Les combattants français du cimetière de San Michele

La ville de Venise accueillit, au cours de la Grande Guerre, un Centre d’Aviation Maritime français, équipé d’hydravions et l’escadrille française de Venise, équipée de chasseurs. Pour plus d’informations sur ce sujet, lire l’article de David Méchin « Entre guerre et dolce vita : l’escadrille de Venise« ,  Aéro Journal, n° 39, octobre 2004

Gabriele d'Annunzio et les pilotes français de Venise - L'Illustration

Cette escadrille a changé plusieurs fois de nom :

– Escadrille Nieuport de Mestre à partir de juillet 1915.
– N 92 i (i pour Italie) à partir du 15 août 1915
– N 392 à partir de juin 1916
– N 561 à partir du 1er juin 1917
– SPA 561 le 1er trimestre 1918

Cette escadrille a été dissoute en décembre 1918.

Cette escadrille fut durement touché par une catastrophe survenue le 31 octobre 1916, quand, au cours des opérations de chargement des bombes sur un appareil, l’une d’elle se détacha et explosa, provoquant la mort de nombreux marins français et italiens.

La plupart des morts français sont enterrés dans le cimetière de la ville de Venise, qui se trouve dans l’île de San Michele. A proximité de l’entrée du cimetière, juste après la partie réservée aux moines, se trouve le carré militaire italien, qui abrite également les tombes de 18 soldats français, ainsi qu’une plaque commémorant l’équipage du sous-marin autrichien U 12, coulé le 8 août 1915 au large des côtes vénitiennes.

Cimetière de San Michele

Les tombes, photographiées et répertoriées, méritent un entretien digne de nom. De plus, un contrôle sur le site Mémoire des Hommes a permis de constater que certains noms étaient mal retranscrits.

Navigants du CAM de Venise et de l'escadrille N 392 en 1916

de gauche à droite :
EV1 Emery (obs), SM Jules Duclos, EV1 André Woltz,
LV Antoine Reynaud, Slt Gabriel Trouvé (de la N 392),
Slt Espanet (de la N 392), SM Paul Poggi.

Voici la liste alphabétique des tombes, retranscrites selon les normes utilisées en généalogie :

  • maréchal des logis Charles AUTISSIER, du 11ème RAL, décédé dans un accident de vol le 12 octobre 1918
  • soldat Louis BONDON (?), décédé le 20 février 1919
  • quartier-maître – mécanicien François Auguste Pierre CLERC, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • matelot de 2ème classe – charpentier Jean François Marie CRENN, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • quartier-maître – mécanicien Charles Victor FAVANT, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, disparu en mer lors du remorquage d’un hydravion et dont le corps fut retrouvé par la suite
  • matelot de 3ème classe Égide Paul Ulysse FIGOLI, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • soldat Marcellin FROIDEFOND, 12ème section d’infirmiers militaires, décédé le 25 février 1919 des suites de maladie à l’hôpital militaire de Venise
  • second maître – mécanicien Jean GALUDEC, décédé le 26 janvier 1917
  • enseigne de vaisseau de 1re cl. Émile Ernest HARIAT, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • matelot de 2ème classe – mécanicien Victor Firmin LABORIE, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • caporal Gaston LARDEE, du 2ème Génie (Cie 7/2T), décédé le 6 février 1919 des suites de maladie à l’hôpital militaire de Venise
  • soldat Bachir Ben Belkacem LITIM, du 17ème escadron du train des équipages militaires, décédé le 11 février 1919 des suites de maladie à l’hôpital militaire de Venise
  • matelot de 3ème classe André Henri LOUVEL, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • quartier-maître – mécanicien André Edmond MASSIOT, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, décédé le 1er novembre 1916 des suites de l’explosion accidentelle d’une bombe
  • soldat Jean PAGAN (?), décédé le 10 février 1919
  • second maître – mécanicien Maurice POTEL (?), décédé le 19 novembre 1919
  • second maître – mécanicien Auguste Charles Ludovic RIVIERE, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe
  • matelot-tailleur Elie Germain TEISSEYRE, du Centre d’Aviation Maritime de Venise, tué le 31 octobre 1916 par l’explosion accidentelle d’une bombe

L’accident du 31 octobre 1916 fit deux autres victimes françaises, qui ne sont pas enterrées à Venise : le quartier-maître mécanicien Étienne CRUCCIANI (son corps ne fut jamais retrouvé) et le quartier-maître charpentier Mathieu Michel LARRIEU.

Photographie de Venise prise le capitaine Marcel de Chalonge

ROULIER Jean Jules Henri

Né le 11 août 1891 à PARIS VIIème (Seine) – Décédé le 15 août 1916 à VENISE, ITALIE.
Entre dans la Marine en 1908, Aspirant le 5 octobre 1911, Enseigne de vaisseau de 1ère classe le 5 octobre 1913. Au 1er janvier 1914, sur le torpilleur « BISSON », 6ème escadrille, 1ère Armée navale (Cdt François TERLIER). En août 1916, affecté au Centre d’Aviation Maritime de VENISE, cet Officier sera « tué en combat aérien au-dessus de VENISE« . Cité à l’ordre de l’Armée navale :  » Pilote hardi et courageux, a réussi au cours d’un vol récent à lancer deux bombes sur un sous-marin ennemi. » — « Hardi et courageux, s’est signalé dans de nombreuses opérations. Tué à l’ennemi au cours d’un combat aérien ; déjà cité à l’ordre de l’armée.« .

Acte de décès dressé à VENISE le 18 août 1916 et transcrit à PARIS VIème (dernier domicile) le 12 octobre 1916.

Jean Jules Henri Roulier

Le 1er juillet 1915 donnera lieu à un exploit qui apportera la célébrité à l’escadrille. L’enseigne de vaisseau Roulier, pilotant le FBA 10 emmenant le matelot Giorzo effectue une reconnaissance jusqu’à la baie de Trieste. Les deux hommes aperçoivent un sous-marin sortant de Pirano, qui s’avère être le U 11 et qui commence immédiatement à plonger. Roulier descend à 15 mètres de hauteur et fait lancer deux bombes qui éclatent à 3 mètres par le travers du kiosque, alors que le sous-marin disparaît sous les flots. Roulier et Giorzo observent quelques bulles d’air à la surface et perdent la trace de son sillage. Le FBA se pose alors à Porto Lignano pour une courte escale et rentre à Venise, où la nouvelle de ce combat se répand comme une traînée de poudre. Le préfet maritime de Venise accourt féliciter Roulier en déclarant  » Vive la France ! « . Tous les journaux italiens annoncent l’exploit dans leurs manchettes de première page. C’est la célébrité… bien que le sous-marin en question ait en fait survécu à l’attaque. Robert Vaucher, le correspondant à Venise du journal français  » L’illustration  » rapporte :  » C’était place Saint-Marc, où la musique municipale donnait un concert. Tout à coup, dans le ciel bleu, un ronflement de moteur se fait entendre. Puis, débouchant derrière les coupoles de Saint-Marc, un hydravion aux couleurs françaises passa lentement, frôlant le Campanile…. La musique interrompit instantanément le morceau qu’elle exécutait et entonna la Marseillaise. En même temps, ce fut dans  la foule un grand cri :  » Evviva la Francia !  » et l’on se précipita vers la Plazzetta pour voir évoluer au-dessus des lagunes l’appareil français, élégant et rapide. « 

Pierre Giorzo

CAM Venise - Pierre Giorzo

Voici un bref résumé des années de service de Pierre Giorzo dans la Marine.

01/06/1891 Naissance à Saint-Rambert-en-Bugey (Ain)
10/10/1912 Marin appelé de la classe 1911, rejoint le 5ème dépôt des équipages à Toulon
17/10/1912 Matelot de 2ème classe sans spécialité
01/01/1913 Cuirassé Carnot
18/03/1913 5ème dépôt
01/08/1913 Croiseur porte-hydravions Foudre
03/08/1914 Déclaration de guerre, maintenu en service
01/07/1915 Centre d’aviation maritime de Fréjus-Saint-Raphaël
14/08/1915 Promu quartier-maître mécanicien
01/01/1916 Centre d’aviation maritime de Venise
17/03/1916 Centre d’aviation maritime de Fréjus-Saint-Raphaël
27/06/1916 Centre d’aviation maritime de Venise
18/10/1916 Breveté pilote de l’Aéro club de France.
24/06/1917 Centre d’aviation maritime de Fréjus-Saint-Raphaël
15/08/1917 Centre d’aviation maritime de Dunkerque
01/01/1918 Centre d’aviation maritime de Fréjus-Saint-Raphaël
10/07/1919 Rayé des contrôles, renvoyé dans ses foyers

Photographie de la place Saint-Marc prise le capitaine Marcel de Chalonge

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