L’Aigle et le Lion – Bernard Dubourdieu

Fils d’un maître-tonnelier de Bayonne, Bernard Dubourdieu désire devenir marin et embarque à 16 ans comme mousse dans la marine marchande, à bord de la brigantine L’Alliance à destination de Lisbonne. Sa vocation se confirme lorsqu’il entre, en 1791, à l’école d’hydrographie de Bayonne, « ayant justifié savoir lire, écrire et les quatre premières règles d’arithmétique« 

Le 18 octobre 1810, le capitaine de vaisseau Bernard Dubourdieu prend le commandement d’une expédition, première véritable sortie de la « flotte combinée franco-italienne », qui comporte une phase terrestre à objectifs limités. Elle comprend :
Les frégates françaises Favorite et Uranie (40 canons)
La frégate italienne Corona (40 canons)
Les corvettes italiennes Bellona et Carolina (32 canons)
Les bricks armés Iéna et Mercure (16 canons)

L’île de Lissa est occupée depuis 1807 par les Britanniques, qui en mesurent pleinement l’importance stratégique. Idéalement située le long des côtes de la Dalmatie, elle permet de contrôler le trafic maritime en Adriatique. En 1810, les Anglais y ont installé une base et des dépôts qui leur permettent d’y entretenir une petite flotte de guerre, et de servir d’abri aux navires corsaires qui menacent les communications maritimes entre l’Italie et la côte dalmate (occupée par Napoléon).

Le Royaume d’Italie, soutenu par la France, se lance tardivement dans la création d’une flotte qui lui permettra de contrebalancer la Royal Navy. À Venise et à Ancône, les chantiers amorcent la construction de frégates. Des officiers français sont dépêchés sur place et participent activement à la mise sur pied de ces unités. Mais en mer, les frégates anglaises HMS Amphion et HMS Active obtiennent de tels succès qu’un premier « raid » est prévu contre l’île de Lissa.

Ne rencontrant aucune opposition (les frégates anglaises se sont aventurées vers le sud), les navires touchent Lissa le matin du 22 octobre 1810 et y débarquent des détachements de soldats italiens, qui capturent à quai un certain nombre de voiliers et détruisent dépôts et magasins. Cette première action, à comparer aux raids des futurs commandos qui se développeront bien plus tard, est un succès total ; les Franco-italiens se retirent dans l’après-midi, ramenant en Italie les prises capturées au port.

Le capitaine de vaisseau Dubourdieu, commandant de la division combinée franco-italienne, profite de cette période hivernale pour entraîner quelque peu ses équipages, mais sans tenter de sortie d’envergure. Il organise patiemment la seule opération qui semble pouvoir retourner la situation concernant la possession de l’Adriatique : la capture définitive de l’île de Lissa, qui priverait les Anglais de leurs seuls ports en Adriatique. Le vice-roi d’Italie, Eugène, donne son approbation au plan.

La division navale rassemblée pour l’occasion est conséquente :
Les frégates françaises La Favorite, La Flore, La Danaé (40 canons)
La frégate italienne Corona (40 canons)
Les corvettes italiennes Bellona et Carolina (32 canons)
Le brick armé Principessa Augusta (16 canons)
La goélette Principessa di Bologna (10 canons)
Le chébec Eugenio (6 canons)
L’aviso Lodola (2 canons)
La courrière Gazelle (1 canon)

L’ensemble, représentant 11 navires, 259 canons et près de 2000 hommes, est rassemblé à Ancône. Il est prévu – le moment venu – que les navires se portent sur Lissa et y débarquent un bataillon d’infanterie italien, qui s’y implantera solidement afin d’empêcher le retour au port des navires anglais. Privée de ses mouillages, la Royal Navy devrait se retirer vers Malte.

Dans la nuit du 12 au 13 mars 1811, les navires se regroupent à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de l’île de Lissa7. La Favorite réduit sa voilure pour permettre aux autres unités de rejoindre. Ce délai va permettre d’opérer une reconnaissance vers Lissa afin d’y constater la présence éventuelle de navires de guerre et, dans le meilleur des cas, de vérifier l’état d’encombrement des quais et du mouillage pour préparer le débarquement. À cet effet, deux navires vont être envoyés vers Port Saint George, le principal port de l’île :
La goélette Principessa di Bologna, qui après avoir approché suffisamment la côte, y enverra son canot.
La courrière La Gazelle, provisoirement prise en remorque par la goélette, et qui accompagnera ensuite le canot jusqu’à l’entrée du port.

Les Français attaquent de manière désordonnée à partir de 08h10. La Favorite, navire amiral de Dubourdieu, se trouve en pointe et devient rapidement la cible exclusive des 4 navires anglais qui lui présentent alors leurs flancs.

Engagée trop rapidement, la frégate cherche à traverser la ligne de bataille anglaise entre l’Amphion et l’Active, mais les navires britanniques sont tellement proches l’un de l’autre que cette manœuvre lui est impossible. Vers 09h00, étant pratiquement bord à bord avec leurs adversaires, les Français tentent alors l’abordage pour essayer d’exploiter leur arrivée si soudaine devant les navires anglais. La frégate fait barre à tribord et se range contre l’Amphion mais au dernier moment cette dernière ouvre le feu avec ses caronades : un tir à mitraille meurtrier balaye le pont de La Favorite, massacrant les troupes qui se préparaient à l’assaut. Les pertes sont très lourdes : le capitaine de vaisseau Dubourdieu à été tué à 9h10. Son second essaye à son tour une nouvelle tentative d’abordage, et tombe lui-aussi, suivi par le premier lieutenant. Tentant alors de contourner l’anglais, la Favorite finit par s’échouer sur la pointe sud-est de l’île.

Pendant ce temps, la bataille se poursuit en ordre dispersé, chaque frégate française ou vénitienne tentant d’aborder un adversaire. La Flore et la Bellona ont encerclé l’Amphion et ouvert un feu concentré, hélas mal dirigé. L’Amphion passe alors devant la Flore et la prend en enfilade; Au bout de 10 minutes, celle-ci amène ses couleurs. La Bellona, tirant sur la poupe de l’Amphion, tente de se dégager mais est prise en chasse par l’Active. Son commandant est tué dans la matinée, et la frégate se rend vers midi

La frégate Corona, elle, dégrée et criblée coups, finit par se rendre à l’Active et au Cerberus. La Flore, dont le commandant a eu le bras gauche emporté, s’est rendue mais n’a pas reçu d’équipe de prise de l’Amphion, a rehissé ses couleurs – ce qui est bien sûr contraire aux lois de la guerre, et sera la source de réclamations anglaises ; elle rejoint les frégates Carolina et Danaé, ainsi que les petits bâtiments, et réussit à regagner la protection des batteries de Lessines, les anglais étant incapables de se lancer à leur poursuite.

L’équipage de la Favorite, assistant au désastre, met le feu à son navire, qui explose avant la fin du combat. Les survivants, conduits par le colonel Gifflinga, s’empareront d’un petit bâtiment à Lissa et réussiront à rejoindre Lessines.

Les Franco-italiens ont perdu 3 frégates et 700 hommes ; les Anglais 200 hommes seulement. Ces derniers, après avoir effectué quelques réparations, regagnent Malte. N’ayant pas su profiter de leur supériorité numérique, perturbés par la mort de leur chef, les Français ont subi une nouvelle défaite, agissant sans plan d’ensemble, et se présentant les uns après les autres sous le feu anglais.

Sources :

 

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