Un ange comme le diable

Nous avons été habitués, depuis plusieurs années, aux errances « artistiques » du Carnaval de Venise, immense bordel digne de la télévision berlusconienne, qui s’affrranchit d’à peu près tout, surtout de l’élégance et du bon goût qui, pourtant, sont supposés être la marque de fabrique du Carnaval de Venise.

Un peu plus de 70.000 personnes se pressent aujourd’hui dans Venise, équipés de bottes et emmitoufles pour un climat sibérien. Manque de chance pour eux, il fait un grand soleil et l’eau est enfin partie… enfin, ils doivent tout de même préférer cela, se saouler dans l’eau eût été plus compliqué… ils peuvent se lâcher et boire plus que de raison : tout va bien.

Les badauds s’attendaient dont à voir apparaître, sur le coup de midi, un personnage angélique vêtu de blanc. Que nenni, cette année, c’est dans le costume d’un petit diablotin que l’on a déguisé la pauvre Marianna Serena, une mestrine de 19 ans, avant de la balancer depuis le haut du campanile de San Marco. dès 11:00 heures ce matin, on nous envoyait des photos inédites sur notre téléphone (quelle idée de nous réveiller ainsi à l’aube !).

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Hier soir ce fut la première soirée à l’Arsenale, avec un beau spectacle pyrotechnique…

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… suivi d’une soirée particulièrement lubrique et débridée.

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Carnaval à Venise

Carnaval

Pendant des années, Carnaval devint une fête vénitienne, pour les seuls habitants de la lagune et les enfants.

Mais cela, c’était avant la nostalgie de touristes en mal d’aventures…

… et surtout avant que l’industrie du tourisme de masse ne comprenne qu’il y avait de l’argent facile à gagner, et que la fête ne soit privatisée.

Carnaval de Venise 2015

Samedi et dimanche, le Carnaval a commencé à Venise, pour les vénitiens qui font la fête avant l’invasion de leur ville par des hordes de touristes.

Voici quelques images et vidéos de ce que vous avez manqué ces derniers jours.

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A propos du Carnaval des touristes, vous devez savoir, avant de partir, qu’il y a des aqua alta importantes chaque jour en ce moment, et que la piazza est inondée quasiment en permanence, l’eau ne part plus comme s’inquiètent les vénitiens.

Toute la province est la proie à une importante épidémie de grippe, le virus cette année n’est pas sensible au vaccin (peu de protection donc, même si on est vacciné).

Enfin, dans la nuit de mercredi à jeudi une tempête de neige va s’abattre sur tout le nord de l’Italie et atteindre la Vénétie dans l’après-midi et la soirée de jeudi et les jours suivants, avant une baisse importante des température et la bora (vent du nord).

 

Jean Gabriel Domergue et Venise

Elégants à Venise Aquarelle sur papier 36 x 32 cm Signé et daté 1920 bas gauche

Élégants à Venise
Aquarelle sur papier
36 x 32 cm
Signé et daté 1920 bas gauche

Jean-Gabriel Domergue est un peintre français, né à Bordeaux le 4 mars 1889. Mort en 1962 à Paris.

Jean Gabriel Domergue

Il fut élève à l’école des Beaux-Arts de Paris, d’une quantité impressionnante de sommités professorales de l’époque. Petit cousin de Toulouse-Lautrec, qu’enfant il rencontra, fils d’une famille aisée, il affirmait avoir reçu tout jeune des leçons de Degas. Il débuta au Salon des Artistes Français en 1906, à l’age de 17 ans, ce qui laisse supposer une grande habileté précoce, que l’œuvre à venir n’a pas démentie. Il obtint une mention honorable en 1908, finalement une médaille d’or en 1920, puis déclaré hors-concours. En 1911, Domergue reçut le Prix de Rome et, par la suite, choisit en fait une carrière de peintre mondain. Boldini fut son réel inspirateur. En 1927, il s’installa dans une villa de Cannes, la Villa Fiesole, que la rumeur a dite fastueuse, et qu’il légua à la ville.

jean-gabriel-domergue-élégante-sous-les-colonnades-à-venise

Il fut élu membre de l’Institut et, en 1955, nommé conservateur du musée Jacquemart-André où, jusqu’en 1962, il sut organiser de très importantes expositions (Léonard de Vinci, Seurat, Prud’Hon, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Berthe Morisot, Francisco Goya, …).

Intelligent et cultivé, un tantinet cynique, il fit de cette maison du boulevard Haussmann, quasiment abandonnée, un centre actif de la vie artistique de Paris.

C’est durant l’organisation de l’exposition consacrée à celui qui fut son maître, Giovanni Boldini, qu’il s’éteindra de mort subite, en 1962, dans la rue d’Argenson, en quittant le Musée au début de la soirée.

Jean-Gabriel Domergue , Femme en noir à Venise

Quant à son œuvre propre, bien que semblant promis à ses débuts à une carrière de paysagiste, il devint rapidement le peintre de nus et demi-nus, d’une coquetterie malicieuse, qui firent sa réputation et sa fortune auprès d’une riche clientèle polissonne et libérée. Les femmes de Domergue sont fines et élancées, à une époque où les rondeurs étaient de mise.

Domergue - Les beaux soirs de Venise

Il semble qu’il ait fait plusieurs séjours à Venise.

Domergue - Comedia dell arte

Domergue - gondole a Venise

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Domergue - venise 2

Domergue - venise 1

La festa più golosa del mondo!

Nous avons enfin reçu une réponse à nos demandes d’informations depuis la fin de l’été. Les organisateurs du Carnaval de Venise, nous ont transmis directement, un courrier type envoyé à tous les journalistes du monde, probablement, sans explication complémentaires, notamment à propos de questions comme « comment sera financé le Carnaval de Venise 2015 si l’État italien et la mairie de Venise n’apportent pas d’argent ? »

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Venice Carnival 2015 Theme-2

Vela (nouveau nom pour Venice Events) se contente donc de nous indiquer le thème du Carnaval de Venise 2015, et, tant qu’à faire pour calmer les inquiétudes naissantes, un embryon de programme qui est la copie conforme de ce qui s’est passé l’an dernier, etc…

Nous vous détaillerons tout cela dans les prochains jours.

CARNAVAL DE VENISE 2015
Le festival le plus délicieux du monde!
Samedi 31 Janvier – Mardi 17 Février
Direction artistique par Davide Rampello

Le bon goût, la qualité et le raffinement, le Carnaval de Venise 2015 s’ouvre dans un triomphe de saveurs, de goûts exquis et les plaisirs de la bonne nourriture, le vin et la convivialité : « festival le plus délicieux du monde » sous la direction artistique de Davide Rampello.

« Vivre » le Carnaval de Venise signifie par définition de savourer chaque instant de la fête.
Venise offrira un riche calendrier de spectacles, spectacles et évènements liées à la gastronomie et ses produits d’excellence. Des évènements littéraires, musicaux et de la tradition théâtrale, à la fois nationaux et internationaux : plusieurs suggestions qui inspireront les choix artistiques et scéniques.

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Carnaval de Venise 2015

Comme vous avez peut-être pu le ressentir, personne n’est capable, pour le moment de vous donner des nouvelles, ne serait-ce que le thème, du Carnaval de Venise 2015.

La raison à cela, c’est que la plus grande incertitude règne sur l’avenir même du Carnaval, dont beaucoup de vénitiens ne souhaitent plus entendre parler.

La démission de Giorgio Orsoni de son mandat de maire de Venise après le scandale des pots de vins qui auraient servis à financer sa campagne électorale, qui lui avaient valu d’être arrêté dans le cadre de l’enquête sur la corruption autour du projet Mose a plongé la ville de la lagune dans l’incertitude totale.

Un Commissaire Spécial à été nommé par le Président Napolitano. Le commissario straordinario de la Comune di Venezia, Vittorio Zappalorto doit jongler avec un Conseil Municipal réduit à la portion congrue de celles et ceux qui sont passé entre les mailles du filet, et la nécessité d’assainir les finances de la ville de Venise tout comme le gouvernement démocrate de Matteo Renzi doit assainir celles de l’Italie. Vittorio Zappalorto cumule à lui seul les pouvoirs du Maire (Sindaco), des Adjoints Municipaux (Giunta Municipale) et du Conseil Communal (Consiglio Comunale).

Or, le Carnaval, désormais géré par une société privée, Venice Events, coûte très cher à la ville de Venise, mais ne rapporte pratiquement rien à la commune pas plus qu’à l’État Italien. Tout l’argent généré par le Carnaval de Venise profite à des intérêts privés, qui, le plus souvent pratiquent ce que l’on nomme désormais, avec pudibonderie, l’optimisation fiscale.

De plus, cet été, nous avons eu à déplorer de nombreux touristes dormant dans les lieux publics, urinant n’importe où et transformant la piazza San Marco et l’entrée des lieux de cultes en aires de pique-nique. L’accumulation de ces incivilités a fait émerger de nouveau l’idée du numerus closus pour restreindre l’accès des « touristes d’un jour » dans la cité lagunaire. Et parmi les événements festifs qui cristallisent les tension auprès des résidents de la ville lagunaire, le Carnaval figure en première place. Sa disparition serait donc ici, vécue plus comme une bonne chose que comme une grande perte.

Pour le moment, aucune décision n’a encore été prise.

Nous ne savons pas si, comme convenu, le Carnaval de Venise 2015 aura bien lieu …

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… ou, si, pour des raison financières, pour plaire à l’Union Européenne de madame Angela Merkell, il sera purement et définitivement annulé.

Carnaval

Raymond Bret-Koch est un artiste né en 1902, apparenté à l’éminent médecin allemand docteur Koch qui avait, fin XIXème, donné son nom au bacille de la tuberculose.

Il avait épousé Christine Garnier (de son véritable nom Raymonde Germaine Cagin), née 23 janvier 1915, qui a d’abord été mannequin pour des magazines féminins tel Marie-Claire. Elle est ensuite devenue journaliste pour Le Figaro.

Raymond Bret-Koch est mort en 1996.

Il a peint son huile sur toile (190 x 116 cm) intitulée Carnaval vers 1928.

Carnaval, c. 1928 - Raymond Bret Koch (1902-1996)

Carnaval de Venise

En 1004 le carnaval était déjà mentionné dans une charte du doge Vital Faliero de Doni, et en 1269 le Sénat prescrivait qu’on eût à considérer la veille du Carême comme un jour de fête (Mardi Gras).

Carnaval

On pouvait alors porter le masque, grâce auquel on retrouvera plus tard une ombre de l’égalité perdue au cours du temps, quand, sous des vêtements d’emprunt, les nobles fraternisaient encore avec le peuple.

Quant à celles jugées moins séduisantes, elles recevaient des œufs … pourris. En 1268, un décret interdit aux hommes masqués de s’adonner à ce jeu.

Au XVI siècle , contrôlé par les autorités, le carnaval officialisa certaines coutumes, comme le port du masque, les divertissements sur les petites places.

Beaucoup de jeux particulièrement cruels, et heureusement disparus, se déroulaient alors au détriment d’animaux.

– On s’adonnait au jeu de l’oie.

Pendue au-dessus d’un canal gelé, une oie devait être décrochée, quel qu’en soit la manière.

– Le jeu du chat

On attachait un chat vivant à un poteau vertical et le jeu consistait à se précipiter, la tête la première contre le pauvre chat, pour l’écraser.

– Les courses de taureaux.

On lâchait des taureaux dans des lieux clos, où les chiens venaient les mordre.

– Ou encore, le jeu des échasses

Des personnages masqués, juchés sur des échasses, arpentaient à toute vitesse les ruelles et traversaient les canaux.

Pas besoin d’un service d’ordre, ou de forces de sécurité : tout ce grand mouvement passait, et s’écoulait paisible et joyeux à travers les calli, comme une véritable fête de famille.

Le carnaval de Venise par François Flameng

Pour éviter le ressentiment populaire, une loi interdisait aux riches vénitiennes de porter leurs bijoux en public, sauf pendant les fêtes officielles et durant les derniers jours du carnaval ! Le carnaval leur permettait enfin de satisfaire toutes leurs coquetteries.

Au milieu de la multitude animée, mobile, joyeuse, parmi la lueur des torches et le bruit des trompettes, circulaient des masques aux mille déguisements étincelants d’or et de pierreries, et des matrones aux robes précieuses dont la queue immense était soutenue par des servantes.

Au milieu de cette fermentation le peuple était plutôt bon et pacifique.

Inspiré par la Commedia dell’arte, on retrouve les célèbres Arlequin et Pantalon, Polichinelle, Brighella, Colombine, Scaramouche et tant d’autres se rencontraient, s’apostrophaient et faisaient leur comédie sur la place

Le déguisement traditionnel est la « bauta » (un masque blanc, prononcez la Baouta,) comprenant le « tabarro » (une longue cape noire, la « larva » et le tricorne, ou encore le masque d’Arlequin (son habit est coloré à losanges : au XVIe siècle, loin d’être élégant, l’habit était simplement rapiécé pour figurer les haillons d’un mendiant).

La « moretta » est un masque porté par les femmes, ovale, de velours noir complété de voilette et avec un petit chapeau à larges bords. Le « domino »  un manteau long, avec une capuche qui couvre le visage.

carnaval de Venise

 

***

Carnaval


(…)Venise pour le bal s’habille.
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d’une note fantasque
Cassandre son souffre-douleurs.

Battant de l’aile avec sa manche,
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l’œil.

Le Docteur bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés ;
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec un trille extravagant,
À Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse
Un domino, ne laissant voir
Qu’un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.

Ah ! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m’a dit : « C’est elle ! »
Malgré tes réseaux, j’en suis sûr,

Et j’ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l’affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche
Et la mouche de son menton.(…)

Théophile Gautier   

Émaux et Camées  Variations sur le Carnaval de Venise

La Ballerine et le Stoïque Soldat de Plomb

Conte d'Andersen- Le petit soldat de plomb

Le Vaillant Soldat de plomb, conte célèbre d’Andersen, a toujours connu des adaptations. L’histoire du petit tirailleur unijambiste qui tombe amoureux de la ballerine est très connue : écarté, il manque de se noyer, puis revient et finit par s’unir à la belle en un cœur fondu dans la poêle fumante.

Amour, gloire et beauté poignante composent les éléments de ce conte.

La Ballerine et le Stoïque Soldat de Plomb

Un petit garçon reçut une boîte de 25 soldats de plomb. L’un d’entre eux était un peu différent des autres car il n’avait qu’une seule jambe. Les soldats furent rangés sur une table, où il y avait beaucoup d’autres jouets. Le soldat de plomb qui n’avait qu’une jambe remarqua parmi eux une danseuse, qui se tenait gracieusement sur une seule jambe, et la croyant comme lui, il pensa que ce jouet lui ferait une femme merveilleuse. Le soir, quand les gens de la maison furent couchés, tous les jouets se mirent à faire la fête. Le soldat de plomb restait immobile et fixait des yeux la danseuse. Minuit sonna alors et un diable en boîte s’ouvrit, qui se mit à avertir le soldat de plomb de ne pas la regarder. Mais le soldat continua à regarder la danseuse.

Le lendemain, alors qu’on l’avait posé sur la fenêtre, le soldat de plomb fut enlevé par le diable en boîte et tomba la tête la première du troisième étage. L’enfant et sa bonne le cherchèrent, mais sans succès. Ce furent deux autres garçons qui le trouvèrent ensuite et qui décidèrent de le faire voguer dans le caniveau, sur un bateau en papier. Que va faire le petit soldat? Le soldat de plomb navigua le long du trottoir puis tomba dans les égouts. Après avoir croisé un rat en fureur, n’ayant pas la permission de voguer sur son territoire, il déboucha sur un ruisseau, où il fut avalé par un gros poisson. Le poisson fut pêché, acheté au marché, amené dans une cuisine et coupé. On retrouva le soldat de plomb et le plaça sur une table.

Celui-ci se rendit compte qu’il était arrivé dans la même salle qu’auparavant, dans la maison de l’enfant. Il vit alors la danseuse et fut ému. Mais un petit garçon prit le soldat et le jeta dans le poêle (sûrement sous l’influence du diable en boîte). Le soldat de plomb fut brûlé. Quelqu’un ouvrit une porte et la danseuse tomba, dans la poêle aussi, avec le soldat de plomb. Ils fondirent ensemble. À la place du soldat de plomb, il ne restait qu’un cœur de plomb et à la place de la danseuse, une paillette.

 

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plomb

Le Stoïque Soldat de plombLe Stoïque Soldat de plomb

Carnaval de Venise

Reportage sur les six jours du carnaval de Venise…

… celui de la renaissance, en 1980 !

Groupe de mimes faisant le spectacle dans les rues puis sur la place San Marco, défilé des fanfares du carnaval en costumes d’époque, danses folkloriques sur podium dressé au milieu de la place, toro de fuego, gens déguisés dansant dans les rues, gondoles sur le grand canal, coucher ou lever de soleil sur la lagune.

Telle est la présentation du reportage de Claude Brovelli qui était passé sur TF1, le mardi 19 février 1980, pendant le journal de 13 Heures, présenté par Yves Mourousi.

Le carnaval de Venise a complètement disparu pendant le XXème siècle, de la période fasciste jusqu’en 1980.

Complètement disparu?

Non. Pas tout à fait. Il a subsisté dans la mémoire collective, et plus particulièrement dans la mémoire des Vénitiens. Il a repris vie à l’occasion de la mise en place d’une biennale de théâtre, au début des années 1980. Cette biennale se déroulait à l’intérieur, et voulait se calquer sur la biennale du festival d’art moderne, internationalement connu. À ce moment-là, des petits groupes d’amateurs, et de commedia dell’arte ont profité de l’occasion pour sortir et faire du théâtre de rue. Ce fut l’étincelle et en quelques années, il y a eu une flambée d’enthousiasme chez les Vénitiens. La résurrection du carnaval de Venise a été spontanée, ce n’est pas du tout une fabrication de l’office du tourisme.

Mais, en dépit des apparences communes, que de différences entre le carnaval du XVIème dispositif-clé dans une vie institutionnelle vénitienne alors à l’équilibre, le carnaval démesuré de six mois de la fin du XVIIIème qui tente de conjurer l’angoisse du déclin et le projet d’abord touristique et culturel d’aujourd’hui !

Mais ne boudons pas notre plaisir. C’est un prodige de plus de la Miraculissime que d’avoir pu réveiller son carnaval en 1980.

Et faisons amende honorable. Si le carnaval est maintenant dissocié des libertés politiques de Venise, c’est que Bonaparte, en 1797, a aboli la Sérénissime. Il a brûlé les ornements du Bucentaure, la magnifique galère-emblème du doge, récupéré l’or et transformé la coque en canonnière. A ce propos, un convoi exceptionnel porteur de bois de grume est parti ce printemps de Dordogne pour rejoindre l’Arsenal de Venise où va commencer la reconstruction de ce bateau légendaire. Juste retour des choses comme des femmes et des hommes à Venise en cette période.

La forteresse des dames

Le Carnaval de Venise a toujours été une fête animée par des évènements marquants, bruyants et démonstratifs.

Le Triomphe de Pan - Nicola Poussin

 

En 1214, le Carnaval à Venise à été célébré avec une sorte de simulacre de bataille dans lequel douze noble dames ont tenu une forteresse qui a été attaquée par des assaillants jetant des fleurs et des épices.

Cette célébration se voulait peut-être une parodie de la guerre qui opposait la ville à sa voisine Padoue.

C’est arrivé à l’occasion des fêtes 1214, alors que la ville de Trévise avait interdit une fête à laquelle devaient participer les villes de toute la Vénétie. Alors, les vénitiens ont décidé de réaliser ces fêtes chez eux. Entre autre, un jeu était appelé « Castel d’Amore » : c’était un château en bois, recouvert d’étoffes précieuses, et, en haut des « murs », avaient pris place les plus belles jeunes femmes mariées et des jeunes filles.

Toutes richement vêtues et couvertes de bijoux, ces dames devaient défendre le château de l’assaut des groupes de jeunes gens organisés autour de la bannière de leurs villes. Les armes de jeunes femmes étaient : des roses, des œillets, des dates, des noix et d’autres fruits. La bataille était animée par la musique, et les cris enthousiastes des spectateurs qui admiraient la bataille.

La fête était belle jusqu’à ce que les jeunes de Padoue fassent dégénérer la fête en envahissant le château et tentèrent de faire violence aux jeunes femmes et déchirèrent le gonfalone de San-Marco. Il s’ensuivit une bagarre générale et l’on commença rapidement à distribuer les armes.

A cette occasion, les padouans furent aidés par les chioggottes, mais une inondation imprévue aida les vénitiens et noya près d’une centaine de belligérants.

La paix fut rétablie le 9 avril 1216, et Venise exigea que lui soient livrés les 25 jeunes les plus frénétiques qui étaient à l’origine des émeutes.

Illustration de Giuseppe Gatteri : il momento dell’assalto dei giovani alle donzelle rinchiuse nel Castello d’Amore.

Giuseppe Gatteri : il momento dell’assalto dei giovani alle donzelle rinchiuse nel Castello d’Amore.

L’Homme Sauvage

Non, nous n’allons pas vous parler d’un de ces organisateurs de Carnavals modernes qui réécrivent l’histoire de Venise comme cela les arrangent, mais d’une tradition perdue du Carnaval de Venise telle qu’on la vivait pendant les festivités en masque dans la Sérénissime République.

Le Bal des Ardents

L’Uomo selvaggio, ou Uomo selvatico est apparu très tôt, au siècle du retour à la nature et du mythe du bon sauvage. A l’ombre de la civilisation des lumières, la proposition, à nouveau, d’un personnage qui a une longue histoire, n’est pas dénuée de sens.

On retrouve ce mythe de façon assez suivie et soutenue dans la littérature italienne, un homme a demi bestial, poilu, armé de bâtons noueux, habillé avec des peaux d’animaux, et avec un comportement à mi-chemin entre l’ingéniosité et l’hostilité. Son caractère primitif en fait un personnage ambigu, à la fois grotesque et à la fois attachant.

Scène du Carnaval à Venise

Par contraste, il est décrit souvent comme aimant les douces harmonies musicales dont la nature, théoriquement, devrait l’avoir exclu, sauf à apprécier le chant des oiseaux comme une musique céleste. Ce qui le caractérise également à travers les nombreuses versions de sa légende c’est le savoir qu’il transmet aux hommes bienveillants : il leur apprend à faire cailler le lait, à fabriquer du fromage ou du beurre, ainsi qu’à extraire le charbon du bois et les minéraux du sol. Il détient aussi le savoir de la fabrication du fer. Il est reconnu aussi pour son habileté à faire pâturer les troupeaux, soigner le bétail. Il sait reconnaître les plantes médicinales.

De nombreuses histoires parlent de cet homme sauvage dont le nom apparaît sous différents dialectes : Om salvarek (Emilie-Romagne), l’ommo sarvadzo (Val d’Aoste), il salvanel (Trentin-Haut-Adige), il salvan (Dolomites), il sarvanot (Piémont), il salvanco (Toscane).

Nous retrouvons l’Homme Sauvage protagoniste de nombreuses fables. Dans la seconde nouvelle de la quatrième journée du Décaméron (1349-1353), qu’une allusion à la fête des Marie permet de situer en carnaval, Boccace met lui aussi en scène un masque d’homme sauvage (uomo selvatico) à l’occasion d’une chasse qu’organise place Saint-Marc le frère Alberto déguisé en Ange Gabriel. L’unique conte du Décaméron de Giovanni Boccaccio (en français Jean Boccace) dont le cadre est vénitien, ainsi que certains documents sur le jeudi gras, sont autant de représentations entièrement centrées sur ce personnage étrange.

Pietro Bertelli : Musique jouée par des masques au Carnaval de Venise - 1642

Nous avons retrouvé la gravure ci-dessus de Pietro Bertelli : Musique jouée par des masques au Carnaval de Venise – 1642.

Une ancienne représentation de 1208, conservée au Fra della Valle, à Padoue, le Magnus ludus de quodam homine selvatico est sans doute le plus vieux témoignage, dans la Vénétie, de cette tradition carnavalesque.

Cet homme sauvage, on le retrouve par la suite dans presque tous les personnages de la commedia del arte, ne serait-ce que dans l’aspect farouche de leurs masques. On retrouve les traits de l’homme sauvage dans le mélange de violence et de naïveté, de la méchanceté et de l’insouciance qui ont fait au cours des années de grand succès du personnage d’Arlequin.

Depuis la nuit des temps, donc, le Carnaval de Venise à été une fête bruyante et démonstrative, où l’on jouait de la musique, où l’on se déguisait, parfois de manière fort vulgaire, et où l’on chantait, buvait, mangeait, avec force de cris et de rires.

Le Carnaval n’a jamais été à Venise une défilé muet d’ombres fantomatiques escortés par des nervis cachés sous des baute et qui errent dans le rues comme s’ils allaient à la mort, sous les quolibets d’une foule avide de fureur et de sang. Cette mode n’est qu’une légende urbaine inventée à la fin du siècle dernier, dans les années 1990, pour favoriser on ne sait trop quoi, on ne sait trop qui, au détriment de la fête et de la réalité historique.

Mais vis à vis de ces gens qui détournent l’histoire pour s’enrichir au dépends des autres, nous garderons un des traits de caractère de l’Uomo selvaggio : pacifique, il se détourne des moqueries et dénégations de certains en leur laissant leur ignorance pour punition.

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Sources bibliographiques :

F. Neri, La maschera del selvaggio, Giornale Storico della Letteratura Italiana, vol. LIX, 1912, p. 47-68.
G. Boccace, Decameron, éd. Vittore Branca, Giornata IV, novella 2, Turin, Einaudi, 1980, vol. 1, p. 501
G. Bertrand, Histoire du carnaval de Venise : XIe-XXe siècle, Ed. Pygmalion, 2013

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