Catherine, princesse à San Michele – VIII

En juillet 1840, pendant quelques semaines, l’Europe sembla être au bord de la guerre, jusqu’à ce que le roi des français, Louis-Philippe Ier mît fin à la crise en rappelant Guizot de Londres pour former un ministère et pour aider sa Majesté dans ce qu’il appelait « ma lutte tenace contre l’anarchie« .

Le tsar Nicolas 1er comprend qu’il a besoin, en France aussi, d’informateurs sûrs et discrets pour le tenir au fait de la situation dans le pays. Il fait alors appel, en toute discrétion à Catherine, en échange de la promesse d’une rente substantielle. Quel meilleur espion qu’une maîtresse qui lui est toujours attachée et dévouée ?

Il utilisera le même moyen en d’autres occasions (voir l’histoire de Catherine Bagration)…

Conseil des ministres au palais des Tuileries : le maréchal Soult présente à Louis-Philippe la loi de Régence, le 15 août 1842. Guizot se tient à gauche.Tableau de Claude Jacquand (1803-1878), dit Claudius Jacquand, 1844.

Guizot s’appuie sur le parti conservateur et une opposition divisée, situation accentuée par la dissolution de la Chambre qui renforce les partisans du roi. Ainsi, il considère que toute réforme s’avère être un danger et est inutile. Aussi refuse-t-il toute réforme et accepte encore moins l’idée du suffrage universel direct. Selon lui, la monarchie doit favoriser la « classe moyenne », les notables. Ceux-ci sont réunis par la propriété foncière, une « morale » liée à l’argent, le travail et l’épargne. « Enrichissez vous par le travail et par l’épargne et ainsi vous serez électeur ! » Guizot s’acharne à favoriser les propriétaires et à conserver le régime.

En 1946, les affaires de corruption qui entachent le pouvoir, les scandales et les faillites se multiplient. Le système bancaire est en crise, et la récolte de blé est très mauvaise. Les manifestation ouvrières se développent et, souvent tournent à l’émeute.

Dans ce climat, Catherine souhaite protéger sa fille, Sophie. Le tsar lui conseille donc d’écrire à sa famille prétextant la maladie et demandant que Sophie soit accueillie en Russie chez les Moussine-Pouchkine. En attendant, la petite est mise à l’abri dans un pensionnat. Le projet escompté ne se réalise pas, et, informée de la possible mort de Catherine, la princesse Mathilde demande au tsar son accord pour l’adoption de Sophie.

C’est à ce moment que le tsar, qui reçoit régulièrement des informations de la « morte », Catherine, écrit ce qui deviendra l’histoire officielle, celle que nous nous avons déjà racontée : la lettre écrite à l’article de la mort, le voyage de Sophie à travers l’Europe dans la neige, et l’arrivée à Smolny.

En 1846, la Russie organise l’intervention militaire qui réprime le soulèvement de Cracovie et persuade l’empereur autrichien que ce dernier lambeau de Pologne libre doit être rattaché à l’Empire des Habsbourg. En 1848, il se porte au secours du sultan ottoman confronté à la révolte des principautés roumaines de Moldavie et de Valachie. En 1849, il répond à l’appel de l’empereur d’Autriche aux prises avec le soulèvement hongrois en dépêchant un corps de 200 000 hommes qui pousse en quelques mois les insurgés à la capitulation.

Le 22 février 1848, l’interdiction d’un banquet à Paris provoque une manifestation lors de laquelle des protestataires sont tués par l’armée. Des barricades sont alors édifiées dans la ville de Paris.

Le 24 février 1848, la II République est proclamée, et, discrètement, Catherine continue à informer le tsar, qui, comme à son habitude surveille les évènements de près, se préparant à une éventuelle intervention s’il l’estime nécessaire. Ces interventions russes systématiquement dirigées contre le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » valent à Nicolas Ier le surnom de « gendarme de l’Europe ».

Catherine, avec les moyens que lui alloue généreusement le tsar, s’est installé au 15 de la rue Lapérouse, dans un bel hôtel particulier.

C’est dans cette maison, que le naît, le 25 janvier 1850, Marie, fille de Catherine et de Nicolas Vel.

Jusqu’au coup d’état du 2 décembre 1852,  Catherine Moussine-Pouchkine a encore beaucoup de travail pour informer son tsar… les échanges de courriers ne cesseront vraiment qu’après la mort de Nicolas Pavlovich Romanov, le 2 mars 1855.

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Vous souhaitez connaître la suite de la vie romanesque de notre Catherine ?
Alors, rendez-vous dès le prochain mois pour la suite…

4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Moussine-Pouchkine André
    Jan 16, 2012 @ 11:51:28

    Bonjour,
    D’après vos recherches il semblerait que Catherine Petrovna Troubetzkoy se soit remariée à Paris à Nicolas Vel et que leur fille Marie Vel ait épousé Louis Martin Ennes. Ce qui expliquerait la présence de Catherine Troubetzkoy à Venise et sa tombe commune avec Marie et Louis Ennes. Avez vous une source fiable de ces mariages et de la naissance de Marie ? Si oui, auriez vous l’obligeance et la gentillesse de me la communiquer. Je ne manquerais pas de mentionner votre nom.
    Par ailleurs de nombreux portraits Moussine-Pouchkine ne correspondent pas au texte auquel ils sont joints. Je peux facilement les identifier si nécessaire.
    A.Moussine-Pouchkine

  2. Tercier
    Déc 21, 2013 @ 15:48:56

    Est ce que quelqu’un connaît la vie de Djamal Eddine lfils de Chamyl qui est reste auprès du tsar Nicolas 1 de 1839 à 1855?

  3. oliaiklod
    Déc 21, 2013 @ 16:21:11

    Le tsar prendra en otage le fils aîné de Chamil, Djamal-Eddine, pour le soumettre pendant plusieurs années à la formation élitiste de jeunes aristocrates russes, celle des cadets impériaux, puis le rendit à son père dans l’espoir de faciliter une intégration dans l’Empire.
    Mais celui-ci ne put convaincre l’imam de nouer des relations pacifiques avec la Russie, ni de traiter avec ses représentants dans le Caucase.
    Djamal-Eddine meurt à 27 ans en juin 1858, tandis que son père, réduit à l’exil à Médine, y rendra le souffle en 1870, à l’âge de 74 ans…

    En fait, c’est le « début » de l’histoire de la guerre en Tchétchénie.

  4. Tercier
    Fév 10, 2014 @ 19:44:01

    Merci, pardonnez moi, mais je connais cette histoire par cœur. Je cherche des écrits autres que les sabres du paradis (magnifique) l’histoire racontée par sa fiancée Elizaveta Olenine Petrovna, des photos tout quoi. Dj.eddine a passé qulques mois à Torjok . Savez vous svp des choses. Tel 0437034710 merci pour tout renseignement. J’ai déjà écrit en Russie sans succès

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