Ca’ Dario, visite guidée.

C’est un illustre poète français qui nous invite aujourd’hui à visiter la Ca’ Dario, hôte de ces lieux qu’il connait si bien et dont il nous parle à merveille. Nous sommes en 1899, suivons Henri de Régnier, notre guide en ces lieux …

« Au rez-de-chaussée, des fenêtres en nombre égal accompagnent de chaque côté la porte que ferme une grille de ferronnerie. C’est au marches de cette porte que vient accoster la gondole.« 

« Le vestibule où l’on pénètre en entrant au Palais Dario, est pavé et revêtu de marbre. Des orangers nains taillés en boule et plantés en des grands pots de terre cuite le décorent. Le Palais est éclairé à la lumière électrique. C’est elle qui a remplacé dans cette belle lanterne de galère, toute sculptée et dorée, les antiques cires d’autrefois. Du fond du vestibule part l’escalier qui dessert les trois étages du Palais. Il est étroit, assez roide, sans rampe ni main courante. ses marches, comme ses parois, sont de marbre blanc. A chaque étage il s’interrompt par un étroit palier.« 

« Des diverses pièces du premier étage, la principale est une galerie qui occupe en sa longueur toute la profondeur du Palais. Sur ses dalles sont jeté d’harmonieux tapis d’Orient. Le plafond est fait de poutres apparentes qui s’appuient à une corniche en relief. Tout un côté de cette galerie est garni de stalles et de boiseries de chœur provenant de quelque ancienne église. D’autres meubles complètent ce décor de beau style : tables massives, fauteuils majestueux, sièges divers, sans compter deux globes armillaires, l’un terrestre, l’autre céleste. Au fond de la galerie est creusé un petit bassin où murmure un mince jet d’eau.« 

« Cette galerie se répète à l’étage au-dessus, où se trouvent la salle à manger et le salon rose.« 

« Il est en effet, tendu d’une étoffe de soie ancienne, d’un rose éteint et très doux. On y entre par une porte qui donne sur le palier et qui est, à l’intérieur, revêtue de carrés de miroirs. Le panneau de fond de ce salon est occupé presque en son entier par une magnifique console de bois doré que surmonte une haute et magnifique glace en un somptueux contournement de rocailles d’or, dans le goût fastueux et chargé du XVIIIème siècle vénitien. De la même époque est aussi le poêle en faïence blanche qui se dresse à l’angle de la pièce. En retour est placée la cheminée qui fait face à une autre glace dont le cadre est formé d’un bizarre entrelacement de câbles, d’ancres, de boussoles, de poulies, d’instruments de navigation, fantaisie marine de quelque armateur du vieux temps.« 

« Aux murs sont accrochés un certain nombre de tableaux : un grand portrait de patricienne par Longhi, une autre dont le visage est caché par un des ces curieux petits masques noirs de forme ovale en usage à Venise. Ça et là beaucoup de charmants bibelots et un grand paravent où, sur un fond clair, un peintre fort habile a figuré des imitations de scènes chinoises, car les chinoiseries furent à la mode, à l’époque où le bon Carlo Gozzi portait à la scène l’histoire de la belle Turandot, princesse de Chine. C’est dans ce salon rose que l’on reçoit d’ordinaire les visiteurs qui viennent au palais à l’heure du thé.« 

« A l’étage supérieur se trouve, entre autres, la chambre que j’habite, la chambre à la loggia d’où l’on domine le jardin du palais.« 

La Ca’ Dario : Au cœur de l’histoire

Au cœur de l’histoire 23/05/2011 – 13:30
Venise et la malédiction du Palais Dario

Drames, mystères, tours de force et destinées inouïes : Franck Ferrand nous plonge chaque jour au cœur de l’histoire, grande et petite.

Son invité :
Jean-Paul Bourre, auteur de romans, d’enquêtes, de reportages et de récits autobiographiques
Alain Vircondelet, écrivain, spécialiste de Venise

Cliquez sur la photo pour écouter l'émission

Auteur de romans, d’enquêtes, de reportages et de récits autobiographiques Jean-Paul Bourre a été rédacteur en chef du magazine L’Autre monde (1978-1980). Il a notamment publié Villiers de L’Isle-Adam (2002) ainsi que Guerrier du Rêve (2003) aux Belles Lettres, Gérard de Nerval (Bartillat), Tarzan et moi (Zulma) et Préceptes de vie issus de la sagesse amérindienne (Seuil, « Points Sagesses »).

Si les murs de la Ca’Dario pouvaient parler, ils hurleraient.
Derrière les façades aux couleurs de friandises, la jeune Marietta Barbaro, emmurée, s’est consumée de chagrin, l’historien Rawdon Brown s’est donné la mort face à ses tableaux, Kit Lambert, le manager des Who, s’est perdu dans les fêtes et les drogues… la liste est longue, et sanglante, des propriétaires morts de façon tragique dans ce petit palais penché sur le Grand Canal. Elle faillit s’achever par Woody Allen, si celui-ci, prudent, n’avait au dernier moment renoncé à son achat.
Amoureux de Venise, Jean-Paul Bourre a exhumé les bibliothèques de la Sérénissime pour raconter, sous la forme d’une enquête, l’histoire fantastique de ce bâtiment maudit, construit au XVe siècle sur un ossuaire et dont la devise, gravée dans le marbre du frontispice, nous dit, en anagramme « Celui qui habitera ces lieux ira à sa ruine ».

If Ca’Dario’s walls could speak, they would scream.
Behind the candy-coloured façade of the palace young Marietta Barbaro is walled up, having wasted away in despair; historian Rawdon Brown killed himself while gazing at his paintings; Kit Lambert, The Who’s manager, was destroyed by parties and drugs, etc. The list of the owners of this little palace leaning over the Grand Canal who experienced a tragic death is a long and bloody one. It might have ended with Woody Allen, had he not decided at the last minute not to purchase it.
A great admirer of Venice, Jean-Paul Bourre exhumed the Serenissima’s libraries to relate, in the form of a police inquiry, this fantasy story about this cursed 15th-century building erected over an ossuary whose motto – engraved on the frontispiece marble – reads: « He who shall inhabit this place will go to wrack and ruin. »

Langue français
128 p. Illustrations. (2011)
ISBN-10 2-251-44414-9
ISBN-13 978-2-251-44414-7
Prix 14,50 €

Augustine et Isabelle, Venise au siècle naissant

Rawdon Brown  a été forcé de vendre Ca ‘Dario en 1842 : l’acheteur était un comte hongrois.

Après lui, un Irlandais lieutenant Marshall, mort en 1860, laissant la maison à ses filles, deux princesses.

Peu après 1896 la comtesse Isabelle Gontran de la Baume-Pluvinel et son amie Augustine Bulteau achètent le palais Dario. De concert, elles y ont effectué un certain nombre de restaurations majeures.  On les dit responsables de l’escalier dit de « Lombardo » , les cheminées de Carpaccio, les poêles en faïence, et les fines sculptures (rappelant vaguement les Scuola San Rocco ) dans la salle à manger sur le second piano nobile, regardant vers le bas sur le jardin, ainsi que beaucoup de stabilisation et de remplacement de marbre de la façade.

La Comtesse Marie Isabelle Victoire Ghislaine de la Baume Pluvinel née Isabelle Victoire Ghislaine Crombez (arrière petite-nièce de Louis XVI), avait épousé en 1878 Charles Paul Léon Séraphin Gontran (fils de Charles-Alexandre-Séraphin-Victor de Tertulle de la Baume-Pluvinel et de Marie-Marguerite de Labaye de Viella) Elle même romancière, elle signa des romans sous le pseudonyme masculin de Laurent Evrard (La nuit – Paris – Grasset, 1912), elle a eu le plaisir de s’entourer d’écrivains français et vénitiens.
Grande amie de Pierre Louÿs, de Jean de Tinan, elle invitait les Régnier à Venise, qui ont fait des séjours à la Ca’Dario. Henri de Régnier, est commémoré par une inscription sur le mur du jardi n: En questa casa antica dei Dario, Henri de Régnier – poeta di Francia – visse venezianamente e-scrisse anni 1899-1901.

Elle meurt le 7 février 1911, au moment de l’élection d’Henri de Régnier à l’Académie Française  (RG lui consacra quelques lignes dans l’«Epilogue» qui rendait compte de l’élection de Henri de Régnier à l’Académie). Cf. Figaro du 8 février 1911, p.1 (article signé André Beaunier). L’inhumation eut lieu le lundi 13 février 1911 ; M. et Mme Henri de Régnier sont signalés parmi l’assistance

Madame Augustine Bulteau, surnomée « Toche » est née à Roubaix dans un milieu de riches propriétaires d’usines textiles, Augustine Bulteau, se marie en 1880 avec un homme de lettres, aujourd’hui oublié : Jules Ricard (mort en 1903). Grâce à l’entourage de son mari, qui côtoie pendant près de quinze ans littéraires, peintres et graveurs, elle rencontre entre autres, Henri de Toulouse-Lautrec, Maxime Dethomas et Edouard Manet. Elle se met alors à peindre, à photographier, puis à écrire – sans doute comme plume inspirée de Jules Ricard (comme Colette le fut pour Willy) – une dizaine de romans de mœurs populaires, sous le pseudonyme de « Fœmina » dont un essai qui eut du succès en son temps : « L’Ame des Anglais« . Journaliste au Figaro et au Gaulois, elle a laissé de nombreuses chroniques culturelles et de mœurs.
Un minuscule détail d’histoire littéraire : « Mme Bulteau, la maîtresse de Toulet ». Fut-elle vraiment sa maîtresse ? Madame Augustine Bulteau, cette dame autoritaire, il est vrai si encline à goûter et même susciter les confidences masculines, semble avoir réservé ses hommages aux dames, et plus particulièrement à la comtesse Isabelle de La Baume-Pluvinel. Peut-être eût-elle apprécié cette phrase de Maurras citée par Stéphane Giocanti : « Le plus étonnant dans la vie, ce n’est pas le désordre, c’est l’ordre ! ».

Le palais maudit de Venise

A la fin du XVème siècle, Giovanni Dario, ambassadeur de Venise à Constantinople, fait construire un palais par l’architecte Pietro Lombardo. La façade est ornée de médaillons de marbres multicolores. Cheminées typiques vénitiennes.
Il serait le palais maudit de Venise, portant malheur à ses occupants qui connaitraient des fins rapides et violentes.
La malédiction semble frapper tous ses propriétaires.
La liste de ses victimes au fil des siècles est impressionnante !
Superstition pure ? Ce qui est sûr par contre, c’est qu’il penche…


Tout semble commencer à la fin du XVème siècle en 1487 à Venise : Giovanni Dario, un dalmate d’une famille non noble, ambassadeur de la Sérénissime à Constantinople, secrétaire du Sénat de Venise, diplomate et marchand, commença la construction d’un des plus beaux et des plus particuliers palais sur le Canale Grande. Il chargerait alors l’architecte Pietro Lombardo d’en dessiner les plans et superviser la construction.
Pour être plus précis, il semble que, après 1486 les travaux entrepris par un disciple de Lombardo n’aient été qu’une rénovation.

Giovanni Dario dans le tableau de Bellini "Procession a S. Marco" Accademia, Venice

Avant…  mystère ?

Le palais est situé à l’embouchure du Rio delle Torreselle dans le quartier de Dorsoduro et situé sur le Campiello Barbaro. Le palais a été construit dans le style gothique vénitien et floral a été rectifiés avec des caractéristiques Renaissance. L’adresse officielle du palais est « Dorsoduro 352 ».

La façade est ornée de médaillons de marbres polychromes. Cheminées typiques vénitiennes. Il a une certain charme, s’il n’était bancal comme une vieille prostituée, du moins comme le définit d’Annunzio. Ce palais à inspiré de nombreux artistes (dont Claude Monet – mais c’est une autre histoire), Herni de Régnier y a même séjourné, une plaque nous en rappelle le souvenir (mais cela aussi sera une autre histoire à vous narrer)…

Venise ne t’a pas inscrit au Livre d’or,
Parmi ses fils fameux dont la gloire y rayonne,
Dario, mais to nom oriental résonne
Toujours, dans un écho de faste et de trésor.

Puisque, riche étranger venu de quelque port
De l’Archipel ou né sur la côte esclavonne,
Tu construisis, sans ëcusson qui le blasonne,
Ce palais, dont le Grand Canal et fier encor.

Grâce à lui, tu survis, car sa façade blanche
Montre en disques luisants, dans son marbre qui penche,
Le porphyre vineux et le vert serpentin,

Et l’on peut lire encore l’inscription latine
Par laquelle tu dédias son seuil marin
Au génie ondoyant de la ville marine.

Henri de Régnier
Urbis genio Johannes Darius

Souvent, on prête à ce palais une inspiration que Dario aurait eu lorsqu’il était à Byzance… mais point de façades polychromes byzantines.
Il faut donc attribuer la beauté particulière de ce palais à l’égo de Dario qui voulait que son palais soit spectaculaire. De ce point de vue il a réussi.
Des matériaux nobles, une finition soignée, le raffinement des décors n’a d »égal que Santa Marie dei Miracoli ou certaines parties de San-Marco.
Giovanni Dario voulait pour sa maison ce qu’il avait vu dans les travaux les plus impressionnants de son temps, il voulait la liberté de l’invention sans entrave par les règles et les limites du dogme architectural.
Le balcon néo-gothique a été ajouté au XIXe siècle.

Le palais (qui n’est pas à vendre, comme le dit la rumeur) est aujourd’hui une propriété privée et, normalement, n’est pas ouvert au public. Toutefois, un accord entre le propriétaire actuel et le musée d’art de Venise, Peggy Guggenheim Collection, le rend disponible pour des expositions d’art particulières.
Peu de visiteurs s’empressent pour pénétrer dans ce palais maudit. Nous l’avons fait pour vous !

Ca'Dario - Pinhole Gunter Derleth

Ca'Dario - Pinhole Gunter Derleth

Ca'Dario - Pinhole Gunter Derleth

Ca'Dario - Pinhole Gunter Derleth

C’est donc ici, dans ces salles que nous pouvons vous conter la vie de ses habitants… enfin, la vie, façon de parler…

  • Giovanni (permettez que nous appelions ainsi notre ami Dario) alla y habiter avec sa fille Marietta qui épousa le noble Vincenzo Barbaro. De là commencèrent les premiers problèmes : Giovanni meurt en 1494, en ce qui concerne son gendre Vincenzo, ses affaires allèrent de plus en plus mal, au point de faire faillite et de finir ruiné, il se suicidera avec un poignard. Marietta quant à elle, mourut de chagrin à 28 ans, leur fils, Vincente connaît aussi une fin tragique : il est mort dans une embuscade à Héraklion (Crète)… jusqu’au XIXème siècle, la palais reste dans la famille, par son autre fils Gasparo Barbaro et on n’en parle plus guère pendant quelques siècles.
  • Au début du XIXème siècle, la famille vends l’immeuble en 1806, au marquis Abdoll Arbit, riche marchand arménien de pierres précieuses, anobli par Eugène de Beaumarchais,. Francophile, maçon et républicain convaincu, il fait faillite peu de temps après s’être installé dans ce palais quand les autrichiens revinrent à Venise en 1814.
  • Dans les décennies qui ont suivi, un autre propriétaire, Rawdon Lubbock Brown, s’est suicidé à l’intérieur du bâtiment ainsi que son compagnon, probablement en raison du scandale provoqué par leur relation, inacceptable pour la mentalité de l’époque.
  • Le bâtiment a ensuite été acheté par l’américain Charles Briggs, lui aussi a été forcé de fuir de Venise à cause des rumeurs constantes sur son homosexualité. Il se réfugie au Mexique où son amant se suicidera.
  • A cheval sur la fin du XIXème et au début du XXème le poète français Henri de Régnier (entre 1899 et 1901) vient séjourner souvent dans le palais qui appartient alors à la comtesse de La Baume Pluviniel, jusqu’à l’apparition d’une maladie grave qui interromps son séjour à Venise.
  • Elle revend le palais au marquis de Montcalm en 1903 qui continua à recevoir dont Claude Monet.
  • En 1964, le célèbre ténor Mario Del Monaco souhaitait acquérir le palais, mais les négociations ont été rompues quand, alors qu’il se rendait à Venise pour parfaire la vente, il a été victime d’un grave accident de voiture.
  • Dans les années 1970, le comte Filippo Giordano delle Lanze est trouvé mort dans ce palais assassiné par son majordome et amant qui le frappa à la tête. Ce jeune croate de 19 ans prit la fuite pour Londres où il fut à son tour assassiné.
  • Christopher Lambert, le manager du groupe de rock « The Who » retrouvé mort peu après à Londres d’une chute dans les escaliers, il avait depuis peu acheté le palais. La police conclue au suicide, Lambert se plaignait que le parquet de sa chambre soit imprégné du sang et incrusté de la cervelle de morts et qu’il ne pouvait plus supporter les fantômes des précédentes victimes de la malédiction de Ca’Dario.
  • Dans le début des années quatre-vingt la Ca’Dario a été achetée par un homme d’affaires vénitien, Fabrizio Ferrari, qui a déménagé avec sa sœur Nicole, lui aussi a fait faillite en peu de temps et sa sœur est morte dans un accident de voiture.
  • En 1992 le financier Raul Gardini rachète le palais, il était prêt à en faire don à sa fille. Le financier, après une série de revers économiques et de son implication dans le scandale de Tangentopoli, (l’Opération Mains Propres à propos du financement des partis politiques italiens) s’est tragiquement suicidé quelques années plus tard, dans des circonstances encore mal comprises. Raul Gardini était également propriétaire d’un voilier de compétition avec lequel il voulait gagner la coupe du monde.
  • Dernièrement, Woody Allen souhaitait acheter le palais, en hommage à Henri de Régnier, quand on lui a raconté cette histoire, il a réfléchi…

Voilà pourquoi nous avons voulu vous raconter l’histoire de ce fantastique palais… un vendredi 13 !

Références :

Dario Palace. Venice. JC-R Net retrieved 3 October 2007
Norwich, John Julius (1989). A History of Venice. New York, Vintage Books ISBN 0-679-72197-5
Buckley, Jonathan. « The Rough Guide to Venice & the Veneto » retrieved 3 October 2007
Tiepolo, Maria Francesca. 2002. « I Greci nella Cancelleria veneziana: Giovanni Dario, » I Greci à Venezia: Atti del convegno internazionale di studio, Venezia, 5-7 novembre 1998. Venice. 257-314.

Giovanni Dario, lettre de Constantinople

Au début du XVe siècle un nouveau danger menaça la république de Venise : l’expansion de l’Empire Ottoman dans les Balkans et en Méditerranée orientale.

Portrait du sultan Mehmet II - Gentile Bellini 1480

31 Mai 1484. Constantinople.

« Ser. me Princeps et Ex. Dne: per la adligata a questa la qual etiandio mandai per una naue per la via de modon intendera la Ex. v.ra el seguito fin quelhoro: Da poi veramente e supravenuto unaltro nauilio da Moncastro lo qual dice pur questa fama de landar de costoro a quella parte tandem hauer sbigotidi quelli signori i qualli non potendo remediar a le terre maritime contra tante artellarie tante force et tanto impeto hano drizato li soi pensieri a star pui forti che porano ala campagna et su lo passo de la fiumara et che hano pur speranza chel tartaro non li dara contra per che pur li parla et promette superficialmente ma mi dubito Giovanni Dario, 22 Dispacci da Costantinople glandamente che li cargara a dosso per esser macometano e per esser anche pui natural inclinacion ali homeni acostarse a li plui potenti. Queste armada son preparade et ben in ordene de artellarie et zurme de asapi turchi che mai per lo passato non son sta meio et per quello dicono li soi capi et tuti comunamente doman o laltro insirano fuora de la bocha per andar contra carabogdan dove se dixe el Signor sum le soe zente hauer drizato el so camino che me certo ne son molto contento non perché voia el mal de alchuna parte de la cristianita ma per che resonande de Rodi e sio per lettere hauute da Napoli de pulia de di .7. dauril la paxe italicha esser in fieri confermando etiam questo medemo alchuni venuti a Salonichi de di .24. del passato da venexia ami par che questa potencia non poria Andar in luogo che manco podesse offendere le cosse de la Ex. v.ra che a queste parte superiore et farame dormire com molto manco pensiero vero e che per quanto sento rasonar da homeni pratichi de quelli paexi laurira una porta molto pericoloso contro pollana prego el dignor dio metta remedia a le cosse cristiane.

Le suprauenuto hieri uno schiauo da la porta lo qual ha portado diuerse lettere de questo Ill.mo Signor drizate a la M.cia del baylo et ami: per una desse drizata al baylo solo li dice post multa che li dreza lo dito schiauo per cavala: hoc est per cima a la morescha: fin che li dia ducati M/iii dise douer hauer dal duca de nicxia per alchuni soi debitori capitati nel dito luogo: per la seconda drizata a sua M.cia et ami tratta pur questa medema materia et dice hauer mandato a nicxia prima so messo per hauer ditti soi debitori poi una fusta: et che quel Signor buta questa cossa de progenie in progeniem per dier le soe formal parolle et che ormai non uol pui parolle: et conclude che sel Duca de nicxia he subdito de la Ex. v.ra vol che la M.cia del baylo li dia ditti dinari: se veramente non è subdito: li sia de chiarito la cossa: per che lui instesso prouedera de pagarse dal dito Duca:

La terza lettera che se dreza a mi solo contien le querelle de flamborar de la morea de molti excessi perpetradi in la morea da molti stratioti et altri subditi de la Ex. v.ra: si da Napoli: como da le altre terre v.re de la morea et mandame un libretto de parecchi sfoy de carta: in li qualli sono tuti anotadi per ordinem .56. excessi et fra li altri etiam linsulto et rebellion fata per el clada et alchuni stratioti de Napoli en el brazo de Maine in quel tempo: et agreuando molto li ditti casi et digando non esser portamenti de bona paxe et amicitia conclude che li sia dato li mal-fator inelemane or veramente che se sera le porte per che non vol che li soi pratica pui cum li nostri como la Ex.v.ra per le copie de le lettere le quali la M.cia de misser lo baylo per la soa parte: et mi per la mia mandemo ala Sub.ta v.ra: pui destintamente in tendera a le qual rechieste habiando el chiauo a le spalle che insta le resposte et questo medemo che fa el cadi et el subassi de la terre Ese conuegnera ad ogni modo respondere. et per quanto aspetta a la domanda di ducati M/iii siamo sta insieme cum la M.cia del baylo et hauemo premedita la resposta la qual in vero e assai facille: se hauessamo a far cum persone che non fosse passionade. ma como altre fiade ho tochado a la Ex. v.ra quelli signori de larcipelago son fati odiosi a costoro per lorecetto et favor dicono hauer li corsari da loro et in questa parte ben che la causa nostra sia honesta. Hintrauegnando per odiose persone dubito non saremo exauditi como vossamo et maxime quia querunt causam etc et cerca questo la M.cia de misser lo baylo a chi plui tocha la cossa dara pui destinta informacion ala Ex. v.ra: Per quanto veramente aspetta a la resposta di excessi comessi in la morea che aspetta a mi solo:

Iio prima me dolio de ogni mal seguito: poi me adherisso a la informacion hauuta da Napoli: et refermo a la Ex. soa che li excessi comessi per li soi contra li nostri sono molto et molto pluj: ma che li principi del mondo non sono obligadi a fare che li catiui non faceno mal: per che saria molto dura impresa: ma ben hobligadi de punire li deliquenti: quando li pono metter la man adosso: et li absenti metter in bando ouer exillio: et se al presente son tornadi inele terre de la Ex. v.ra alchuni bandizadi per li excessi preditti lesta cason el flamborar passado de la morea. el qual non possendo extirpar quella setta da i luogi de la soa Signoria per che ogni de cresseuano et deuastaueno quella prouincia: ha pregado et constretto la M.cia de misser bertuchio minio che fu prouedador a Napoli che li perdonasse: et c he li tollesse in gratia per che el dito flamburar che era plui offeso et plui potente per cessacion de mazor scandollo hauea fato questo medemo. et chel rettor nostro duramente a consentido et fato cossa che non doueua per le leze nostre per far cossa gratta al per nome della Ex. soa et che al presente non se doueua imputar anuj cossa che sia fatta a soa instantia: et che de li deliti fati nottamente io scriuero a quelli M.ci rectori I quali son certo per el debito so: et per le instantie mie farano seueramente justitia: aconzando e acollorando la cossa meio che posso:

Et sia certo la Ex. v: che se la porta fosse que presente per la gratia che dio ma prestado cum loro non haueria cussi forceuelle vento a le boche. Ma siando absenti et aldendo solamente li soi che fano le peze grande et a so modo siando de natura costoro superbi et adjutandoli la potencia molto plui et non habiando anche apresso de lor nodari plui moderadi et destri scriueno: cum insolencia al modo che vedera la Ex. v.ra: et io che son de natura quieta et de etade ormai in clinata a la quiete non son de quella opinion che sono alchuni de altri che per sdegno voriano de le cosse che poria in dur scandalo ma judico esser pui segura parte che cum mona maniera et cum dolzeza se venza questa ferocita barbara per che a oponerse non ge uedo el modo de neuno auantaxo non dico de superare ma nanche de impatare et po voraue che tuti li seruidori de la Ex. v.ra fosse de questa opinion de andar temporizando cum desterita aspetando el beneficio del tempo lo qual siando el v.ro E.mo stato perpetua e per hauer se la mente non me ingana che al presente se faza un scontro le lanza poria la cossa pericolare. El Signor dio che ha sempre fauorizado le cosse de la Sub. v.ra ve dia gratia de ben consultar et sanamente deliberare et comandar quello che se hauera a respondere da parte soa atute le rechieste predicte. et a mi dia gracia de essere da quella laeuiato de questi pesi molto ingordi et impari a le forze mie.

Ser.mo principe costoro molte volte me hano domandato per le galie quando che son per vegnir et fano questo per el beneficio de la terra soa et per contento de questi populi et etiam dio perché aspetano lo suo resto et sia certo la Ex. v.ra che al so retorno non vegnendo le galie se inflamarano per luno respetto et per laltro mi non intendo li partidi di mercadanti ma voria pur che le venisseno per contento de costoro se possibille sera: quando veramente per li partidi stretti le galie non potesseno vegnir al manco proueda la Ex. v.ra de mandarli isoi dinari per che so dir a la Ex. v.ra che saltarano in caueza per li respetti preditti et tanto pui se tornarano victoriosi et anche se la paxe de Italia seguira. La qual credo non li sera grata et si me per vederli che anderano scartabelando libri vechi et cercanco li resti si de L.ta/M como di M/x et ogni altro imbrato smaniando como fano quelli che son destemperadi.

La v.ra Ex.ma Signoria proueda si che nui precidamo le materie scandolesse et che possiamo cum aperta ciera receuerli et acarezarli per mitigarli et monstrarli anche gratitudine de li seruicii receuuti adrio che se disponano meio per lauegnire a le cosse de la Ex. v.ra per che: Ser.mo principe le cosse lor cono molto variade dal rito de quel primo Signor: Et questa eta porta altri costumi et chi non sporze vien odiado et persequitado: me per quel dio che sustene el mondo mal volentiera a recordo spesa ala Ex. v.ra et voria perdere parte de la mia vita et esser fuora de queste trame: Ma pur siandoge per la sorte mia a questa: voria complir le cosse in ben per satisfar al bisogno et lasare le cosse in bono asetto: La mia deuocion et fede me da fiducia de arecordar niente de manco la v.ra sapientissima Signoria dispona de le cosse soe como li par et piaxe ala gratia de la qual humelmente me recomando.

Post scripta siando stadi insieme cum la M.cia del Baylo auanti el Cadi et fatage la responsta che nixia era sotto l Ex. v.ra como pareua per i capitoli de la paxe ma che non doueuimo ne podeuimo dar niente dj ducati dhe comandaueno. Et che erimo ne le man de la Ex. del Signor et fesse como che li piaxeua deshonestando molto le instancie de quel amaldar et qual per scampar la forcha se atacaua a ogni frasca smembrando quel caxo polidamente. adeo chel Cadi vedendose confusodisse: scriuemo iterum a la porta: fermera luj et ancora nuj fermeremo. ma non me dubito se non dun passo solo: che elli alegano: Zoe chel schiauo del Signor andato a nixia trouo al ditto luogo li soi debitori et chel duca non ili ha voluto dar et dice hauer testimonij musulumani de questo. niente de meno:

Ser.mo principe se deffendera la cossa et farasse tuto quel ben ne sera possibile: ma como ho scripto ala Ex. v.ra queste cosse non se mono far ne manezar senza spesa in questa corte vorace et home intrata in ducati 100 per medegar una piaga del dito ducha la qual era incurabille et menazuali grande ruina como sa la M.cia del Baylo: adesso ancora ho promesso a quel schiauo che caza questa cossa per esser anda a nixia do volte che cessendo et lassando che hame promesso assai cosse et como dito a la Ex. v.ra qui non se pol far cossa neuna se non cum loro in mano et conuiense dognora metter la man in tasca et chel duca de nixia atenda acazar che nui stentiamo et che spendiamo et toliamo dinari a usura: per star po asoa descricion: me par dura cossa. pur per honor de la Ser.ta v.ra et per destrigar la M.cia del Baylo me ne ho impazado azo che li emuli nostri de fuora via non habino contento: chel Baylo de la Ex.v.ra sia in cime per debiti: per che non so chi me destregaraue. La vostra Sapientissima Signoria proueda et comanda como li piace.

Larmada hozi de ultimo e andada per la major parte verso la bocha de mar mazor sono restate poche galie et fuste le qualle se spazano et sta notte andarano tute. et fali vn tempo a domandon de bocha et par ben che dio li aiuta per li peccati nostri: Mando ala Ex. v.ra qui inclusa la copia de la lettera del Signor. Mandoli anche el capitolo de la lettera del prouedador da napoli et suplico a quella la faza lezere et intendela ben: per che in vero importa assai ne non me par honesto che armata manu se vada in la jurisdicion daltri a far simili Excessi: et maraueliome molto de quel M.co prouedador. per amor de dio Ser.mo principe proueda la Signoria v.ra che le rabie di albanexi non ge getta ale zuffe cum questo Signor. A la gratia de la Ex. v.ra iterum atque iterum me recomando. Ex Constantinopoli die ultimo maj 1484« 

A quelques approximation involontaires et incompréhensions près cela donne :

31 mai 1484. Constantinople.
Aux Princes et excellents Seigneurs de la Sérénissime
Par le joint. J’ai envoyé un navire en route vers Modon, Vos Excellences apprendront ce qui s’est passé à ce jour. Puis un autre navire arrivé de Moncastro qui a confirmé cette information sur le mouvement de populations dans ces régions, où ils ont surpris les seigneurs qui, n’étant pas en mesure de défendre leurs zones côtières contre l’artillerie tant, la force, et l’attaque étaient vives. ils ont prêté attention à être aussi fort que possible dans l’intérieur et à la traversée du fleuve, et ils ont exprimé l’espoir que les Tatars ne se retourneront pas contre eux car ils sont toujours à parler et faire des promesses vagues, mais je doute fort qu’ils acceptent le risque parce qu’ils sont musulmans et aussi parce que c’est l’inclinaison très naturelle des gens à s’allier avec le plus fort. La flotte [ottomane] est préparée et bien équipée avec de l’artillerie et des équipe qu’ils n’ont jamais démérité dans le passé – et à ce sujet leurs capitaines dont tout le monde dit communément qu’ils sont prêts, pour demain ou le lendemain…

Bon, nous avons compris ; vous avez peur de vous voir imposer la traduction de toute la lettre !
Allez, voici un résumé :
Giovani Daria informe la Sérénissime des mouvements de troupes ottomanes, ainsi que de l’état de l’Armada prête à en découdre avec des équipages qui ont montré leur bracoure par le passé et une artillerie puissante.
Toutefois, il se réjouit d’avoir appris que la paix entre les provinces d’Italie est sur le point d’être signée (selon des lettres de Napples et de Salonique).
Il semble donc que le sultan n’osera pas se confronter aux intérêts de la sérénissime dans le Nord, car il pourrait pâtir de cette nouvelle alliance.
Il craint lus pour Rhodes ou la Pologne…
Par des lettres adréssées par le sultan il apprends que celui-ci exige que la somme de 3.000 ducats, dus au duc de Naxos soit payée (afin que le duc honore une dette envers le sultan).
Le sultan déplore qu’en Morée il a été relevé envers sessujets plus de 56 mafaits commins, soit par des ressortissants de Venise, soit par ceux de Naples. Il demande donc que lui soient livrés les coupables.
Dario craint que si la paix en Italie et l’attitude de Venise  procoque la colère du sultan celui-ci ne remette son nez dans de vieux livres decomptes et comme il estd’habitude réclame soudain une dette prétendue de 50.000 ducats pour ci et 10.000 autre pour une autre raison.
Il a notamment laissé entendre que Naxos était sous la protection de Venise, mais que « nous étions dans la main du Seigneur » et qu’il pourrait bien faire comme il lui plairait à propos de ce qu’il considérait comme une occupation.
Ce dernier jour de mai, la plus grande partie de l’armada ottomane a gagné la pleine mer, seulles quelques galères sont restée à l’entretiens. Or, le duc de naxos, en ces moments graves, semble être parti « à la chasse »…

7 août 1484  : c’est la fin de la guerre de Ferrare. Venise, victorieuse du duc de Ferrare, impose la paix de Bagnole qui lui rend la Polésine – de Rovigo à Venise -et lui permet de s’installer sur les côtes du royaume de Naples, de prendre Bari à l’Aragon et d’achever la conquête du Frioul.

Au XVIe siècle, le successeur de Soliman sur le trône ottoman, Selim II, reprit les hostilités contre les colonies vénitiennes survivantes en orient en attaquant l’île de Chypre. Venise réagit en envoyant une flotte dans la Mer Égée et négocia avec le pape Pie V pour créer une Ligue chrétienne et soutenir l’effort de guerre.

La Ligue fut conclue le 25 mai 1571. Elle réunifia les forces de Venise, d’Espagne, de la Papauté et de l’Empire, sous la présidence de Jean d’Autriche, frère de Philippe II roi d’Espagne.

Bataille de Lépante par Paul Véronèse

Les 236 bateaux chrétiens qui se sont réunis dans le golf e de Lepante se heurtèrent aux 282 bateaux turcs commandés par Capudan Alì Pascià. Le 7 octobre 1571, ce fut la grande bataille navale qui se solda par la victoire de la Ligue chrétienne.
Malgré la victoire de Lepante, le traité de paix força Venise à céder aux ottomans l’île de Chypre et d’autres possessions.
Ce traité marqua le début de la décadence militaire et maritime de la très sérénissime.

Au XVIIe siècle, après un long conflit, Venise perd la Crète. Elle réussit à reconquérir la Morée en 1699 qui fut rapidement reconquise en 1718 par l’Empire Ottoman.

GENIO VRBIS JOHANNES DARIVS

Photo Le Campiello de Venise

C’est l’inscription que l’on peut voir, depuis le Grand Canal, sur la façade de la Ca’Dario et qui loue le talent de Pietro Lombardo l’architecte de Giovanni Dario qui a fait construire ce palais : «Dario fut le génie de cette ville»
Dario était un chrétien, comme « tout le monde à Venise », mais, plus important encore, il était un Citoyen de Venise », cadeau en remerciement de ses services à la Sérénissime.

DONNER VOTRE NOM LA GLOIRE

Avant 1500 on peut considérer Dario comme un équivalent de Kissinger à notre époque. Dario n’était pas né pour Venise, mais il a consacré toute sa vie au service de la Sainte Cité.

Ainsi, lorsque de Sénat de Venise donne à Giovanni Dario la maison sur le Grand Canal, c’est en reconnaissance des services exceptionnels qu’il a rendu à la Sérénissime. Notamment son rôle dans les négociations pour mettre fin à la Guerre de Malatesta (1464 – 1478).

Certes, la Ca’Dario, malgré toute sa splendeur, ressemble de nos jours à quelqu’un qui aurait abusé de prosecco, debout imprudemment à l’avant d’une gondole. Oui, c’est vrai : elle penche !

Mais oubliez cela et regardez de plus près dans le détail la façade de brique gothique, revêtue d’un parement de marbres polychromes comme vous n’en verrez nul autre ailleurs. Admirez la symétrie méticuleuse de ce coffret à bijoux conçu pour y protéger une icône miraculeuse.

A cela certains nous répondent que ce palais leur fait surtout penser à une crypte qui enfermerait, non des bijoux, mais autant de cercueil et nous font remarquer que l’anagramme de la formule inscrite pour l’Éternité sur la façade est : «Sub Ruina Insidiosa Genero» soit «Dans la ruine j’engendre des choses insidieuses» (Celui qui habitera ces lieux ira à sa ruine), voilà, vous êtes prévenus !

Pour en savoir plus, ne manquez pas notre rendez-vous avec la Ca’Dario : le 13 de chaque mois !

* Nous avons emprunté « Donner votre nom à la Gloire » à une autre inscription visible sur un autre palais sur la Grand Canal : « NON NOBIS DOMINE NON NOBIS SED NOMINI TUO DA GLORIAM« . Ce bâtiment, Ca ‘Vendramin Calergi, est aujourd’hui le Casino de Venise, dont les clients devraient anxieusement méditer cette formule.

Claude Monet peint la Ca’Dario

Lorsqu’il arrive à Venise en 1908, Claude et Alice Monet logent au palazzo Barbaro.
C’est grâce à Alice que nous connaissons les détails de ce séjour italien. Tous les jours, elle écrit à sa fille Germaine Salerou. Cette correspondance quotidienne a été publiée en 1986 par le petit-fils de Germaine Salerou (Philippe Piguet, « Monet et Venise », éd. Herscher).

Nous avions des pigeons partout et j'en faisais une légère grimace de peur. Mais on a pris le moment où ils étaient envolés. Alice Monet, Venise, 6 octobre 1908

Les Monet arrivent à Venise par le train, le 1er octobre 1908. « C’est trop beau pour être peint ! C’est inrendable ! » s’écrie Monet, en admiration. Mais bien sûr, il relève le défi. Dès que son matériel lui est livré et que le temps le permet, le 9 octobre, le voilà à la tâche.
Sa journée est réglée par la course du soleil : à 8 heures, il est à San Giorgio Maggiore, face à la place San Marco. A 10 heures, il se rend place San Marco, en face de San Giorgio. Après déjeuner, Monet travaille sur les marches du Palazzo Barbaro. En fin de journée, Monet s’offre un moment de détente, il se promène en gondole avec Alice. Ils admirent le coucher du soleil et sont de retour à 19h.

Le Grand Canal Venise, Claude Monet 1908, huile sur toile 73 x 92 cm, Collection privée.

Monet a 68 ans quand il découvre Venise. Il est déjà allé en Italie, mais seulement sur la Riviera, à Bordighera. C’est l’invitation d’une amie anglaise, Mary Hunter, qui dispose du palais Barbaro appartenant à Mrs Curtis, sur le Grand Canal, qui le décide à se rendre dans la Sérénissime.

Le Palazzo Dario est situé à proximité du palais Barbaro, pour le peindre, il installait son chevalet, en face, au pied du Palazzo Hôtel Gritti.

Ce palais est l’un des plus beaux du Grand Canal (nous vous en reparlerons souvent, tous les 13 du mois, par exemple). Il est orné d’incrustations de marbres polychromes réalisés par des artistes venus de Lombardie. Malgré son amour des reflets dans l’eau, Monet ne pouvait pas le couper dès le premier étage comme il l’avait fait pour le palais Contarini. Il décide de laisser une part moins importante à l’eau et d’en représenter deux étages….
Il réalise ainsi une série de 4 peintures, faisant varier les lumières, les teintes et les formats mais en conservant à peu de choses près le même cadrage.

Palazzo Dario - Claude Monet 1908

Palazzo Dario - Claude Monet 1908

Palazzo Dario - Claude Monet 1908

Palazzo Dario - Claude Monet 1908

Dans les séries peintes à Venise, Claude Monet n’a pas essayé de rendre les effets de la lumière au fil des heures (comme pour la cathédrale de Rouen) mais de saisir les ambiances au fil des jours, à la même heure sur une période de quelques semaines. Les variations sont donc assez limitées ce qui explique que chaque série ne comporte que quelques exemplaires contrairement aux grandes séries précédentes.

Après les avoir accueillis pendant quinze jours, Mary Hunter est obligée de quitter Venise. Les Monet s’installent alors au Grand Hôtel Britannia, car Monet a « commencé à peindre des merveilles » sous les yeux admiratifs de sa femme. Enthousiasmé par le temps splendide, chaque jour, il met en train de nouvelles toiles.
L’emploi du temps du matin ne change pas, l’après-midi, Monet peint « dans le canal » puis de la fenêtre de sa chambre. « La vue depuis nos fenêtres est merveilleuse, on ne peut rien rêver de plus beau et c’est tout pour Monet« , raconte Alice. Les Monet apprécient le confort de l’hôtel et son « éclairage électrique vraiment magique. Monet voit ses toiles, c’est délicieux et vous ferait désirer l’avoir chez soi« . Ils feront installer l’électricité à Giverny dès leur retour.

Gondole à Venise Claude MONET 1908 Musée des Beaux-Arts de Nantes, France

Le 3 décembre, Monet peint une dernière esquisse, une gondole. Le 7 décembre, c’est le retour, après deux mois de séjour dans la cité vénitienne. Ils ne devaient jamais revenir. La santé d’Alice se dégrade peu après leur retour. Elle meurt en 1911.

Next Newer Entries

Tous les articles des derniers mois…