Catherine, princesse à San Michele – XII

Dans la saga des aventures romanesques des princesses Troubeztkoy de Venise, Eleonora, la petite fille de Catherine, n’est pas en reste. Celle que l’on nomme toujours Lori, la comtesse Trubestkoj à Mogliano, connu en effet une seule fois dans sa vie, un grand, un immense amour dont la fin tragique mérite que nous vous la racontions…

Dans l’été 1912, un jeune homme fit son apparition, à Venise, auprès de Gabriele d’Annunzio et il fut très remarqué et apprécié par les jeunes femmes de l’époque. Ce jeune homme rentrait de France où il avait fait son premier vol le 4 mai 1912 et reçut son brevet de pilote d’aéroplane n°1 037 deux mois plus tard. Il regagna ensuite l’Italie pour poursuivre des vols et obtenir son brevet de pilote militaire à Turin.

Francesco Baracca, c’est de lui dont il s’agit, est né le 9 mai 1888 à Lugo près de Ravenne. Il était le fils unique d’Enrico Baracca, un grand propriétaire terrien, et de la comtesse Paolina Biancoli. Il passa son enfance à s’adonner à la musique, à l’équitation et à la moto.

A Venise, il rencontra la famille Ennès, et les princesses Troubeztkoy qui ne restèrent pas insensible à son charme. Francesco fut immédiatement séduit par Maroussia, effacée mais volontaire, et dont la beauté était légendaire à Venise en ce début de siècle.

A vrai dire, Éléonore était un peu jalouse de sa sœur, et se mit en tête de séduire le bel aviateur.  Nul ne pouvait résister à une princesse Troubeztkoy, et, délaissant enfin Marousia, Francesco Baracca, commença une relation suivie avec sa sœur aînée, pourtant plus âgée que lui de cinq ans. A notre connaissance, ce fut la seule fois que le grand héros de l’Italie capitula. Mais étais-ce vraiment une défaite ?

Dès 1913, donc, Francesco Baracca, fréquenta assidument la maison des Ennès, dans le sestière de san Polo, ou bien, dès le printemps venu, la demeure de Mogliano, où les jeunes comtesses allaient souvent, surtout en été.

Deux années durant, Éléonore et Francesco vont vivre un amour sincère et réciproque. Le pilote rejoint Venise à chaque occasion, et les jeunes gens se retrouvent parfois avec Gabriele d’Annunzio et toute la bande qui gravite autour de l’écrivain militant. Le 23 mai 1915, l’Italie entre en guerre aux côtés de l’Entente. Au cours de l’été alors qu’il venait à peine d’être formé sur Nieuport au Bourget, il est affecté à la 70e squadriglia chargé de défendre le commando supremo (haut commandement italien) basé à Udine. Il rencontra ses premiers adversaires mais à cette époque les combats tournaient toujours à l’avantage de l’ennemi, du fait de la supériorité de leur matériel. Le 7 avril 1916, alors qu’il pilotait un chasseur Nieuport 11, Baracca attaqua un Aviatik autrichien et le contraignit à atterrir. Il atterrit alors à son tour près de la victime et, selon la tradition « chevaleresque », le salua et lui serra la main. Il s’agissait alors de la première victoire de l’aviation italienne. Il enchaîna alors les succès : le 16 mai, il abattit un second appareil qui s’écrasa près de Gorizia.

Pour Eléonora, il devient “son héros” mais elle tremble à chacun de ses départ, et se fait violence pour retenir ses larmes. Francesco fait alors peindre sur les flancs de son Nieuport XI un cavallino rampante (cheval cabré) en l’honneur du Piemonte Reale où il a fait ses premières armes et en hommage à la passion d’Éléonore pour le cheval. Passion héritée de son grand-père maternel, probablement.

Faisant partie des as, il inaugura l’année 1917, en abattant un Albatros le premier de l’an. Au printemps, les Nieuport furent progressivement remplacés par des SPAD S.VII plus rapides et mieux armés. Baracca effectua alors des reconnaissances photographiques, photographiant même en compagnie du sous-lieutenant Olivari, le camp d’aviation autrichien de Bruneck. Le 23 mars, il abattit son septième avion près de Merna, le 26 avril vit Baracca faire une huitième victime près de Gradiscia et le 10 mai une dixième aux alentours de Gorizia. Puis en un mois, il descendit 4 appareils devenant le premier as au palmarès des pilotes italien après sa treizième victoire. Une partie de la 70e squadriglia est alors détachée pour devenir la 91e squadriglia surnommée plus tard « Squadriglia degli Assi » (escadrille des as). Le 21 octobre 1916 pilotant son Nieuport XVII, il abat un Brandenbourg C.I. Le pilote Frantz Fuchs est tué, son observateur Kalman Sarkozy de Nagy-Bocsa est fait prisonnier. À l’été 1917, il fut nommé commandant de la 91e squadriglia, basée à Istrana et en août il est fait chevalier de l’ordre Militaire de Savoie. À la fin du mois de septembre il totalisait 19 victoires confirmées. Après la défaite italienne de Caporetto en novembre 1917, son escadrille dut se replier sur Pordenone où elle fut rééquipée de SPAD XIII. Baracca multiplia alors les victoires, à la fin de 1917, il comptait 30 victoires à son palmarès. Il est alors envoyé à Turin pour participer à la mise au point du nouveau chasseur italien Ansalto SVA. Dans le même temps, il reçoit la médaille d’or de la valeur, la plus haute récompense remise par l’armée de l’air italienne, celle-ci lui fut remise lors d’une cérémonie solennelle à la Scala de Milan.

Il obtint une période de permission qu’il passa à Venise auprès d’Éléonore. C’est à cette période, durant l’hivers 1918 que les deux jeunes gens prononcèrent leur fiançailles, et que l’as de l’aviation promis de se marier avec sa belle princesse sitôt la guerre terminée.

Il rejoignit sa squadriglia au printemps 1918. En mars il fit mouvement avec son unité vers Trévise. Entre le 3 mai et le 15 juin il obtint encore 4 victoires, sa dernière victime était alors un Albatros qui bombardait les troupes italiennes près de Montello.

Le 15 juin, une lettre de Francesco parvint à Mogliano, où Éléonore passait l’été dans la maison de sa grand-mère. Le jeune homme racontait ses aventures aériennes, et terminait sa lettre en annonçant son prochain retour, son espoir d’une fin prochaine de la guerre, et le vœux de tenir la promesse qu’il lui avait faite dans le courant de l’hiver.

Les jours qui suivirent, la chaleur écrasante, lourde et orageuse enveloppa la Vénétie. Dans le jardin de la maison, dans les verts des arbres et du parcs aux gigantesques magnolias, seul le silence régnait dans la journée. Même les oiseaux se faisaient discrets, seuls quelques pinsons laissaient entendre un doux chant.

Le salon du rez de chaussée, dont Olga Petrovitch, la jeune servante, a laissées les fenêtres grandes ouvertes est envahi par l’odeur suave des Oliviers de Bohème.

Semblant ne pas voir les portraits de familles dont les murs du salon sont recouverts, Eleonora, debout près de la fenêtre, fixant le petit pontant au bout du jardin, demande : “Olga, pas de nouvelles ?“.

C’est de ce même pontont qu’elle partait, enfant, pour Venise, en compagnie de Catherine, sa grand-mère, et de Maria sa mère, dans la gondole de la maison. Vingt ans, déjà que le princesse Catherine est partie. Éléonore avait à peine quatre ans, quand on a dit adieu à sa grand mère dans l’église des Grecs. Maroussia ne l’a pas même connue.

Non, comtesse, Vladimir n’est pas encore rentré” répond la jeune servante en mentionnant le retour attendu du vieux majordome.

Une reprise soudaine des bombardement vers Montello surprend Éléonore, qui dans un geste nerveux fit tomber, sur la table un cadre avec une vieille photo d’elle en compagnie de sa grand-mère. Olga, au bruit du verre brisé se précipite immédiatement “Vous ne vous êtes pas blessée ?

Soudain, de l’entrée de la maison, la voix excitée de Vladimir, le majordome, retentit dans la maison. “Comtesse, j’ai une lettre pour vous du duc d’Aoste, que l’on m’a remis au commandement militaire“.

Du duc d’Aoste ? Quelque chose s’est passé ?

 ”Je ne sais pas comtesse, l’enveloppe m’a été remise par un caporal, qui m’a dit que le duc s’excuse de ne pas venir en personne pour vous la remettre à cause de ses nombreux engagements.”
Eh bien, Vladimir, vous pouvez aller” s’empresse de dire Éléonore serrant l’enveloppe, avec un pressentiment qui l’empêche de l’ouvrir.

Elle s’assoit enfin dans le fauteuil que lui a préparé Olga et commence à lire.

Illustrissima Contessa Eléonore Trubetzkoy,
con la presente, mi duole informarla che il maggiore Francesco Baracca, comandante della 91° squadriglia, e nostro comune amico, è stato abbattuto il giorno 18 giugno del corrente mese dalla fanteria nemica, durante una missione.
Allego alla presente, una foto del maggiore in divisa accanto al suo velivolo, con dedica sul retro.
Unendomi al suo dolore, le porgo sentite condoglianze
Firmato,
    gen. Emanuele Filiberto, Duca d’Aosta,
    comandante del III Corpo d’Armata

Éléonore reste longuement immobile à fixer ce morceau de papier qui vient de détruire sa vie. Puis, un larme coule le long de sa joue, alors, Olga qui comprends dit “О мой бог!

Le 19 juin 1918, alors que la bataille du Piave faisait rage, Francesco Barracca fut tué lors d’un vol de harcèlement à basse altitude au-dessus des positions autrichiennes.

Son avion fut retrouvé là où il fut abattu, mais son corps ne fut découvert qu’après la retraite autrichienne. Personne ne sut exactement comment il était mort, d’aucuns prétendent qu’il s’était suicidé pour ne pas tomber au mains de l’ennemi. Il avait reçu une balle en plein front.

Au total, il avait participé à 63 combats aériens et avait abattu 34 appareils ennemis se plaçant ainsi comme l’as des as italiens devant Silvio Scaroni avec 26 victoires.

Plus tard, Éléonore extrait de l’enveloppe une photo au dos de laquelle sont écrits ces mots :

Alla contessa Eleanor Troubetzkoy, in memoria di tutti quei momenti indimenticabili trascorsi insieme nella speranza di stare insieme il più presto possibile dopo la fine della guerra, con infinito rispetto e gratitudine, il tuo aff.mo
      Francesco Baracca “.

On fit au héros de l’Italie des obsèques nationales, dont l’oraison funèbre fut écrire et prononcée par le compagnon de toujours, Gabrielle d’Annunzio.

Éléonore restera toute sa vie fidèle au souvenir de son héros, et ne connut aucun autre amour.  Baracca avait décoré son avion avec un étalon noir cabré, en souvenir de son passage à la cavalerie. Cet emblème a été repris plus tard en son honneur par le constructeur d’automobiles italien Ferrari ainsi que par des unités de l’armée de l’air italienne actuelle.

Catherine, princesse à San Michele – XI

Le vendredi 25 janvier 1850, elle avait alors 44 ans, Catherine mit au monde, à Paris, Marie, fille de Nicolas Vel. A cette époque, elle vivait donc toujours à Paris. On ne sait rien de Nicolas Vel, patronyme relativement répandu dans quelques arrondissements de Paris dans ces temps.

Marie Vel, princesse Troubetzkoy, épousera le 19 avril 1879, à Venise, Louis Martin Ennès, né à Moscou le 20 décembre 1843, de Louis et de Elise Hoeppener. A cette époque, ce patronyme Ennès se retrouve beaucoup en Alsace et en Lorraine. Une partie des habitants de ces régions, aux frontières de l’Allemagne et de la France, s’était alors réfugiée en Russie, où elle formait une diaspora puissante, comprenant beaucoup d’industriels et d’ingénieurs.
Le plus célèbre membre de cette diaspora est, peut-être Maximilien Karlovic Hoeppener (4 juin 1848 – 10 décembre 1924) né dans une famille de marchands. Il s’est illustré dans la construction du réseau d’eau potable et celle du réseau de tramways de Moscou.

Cette origine alsacienne ou lorraine de Louis Martin Ennès nous est confirmée par son acte de naturalisation à l’occasion de la loi sur “l’Options des Alsaciens Lorrains pour la France”, demande de naturalisation qu’il fera, à vingt-neuf ans, le 29 juin 1872, depuis le Consulat du Caire, en Égypte.
A cette époque, Ferdinand de Lesseps après avoir été nommé consul au Caire, a engagé dans ce pays de grands travaux : barrage sur le Nil, creusement du Canal de Suez. Les travaux de percement du canal commencent le 19 mai 1859. Une énorme machine se met en branle pour construire un ouvrage de 164 kilomètres de long, de 8 mètres de profondeur et de 20 mètres de large, qui part de Port-Saïd, au bord de la Méditerranée, longe le lac Manzala, atteint la dépression des lacs Amers pour déboucher dans le golfe de Suez. Un paysage industriel s’élève au milieu du désert: de hautes cheminées crachent des flammes et de la fumée, on entend le bruit des wagons, des locomotives et des dragues qui fonctionnent au moins seize heures par jour.
Le canal est inauguré le 17 novembre 1869.

Le couple aura au moins deux filles : Éléonore, née le 11 juillet 1883 à Skomoroshky en Russie (actuelle Ukraine) et Marie, surnommée Maroussia, née le 30 janvier 1889 à Skomoroshky également, dans ce que l’on nomme alors le Gouvernement de Kiev.

Dans ce village de Skomoroshky avait été construit, dès 1860, une usine de production de sucre à partir des betteraves. A la fin du XIXème siècle, l’usine fut entièrement modernisée.

C’est la princesse Marie qui, après la mort de sa mère, Catherine, fit transmettre à la tsarine des miniatures peintes par Élisabeth Vigée-Lebrun et qui lui provenaient de la princesse Dara Troubetzkoy, à l’époque où elle vivait à Paris.

Aujourd’hui, une de ces miniatures est dans la collection CK en France.
La donation écrite de la princesse Ennès-Troubetzkoy de Venise est aussi dans la collection CK.

Louis Martin Ennès, ingénieur domicilié 13 boulevard des Capucines, à Paris, tout près de l’Opéra, est mort le 21 juin 1895 à l’hôpital psychiatrique de Vérone, ville où il a été inhumé dans un premier temps. Il avait cinquante et un ans.

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Catherine, princesse à San Michele – X

Après la mort de Nicolas Ier, Catherine continue à envoyer ses rapports sur l’activité politique en France à son fils, Alexandre II. En 1863, le tsar lui demande de se rendre au plus vite à Nice, préparer l’arrivée de son fils ainé, le tsarévitch Nicolas Alexandrovitch.

Pour le familiariser avec son peuple, Alexandre II, se souvenant de son propre apprentissage, oblige le grand-duc Nicolas Alexandrovitch à parcourir la Russie dès l’âge de dix-huit ans. Ces voyages continuels semblent fatiguer le tsarévitch. Il se plaint de malaises qui déroutent les médecins : selon les uns, il se serait froissé la colonne vertébrale en tombant de cheval, selon les autres, il souffre de rhumatismes. À tout hasard, on lui recommande un traitement de bains de mer à Scheveningue, près de La Haye. Et dans l’espoir d’une rapide guérison, ses parents décident de le fiancer à la princesse Dagmar de Danemark. Mais malgré les médicaments, les ablutions et les massages, les douleurs s’aggravent de jour en jour. Nicolas marche courbé comme un vieillard. Les docteurs l’expédient à Nice (française depuis 1860). Lorsqu’il y arrive en novembre 1863, il est squelettique et peut à peine se mouvoir. Alors seulement, on s’avise qu’il s’agit sans doute de la tuberculose.

Nicolas reste à Nice pour se soigner. L’impératrice Marie Alexandrovna s’installe aussi à Nice, où Catherine Troubetzkoy lui a trouvé à s’installer à la villa Bermond. Elle suit avec angoisse les progrès de la maladie de son fils.

Dans la nuit du 23 au 24 avril 1865, Nicolas succombe à une crise foudroyante de méningite cérébro-spinale.

De Nice, son corps est emmené à Villefranche (aujourd’hui Villefranche-sur-Mer) et embarqué à bord de la frégate Alexandre Nevski pour être inhumé dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Saint-Petersbourg.

La famille impériale russe fit bâtir un oratoire à l’emplacement où le grand-duc Nicolas mourut. Par la suite une grande église orthodoxe fut construite entre 1903 et 1913 à proximité de l’oratoire ; inaugurée en 1912 cette église est souvent qualifiée de “cathédrale russe de Nice”.

Pendant les dix-mois du séjour du grand-duc Nicolas Alexandrovitch à Nice, Catherine Troubeztkoy est restée auprès de lui, ainsi que de la tsarine. Après le décès du tsarévitch, elle reste très marqué par cette douloureuse épreuve, elle qui, pourtant, toute sa vie jusqu’à présent à lutté férocement. Elle demande au tsar l’autorisation de se retirer pour se reposer.

Catherine Troubetzkoy part alors pour Venise. La découverte de la ville lagunaire est pour elle un émerveillement, qui lui fait penser, un peu à Saint-Petersbourg, avec la douceur d’un climat idyllique en plus.

Lors d’une ballade en calèche sur la terraferma, elle découvre, dans un village au nord de Burano, une maison qui est peut-être à vendre. C’est le coup de foudre immédiat, Catherine tombe amoureuse de cette demeure, construite en 1600 comme le prouve la date inscrite sur le plancher dans une chambre du premier étage. C’est son oncle, le comte Grégoire Alexandrovitch Strogonov (1770-1857) époux de la princesse Anna Sergueevna Troubetzkoy (tante du prince Serge Troubetzkoy), le Grand Chambellan du tsar qui achète la maison et Catherine la fait restaurer à son goût.

Cette maison reste, dans un premier temps, sa villégiature. A Venise, Catherine Troubetzkoy habite au palazzo Moro. Pour se rendre du palais à sa maison de campagne, elle fait de fréquents voyages en gondoles entre ses deux habitations.

Dans les célèbres cafés de la piazza, Catherine Troubetzkoy fréquente toute la société du XIXème qui aime à se retrouver. On se souvient qu’elle avait pour habitude de laisser une pièce d’or aux serveurs, en partant.

Catherine Troubetzkoy a soixante ans, et malgré sa beauté, se sent “une vieille femme usée par les épreuves“.

Désormais, c’est là, a Venise, qu’elle vivra jusqu’à sa mort, se partageant entre des saisons en bordure de l’Adriatique, au Lido di Venezia, le palais Moro ou sa maison sur la terre ferme et quelques rares voyages à Paris où elle a conservé des biens. Elle y avait déjà laissé, depuis quelques années, l’usage de son hôtel particulier de la rue Lapérouse à Sophie et son mari, le duc de Morny, décédé lui aussi peu de temps avant le tsarévitch.

C’est dans cette maison de Mogliano Veneto que Maria viendra la rejoindre à la mort de son mari, et qu’elle vivra avec ses petites filles, Maroussia et Eleonora.

Catherine, princesse à San Michele – IX

Vers la fin de 1854, le tsar demanda à Sophie Troubetzkoy de se préparer à quitter Smolny, pour venir auprès de la tsarine Alexandra Fiodorovna à Tsarkoïe Selo.

Sur la demande du tsar, donc, la tsarine fit de Sophie sa demoiselle d’honneur, alors qu’elle avait tout juste dix-sept ans. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le courant ne passait par trop entre Friederike Luise Charlotte Wilhelmine von Preußen (Frederica Louise Charlotte Wilhelmina von Hohenzollern) et la jeune princesse, fille illégitime du tsar. La tsarine persistait à s’exprimer en allemand, sa langue maternelle, refusant le français, langue de la cour, ou le russe. Savait-elle le secret de la naissance de Sophie ?

C’est-là une information qui nous est encore restée inconnue.

De fait, Sophie est en réalité, à cette époque, plus proche de Nicolas Ier, qui, vieillissant, sent venir une mort de plus en plus proche. Entre la fin de l’année 1854, et ce fatidique 2 mars 1855 où son père biologique va la quitter pour l’Éternité, Sophie va rencontrer le tsar, dans l’intimité, à de nombreuses reprises.

Et, lors de ces rencontres entre un père aux portes de la mort, avec sa fille naturelle à l’aube de sa vie, dans le secret des salons privés, le tsar va tout raconter à Sophie.

L’histoire de sa vie” consignée dans son journal par la jeune princesse est le récit que lui fait un empereur, despote inflexible, qui, même au soir de sa vie, n’oublie pas de valoriser son rôle. C’est “l’Histoire Officielle” celle qui sera en partie trouvée par les historiens, parfois un peu loin de la banale réalité. C’est aussi l’histoire de vies et de destins dictés par un autocrate absolu.

C’est vers 1836 que l’empereur rencontra ma mère pour la première fois. Il fût émerveillé par cette beauté pavlovienne de vingt printemps. Nicolaï dans la force et la beauté de sa maturité, à quarante ans, n’eût aucune difficulté à la séduire. Leur secrète liaison continua jusqu’à ce jour de juillet 1837 où Catherine informa son amant qu’elle attendait un enfant de lui..

… Il était nécessaire de lui trouver un père, et, pour diverses raisons, ce fut le prince Sergueï Troubeztkoy qui fut choisi pour devenir mon père officel…

… Quelques temps après ma naissance, le tsar demanda à Catherine Mousine-Pouchkine de se rendre à Paris, pour deux raisons. Il convenait de mettre un peu de distance entre les deux amants, car leur relation entretenait désormais un scandale à la cour, dont Nicolas n’avait pas besoin. Il avait, de plus, confié à ma mère la mission de le tenir régulièrement informée de la vie politique en France. Pour cela, elle serait formée à l’ambassade de Russie à Paris, où on lui apprit les manières de s’infiltrer dans les milieux intellectuels et politiciens…

… La situation en France devenant dangereuse, Nicolas décida de mettre sa fille à l’abri dès 1846. Officiellement, la nouvelle de la mort de Catherine l’arrangeait bien, également du point de vue politique. Ainsi, son espionne en France pourrait agir avec une plus grande liberté…

… Mais, mon père m’informa que ma mère était toujours bien vivante, à Paris, et qu’elle demandait de façon régulière de mes nouvelles à mon père. J’appris aussi que j’avais une sœur, Maria, née à Paris en 1850…”


Nicolas Ier accablé par sa lourde défaite en Crimée, décède des suite d’une pneumonie le 2 mars 1855.

Sophie se retrouve alors seule, parmi les demoiselles d’honneur d’Alexandra Federovna, qui soufre de plus en plus de sa tuberculose.

Dans sa famille, on se préoccupe alors de trouver un parti à Sophie. Et ce sera comme un rêve inespéré, pour Sophie, que la rencontre avec ce dignitaire français, déjà croisé aux funérailles du tsar, puis au couronnement du tsar Alexandre II où il était l’ambassadeur de la France. En 1856, on apprends qu’il va laisser sa place d’ambassadeur et rentrer à Paris. Sophie, avec la complicité des princesses de sa famille s’organise pour le rencontrer de plus en plus souvent, et fait tout son possible pour le séduire. Elle ne se doute pas que le charme a déjà opéré et que le duc de Morny à de suite été séduit par la jeune princesse.

Le mariage eût lieu le 26 décembre 1856 (7 janvier 1857 français), et le jeune couple est rentré à Paris.

Une fois à Paris, dès que cela lui fût possible, Sophie se rendit à l’hôtel de la rue Lapérouse où sa mère l’attendait avec impatience. Après une longue séparation de plus de dix interminables années, Catherine pouvait enfin serrer dans ses bras sa petite fille qui était devenue une belle jeune femme. Ce fut de longues effusions faites de cris, de pleurs et d’embrassades. Ce n’est qu’après de longues, très longues minutes, une fois que l’on eût apporté le thé que Sophie fit la connaissance de sa sœur, Marie, qui avait déjà sept ans.

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Catherine, princesse à San Michele – VIII

En juillet 1840, pendant quelques semaines, l’Europe sembla être au bord de la guerre, jusqu’à ce que le roi des français, Louis-Philippe Ier mît fin à la crise en rappelant Guizot de Londres pour former un ministère et pour aider sa Majesté dans ce qu’il appelait “ma lutte tenace contre l’anarchie“.

Le tsar Nicolas 1er comprend qu’il a besoin, en France aussi, d’informateurs sûrs et discrets pour le tenir au fait de la situation dans le pays. Il fait alors appel, en toute discrétion à Catherine, en échange de la promesse d’une rente substantielle. Quel meilleur espion qu’une maîtresse qui lui est toujours attachée et dévouée ?

Il utilisera le même moyen en d’autres occasions (voir l’histoire de Catherine Bagration)…

Conseil des ministres au palais des Tuileries : le maréchal Soult présente à Louis-Philippe la loi de Régence, le 15 août 1842. Guizot se tient à gauche.Tableau de Claude Jacquand (1803-1878), dit Claudius Jacquand, 1844.

Guizot s’appuie sur le parti conservateur et une opposition divisée, situation accentuée par la dissolution de la Chambre qui renforce les partisans du roi. Ainsi, il considère que toute réforme s’avère être un danger et est inutile. Aussi refuse-t-il toute réforme et accepte encore moins l’idée du suffrage universel direct. Selon lui, la monarchie doit favoriser la “classe moyenne”, les notables. Ceux-ci sont réunis par la propriété foncière, une “morale” liée à l’argent, le travail et l’épargne. “Enrichissez vous par le travail et par l’épargne et ainsi vous serez électeur !” Guizot s’acharne à favoriser les propriétaires et à conserver le régime.

En 1946, les affaires de corruption qui entachent le pouvoir, les scandales et les faillites se multiplient. Le système bancaire est en crise, et la récolte de blé est très mauvaise. Les manifestation ouvrières se développent et, souvent tournent à l’émeute.

Dans ce climat, Catherine souhaite protéger sa fille, Sophie. Le tsar lui conseille donc d’écrire à sa famille prétextant la maladie et demandant que Sophie soit accueillie en Russie chez les Moussine-Pouchkine. En attendant, la petite est mise à l’abri dans un pensionnat. Le projet escompté ne se réalise pas, et, informée de la possible mort de Catherine, la princesse Mathilde demande au tsar son accord pour l’adoption de Sophie.

C’est à ce moment que le tsar, qui reçoit régulièrement des informations de la “morte”, Catherine, écrit ce qui deviendra l’histoire officielle, celle que nous nous avons déjà racontée : la lettre écrite à l’article de la mort, le voyage de Sophie à travers l’Europe dans la neige, et l’arrivée à Smolny.

En 1846, la Russie organise l’intervention militaire qui réprime le soulèvement de Cracovie et persuade l’empereur autrichien que ce dernier lambeau de Pologne libre doit être rattaché à l’Empire des Habsbourg. En 1848, il se porte au secours du sultan ottoman confronté à la révolte des principautés roumaines de Moldavie et de Valachie. En 1849, il répond à l’appel de l’empereur d’Autriche aux prises avec le soulèvement hongrois en dépêchant un corps de 200 000 hommes qui pousse en quelques mois les insurgés à la capitulation.

Le 22 février 1848, l’interdiction d’un banquet à Paris provoque une manifestation lors de laquelle des protestataires sont tués par l’armée. Des barricades sont alors édifiées dans la ville de Paris.

Le 24 février 1848, la II République est proclamée, et, discrètement, Catherine continue à informer le tsar, qui, comme à son habitude surveille les évènements de près, se préparant à une éventuelle intervention s’il l’estime nécessaire. Ces interventions russes systématiquement dirigées contre le “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes” valent à Nicolas Ier le surnom de “gendarme de l’Europe”.

Catherine, avec les moyens que lui alloue généreusement le tsar, s’est installé au 15 de la rue Lapérouse, dans un bel hôtel particulier.

C’est dans cette maison, que le naît, le 25 janvier 1850, Marie, fille de Catherine et de Nicolas Vel.

Jusqu’au coup d’état du 2 décembre 1852,  Catherine Moussine-Pouchkine a encore beaucoup de travail pour informer son tsar… les échanges de courriers ne cesseront vraiment qu’après la mort de Nicolas Pavlovich Romanov, le 2 mars 1855.

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Catherine, princesse à San Michele – VII

À l’automne de 1866, José Isidro Osorio y Silva-Bazán dit “Pepe Alcañices” est “tombé” à Paris. Il venait de terminer une sorte de tournée européenne. Il avait été, en premier, en Angleterre, où très souvent il se rendait à la recherche de chevaux pour son écurie espagnole, surtout depuis que son père avait importé dans le pays, la notion de reproduction. Puis il était allé à Baden-Baden, une des stations balnéaires à la mode, où il avait passé un bon moment. Pour couronner le tout, avant de rentrer à Madrid il avait décidé de se donner une petite semaine de repos dans la capitale française.

Pepe a toujours été très bien reçu à Paris. Cela a beaucoup à voir avec sa vie privée, et ses lien avec l’Impératrice des français, bien sûr.

Un après-midi, Pepe est allé à une soirée mettant en vedette Anne de Mouchy.
Le mari d’Anne était le duc de Mouchy, elle était née princesse Anne Murat, fille de Lucien Murat, lui-même fils de Joachim Murat et Caroline Bonaparte.
Par conséquent, notre duchesse de Mouchy était une petite-fille de la Caroline, la sœur cadette de Napoléon Ier.
Lors de la fête Pepe Alcañices remarque la présence d’une femme blonde.
C’est même femme, se souvient-il, qu’il a aperçu quelques jours auparavant sur un magnifique cheval dans le Bois de Boulogne.
Pepe a toujours eu le regard attiré par de jolies femmes à cheval, des montures de grande valeur, de sorte que la blonde ne lui a pas “échappé”.
A présent, la retrouver dans la maison d’Anne de Mouchy, fait jaillir une petite lumière dans son cerveau, avant même d’essayer d’organiser des présentations de rigueur.
La femme blonde du bois de Boulogne, c’est Sophie Troubetzkoï, la veuve du duc de Morny.
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Avec un peu de méfiance, Alcañices explique alors à Sophie qu’il l’a vue quelques jours plus tôt dans le Bois de Boulogne, mais n’avait pas osé s’approcher par respect au cas où elle avait oublié qu’ils s’étaient déjà rencontrés, une fois, lors d’un bal lors du second Empire.
Sophie sourit poliment et réponds que rouler dans le Bois de Boulogne est l’une des joies de la vie parisienne.
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Il est clair que Alcañices a été très impressionné, parce que le lendemain il alla rendre visite à la duchesse de Morny, dans sa résidence au 42, avenue Gabriel.
Les rencontres entre Alcañices et Sophie ont été, disons, très, très fréquentes en 1867 …

Sofia Troubeskoy, duchesse de Morny, épousa en secondes noces le 21 mars 1869, à Vitoria en Espagne, José Isidro Osorio y Silva-Bazán (né à Madrid le 4 avril 1825, mort à Madrid  le 30 décembre 1909), duc d’Alburquerque et de Sesto, cousin de l’Impératrice Eugénie.

Par ce mariage, et après l’arrivée de la très belle Isabel II d’Espagne, elle s’est vu octroyer la ceinture de l’Ordre de la Reine Marie Louise d’Espagne qui la fit admettre parmi les plus grandes dames de la péninsule ibérique.

Elle était en fraîcheur avec l’impératrice Eugénie et ce sentiment réciproque devait se refroidir encore après son mariage avec le duc de Sesto, qui était resté, à travers les métamorphoses surprenantes de la destinée d’Eugénie de Montijo, l’idéal sentimental de la belle et fière Espagnole (Assez singulièrement, dans ses Souvenirs manuscrits, qu’elle nous confia, la marquise de Morny, fille cadette du duc et de la duchesse, parlant de l’habitation d’Alcanizes de Sesto, à Madrid, consigne ces détails, dont nous lui laissons l’entière responsabilité : “Cette chambre (la pièce que nous occupions) était celle de mon beau-père, quand il n’était pas marié ; et j’avais souvent entendu dire que l’impératrice Eugénie (bien avant de l’être, naturellement) vint jusque-là réclamer le duc, dont elle était follement éprise. Elle parla plusieurs fois de mourir, à cause de lui ; elle-même vint lui offrir sa main, quand le Président la demanda en mariage. Mais Papa aimait sa sœur (la future duchesse d’Albe) et déclina cette préférence de la comtesse de Téba. Alors, malheureusement pour la France, n’ayant pas eu celui qu’elle désirait, elle accepta l’empereur.” (Si le point n’est pas inexact, il prouverait en faveur du désintéressement d’âme d’Eugénie de Montijo, qui aurait haussé le choix de ses sentiments par-dessus les tentations d’un trône.).

Sofia Troubetzkoy est considérée comme ayant introduit le rite de l’arbre de Noël en Espagne quand, en 1870, elle en fit installer un dans son palais, qui faisait l’angle du paseo del Prado et de l’élégante rue Alcala (où fut construit plus tard le siège de la Banque d’Espagne).

En outre, elle a joué le premier rôle dans la célèbre Rebelión de las Mantillas, une manifestation pacifique de femmes de l’aristocratie madrilène contre Amadeo, dont elle fut l’instigatrice. En effet, non seulement elle manifestait ouvertement son soutien aux Bourbons, mais également elle considérait comme son plus grand ennemis Amadeo et son épouse Maria Victoria del Pozzo. Son rejet du monarque était tel, qu’elle avait donné des ordres à ses serviteurs de fermer les portes et les fenêtres du palais au passage du cortège royal.

Pendant ces longues années où ils lutèrent pour le rétablissement des Bourbons, ils montrèrent leur différence et leur originalité.
Pepe créa une milice pour protéger les madrilènes, composée de toutes le couches de la société espagnole de l’époque, qu’il nomma avec humour “Le Bataillon Brandy” Pour se moquer également du bataillon “Eau de Cologne” créé par les nobles d’Espagne.
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Sophie n’arrête pas de militer activement à ce moment-là. Pour échapper à la surveillance de la police dans les réunions qui ont dépassé un petit nombre de participants, elle est assez intelligente pour demander la coopération des épouses des diplomates étrangers. Ainsi, Sophie était certaine d’échapper à la police qui surveillait les réunions qui se tenaient le mercredi chez dame Alphonsine dans la maison de la marquise de Bedmar, vendredi à la maison de la comtesse de Campo Alange et dimanche chez Maria Manuela de Montijo, la mère de l’ex-impératrice Eugénie.
Toutefois, la police a toujours ignoré ce que les dames fomentaient le lundi chez Lady Layard, épouse de l’ambassadeur britannique, le mardi à la maison de la marquise de Bouille, l’épouse de l’ambassadeur français, le jeudi, chez la baronne von Canitz, femme de l’ambassadeur allemand.
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Cette discrète participation des ambassades étrangères a également permis de confirmer la complicité de Sophie Troubetzkoï avec la marquise de Bouillé, la baronne von Canitz ou Lady Layard. Cette même Lady Layard, bien sûr, qui avait créé à Venise un hospice pour les marins et employés anglais de passage à Venise. Hospice qui se situait à la Guidecca, et ou séjourna régulièrement Frederic Rolfe.

Durant cette partie de sa vie elle joua un rôle politique, social et culturel important.

Pendant que son mari s’engageait dans la lutte politique pour la restauration des Bourbons, la duchesse d’Albuquerque à occupé son temps en organisant de nombreuses activités destinées à convaincre de nouveaux partisans. Elle a donc mis en place des rencontres culturelles et des soirées où elle a montré sa puissance sociale. Ces célébrations visaient également à réunir des fonds pour soutenir la cause. Sophie a également été la secrétaire d’un autre important personnage à ce moment, Don Antonio Canovas del Castillo, président du Conseil des Ministres, haut dirigeant et fondateur du Parti Conservateur.

Plus tard, après la mort prématuré du jeune roi Alfonso, il furent bien mal récompensés de leur loyauté par la régente, Crista, qui, par pure jalousie les disgracia et fit détruire leur somptueux palais.

La progression de la maladie fatale à la princesse a été très rapide
Sophie a commencé à se sentir mal en 1896 au début, et en cet hiver très rigoureux, elle a refusé de cesser d’aller au théâtre ou à l’opéra. Elle quittait son palais de Madrid tous les soirs pour être de retour tard dans la nuit. Il  n’y avait rien de particulier à sacrifier à “un rhume” Il semble pourtant, qu’à cette époque, en principe, la cure typiques consistait à de rester au lit ou dans une chaise longue stratégiquement situé à côté d’une cheminée, en prenant des grogs et d’attendre que cela fasse effet. Mais dans la nuit du 17 avril, Sophie a commencé à ressentir un terrible sentiment de suffocation, respirant péniblement, l’air ne se déplaçait pas dans les bronches enflammées de ses poumons. Pepe a été choquée par la scène. Le médecin de la famille ducale, John Summers, a été appelée immédiatement. Il a essayé de donner un diagnostic positif, mais le duc a souhaité un avis plus compétent et fait venir spécialement de Barcelone à Madrid, un célèbre spécialiste de l’époque: le Dr Robert y Yarzábal. Quand il a regardé à Sophie, n’ai aucun doute sur la gravité de la duchesse.
Il a brièvement informé Pepe que sa femme en avait “pour deux mois” au plus.
Le 29 Juin, malgré tout, Pepe et Sophie se rendent en France. Sophie n’avait pas coscience de la gravité de son état, et du diagnostic dévastateur énoncé par le docteur Robert y Yarzábal, elle disait constamment que la brise de Biarritz allait lui rendre la santé A Biarritz, cependant, non seulement son état ne s’est pas amélioré, mais il s’est aggravé, si bien que Pepe a décidé d’installer Sophie à Paris. Elle était tenue au secret de l’avis médical que seul Pepe connaissait, cependant, il en avait parlé ouvertement avec leurs enfants, parents et amis.
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Sofia Troubeskoy, est morte dans son sommeil pendant la nuit du 8 au 9 août 1896.
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C’est sa femme de chambre, Marie, qui l’a trouvé morte, le matin du 9, alors qu’elle apportait le petit déjeuner à sa patronne dans son lit à baldaquin.
Il est probable que Sophie, grande fumeuse, soit morte d’un cancer du poumon. Sagrera n’a pas mentionné cette maladie, mais les références fréquentes à la cysnose et la dyspnée qui affligeaient Sophie nous permettent de penser à la phase finale de cette maladie.
Les funérailles eurent lieu à Saint-Pierre de Chaillot.

La Princesse Sofia Troubeskoy, duchesse de Morny, a été inhumée au cimetière du Père-Lachaise (54ème division), le plus grand à Paris, à quelques mètres de la tombe de son premier mari, le duc de Morny.

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Catherine, princesse à San Michele – VI

Veuve le 25 février 1865, la duchesse de Morny prit le deuil, vivant recluse dans son hôtel particulier, mais l’abandonna très vite, quand, cherchant quelque documents, elle découvrit la correspondance amoureuse de son mari.

En effet, de sa liaison avec Fanny Mosselman, fille d’un riche banquier et industriel belge, épouse du comte Charles Le Hon, ambassadeur de Belgique en France, Morny eut une fille naturelle, Louise Le Hon (1838-1931), mariée en 1858 au prince Stanislas Poniatowski, dont elle eut trois enfants.
Parmi la descendance de cette Louise-Léopoldine, on compte notamment Michel Poniatowski, ancien ministre de l’intérieur des gouvernements de Jacques Chirac et de Raymond Barre, et ses fils Ladislas Poniatowski (1946), et Axel Poniatowski (1951), hommes politiques français, ainsi que leur lointaine cousine Sarah Poniatowska, épouse du chanteur Marc Lavoine.
On lui attribue parfois la paternité de Sarah Bernhardt qui fut sa protégée, de même que sa mère.
Une rumeur lui prête également la paternité de Georges Feydeau. La liaison de sa mère Léocadia Zelewska avec le duc qui s’était prolongée même après son mariage avec Ernest Feydeau était de notoriété publique.
Il passe encore pour le père du célèbre avocat, Henri-Robert, né de père et mère inconnus, beau-père de Paul Reynaud, et postérité.
La malice parisienne appela l’hôtel particulier que la comtesse Le Hon se fit bâtir à côté de la maison de Morny aux Champs-Élysées « la Niche à Fidèle ».

Avant leur départ pour la France, Sophie vait demandé à son mari, la permission de prendre avec elle, comme accompagnatrice et lectrice, une jeune fille qui avait été sa compagne au cours de ses études à l’Institut de Smolny.
La jeune fille en question venait d’une famille noble, mais quasiment ruinée.  Ses perspectives d’obtenir un bon mariage étaient minces, en raison de son absence de dot.  Sophie lui avait assuré de ne jamais l’abandonner à son sort si elle pouvait bien se marier.  En épousant Morny, Sophie se souvint de la promesse faite à son amie et a tenu à honorer sa parole.  Donc, sa camarade de classe a reçu une offre qui n’était pas question de rejeter : appartenir à l’entourage de la duchesse de Morny, «sœur» de l’empereur de France.
Pendant un certain temps les choses se sont bien déroulées.  Mais n’oubliez pas que Sophie eu plusieurs enfants dans un court laps de temps.  Sa fille aînée, Marie-Eugénie Charlotte, était née avant la fin de 1857, qui a été celle du mariage de Sophie Troubetzkoï au duc de Morny.  En 1859, un deuxième enfant est né, Auguste.  En 1861, Serge de Morny et en 1863, la plus jeune, Mathilde de Morny.  Dans cette succession de grossesses et de naissances, à un moment donné, de Morny s’est conforté dans l’idée que le célibat et l’abstinence ne lui convenaient pas.  Apparemment, en dehors de la fréquentation de quelques demi-mondaines (dont sa célèbre liaison avec la sulfureuse Cora Pearl), il a tourné son attention vers la jolie jeune fille russe qui faisait partie du service dans sa résidence parisienne.  Il fait des progrès dans cette direction …
Ce qui suit est une scène plus typique du genre de mésaventures. Sophie était sortie … donner des dispositions, peut-être visiter un atelier de confection ou voir le l’évolution du travail sur son votre chapeau préféré, qui sait ? Toujours est-il que cela s’est terminé plus vite que prévu et qu’elle retourna chez lui pour se retrouver face la scène de son mari dans les bras de son amie.
J’imagine qu’après d’un moment d’étonnement… Sophie aura brûlé de colère, et que ces yeux noirs se firent particulièrement cruels. La première victime de son courroux fut la dame d’honneur, qui avait causé son déshonneur, c’est également très stéréotypé. Sophie l’a certainement marquée du sceau de traître ingrat et dégoûtant et droite devant elle, lui ordonnât de quitter la maison immédiatement. Morny eût alors droit à sa part de blâme et d’invectives. Vous connaissez la rancœur atavique de Sofia, il a fallu des mois au couple avant de récupérer l’harmonie conjugale.
Le lendemain de sa découverte des lettres, d’apparence très calme, avec une robe colorée, crépitante, elle se rendit au château de la comtesse Ustinov, qui était sa cousine, la fille de sa tante Olga Troubetzkoï et l’épouse de Mikhaïl Alexandrovitch Ustinov.
La contesse Ustinov était bien sûr fortement surprise de voir ainsi parée la duchesse de Morny.
Naturellement, elle a demandé ce qui avait causé ce changement soudain.
Sophie a répondu franchement, en racontant à sa cousine la découverte des lettres et de leur contenu.
Elle a déclaré que pendant qu’elle lisait, elle se rendit compte qu’elle n’avait été pour de Morny qu’une clé qui ouvre la porte d’un nouveau cercle social, ce qui lui faisait regarder différemment la personne décédée et ses sentiments envers lui ont changé sensiblement.

Sophie se résolut donc de tirer un trait sur cet homme qui avait ainsi trahis sa confiance, et, pour cela, décida de se rendre quelques temps à Deauville, la nouvelle station balnéaire à la mode sous l’Empire, que son feux-époux avait eût le génie de d’inventer.

En effet, durant l’été 1858 , le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, fut invité à Trouville par son médecin, le Docteur Oliffe qui dirigeait le salon du Casino de Trouville-sur-Mer. Morny saisit l’opportunité d’exploiter ce rivage de sable et de marais, pour créer à cet endroit la ville de Deauville. Ainsi se forma une association d’hommes venus d’horizons différents, dont le but était, selon les mots mêmes de Morny, de créer « le royaume de l’élégance ». Il y établit les champs de courses en 1862, et la ligne de chemin de fer y amena les parisiens dès l’année suivante.

Les fondateurs sont les premiers à construire leur villa sur de vastes parcelles. Olliffe le Victoria Loge et Donon la villa Élisabeth. Charles de Morny, de son côté, fait réaliser la villa Sergewna, qui deviendra très vite le refuge de Sophie.

Sofia Troubetzkoy reprit donc goût à la vie, et il se dit souvent, que c’est justement lors d’un séjour à Deauville, qu’elle rencontra un jeune Grand d’Espagne qui y accompagnait la famille royale.

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Catherine, princesse à San Michele – V

Vers 1845 Ekaterina Petrovna était tombée malade, et gravement. Se croyant aux portes du tombeau (elle mourut pourtant quelques 50 années plus tard en 1896), et se souvenant de la bonté sans limites de l’impératrice Alexandra Fedorovna, femme de Nicolas 1er, elle avait eu l’inspiration de s’en remettre à elle pour l’éducation de sa fille.

Sophie n’avait que sept ans : selon l’histoire officielle, on mit l’enfant à la malle-poste, avec une lettre pour la puissante et gracieuse souveraine. Partie à l’automne de Paris, elle aurait atteint la Russie avec les premières chutes de neige. Sofia serait arrivée à Saint-Pétersbourg après quinze jours de voyage en diligence à travers l’Europe. Ce voyage aurait été si traumatisant pour cette enfant voyageant seule qu’elle n’aurait jamais plus voulu parler ni de Paris, ni de sa mère qu’elle adorait et à qui elle ne pardonna jamais cet abandon.

En réalité, les choses ne furent pas si simples, il s’est avéré, en fait que Sofia a d’abord vécu dans une pension pour jeune filles en France, puis que la princesse Mathilde souhaitât l’adopter, mais qu’à sa demande, elle vint à Saint-Petersbourg auprès du Tsar. Enfin, qu’elle ne fut jamais laissée seule, puisque qu’elle ne fut jamais séparée de Stepanida, sa camériste. Ce n’est qu’en 1852 qu’elle entre à Smolny.

En Russie, c’est l’impératrice Catherine qui, après la visite à Saint-Cyr en 1762 de son ambassadeur à Paris puis celle de l’archimandrite de Moscou en 1764, avait ouvert une maison d’éducation à Smolny. Cet institut recevait dès l’âge de 6 ans des filles de la noblesse, mais aussi de la grande bourgeoisie et du haut négoce. L’Impératrice décida que Sophie serait envoyée dans une institution analogue à celle de Saint-Cyr, en France : L’Institut Sainte-Catherine, fondé pour l’éducation d’un certain nombre de jeunes filles nobles et pauvres. Elle y suivit attentivement son éducation.

A. Sterligova, qui a étudié avec Sophie raconte :
A la fin de 1852 ou début de 1853 l’admission dans note petite classe de la princesse Troubetzkoy a fait grand bruit. Tout le monde parlait dune nouvelle pensionnaire d’une grande beauté. Elle était inscrite dans la première classe. Nous avons tous vu que le samedi suivant, lorsque l’inspectrice Fan-der-Fuhr l’a amenée dans le salon, pour aller toutes ensembles aux vêpres. Elle avait environ 14 ans, grande, mince, vêtue d’une robe noire avec un grand col et des manches blanches. Elle avait de longues tresses blondes coiffées autour de la tête, décorées avec deux nœuds de velours noir.  Elle avait un visage rose, de grands yeux noirs, des manières élégantes qui  nous  ont  immédiatement charmés.  J’ai appris que la nouvelle venue Troubetzkoy était une pensionnaire du Tsar Nicolas Ier. Combien de fois, en première classe, j’étais avec elle et nous apprenions, même, ensemble, les texte de la Bible en russe. Elle m’a raconté que la princesse Mathilde, duchesse de San Donato Demidova, voulait l’adopter, et avait demandé l’autorisation du Tsar. Nicolas a demandé son avis à la petite fille, mais elle a choisi de retourner en Russie sous la protection de l’empereur de Russie. Elle est revenue de Paris, où elle a grandi dans un foyer depuis 1848, avec sa femme de chambre, Stepanida qui ne l’avait jamais quittée. Elle revint dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg.  Elle avait beaucoup de proches, dans les milieux nobles et à la cour. Sa mère ne l’aimait pas, et son père avait été renvoyé dans les rangs. Parfois j’écrivais son adresse sur les enveloppes qui lui étaient destinées à Petrovsk.  Je pense que beaucoup de gens se souviennent de sa carte, envoyée à la famille:. “Sergei Troubetzkoy, né prince Troubetzkoy”. Beaucoup de proches venaient lui rendre visite, et elle jouissait conditions de vie spéciales.

Ce qui est certain, c’est qu’à cette époque, elle renoue des liens étroits avec sa famille paternelle. Sa grand-mère, déjà veuve viendra la voir jusqu’à sa mort, et trois de ses tantes lui apporteront une aide soutenue tout le temps qu’elle restera à Smolny. Sa tante éponyme, Sophie, épousa en 1844 le riche comte Ivan Alexandrovitch Ribeaupierre, qui est devenu le maître de cérémonie de la Cour impériale de Russie.

Elle a été chaleureusement accueillie par la directrice de l’Institut Sainte-Catherine de Smolny, madame Von Adleberg appelé maman par l’empereur et ses élèves. Elle lui a constamment porté également une attention toute particulière. Était-ce parce qu’elle avait été émue par cette jeune fille qui avait ainsi traversé l’Europe, ou parce qu’elle avait de bonne raisons de penser qu’elle était fille de Tsar ?
Sophie gardera toute sa vie un bon souvenir d’elle et conservait une photo de Mme Von Adleberg dans sa chambre à coucher de Madrid.

Jusqu’au moment où, à l’âge de dix-sept ans (1855), l’Impératrice e en fit sa demoiselle d’honneur, résidant au Palais d’Hiver.

Dans la famille, on s’occupait avec beaucoup de sollicitude de l’établissement de Sophia Troubetzkoy.

Lors d’un bal organisé à Saint-Pétersbourg en l’honneur du nouvel ambassadeur extraordinaire de France, le comte Charles de Morny, diplomate français en Russie dans le cadre du couronnement du nouveau Tsar Alexandre II, la jeune fille d’honneur de l’impératrice éblouit littéralement l’invité de la soirée. Il est un bon parti, même s’il se trouve à cette époque peu fortuné.

Il est également attiré par la jeune fille, en elle-même. Il aime aussi, bien sûr son regard captivant et ce raffinement dans son allure. Alors Morny commence à montrer régulier avec Sophie, qui accepte avec joie ses attentions …

Le fait est que Morny a l’intention de séduire, l’intention du mariage. La belle princesse Troubetzkoï, lui fournira un lien avantageux, appréciée en Russie, en dehors d’un statut social significatif et d’une dot appétissante. Le mariage de la jeune demoiselle d’honneur fut arrangé par l’Impératrice, qui la dota d’un demi-million de francs.

Franz Xaver Winterhalter a peint au moins cinq tableaux représentant Sophie Troubetzkoï en 1862, 1863, 1864, 1865 et 1868.
Seul le tableau ci-dessus, de 1863, qui serait au Musée de Compiègne est connu. Nous avons trouvé ces autres représentations de Sofia qui nous paraissent être de la facture caractéristique de Winterhalter, mais sans pouvoir, ni les dater, ni les localiser pour le moment.

Il convient d’évoquer l’ascendance du comte de Morny, qu’il se plaisait à définir avec humour : « Dans ma lignée, nous sommes bâtards de mère en fils depuis trois générations. Je suis arrière-petit-fils de roi, petit-fils d’évêque, fils de reine et frère d’empereur. »
Ce même comte de Morny, qui devint plus tard duc, était en effet lui-même enfant naturel du général Auguste Charles Joseph de Flahaut (lui-même fils naturel de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord) et de la reine Hortense de Beauharnais, et ainsi demi-frère de l’Empereur Napoléon III. Il était en France député (1842-49), instigateur du coup d’Etat du 2 décembre 1851, ministre de l’Intérieur (1852) et Président du Corps Législatif (1854-65) et enfin ambassadeur extraordinaire au couronnement de l’Empereur Alexandre II (1855).

Le mariage eut lieu le 26 décembre 1856, Sofia avait tout juste dix-huit ans, de Morny était de 27 ans son aîné.
L’acte de mariage du comte de Morny fut rédigé en latin, le 7 janvier 1857 (style russe) et la cérémonie célébrée, à Saint-Pétersbourg, dans la paroisse de Sainte-Catherine, par Pierre Couder, curé de l’église de Saint-Louis de Moscou, autorisé par Dom Venceslas Zylinski, archevêque de Mohilef, métropolitain de toutes les églises catholiques romaines de l’Empire russe. On a remarqué que cet acte ne mentionne ni les noms des père et mère des deux époux, ni leur décès, ni leur consentement.

Le comte et la comtesse de Morny étaient maintenant, en route pour la France. “Je les vis l’un et l’autre, nous écrivait, un demi-siècle plus tard, le baron de Behr-Pohpen, comme ils revenaient de Saint-Pétersbourg et s’arrêtèrent à Francfort-sur-le-Mein. Ils étaient descendus à l’hôtel de Russie, elle ravissante en tenue de voyage de piqué blanc, sans autre parure, lui rayonnant de bonheur, très épris“.

De Morny avait depuis 1833 une liaison avec Fanny Le Hon, fille du banquier Mosselmann et épouse du comte Le Hon, ambassadeur de Belgique. Son mariage le 19 janvier 1857 avec la jeune princesse Sophie Troubetskoï déclenche une crise avec Fanny Le Hon qui demande un dédommagement financier de 3 millions et demi de francs, sous peine de révéler le secret de ses affaires avec Morny. L’arbitrage impérial lui est défavorable et c’est Napoléon III qui doit verser une partie de la somme.

Sofia Troubetzkoy a hérité de sa mère sa beauté charismatique et elle était considérée comme une des plus belles et des plus élégantes femmes de toute l’Europe du XIXème siècle.
Légitimiste et bourbonienne par tendance ou par dilettantisme, affectant d’orner sa chevelure ou son corsage de l’insigne fleurdelysé en diamants, elle avait adopté, dès le début, à l’égard de la société bonapartiste, une réserve un peu hautaine et qui n’était pas exempte de parti pris. Se croyant, à tort ou à raison, hors de son élément dans cette mêlée brillante mais trop nouvelle pour n’avoir pas eu à souffrir de bigarrures inévitables, elle appréciait sans indulgence la Cour étrangère où elle venait d’entrer. La comtesse de Morny en était aux premières impressions.
Elle n’avait pas eu le temps de se défaire de quelques préventions acquises ; au demeurant, elle n’avait pas la foi napoléonienne.

Sophie de Morny eût quatre enfants de son premier mariage :
Auguste Charles Louis Valentin, duc de Morny né en 1859  qui épousa Carlota Guzman-Blanco y de Ybarra
Serge de Morny né en 1861, officier de l’armée française, qui mourut célibataire.
Marie Eugenie de Morny née le  25 mai 1857, qui a épousé José Ramón Gil Francisco de Borja Nicolas Osório y Heredia, IX comte de Corzana, grand d’Espagne, quatrième marquis de Arenales.
Sophie Mathilde de Morny (1863 – 1944)  épouse de 1881 à 1903 de Jacques Godart, marquis de Belbeuf dont elle divorça, sans postérité, dite « Missy », ou « Oncle Max » ou encore « Monsieur le Marquis » dans le milieu parisien de la fin du XIXe siècle, lesbienne et amie de Liane de Pougy et de l’écrivain Colette.

Observatrice et spontanée, en même temps inattendue et fière, Sofia Sergueïevna avait ses jugements, ses opinions, dont l’esprit et la forme ne manquaient pas d’originalité. “La femme française, disait-elle, par exemple, a le charme, l’intelligence, la finesse. D’elle à nous, la différence est qu’elle se meut à petits compartiments. Chez nos compatriotes, c’est à grands compartiments qu’on espace son existence, avec les suites, il est vrai, des dettes en nombre et des drames sans fin. Mais il faut aux turbulences de l’âme slave du large et du mouvementé.” De l’élévation dans les idées, de la hauteur, de la domination, du fantasque, de la brusquerie dont l’entourage ne s’expliquait pas toujours les causes, de la douceur et de la violence, une franchise d’àme absolue, qui la rendait capable d’attachements durables et profonds en amitié, aussi bien que sensible à l’offense, de manière  à ne plus l’oublier : elle était extrême en tout.

Le duc de Morny est un passionné de chevaux. Après avoir lancé Longchamp, il achète le haras de Viroflay resté en friches depuis la mort de Nicolas Rieussec, maire de Viroflay, tombé lors de l’attentat de Fieschi contre Louis-Philippe en 1835. Il y entreprend alors la construction d’un pied à terre rustique et organise au haras des courses fréquentées par le tout Paris. Il offre alors à Sophie Troubetzkoï, sa princesse russe, une maison dans le style des grandes demeures en bois que l’on trouve alors partout en Russie. Cette maison, évoque son pays, avec une décoration importante d’éléments en bois tant pour souligner la couverture que pour aménager une galerie et rehausser l’encadrement des fenêtres mansardées. Les marronniers du parc ont été remplacés par de graciles bouleaux en harmonie avec le style de la demeure.

Elle pouvait se montrer attirante, gracieuse et fine, telle on la jugeait, parmi ceux qu’elle voyait avec complaisance. Mais aimant ses aises, ses habitudes, et souffrant mal qu’on visât à l’en distraire, Par exemple, l’une de ces singularités était l’amour qu’elle portait aux animaux étrangers. Des oiseaux aux aspects rares et bizarres, des sapajous, des petits chiens japonais encombraient les appartements de la Présidence.

De Morny mourut prématurément le 25 février 1865, lorsque leur plus jeune enfant, Mathilde, alors connue sous le surnom de Missy, avait deux ans.
La mort de cet homme était, pour ainsi dire, dans l’ordre des choses, mais rien de prévisible n’avait annoncé l’évènement, aucune maladie grave diagnostiquée, pas de longue agonie ou quoi que ce soit.
La duchesse de Morny, notre Sophie, était si heureuse, ce jour-là, qu’elle était allée à un bal masqué. Un bal costumé de ceux qui étaient en vogue à l’époque. De retour chez eux à l’aube, elle avait trouvé son mari mourant, ce qui, bien sûr, lui a causé un énorme choc émotionnel.
Sophie, était non seulement en deuil, mais elle eu un de ces gestes dramatiques qui fascinaient à l’époque du romantisme : elle coupa ses longues boucles blondes pour les offrir à son époux, le duc de Morny jusque dans la tombe.

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Catherine, princesse à San Michele – IV

Quand à Serguey Troubetzkoy, sa vie continua comme un vrai roman !
Serge Troubetzkoy “vivra la majeure partie de sa vie dans le deuil sa gloire” avec la réputation d’être une célèbre fripouille et surtout qu’il était “un homme absurde” (F. Tioutchev), “avec l’intelligence, l’éducation, l’apparence … il a dilapidé toute sa vie, comme arrive le plus souvent avec nous avec d’autres personnes douées plus heureux.” (P. J. Grabbe), “Un homme aux talents extraordinaires, tuant la vie trop ample pour lui” (PI Bartenev).

Dès son plus jeune âge, Sergeï qui est le deuxièmes de onze enfants (Alexandr, Sergeï, Elena, Maria, Olga, Andreï, Sofia, Vladimir, Alexandra et Veronika) fait preuve d’un caractère difficile.  Opposé aux règles, il se rebelle contre la discipline, refuse toute éducation et n’en fait que selon sa volonté. ces traits de caractère s’aggraveront avec l’âge…

À la fin de décembre 1839 Troubetzkoy a été de nouveau transféré, cette fois dans le Caucase, pour le motif officiel : “singeries”, manque criant de discipline, escapades et audace. Poursuivi par la haine tenace du Tsar, peut être parce qu’il était “un des plus beaux jeunes hommes de Saint-Petersbourg” mais aussi, probablement en raison des nombreuses conquêtes du jeune officier au sein même de la famille du Tsar… Il appartenait à la même famille que la fameuse “Beauté de Saint-Pétersbourg” Maria V. Stolypine (Мария Владимировна Столыпиа) et d’Alexandre Troubetzkoy,  auteur de “L’histoire de l’attitude de Pouchkine face à Dantès” et favori de l’impératrice.

A cette époque,  il accepta d’être le témoin de Lermontov pour son duel tragique avec Martynov, frappé d’interdiction, ce duel qui causa la mort de son ami accentua encore sa perte et le courroux du Tsar.

Le 11 juillet 1840, alors qu’il était dans le sud près de la rivière Valerik, il est grièvement blessé au cou par une balle qu’on ne parvient pas à extraire sur le champ de bataille. Avec son camarade D. P. Frederike, ils avaient été désignés pour mener les troupes à l’assaut. Il restera dans la région de Kiev plusieurs mois, attendant l’autorisation du Tsar de rentrer à Saint-Petersbourg se faire soigner. C’est lorsqu’il apprit que son père, Vassily, était sur le point de mourir qu’il décida de partir, sans autorisation. C’était en 1841, le Tsar qui assistait aux funérailles le fit arrêter et enfermer à son domicile sous bonne garde. Le Tsar fit dépêcher les meilleurs chirurgiens de Saint-Petersbourg et de Moscou pour le rétablir, avant de le renvoyer au combat en province.

Il obtint sa retraite de l’armée en 1843 avec le grade de sous-lieutenant. En 1851, Sergueï Troubetzkoy enleva en plein jour la belle madame Lavinia Alexandrovna Zhadimirovskaya à la sortie de l’église, au bras de son mari, et s’enfuit avec elle, avec l’intention de quitter la Russie. Les deux amants furent rattrapés à la frontière turque et ramenés à Saint-Pétersbourg sous bonne garde. Cette fois le prince  reconnu coupable, fut envoyé en Sibérie, déchu de son grade et dépossédé de ses titres de noblesse et de ses propriétés. C’est avec un certain humour qu’il rédigea alors ses cartes de visite : “Serge Troubetzkoy, né prince” … on ne peut mieux !

Lavinia avait pourtant plaidé auprès du juge de ne pas punir son amant, elle a confirmé détester  son mari qui la répugnait déjà avant le mariage, qu’il avait l’intention de la tuer, mais en vain…
Après avoir purgé sa peine, il fut renvoyé comme simple soldat dans un régiment d’infanterie à Petrozavodsk, puis dans la région d’Orenbourg.

«Je l’ai beaucoup aimé de façon inconsciente, cela m’a conduit au désespoir. J’étais dans un état d’hébétude et comme fou, son visage me hantai, je ne savais que faire. J’ai élaboré mon plan en ving-quatre heures. Je souhaitais que nous partions d’ici, je voulais juste la sauver d’une mort certaine, j’étais fermement convaincu qu’elle serait incapable de se défendre de ce mari trop cruel, qu’elle en deviendrait malade ou folle” - Lettre de S.V. Troubetzkoy.

Finalement, à partir de 1855 Sergueï Troubetzkoy termina sa vie dans un tout petit village Sapoun dans la région de Mourmansk, avec sa dernière conquête, madame Zhadimirovskaya, qui avait divorcée de son mari despote, la seule à qui, apparemment il ait été fidèle et qui vivait avec lui sous la fausse apparence de sa servante.
Il est mort en 1858.

Celles et ceux que les recherches généalogiques passionnent pourront voir la descendance d’Ivan Troubtchevski (l’ancêtre de Sergeï) sur 15 générations…

Vous souhaitez connaître la suite de la vie romanesque de notre Catherine ?
Alors, rendez-vous bientôt pour la suite de notre histoire d’une princesse russe à l’époque du Romantisme …

Catherine, princesse à San Michele – III

Pour les hommes à la cour du Tsar, le jeune et nouvelle Ekaterina Petrovna Troubetzkoy incarne la “Beauté Pavlovienne” et continue d’être admirée et sollicitée. Lasse des aventures de son désormais mari, Catherine s’en ouvrit dès 1837 au Tsar Nicolas Ier, lequel la consola et….

Le 25 mars 1838* naquit à Saint-Petersbourg Sofia Sergeïvnaya Troubetzkaya (Софья Сергеевна Трубецкая). Catherine ayant été l’objet des empressements de Nicolas 1er et ne dissimulant point une amitié vive pour Kisseleff, elle ne pouvait empêcher qu’on en parlât dans le monde. Des médisants prétendaient qu’elle vivait dans une grande incertitude sur la question de savoir si sa fille Sophia était du Tsar Nicolas Ier de Russie, de l’ambassadeur Pavel Dmitrievitch Kisseliov (Па́вел Дми́триевич Киселёв) ou du prince Serge Troubetzkoï.
Elle n’a jamais rien dit à ce sujet.
Pour ce dernier, l’incertitude vraiment était la plus grande, puisque, au moment de la conception, il était supposé se trouver dans le Caucase.
L’histoire, la petite comme la grande, à d’ailleurs reconnu que Sophie était certainement la fille du Tsar Nicolas 1er.
Le mariage n’a pas duré longtemps et a été très houleux. Les deux jeunes époux, qui s’entendaient comme chien et chat, ont consacré leur temps en disputes sur leurs condition de vie.

Quoi qu’il en soit, dans l’été 1838, peu de temps après la naissance de sa fille Sofia, Ekaterina Petrovna décide de quitter définitivement son bref époux et la Russie. En fin de compte, elle demanda au tsar la permission d’aller vivre à Paris avec sa fille.  Ces deux requêtes ont étés accordées sans problème alors que les Russes avaient toujours des difficulté à pouvoir quitter le pays.
Dans un premier temps, elle va s’installer à Paris, comme secrétaire à l’ambassade où le comte Paul Kisseleff était ambassadeur, ce qui ne manquera d’alimenter encore les ragots mondains, tant à Saint-Pétersbourg, que, cette fois, à Paris.

Catherine possédait le don de plaire, qui ne va pas sans un grain de coquetterie. Elle souriait des méchants propos que l’on proférait parfois à son égard au sein de la société russe qui vivait à¨Paris et gardait, l’enjouement et la grâce attirante, qui l’y faisaient rechercher.

A Paris, elle a été considérée comme une sœur de Pouchkine, bien que le rapport avec le poète était fort lointain.
Elle a été reçu dans l’intimité de la reine Marie-Amélie et fut rapidement entourée de nombreux artistes (Chopin, Musset, George Sand, Balzac, Mérimée, etc) venus l’entendre parler de Pouchkine.

De retour dans son pays en 1835, le comte Paul Kisseleff entre au Conseil d’État de l’Empire russe, participe aux commissions secrètes recherchant les meilleures conditions de l’émancipation des serfs. Le résultat de ces travaux présenté au tsar lui attire l’hostilité des propriétaires terriens conservateurs. En 1837, Kissellef est nommé Ministre d’État chargé des propriétés publiques, poste qu’il occupe pendant 18 ans avec beaucoup d’efficacité. Il réforme l’administration des serfs d’état et institue un système d’école pour leur les enfants de ces paysans. Il se heurte toutefois aux forces réactionnaires encouragées par les options politiques rétrogrades du tsar Nicolas Ier de Russie.
Après la mort de ce dernier, son fils et successeur Alexandre II de Russie dépêche en 1855 Paul Kisseleff à Paris comme « Ministre plénipotentiaire » afin de tenter de désamorcer les tensions qui allaient aboutir à la Guerre de Crimée. Malgré l’échec de cette mission, Kisseleff demeure dans la diplomatie et poursuit une carrière à l’étranger jusqu’en 1862. Il ne reviendra jamais en Russie jusqu’à sa mort à Paris en 1872.

Paul Kisseleff avait épousé Sophie Pototski (Sofia Stanislavovna Pototskaya  – София Станиславовна Потоцкая 1801-1875)) fille du comte polonais Stanislaw Szczęsny Potocki. Après la mort de leur fils unique, Włodzimierz, en bas âge, le général Kisseleff n’obtient jamais du tsar l’autorisation de divorcer mais il vécut pourtant  en Suisse avec une noble roumaine rencontrée à Bucarest qui lui donna six enfants.

* Nous avons parfois trouvé, dans certaines généalogies, la date du 25 mars 1836. Cette date nous semble peu probable, car Catherine était enceinte au moment de son mariage avec Serge, c’est attesté, et ce mariage à eu lieu après la mort de Pouchkine. Ce sont des raisons suffisantes, car datées, pour privilégier donc la date du 25 mars 1838. Plus tard, lors de son mariage en Espagne, Sophia déclarera “être née à la veille de Noël”.

Ana de Sagrera à cherché à Saint-Pétersbourg au couvent de Saint Andreï Newsky, mais les dossiers ont été brûlés lors du siège de Leningrad. Finalement ils ont envoyé une copie du baptème de Sofia à l’archevêché de Paris pour le mariage avec Alcañices, et il y a été déclaré qu’elle était baptisée à Saint-Pétersbourg le 5 avril 1838.

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Catherine, princesse à San Michele – II

Catherine reçut d’Anna Petrovna Chteritch, épouse légitime de Pietr Klavdievich Mousinne-Pouchkine, une éducation digne de son rang. Pietr et Anna eurent six filles et un fils, Catherine était la seconde.  Catherine fut admise à la cour. Puis elle devint demoiselle d’honneur de la Tsarine avec sa cousine Varvara Alekseevna.

En réalité, Catherine n’a pas vraiment bonne réputation à la cour, très vite elle fait parler d’elle en raison, non seulement de la beauté pavlovienne qu’elle incarne pour les hommes, mais surtout à cause de son caractère un peu particulier.

L’écrivain P.A. Vyazemski à propos de Catherine et de son “histoire digne d’un roman” dresse un portrait cruel et peu flatteur de notre bien jolie demoiselle :
Catherine Poushkine est vulgaire, bête comme peu de gens sur la terre. Elle n’a pas un seul grain d’esprit dans sa tête. Elle n’a aucune règle de bonne manière dans son cœur. Celui qui va se marier avec elle sera le plus grand des idiots avec une tête vide, c’est elle qui se moquera de lui en ayant des relations avec d’autres hommes. Parce que dans cet art, elle dépasse toutes les autres.

A son tour Ekaterina Petrovna fut séduite par un jeune officier de la Garde, le prince Sergueï Vassilievitch Troubetzkoy. Ce dernier, fort séduisant mais volage, avait eu de nombreuses aventures, ce pourquoi il avait été muté, dégradé et envoyé comme simple soldat au Caucase. Il reconquit, le sabre à la main, le grade de lieutenant en 1832 et sa réintégration dans les Chevaliers-Gardes. Le général Moussine-Pouchkine, outré de l’attitude du jeune officier, s’en ouvrit au tzar Alexandre Ier, lequel somma le prince Troubetzkoy, alors qu’il était de garde au palais, de prendre ses responsabilités.

C’est en Janvier 1838 (Catherine avait 22 ans) que le Tsar Nicolaï 1er oblige le mariage avec Sergueï Troubetzkoy.
Célébré quelques mois seulement après la mort du célèbre poète Alexandre Pouchkine (Александр Сергеевич Пушкин), tué par Dantès, ami de Sergeï Troubetzkoy à Saint-Pétersbourg le 29 janvier /10 février 1837, ce mariage à provoqué toute une effervescence à la cour : en effet, Ekaterina Petrovna était dans un état de grossesse avancé à ce moment-là (elle en était à son sixième mois).

Le sénateur Divov écrit dans son journal :
Dans la ville on ne parle que de ce mariage, que le star organise avec empressement. Le mariage religieux à eu lieu à Tarskoïe Selo.

Il se dit en ville, on en parle avec insistance à la cour, qu’il y aurait eu deux mariages, “les jeunes époux” ont été mariés une deuxième fois en présence de Nicolaï 1er (mais ils auraient déjà été mariés en secret avant ce mariage voulu par le tsar lui-même). Le 25 février 1838, Viazemski à écrit à Tourgueniev “On dit qu’ils ont été remariés. On peu comprendre quel à été le coup pour la mère de Troubetskoy ! Après cela, elle n’est pas allée au bal pendant trois jours !

Le mariage aurait il eu lieu deux fois ? A.Z Boulgakov a écrit à ce propos  “Tout Saint-Pétersbourg sait à présent comment le Tsar s’est montré digne dès qu’il a appris la grossesse de sa demoiselle d’honneur Moussina-Pushkina, il a trouvé un coupable, à savoir, le prince Troubetzkoy, un jeune garde, … il leur a ordonné de se marier, et a déclaré qu’ils avaient été secrètement mariés une année auparavant  … Quelle honte! “.

L’ancienne maîtresse du Tsar avait donc été mariée (pour «arranger» son destin), avec une position sociale très intéressante. En même temps le Tsar en dissimulant la véritable histoire choisit un bouc émissaire parmi les bons partis qu’il détestait le plus et provoqua un énorme scandale si l’on en croit les lettres que la cousine de Troubetzkoy, Sofia Alexandrovna Bobrinskaya a écrites à son mari.

Dans une lettre su 1er février 1838, elle prétends, à propos de sa nouvelle cousine : “Je dois vous dire les dernières nouvelles. Ce qui nous préoccupe l’esprit, comme une inondation, comme l’incendie du Palais, ou comme la mort de Pouchkine il y a un an – et que, finalement, tout ce qui va au-delà de la vie courante comme une catastrophe sans précédent et terrible – le mariage de Mademoiselle Pouchkine et de Sergueï Troubetskoï ! Oui, oui – ils sont mariés, elle s’installe dans la maison de mon oncle, et aussi récemment que ce matin, ma tante me l’a amenée. Comment pourrais-je recevoir avec l’accueil le plus cordial ma nouvelle cousine ?

Elle décrit une jeune femme stupide et dont la conduite avec les hommes est pour le moins effrontée tant elle est orgueilleuse et imbue de sa personne. On lui prête pourtant plusieurs cavaliers et des amants notoires… La comparaison entre la mort du poète Pouchkine et le mariage de Troubetzkoy n’est pas vraiment anodin. Si à la cour, on considère que ce sont deux catastrophes, il en est de même pour l’impératrice, et surtout pour le Tsar. Pouchkine était un des favoris de l’impératrice, Dantès, son meurtrier un ami de Troubetzkoy, et ce dernier qui a de nombreuses maîtresses, y compris dans la proche famille du Tsar sera poursuivi toute sa vie par la haine tenace du monarque. Enfin, pour ce beau monarque à la rancune tenace, Sergeï est parent avec le meneur des Décembristes, exilé en Sibérie.

D’ailleurs, sitôt le mariage, Serge Troubetzkoy reprends sa vie dissolue et ses frasque tant amoureuses que dans sa vie militaire où il se joue de la discipline.

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Catherine reçut d’Anna Petrovna Chteritch, épouse légitime de Pietr Klavdievich Mousinne-Pouchkine, une éducation digne de son rang, et fut admise à la cour, puis demoiselle d’honneur de la Tsarine avec sa cousine Varvara Alekseevna.

Catherine reçut d’Anna Petrovna Chteritch, épouse légitime de Pietr Klavdievich Mousinne-Pouchkine, une éducation digne de son rang, et fut admise à la cour, puis demoiselle d’honneur de la Tsarine avec sa cousine Varvara Alekseevna.

Catherine, princesse à San Michele – I

Pour nous, tout à commencé un jour en essayant de déchiffrer les informations sur une croix, tout au fond du carré orthodoxe du cimetière de San Michele in Isola. Une tombe dans un bien triste état, salie par le temps et les embruns, rongée par le sel et la pollution.

On pouvait y lire, Princesse C. Troubetzkoy, née Moussine Pouchkine 1816 1897.

Une princesse russe dans un cimetière de Venise !
Une princesse russe, inconnue, ignorée et abandonnée !
Qui était-elle, pourquoi est-elle inhumée ici ?
En voulant répondre à ces questions, nous étions loin d’imaginer, à ce moment-là, le fabuleux voyage dans l’aristocratie et les grandes familles d’Europe que nous allions entreprendre. Voyage qui nous mènera de Paris à Saint-Pétersbourg, de Moscou à Madrid, de Deauville à Monaco, autant d’étapes avant la dernière, Venise…

En suivant notre princesse, nous avons traversé la France, la Russie, la Suisse, la Pologne, l’Espagne et l’Italie du XIXème siècle.

Pas à pas, rencontre après rencontre, nous avons reconstitué une histoire qui fut un véritable roman. Nous avons reconstitué presque toute la vie de notre princesse russe de San Michele, et c’est un livre que nous pouvons écrire à présent, sous vos yeux, tant cette vie à été riche en aventures. Un histoire dont on pourrait faire un film, avec des empereurs (ou des tsars) des reines, de séduisants militaires, de riches diplomates, des princes, des crimes, de l’amour, de la haine, des morts et des intrigues…

Ne croyez pas que ces recherches furent faciles !

Ce que nous écrivons et une synthèse, de tout ce que nous avons trouvé, en français, en russe, en espagnol, en anglais ou en italien, dans les livres, auprès des archives, ou grâce à nos contacts. Cela, vous le découvrirez tout à la fin, quand nous dresserons la biographie de cette histoire et que nous adresserons nos remerciements.

Notre histoire commence à Paris,  quand, le 31 mars 1814 à 11 heures Alexandre Ier Tsar de Russie entre dans Paris à la tête des armées alliées.
Au matin de ce 31 mars historique, le canon s’est tut dans Paris.

A neuf heures, les parisiens, surpris par ce calme inhabituel, apprirent la reddition de leur ville, et l’entrée imminente des Alliés dans la cité. Une certaine inquiétude s’installa alors. Seuls les royalistes exultaient, laissant éclater leur joie d’une façon bruyante.
Acta est fabula ! La pièce est jouée !

A compter de cette date, les troupes russes occupent la capitale française.

Pietr Klavdievich Moussine-Pouchkine (Пётр Клавдиевич Мусин-Пушкин 1765 – 1834) alors capitaine des Cosaques est à Paris.

Il y fait la connaissance d’une jeune danseuse de corde, Marguerite Antoinette de Lalanne (Agde  26 février 1786,  Neuilly-sur-Seine  21 janvier 1866), épouse du danseur Jean-Julien Saqui et fille du célèbre danseur Jean-Baptiste de Lalanne dit “Navarrin-le-fameux”. Marguerite-Antoinette Lalanne, fille d’un arracheur de dents ambulant devenu danseur de corde sous le nom de Navarin-le-fameux, et d’une acrobate, Hélène Masgomieri, danseuse de corde sous le nom de « La Vierge noire ». Considérée comme l’une de nos plus illustres acrobates, les parents de celle que les chroniqueurs de l’époque appelaient « La Saqui », firent partie de la troupe des « Grands Danseurs du roi » dirigé par Nicolet. La famille connaît des revers de fortune, mais Marguerite Antoinette qui a prit goût à l’acrobatie multiplie les prouesses. Des débuts de “Mademoiselle Ninette” aux prouesses de La Saqui que l’on pouvait encore voir à 76 ans en 1862 exécuter un pas de trois sur la corde raide, Paul Ginisty, l’auteur du livre, que nous avons découvert à l’occasion, déroule une vie riche de rebondissements et de succès.

Ce fringant officier cosaque, parlant français, n’eut probablement aucune difficulté à séduire la jeune femme (et cela avant le mois d’avril 1815).

Le Traité de Paris de 1815 est signé le 20 novembre 1815, après la défaite de Napoléon à la bataille de Waterloo.
De la liaison entre Marguerite Lalanne et Pierre Moussine-Pouchkine naît à Paris, le 20 janvier 1816 Ekaterina Petrovna Moussine-Pouchkine (Екатерина Петровна Мусина­-Пушкина). Cette affaire fut étouffée par la famille Moussine-Pouchkine, Madame Saqui dédommagée contre la promesse de ne pas chercher à revoir sa fille et Ekaterina Petrovna ramenée en Russie où elle reçut l’éducation correspondant à son rang, parmi ses nombreuses cousines. De son côté, Marguerite Lalanne obtient le privilège d’occuper une salle au boulevard du Temple, connu comme le “boulevard du Crime” : le Théâtre de Madame Saqui aura un succès ininterrompu jusqu’en 1830.
Célèbre, elle fait la mode : les femmes portent le chapeau à la Saqui, des confiseries sont conditionnées dans des boîtes à son effigie, etc. Cette vraie “Voyageuse” est de tous les dîners en ville et mène une carrière éblouissante. Fantastique parcours donc, pour cet enfant de la balle qui, après avoir eut Paris et l’Empereur à ses pieds mourut dans l’oubli.

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