Igor et Winnie

Avant Noël 1894, Winnaretta Singer, princesse Edmond de Polignac, dite « Winnie », acquiert à Venise le magnifique édifice de style lombard, construit au XVème siècle, d’abord appelé palazzo Contarini, puis Montecuculi, Ca’ Manzoni et Ca’ Angaran, et baptisé par elle Palais Polignac.

Elle tient un salon à Venise, dans son palais où elle invite Gabriel Fauré. Elle encourage la plupart des musiciens de son temps : Nadia Boulanger, Emmanuel Chabrier, Jean Françaix, Reynaldo Hahn, Darius Milhaud, Maurice Ravel, Henri Sauguet, Germaine Tailleferre, Jean Wiener, Isaac Albeniz, Igor Markevitch, Kurt Weill, Ethel Smyth, Karol Szymanowski. Les pianistes Ricardo Viñes, Blanche Selva, Clara Haskil, Lili Kraus, Arthur Rubinstein et la danseuse Isadora Duncan ont également profité de son aide.

Stravinsky à Venise en 1925

Le 8 septembre 1925, à Venise lors du Festival International de Musique Contemporaine, Igor Stravinsky qui possédait une Renault dernier modèle tint le volant jusqu’à l’Adriatique et termina son voyage en bateau pour arriver devant le palais de la princesse sur le Grand Canal. Malgré tout, le jouet de Stravinsky le conduisit sans encombre jusqu’à la côte.

Son exécution de la Sonate se déroula également sans problème, bien qu’il redoutât d’être gêné par un abcès à son index droit. Il sollicita l’indulgence du public ce qui se révéla superflu, dès la première note, son doigt parut miraculeusement guéri.

L’assistance fut frappée par la transformation d’Igor en musicien de l’Occident.

En septembre 1925, en rentrant à Nice après l’accueil favorable de Venise pour sa Sonate, Stravinsky entreprend la composition d’Œdipus Rex. Elle fut achevée en mai 1927, trop tard pour la saison de Diaghilev. Contrairement aux espoirs de Misia Sert, Coco Chanel ne fit pas preuve d’enthousiasme pour assumer cette charge. Diaghilev trouvait l’œuvre « macabre » ou peut-être avait-il une certaine superstition concernant le sujet morbide ou encore le thème d’Œdipe évoquait-il pour lui an passé lointain ?

Winnaretta Singer, morte à Londres le 26 novembre 1943, fut une lesbienne notoire, mais discrète, et l’héritière des machines à coudre Singer.

Winnaretta Singer

1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. Pierre Bureau
    Sep 09, 2015 @ 03:41:51

    Je crois me souvenir que Winnaretta était la huitième fille d’Isaac Singer, l’industriel des machines à coudre. Lesbienne notoire et grande snob devant l’Eternel, après un premier mariage avec le prince de Scey-Montbelliard, annulé par l’Eglise pour non-consommation, elle se remaria avec Edmond de Polignac, gay plus ou moins à bourse plate. Un beau mariage gagnant-gagnant. Outre le Cà Contarini del Zaffo, elle acheta notamment le chateau de Chaumont sur Loire.

    Sa soeur s’étant mariée avec Jean Decazes, c’est le jeune duc Elie Decazes qui hérita en 1943 du Cà Contarini, devenu palais Polignac-Contarini, à Venise et alors occupé au titre de bien ennemi par des officiers italiens. Ceux-ci posèrent des cloisons pour faire des appartements, dégradèrent ou laissèrent se dégrader les lieux – ce qui, soit dit au passage, est très facile à Venise avec l’humidité ambiante- et vidèrent les lieux en 1946 avec les petites cuillères et autres bibelots, laissant au jeune duc un palais en piteux état. Elie Decazes mit plus de 20 ans à obtenir des dommages de guerre d’un état italien rechignant et niant tout dégat, l’obligeant à porter sa cause devant une cour de l’ONU, qui condamna l’Italie à lui verser des indemnités inadéquates qu’il accepta de guerre lasse.

    Elie fut le premier président de l’association française pour la sauvegarde de Venise. Il s’éteignit en 2013, laissant son palais en indivision à ses héritiers. La plus grande partie des +2500 m2 est louée – il faut bien payer l’entretien.

    L’ironie de l’histoire est que le prince de Polignac, chef de file du Parti conservateur sous Louis XVIII et descendant d’une grande famille du Velay depuis l’An Mil (les actuels Grimaldi de Monaco ne sont que des Polignac-Matignon ayant changé de nom) détestait l’ancien juge d’instruction Elie Decazes, leader du Parti libéral, favori du roi, et récemment anobli par celui-ci pour services rendus. Polignac succéda à Decazes au poste de Premier Ministre.

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