Catherine, princesse à San Michele – III

Pour les hommes à la cour du Tsar, le jeune et nouvelle Ekaterina Petrovna Troubetzkoy incarne la « Beauté Pavlovienne » et continue d’être admirée et sollicitée. Lasse des aventures de son désormais mari, Catherine s’en ouvrit dès 1837 au Tsar Nicolas Ier, lequel la consola et….

Le 25 mars 1838* naquit à Saint-Petersbourg Sofia Sergeïvnaya Troubetzkaya (Софья Сергеевна Трубецкая). Catherine ayant été l’objet des empressements de Nicolas 1er et ne dissimulant point une amitié vive pour Kisseleff, elle ne pouvait empêcher qu’on en parlât dans le monde. Des médisants prétendaient qu’elle vivait dans une grande incertitude sur la question de savoir si sa fille Sophia était du Tsar Nicolas Ier de Russie, de l’ambassadeur Pavel Dmitrievitch Kisseliov (Па́вел Дми́триевич Киселёв) ou du prince Serge Troubetzkoï.
Elle n’a jamais rien dit à ce sujet.
Pour ce dernier, l’incertitude vraiment était la plus grande, puisque, au moment de la conception, il était supposé se trouver dans le Caucase.
L’histoire, la petite comme la grande, à d’ailleurs reconnu que Sophie était certainement la fille du Tsar Nicolas 1er.
Le mariage n’a pas duré longtemps et a été très houleux. Les deux jeunes époux, qui s’entendaient comme chien et chat, ont consacré leur temps en disputes sur leurs condition de vie.

Quoi qu’il en soit, dans l’été 1838, peu de temps après la naissance de sa fille Sofia, Ekaterina Petrovna décide de quitter définitivement son bref époux et la Russie. En fin de compte, elle demanda au tsar la permission d’aller vivre à Paris avec sa fille.  Ces deux requêtes ont étés accordées sans problème alors que les Russes avaient toujours des difficulté à pouvoir quitter le pays.
Dans un premier temps, elle va s’installer à Paris, comme secrétaire à l’ambassade où le comte Paul Kisseleff était ambassadeur, ce qui ne manquera d’alimenter encore les ragots mondains, tant à Saint-Pétersbourg, que, cette fois, à Paris.

Catherine possédait le don de plaire, qui ne va pas sans un grain de coquetterie. Elle souriait des méchants propos que l’on proférait parfois à son égard au sein de la société russe qui vivait à¨Paris et gardait, l’enjouement et la grâce attirante, qui l’y faisaient rechercher.

A Paris, elle a été considérée comme une sœur de Pouchkine, bien que le rapport avec le poète était fort lointain.
Elle a été reçu dans l’intimité de la reine Marie-Amélie et fut rapidement entourée de nombreux artistes (Chopin, Musset, George Sand, Balzac, Mérimée, etc) venus l’entendre parler de Pouchkine.

De retour dans son pays en 1835, le comte Paul Kisseleff entre au Conseil d’État de l’Empire russe, participe aux commissions secrètes recherchant les meilleures conditions de l’émancipation des serfs. Le résultat de ces travaux présenté au tsar lui attire l’hostilité des propriétaires terriens conservateurs. En 1837, Kissellef est nommé Ministre d’État chargé des propriétés publiques, poste qu’il occupe pendant 18 ans avec beaucoup d’efficacité. Il réforme l’administration des serfs d’état et institue un système d’école pour leur les enfants de ces paysans. Il se heurte toutefois aux forces réactionnaires encouragées par les options politiques rétrogrades du tsar Nicolas Ier de Russie.
Après la mort de ce dernier, son fils et successeur Alexandre II de Russie dépêche en 1855 Paul Kisseleff à Paris comme « Ministre plénipotentiaire » afin de tenter de désamorcer les tensions qui allaient aboutir à la Guerre de Crimée. Malgré l’échec de cette mission, Kisseleff demeure dans la diplomatie et poursuit une carrière à l’étranger jusqu’en 1862. Il ne reviendra jamais en Russie jusqu’à sa mort à Paris en 1872.

Paul Kisseleff avait épousé Sophie Pototski (Sofia Stanislavovna Pototskaya  – София Станиславовна Потоцкая 1801-1875)) fille du comte polonais Stanislaw Szczęsny Potocki. Après la mort de leur fils unique, Włodzimierz, en bas âge, le général Kisseleff n’obtient jamais du tsar l’autorisation de divorcer mais il vécut pourtant  en Suisse avec une noble roumaine rencontrée à Bucarest qui lui donna six enfants.

* Nous avons parfois trouvé, dans certaines généalogies, la date du 25 mars 1836. Cette date nous semble peu probable, car Catherine était enceinte au moment de son mariage avec Serge, c’est attesté, et ce mariage à eu lieu après la mort de Pouchkine. Ce sont des raisons suffisantes, car datées, pour privilégier donc la date du 25 mars 1838. Plus tard, lors de son mariage en Espagne, Sophia déclarera « être née à la veille de Noël ».

Ana de Sagrera à cherché à Saint-Pétersbourg au couvent de Saint Andreï Newsky, mais les dossiers ont été brûlés lors du siège de Leningrad. Finalement ils ont envoyé une copie du baptème de Sofia à l’archevêché de Paris pour le mariage avec Alcañices, et il y a été déclaré qu’elle était baptisée à Saint-Pétersbourg le 5 avril 1838.

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Alors, rendez-vous bientôt pour la suite de notre histoire d’une princesse russe à l’époque du Romantisme …

Catherine, princesse à San Michele – II

Catherine reçut d’Anna Petrovna Chteritch, épouse légitime de Pietr Klavdievich Mousinne-Pouchkine, une éducation digne de son rang. Pietr et Anna eurent six filles et un fils, Catherine était la seconde.  Catherine fut admise à la cour. Puis elle devint demoiselle d’honneur de la Tsarine avec sa cousine Varvara Alekseevna.

En réalité, Catherine n’a pas vraiment bonne réputation à la cour, très vite elle fait parler d’elle en raison, non seulement de la beauté pavlovienne qu’elle incarne pour les hommes, mais surtout à cause de son caractère un peu particulier.

L’écrivain P.A. Vyazemski à propos de Catherine et de son « histoire digne d’un roman » dresse un portrait cruel et peu flatteur de notre bien jolie demoiselle :
« Catherine Poushkine est vulgaire, bête comme peu de gens sur la terre. Elle n’a pas un seul grain d’esprit dans sa tête. Elle n’a aucune règle de bonne manière dans son cœur. Celui qui va se marier avec elle sera le plus grand des idiots avec une tête vide, c’est elle qui se moquera de lui en ayant des relations avec d’autres hommes. Parce que dans cet art, elle dépasse toutes les autres.« 

A son tour Ekaterina Petrovna fut séduite par un jeune officier de la Garde, le prince Sergueï Vassilievitch Troubetzkoy. Ce dernier, fort séduisant mais volage, avait eu de nombreuses aventures, ce pourquoi il avait été muté, dégradé et envoyé comme simple soldat au Caucase. Il reconquit, le sabre à la main, le grade de lieutenant en 1832 et sa réintégration dans les Chevaliers-Gardes. Le général Moussine-Pouchkine, outré de l’attitude du jeune officier, s’en ouvrit au tzar Alexandre Ier, lequel somma le prince Troubetzkoy, alors qu’il était de garde au palais, de prendre ses responsabilités.

C’est en Janvier 1838 (Catherine avait 22 ans) que le Tsar Nicolaï 1er oblige le mariage avec Sergueï Troubetzkoy.
Célébré quelques mois seulement après la mort du célèbre poète Alexandre Pouchkine (Александр Сергеевич Пушкин), tué par Dantès, ami de Sergeï Troubetzkoy à Saint-Pétersbourg le 29 janvier /10 février 1837, ce mariage à provoqué toute une effervescence à la cour : en effet, Ekaterina Petrovna était dans un état de grossesse avancé à ce moment-là (elle en était à son sixième mois).

Le sénateur Divov écrit dans son journal :
« Dans la ville on ne parle que de ce mariage, que le star organise avec empressement. Le mariage religieux à eu lieu à Tarskoïe Selo.« 

Il se dit en ville, on en parle avec insistance à la cour, qu’il y aurait eu deux mariages, « les jeunes époux » ont été mariés une deuxième fois en présence de Nicolaï 1er (mais ils auraient déjà été mariés en secret avant ce mariage voulu par le tsar lui-même). Le 25 février 1838, Viazemski à écrit à Tourgueniev « On dit qu’ils ont été remariés. On peu comprendre quel à été le coup pour la mère de Troubetskoy ! Après cela, elle n’est pas allée au bal pendant trois jours !« 

Le mariage aurait il eu lieu deux fois ? A.Z Boulgakov a écrit à ce propos  « Tout Saint-Pétersbourg sait à présent comment le Tsar s’est montré digne dès qu’il a appris la grossesse de sa demoiselle d’honneur Moussina-Pushkina, il a trouvé un coupable, à savoir, le prince Troubetzkoy, un jeune garde, … il leur a ordonné de se marier, et a déclaré qu’ils avaient été secrètement mariés une année auparavant  … Quelle honte! « .

L’ancienne maîtresse du Tsar avait donc été mariée (pour «arranger» son destin), avec une position sociale très intéressante. En même temps le Tsar en dissimulant la véritable histoire choisit un bouc émissaire parmi les bons partis qu’il détestait le plus et provoqua un énorme scandale si l’on en croit les lettres que la cousine de Troubetzkoy, Sofia Alexandrovna Bobrinskaya a écrites à son mari.

Dans une lettre su 1er février 1838, elle prétends, à propos de sa nouvelle cousine : « Je dois vous dire les dernières nouvelles. Ce qui nous préoccupe l’esprit, comme une inondation, comme l’incendie du Palais, ou comme la mort de Pouchkine il y a un an – et que, finalement, tout ce qui va au-delà de la vie courante comme une catastrophe sans précédent et terrible – le mariage de Mademoiselle Pouchkine et de Sergueï Troubetskoï ! Oui, oui – ils sont mariés, elle s’installe dans la maison de mon oncle, et aussi récemment que ce matin, ma tante me l’a amenée. Comment pourrais-je recevoir avec l’accueil le plus cordial ma nouvelle cousine ?« 

Elle décrit une jeune femme stupide et dont la conduite avec les hommes est pour le moins effrontée tant elle est orgueilleuse et imbue de sa personne. On lui prête pourtant plusieurs cavaliers et des amants notoires… La comparaison entre la mort du poète Pouchkine et le mariage de Troubetzkoy n’est pas vraiment anodin. Si à la cour, on considère que ce sont deux catastrophes, il en est de même pour l’impératrice, et surtout pour le Tsar. Pouchkine était un des favoris de l’impératrice, Dantès, son meurtrier un ami de Troubetzkoy, et ce dernier qui a de nombreuses maîtresses, y compris dans la proche famille du Tsar sera poursuivi toute sa vie par la haine tenace du monarque. Enfin, pour ce beau monarque à la rancune tenace, Sergeï est parent avec le meneur des Décembristes, exilé en Sibérie.

D’ailleurs, sitôt le mariage, Serge Troubetzkoy reprends sa vie dissolue et ses frasque tant amoureuses que dans sa vie militaire où il se joue de la discipline.

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Catherine reçut d’Anna Petrovna Chteritch, épouse légitime de Pietr Klavdievich Mousinne-Pouchkine, une éducation digne de son rang, et fut admise à la cour, puis demoiselle d’honneur de la Tsarine avec sa cousine Varvara Alekseevna.

Catherine reçut d’Anna Petrovna Chteritch, épouse légitime de Pietr Klavdievich Mousinne-Pouchkine, une éducation digne de son rang, et fut admise à la cour, puis demoiselle d’honneur de la Tsarine avec sa cousine Varvara Alekseevna.

Catherine, princesse à San Michele – I

Pour nous, tout à commencé un jour en essayant de déchiffrer les informations sur une croix, tout au fond du carré orthodoxe du cimetière de San Michele in Isola. Une tombe dans un bien triste état, salie par le temps et les embruns, rongée par le sel et la pollution.

On pouvait y lire, Princesse C. Troubetzkoy, née Moussine Pouchkine 1816 1897.

Une princesse russe dans un cimetière de Venise !
Une princesse russe, inconnue, ignorée et abandonnée !
Qui était-elle, pourquoi est-elle inhumée ici ?
En voulant répondre à ces questions, nous étions loin d’imaginer, à ce moment-là, le fabuleux voyage dans l’aristocratie et les grandes familles d’Europe que nous allions entreprendre. Voyage qui nous mènera de Paris à Saint-Pétersbourg, de Moscou à Madrid, de Deauville à Monaco, autant d’étapes avant la dernière, Venise…

En suivant notre princesse, nous avons traversé la France, la Russie, la Suisse, la Pologne, l’Espagne et l’Italie du XIXème siècle.

Pas à pas, rencontre après rencontre, nous avons reconstitué une histoire qui fut un véritable roman. Nous avons reconstitué presque toute la vie de notre princesse russe de San Michele, et c’est un livre que nous pouvons écrire à présent, sous vos yeux, tant cette vie à été riche en aventures. Un histoire dont on pourrait faire un film, avec des empereurs (ou des tsars) des reines, de séduisants militaires, de riches diplomates, des princes, des crimes, de l’amour, de la haine, des morts et des intrigues…

Ne croyez pas que ces recherches furent faciles !

Ce que nous écrivons et une synthèse, de tout ce que nous avons trouvé, en français, en russe, en espagnol, en anglais ou en italien, dans les livres, auprès des archives, ou grâce à nos contacts. Cela, vous le découvrirez tout à la fin, quand nous dresserons la biographie de cette histoire et que nous adresserons nos remerciements.

Notre histoire commence à Paris,  quand, le 31 mars 1814 à 11 heures Alexandre Ier Tsar de Russie entre dans Paris à la tête des armées alliées.
Au matin de ce 31 mars historique, le canon s’est tut dans Paris.

A neuf heures, les parisiens, surpris par ce calme inhabituel, apprirent la reddition de leur ville, et l’entrée imminente des Alliés dans la cité. Une certaine inquiétude s’installa alors. Seuls les royalistes exultaient, laissant éclater leur joie d’une façon bruyante.
Acta est fabula ! La pièce est jouée !

A compter de cette date, les troupes russes occupent la capitale française.

Pietr Klavdievich Moussine-Pouchkine (Пётр Клавдиевич Мусин-Пушкин 1765 – 1834) alors capitaine des Cosaques est à Paris.

Il y fait la connaissance d’une jeune danseuse de corde, Marguerite Antoinette de Lalanne (Agde  26 février 1786,  Neuilly-sur-Seine  21 janvier 1866), épouse du danseur Jean-Julien Saqui et fille du célèbre danseur Jean-Baptiste de Lalanne dit « Navarrin-le-fameux ». Marguerite-Antoinette Lalanne, fille d’un arracheur de dents ambulant devenu danseur de corde sous le nom de Navarin-le-fameux, et d’une acrobate, Hélène Masgomieri, danseuse de corde sous le nom de « La Vierge noire ». Considérée comme l’une de nos plus illustres acrobates, les parents de celle que les chroniqueurs de l’époque appelaient « La Saqui », firent partie de la troupe des « Grands Danseurs du roi » dirigé par Nicolet. La famille connaît des revers de fortune, mais Marguerite Antoinette qui a prit goût à l’acrobatie multiplie les prouesses. Des débuts de « Mademoiselle Ninette » aux prouesses de La Saqui que l’on pouvait encore voir à 76 ans en 1862 exécuter un pas de trois sur la corde raide, Paul Ginisty, l’auteur du livre, que nous avons découvert à l’occasion, déroule une vie riche de rebondissements et de succès.

Ce fringant officier cosaque, parlant français, n’eut probablement aucune difficulté à séduire la jeune femme (et cela avant le mois d’avril 1815).

Le Traité de Paris de 1815 est signé le 20 novembre 1815, après la défaite de Napoléon à la bataille de Waterloo.
De la liaison entre Marguerite Lalanne et Pierre Moussine-Pouchkine naît à Paris, le 20 janvier 1816 Ekaterina Petrovna Moussine-Pouchkine (Екатерина Петровна Мусина­-Пушкина). Cette affaire fut étouffée par la famille Moussine-Pouchkine, Madame Saqui dédommagée contre la promesse de ne pas chercher à revoir sa fille et Ekaterina Petrovna ramenée en Russie où elle reçut l’éducation correspondant à son rang, parmi ses nombreuses cousines. De son côté, Marguerite Lalanne obtient le privilège d’occuper une salle au boulevard du Temple, connu comme le « boulevard du Crime » : le Théâtre de Madame Saqui aura un succès ininterrompu jusqu’en 1830.
Célèbre, elle fait la mode : les femmes portent le chapeau à la Saqui, des confiseries sont conditionnées dans des boîtes à son effigie, etc. Cette vraie « Voyageuse » est de tous les dîners en ville et mène une carrière éblouissante. Fantastique parcours donc, pour cet enfant de la balle qui, après avoir eut Paris et l’Empereur à ses pieds mourut dans l’oubli.

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