L’Aigle et le Lion – la visite impériale de Venise

Le trajet du Grand Canal, terminé au milieu d’un bruit de fanfares et d’acclamations, l’Empereur, débarqué à la Piazzetta après avoir jeté un premier coup d’œil sur le lion ailé* qui couronne une colonne de granit, ainsi que sur le palais ducal, entra dans la basilique San-Marco, sans paraître remarquer le trou laissé par l’absence du quadrige des chevaux de bronze**.

Élisa, la sœur de l’Empereur, assista donc au triomphe de son frère et aux fêtes que la ville des Doges offrit à ses illustres hôtes les jours suivants ; revues, redoutes, régates, joutes sur le Grand canal, lancement de navires et de chaloupes canonnières, cantates lyriques, illuminations…

La princesse fut particulièrement impressionnée par « le Jeu des Forces » fête particulière aux vénitiens, qui eût lieu, au milieu du Grand Canal, l’après-midi du 2 décembre, anniversaire du couronnement. Des hommes, montés les uns sur les autres, en forme de pyramide, se soutiennent par l’effort de l’équilibre et leur grande vigueur. L’Empereur y assista du balcon du palais Barbi.

Venise, 1 décembre 1807
A l’Impératrice Joséphine
Je reçois ta lettre du 22 novembre. Je suis à Venise depuis deux jours. Le temps est fort mauvais, ce qui ne m’a pas empêché de courir les lagunes pour voir les différents forts.
Je vois avec plaisir que tu t’amuses à Paris.
Le roi de Bavière, avec sa famille, ainsi que la princesse Élisa sont ici.
Passé le 2 décembre que je ferai ici, je serai sur mon retour, et fort aise de te voir.
Adieu, mon amie.
(Lettres de Napoléon à Joséphine)

Le samedi suivant, Napoléon visite la bibliothèque royale, distribue des croix de la Couronne de fer, examine les manuscrits à miniature et laisse un don princier pour cet établissement. Da sœur, qui l’accompagne, est naturellement de toutes les cérémonies.

La municipalité, de même que pour la reine de Bavière, a galamment désigné à son intention des dames d’honneur prises dans les meilleures familles : Caterina Contarini, née Civrano, Mariana Gradenigo, née Loredan, Clara Contarini, née Piovene, Clara Barbarigo, née Pisani, Elisabeta Widmann, née Foscarini, Madalena Pisani, née Michiel… la grande duchesse de Toscane se montre très aimable avec toutes.

le 3 décembre, au bal donné au théâtre de la Fenice, que le vice-roi ouvrit avec la princesse Charlotte de Bavière, Stanislas de Girardin, écuyer du roi de Naples, témoin oculaire nous décrit : « La salle était brillamment illuminée, décorée de gaze bleu et argent.  Les femmes n’étaient guère remarquables que par leur parures encore n’était-elle pas de très bon goût. L’Empereur a passé environs une heure au bal et s’est retiré à dix heures. la princesse de Lucques, sa sœur, était mise de manière à faire beaucoup d’effet. La reine de Bavière avait beaucoup de diamants et beaucoup d’années… » (Mémoires de S. de Girardin, II, p. 20 et 21)

Selon la Gazetta di Lucca du 11 décembre, ou le Giornale italiano de Milan du 9 décembre, les dépenses qu’on fit pour cette fête atteignirent 40.000 Francs.

* A la suite du voyage de l’Empereur, ce lion fut transporté à Paris et forma le principal ornement d’une fontaine érigée sur l’esplanade des Invalides. Il fut repris en 1815 par les Autrichiens et ramené à Venise.

** Les chevaux de bronze de Saint-Marc avaient déjà subis un destin analogue que nous racontons en détail dans notre épisode de l’Aigle et le Lion – Les chevaux de Venise à Paris, de 1798 à 1815

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