Ca’ Dario – photos nostalgiques du palais maudit

C’est la dernière fois que nous écrivons sur le palais Dario dans le cadre de cette série qui aura duré un an et demi pour vous montrer un palais dont la réputation est sulfureuse, et qui, de tout temps à suscité un vif intérêt.

Certes, il y aurait encore des choses à vous raconter sur cette « vielle dame qui penche comme une putain »… ce n’est donc qu’un congé temporaire avec la Ca’ Dario que nous retrouverons probablement, dans quelques mois.

Nous espérons que vous avez trouvé de l’intérêt pour ce vieux palais, encore en travaux à ce jour, qui devrait retrouver, prochainement, une nouvelle jeunesse. Nous espérons alors avoir la chance d’y retourner, spécialement pour vous.

Avant de quitter, donc, le palais pour quelques temps, nous vous offrons quelques photos inédites. Juste de quoi vous donner envie que nous en reparlions bientôt !

Nous ne vous avions jamais montré la porte d’entrée, cette qui donne sur le jardin. Monumental portail de bois délicieusement sculpté, et difficile à prendre en photo en raison du manque de recul.

Sur un mur du jardin, deux patères sont incrustées. L’une d’elles représente une délicieuse jeune femme aux seins dénudés. L’autre patère représente un guerrier en armure.

Au milieu du parapet de la terrasse, recouvert de faïence fleurie, on a incrusté une sculpture du XVIème siècle transformée en fontaine (la troisième de la maison).

Depuis la fenêtre centrale du salon mauresque qui donne sur l’arrière du jardin, on peut entrevoir et surtout entendre les deux fontaines du jardin. Elle font donc un écho à la fontaine mauresque qui  est dans l’alcôve du salon, en une délicieuse symphonie apaisante.

Avant de quitter le palais Dario, ne manquons pas à la tradition russe qui consiste à s’asseoir un instant, juste avant le départ. Entre autres choses, c’est pour affirmer le souhait de revenir bientôt. Cet antique banc de pierre dans le hall d’entrée est donc là bien à propos…

… à bientôt !

La fontaine du palazzo Dario

Dans le jardin protégé par de hauts murs, la fontaine brisait, autrefois, le silence de son murmure au milieu d’une végétation dense et odorante. elle a inspiré à Henri de Régnier ces paroles :

La fontana del giardino di palazzo Dario fu proprio di rumore lieve dei suoi zampilli nel verde e silente giardino chiuso da alte mura, ad ispirare ad Henri de Régnier le parole :

The foutain in the garden of palazzo Dario was the gentle tinkling of its waters in the green, silent garden enclosed by high walls that inspired the words of Henri de Régnier :

« une fontaine coule dans une cuve de marbre, et son bruit surcharge et semble faire déborder le silence auquel il s’ajoute, goutte à goutte« .

Et si la Ca’ Dario avait été un palais « complet »…

Le palazzo Dario, tel que nous le connaissons et tel qu’il a été représenté au fil des siècles, semble avoir toujours été un palazzo « tronqué », sans aucune symétrie… mais, en a-il toujours été ainsi ?

Nos longues recherches dans les archives et les bibliothèques nous ont permis de retrouver de troublants documents.

En effet, il était coutume, à ces époques troublées, de prévoir la construction, très onéreuse des palais vénitiens, en plusieurs étapes, en fonction des rentrées d’argent et des opportunités cadastrales. Par exemple, le palazzo Zorzi est un très beau modèle de « réemploi » d’une construction existante au préalable, quand à la Ca’ Rezzonico, il ne fut réellement terminé qu’au XVIIème, après la construction d’un ultime étage sur le Grand Canal.

On peut donc penser que l’extension du palais aurait dû être le résultat du mariage entre Vicenzo Barbaro et Marietta Dario. Nous vous avons déjà expliqué qu’il en fut autrement, et raconté les histoires liées à ce mariage. Toutefois, dès l’entrée dans le sottoportego, des signes nous montrent que, ce que nous avons découvert, était bel et bien prévu.

Voici donc comment vous auriez dû connaître le palazzo Dario si les hommes et l’Histoire en avaient décidé autrement :

Sur ce plan de la façade, on comprends alors la réelle symétrie du palais, tel qu’il avait été élaboré par son concepteur. Et dans l’analyse ci-dessous, on voit que les bases du nombre d’or étaient parfaitement respectées dans l’élaboration de ce projet, conformément à l’architecture grecque en vogue à l’époque.

Peggy et la Ca’ Dario

Depuis 2005, la Ca’Dario est la propriété d’Elisabetta Gardini Ferruzzi.

Elle a conclu un accord avec la Fondation Peggy Guggenheim qui pourra utiliser le palais pour des expositions. Sans avoir à racheter la palais, la Fondation Guggenheim voisine a trouvé ainsi un lieu pour des expositions temporaires ou des spectacles.

En attendant l’ouverture au public le palais est en complète restauration. Actuellement, on repose les parements de marbres polychromes sur la façade, signe que les travaux ont considérablement avancé. L’ouverture au public, et les nouvelles expositions sont donc à espérer pour les prochains mois.

En retour, le nom de la famille Gardini sera associée aux spectacles et expositions qui seront présentés dans le nouvel emplacement. Cette expansion vient compléter le projet d’agrandissement de la Fondation Guggenheim. Elle est, en effet, devenue une nécessité vu l’augmentation continue du nombre de visiteurs.

Ca’ Dario, a jewel of Venetian Renaissance architecture, will be the « second » home of the Guggenheim Collection whose historic original location is the nearby palazzo Ca’ Venier dei Leoni, where exhibitions by the American foundation currently take place. An agreement was reached between the Guggenheim Foundation and the present owner Elisabetta Gardini Ferruzzi who has had the palazzo up for sale for some time. The Guggenheim will not actually buy the palazzo. Instead, it will have a franchise on it at very favourable terms. In return, the name of the Gardini family will be associated with any shows that are held in the new location. This acquisition completes the Guggenheim’s expansion project, which became a necessity due to the continuous increase in the number of visitors. »

Ca’ Dario may be a haunted palazzo. According to numerous guides and guidebooks, Ca’ Dario’s owners frequently meet untimely deaths. It started in the 15rh century when the builder’s daughter died. The deaths continued to modern times: in 1993, Raoul Gardini, owner of famous racing sailboat « Moro di Venezia, » committed suicide. Then the manager of « The Who » bought the place – and soon committed suicide. Legend also says that Woody Allen wanted to buy Ca’ Dario, but backed out of the deal when he learned the palazzo’s history.

Les fumées bleues de la Ca’ Dario

Kit Lambert (Christopher Sebastian Lambert),  fils du compositeur classique Constant Lambert, se suicide dans le palais de Ca’Dario à Venise le 7 avril 1981.

En 1981, Kit Lambert était un producteur de musique connu surtout pour être le manager du groupe de rock britannique « The Who. » Il a été la force motrice de leur opéra rock « Tommy » (1968), qu’il a également produit. Il était né le 11 mai 1935.

Excentrique notoire, Lambert a rompu ses relations professionnelles avec l’OMS en 1974 et a passé ses dernières années de sa vie, en grande partie dans un état de stupeur provoquée par les drogues, dans son palais de Venise. Lambert se plaignait qu’il ne pouvait pas faire face aux fantômes des précédentes victimes de la malédiction de la Ca’ Dario.
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Selon les biographies, on retrouve diverses versions de sa mort :
Il mourut d’une hémorragie cérébrale après une chute dans l’escalier de la maison de sa mère à Londres.
Il a été tué après avoir quitté le palais, suite à une altercation avec un dealer.
Il s’est suicidé dans le palais Dario.

Il n’y a pas que les vapeurs des stupéfiants ou les fantômes du palazzo Dario pour égarer les esprits !

Reprenons donc l’histoire depuis… le début.

Quand il achète le palais Dario en 1972, Kit Lambert, le manager des Who, dans son délire aux amphétamines, veut en faire une sorte de Graceland vénitien.

Faciné par la Reine des Eaux, comme si elle était une cité des Mille et une nuits dont il serait le vizir, il amène au palais une bande de dingues, déjantés par l’alcool et les drogues. Dans Venise, lorsqu’ils sortent, ils forment un clan pour le moins épique, moitié bande de gitans psychédéliques, moitiés guérilleros de l’acide.

Lorsque la nuit tombe, il organise des soirées dignes des grands lupanars. Les invités arrivent par la porte d’eau, dans des canots à moteur étincelants, d’autres, discrètement, par la porte du campo Barbaro, celle qui donne sur le jardin. Il y a des filles nues à tous les étages, des banquiers, des hommes d’affaires, des politiques et même le représentant à Venise de l’OMS dont Kit Lambert est l’un des plus importants donateurs. Les soirées prennent vite des allures de fin du monde, comme un paysage urbain après un raid américain lors de la seconde guerre mondiale.

Bien sûr, il connait les circonstances de la mort de son prédécesseur, et son esprit délabré fait le reste. Il se plaint que le parquet de sa chambre est incrusté de cervelle et de sang.

Keith Moon, le batteur des Who se prends au jeu. Il est d’accord pour aller passer la chambre au peigne fin à la manière d’un policier sur une scène de crime. Il monte en ricanant.

Lorsqu’il redescends, plus tard dans la soirée, il titube, le yeux hagards en agitant les mains devant lui. Elles sont ensanglantées ! Il montre ainsi à toute l’assistance ses mains couvertes de sang, avec un ricanement surréaliste. Ainsi, Kit Lambert n’aurait pas menti ?

Le baron Lamberti, en manque, part à la recherche de drogue auprès d’un dealer local. Il connait les plus mauvais coins de Venise.

A la discothèque El Souk, la boite branchée de l’époque, près de l’Accademia, il chancelle, ivre, et a une rugueuse altercation avec un type. Personne ne se souvient des raisons de l’altercation, ce qui a surtout marqué les esprits, c’est sa violence, des chaises qui volent, une bouteille cassée.

Jeté a la rue par les videurs, il revient vers le palazzo Dario. les rues sont vides, mais il se croit suivi, menacé. Il s’imagine des espions, guettant dans l’obscurité. Il dérive dans Venise essayant de retrouver le palais.

Puis il monte dans les étages et met la musique à fond.

Le lendemain, 7 avril 1981, la musique joue toujours lorsque l’on défonce la porte de sa chambre. Kit Lambert est étendu sur le sol, mort. Une seringue est encore piquée dans son bras. Pour les enquêteurs, la dose qu’il s’est injectée n’était pas prévue pour un voyage, mais bel et bien pour tuer.

Il est inhumé au Hoop Lane Golders Green Crematorium, Golders Green, Greater London  Grande-Bretagne.

Ca’ Dario et Santa Maria dei Miracoli

Il existe à Venise deux autres édifices fameux qui présentent une façade avec un caractère analogue et une vivacité chromatique semblable à la Ca’ Dario : Le palazzo Trevisan sur le rio de la Canonica et l’église dei Miracoli.

L’église de Santa maria dei Miracoli à été construite entre 1480 et 1489. Le palais Dario, lui, à été édifié entre 1486 et 1787. Sur les deux façades on retrouve les mêmes rosaces en marbres polychromes. On retrouve également sur cette église, la « bonbonnière » de Klod, la même usage du marbre dans un revêtement de qualité sur la façade.

Ainsi que l’a noté Mc Andrews à propos du palais Dario, les meilleurs matériaux, l’habilité artistique, la décoration raffinée de la surface furent également appliquées sur l’église Santa Maria dei Miracoli et quelques-uns des magnifiques édifices représentés par Carpaccio et d’autres peintres de ce temps.

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