Catherine, princesse à San Michele – VI

Veuve le 25 février 1865, la duchesse de Morny prit le deuil, vivant recluse dans son hôtel particulier, mais l’abandonna très vite, quand, cherchant quelque documents, elle découvrit la correspondance amoureuse de son mari.

En effet, de sa liaison avec Fanny Mosselman, fille d’un riche banquier et industriel belge, épouse du comte Charles Le Hon, ambassadeur de Belgique en France, Morny eut une fille naturelle, Louise Le Hon (1838-1931), mariée en 1858 au prince Stanislas Poniatowski, dont elle eut trois enfants.
Parmi la descendance de cette Louise-Léopoldine, on compte notamment Michel Poniatowski, ancien ministre de l’intérieur des gouvernements de Jacques Chirac et de Raymond Barre, et ses fils Ladislas Poniatowski (1946), et Axel Poniatowski (1951), hommes politiques français, ainsi que leur lointaine cousine Sarah Poniatowska, épouse du chanteur Marc Lavoine.
On lui attribue parfois la paternité de Sarah Bernhardt qui fut sa protégée, de même que sa mère.
Une rumeur lui prête également la paternité de Georges Feydeau. La liaison de sa mère Léocadia Zelewska avec le duc qui s’était prolongée même après son mariage avec Ernest Feydeau était de notoriété publique.
Il passe encore pour le père du célèbre avocat, Henri-Robert, né de père et mère inconnus, beau-père de Paul Reynaud, et postérité.
La malice parisienne appela l’hôtel particulier que la comtesse Le Hon se fit bâtir à côté de la maison de Morny aux Champs-Élysées « la Niche à Fidèle ».

Avant leur départ pour la France, Sophie vait demandé à son mari, la permission de prendre avec elle, comme accompagnatrice et lectrice, une jeune fille qui avait été sa compagne au cours de ses études à l’Institut de Smolny.
La jeune fille en question venait d’une famille noble, mais quasiment ruinée.  Ses perspectives d’obtenir un bon mariage étaient minces, en raison de son absence de dot.  Sophie lui avait assuré de ne jamais l’abandonner à son sort si elle pouvait bien se marier.  En épousant Morny, Sophie se souvint de la promesse faite à son amie et a tenu à honorer sa parole.  Donc, sa camarade de classe a reçu une offre qui n’était pas question de rejeter : appartenir à l’entourage de la duchesse de Morny, «sœur» de l’empereur de France.
Pendant un certain temps les choses se sont bien déroulées.  Mais n’oubliez pas que Sophie eu plusieurs enfants dans un court laps de temps.  Sa fille aînée, Marie-Eugénie Charlotte, était née avant la fin de 1857, qui a été celle du mariage de Sophie Troubetzkoï au duc de Morny.  En 1859, un deuxième enfant est né, Auguste.  En 1861, Serge de Morny et en 1863, la plus jeune, Mathilde de Morny.  Dans cette succession de grossesses et de naissances, à un moment donné, de Morny s’est conforté dans l’idée que le célibat et l’abstinence ne lui convenaient pas.  Apparemment, en dehors de la fréquentation de quelques demi-mondaines (dont sa célèbre liaison avec la sulfureuse Cora Pearl), il a tourné son attention vers la jolie jeune fille russe qui faisait partie du service dans sa résidence parisienne.  Il fait des progrès dans cette direction …
Ce qui suit est une scène plus typique du genre de mésaventures. Sophie était sortie … donner des dispositions, peut-être visiter un atelier de confection ou voir le l’évolution du travail sur son votre chapeau préféré, qui sait ? Toujours est-il que cela s’est terminé plus vite que prévu et qu’elle retourna chez lui pour se retrouver face la scène de son mari dans les bras de son amie.
J’imagine qu’après d’un moment d’étonnement… Sophie aura brûlé de colère, et que ces yeux noirs se firent particulièrement cruels. La première victime de son courroux fut la dame d’honneur, qui avait causé son déshonneur, c’est également très stéréotypé. Sophie l’a certainement marquée du sceau de traître ingrat et dégoûtant et droite devant elle, lui ordonnât de quitter la maison immédiatement. Morny eût alors droit à sa part de blâme et d’invectives. Vous connaissez la rancœur atavique de Sofia, il a fallu des mois au couple avant de récupérer l’harmonie conjugale.
Le lendemain de sa découverte des lettres, d’apparence très calme, avec une robe colorée, crépitante, elle se rendit au château de la comtesse Ustinov, qui était sa cousine, la fille de sa tante Olga Troubetzkoï et l’épouse de Mikhaïl Alexandrovitch Ustinov.
La contesse Ustinov était bien sûr fortement surprise de voir ainsi parée la duchesse de Morny.
Naturellement, elle a demandé ce qui avait causé ce changement soudain.
Sophie a répondu franchement, en racontant à sa cousine la découverte des lettres et de leur contenu.
Elle a déclaré que pendant qu’elle lisait, elle se rendit compte qu’elle n’avait été pour de Morny qu’une clé qui ouvre la porte d’un nouveau cercle social, ce qui lui faisait regarder différemment la personne décédée et ses sentiments envers lui ont changé sensiblement.

Sophie se résolut donc de tirer un trait sur cet homme qui avait ainsi trahis sa confiance, et, pour cela, décida de se rendre quelques temps à Deauville, la nouvelle station balnéaire à la mode sous l’Empire, que son feux-époux avait eût le génie de d’inventer.

En effet, durant l’été 1858 , le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, fut invité à Trouville par son médecin, le Docteur Oliffe qui dirigeait le salon du Casino de Trouville-sur-Mer. Morny saisit l’opportunité d’exploiter ce rivage de sable et de marais, pour créer à cet endroit la ville de Deauville. Ainsi se forma une association d’hommes venus d’horizons différents, dont le but était, selon les mots mêmes de Morny, de créer « le royaume de l’élégance ». Il y établit les champs de courses en 1862, et la ligne de chemin de fer y amena les parisiens dès l’année suivante.

Les fondateurs sont les premiers à construire leur villa sur de vastes parcelles. Olliffe le Victoria Loge et Donon la villa Élisabeth. Charles de Morny, de son côté, fait réaliser la villa Sergewna, qui deviendra très vite le refuge de Sophie.

Sofia Troubetzkoy reprit donc goût à la vie, et il se dit souvent, que c’est justement lors d’un séjour à Deauville, qu’elle rencontra un jeune Grand d’Espagne qui y accompagnait la famille royale.

Vous souhaitez connaître la suite de la vie romanesque de notre Catherine ?
Alors, rendez-vous bientôt pour la suite…

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Rétrolien: Marie – “… en cette fin de sexe…” « Olia i Klod
  2. Rétrolien: D’un empire à l’autre…. 1813 – 1863 « Olia i Klod

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