chassé de Rome en 1166 par l’antipape Pascal III. La ville eut à tenir un très long siège pendant l’hiver 1174-75. La légende dit qu’alors qu’il ne restait plus que quelques grains de blé pour nourrir les assiégés, un paysan ingénieux en nourrit sa vache, puis sortit de la ville et se fit prendre par l’armée de l’empereur. Lorsque les Impériaux eurent tué la vache et découvert son estomac rempli de grains, ils se découragèrent et abandonnèrent le siège. Ce fut la première victoire des forces de la Ligue.

Le 29 mai 1176 eut lieu la terrible bataille de Legnano. Chacune des deux armées croyaient l’autre plus éloignée qu’en réalité et leurs avant-gardes se rencontrèrent par hasard. Les Lombards n’étaient pas préparés et, surtout, leurs forces étaient principalement composées de fantassins, alors que les Impériaux se battaient à cheval. Malgré tout, et c’est un rare exemple dans l’histoire de la guerre médiévale, l’infanterie lombarde réussit à mettre la cavalerie impériale en déroute. L’empereur dut s’enfuir en direction de Pavie, puis se rendit à Venise pour signer un traité de paix par lequel il reconnaissait Alexandre III comme pape.

Barberousse et Alexandre III

Pendant ce temps, Ulric, patriarche d’Aquilée, héritier de la haine de tous ses prédécesseurs contre l’église de Grado, haine qui durait déjà depuis six ou sept cent ans, fit, avec tous des chanoines une nouvelle expédition sur cette île, pilla jusqu’à la nécropole et se préparait à rembarquer avec son butin lorsqu’il se vit encerclé par des vaisseaux vénitiens.

Fait prisonnier, pour racheter sa liberté il fut obligé de se soumettre à un tribut qui devint un éternel objet de dérision.

Politiquement, cette humiliation servait aussi, pour le gouvernement de la Sérénissime, à entretenir dans le peuple la haine pour le patriarche d’Aquilée.

Tous les ans, le patriarche d’Aquilée devait envoyer à Venise, pour le jeudi gras, un taureau et douze porcs, représentant le patriarche et ses douze chanoines, ainsi que douze gros pains de farine, que l’on retrouve mentionnés pour la première fois dans un document issu des Pacta en 1222..

La chronique de Martino da Canale à la fin du XIIIème siècle, les Estoires de Venise, décrit assez bien cette fête :

On les promenait en pompe dans la ville, poursuivis par des chiens et des hommes. Le tribut était remis au Palais ducal, dans la salle du Piovego, où, aux époques les plus anciens des petits châteaux de bois était élevés pour symboliser ceux des vassaux frioulans qui avaient soutenu Ulrico. Un simulacre de jugement ayant été rendu, de jeunes gens armés d’épées leur coupait la tête, l’un après l’autre, en présence du doge, la Seigneurie vêtue de rouge et les ambassadeurs étrangers,  sur la piazza San Marco. Les doge et les conseillers entraient alors au Palais Ducal où l’on abattait les châteaux à coup de barres de fer, pendant que, dehors, et on distribuait les quartiers de viande à la population.

Chasse au taureau par Giacomo Franco

Cette fête populaire a subsisté jusque das ces derniers temps.

Le serment de Pontida qui donne naissance à la Ligue Lombarde, le 7 avril 1167, est le meilleur exemple d’événement historique réinvesti d’une dimension nationaliste au XIXème siècle après la chute de la République. Interprété par la littérature romantique comme un sursaut national avant l’heure, le serment de Pontida est déjà en 1848 un des piliers de la mythologie nationale, en Lombardie bien sûr, mais également en Vénétie. À Pontida est organisée une commémoration néo-guelfe où les effigies de Pie IX et d’Alexandre III, le pape qui avait béni la Ligue Lombarde, sont exposées pour l’occasion, soulignant ainsi la cohésion des Italiens autour du pape contre l’empire germanique, dont l’esprit est incarné en 1848 sous les traits de l’Autriche.

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