Encore une étrange histoire de trahison…

Le 19 avril 1591, le Baile à Constantinople, Girolamo Lippomano est accusé par le Conseil des Dix, d’avoir fournit à la cour d’Espagne de Philippe II des secrets sur les techniques de construction des navires, soit le plus grave délit qui pouvait exister au temps de la Sérénissime République.

Girolamo Lippomano était le troisième enfant de Giovanni di Girolamo et de Chiara Gussoni di Andrea, né à Venise le 13 avril 1538.

Il mena une carrière politique et diplomatique brillante au service de la République de Venise. Mais, pour d’obscures raisons, et malgré une constante implication dans la diplomatie vénitienne à une époque où les conflits entre l’Espagne et l’empire de Byzance sont constants, il tomba en disgrâce, officieusement, dans certaines instances proches du pouvoir vénitien dès 1570. Certes, on continue à l’envoyer en ambassades diverses, mais ses actions furent toujours, dès lors, jugées avec le regard de la plus grande sévérité et les rapports secrets se firent de plus en plus critiques, alors que le fruit de ses ambassades était le plus souvent bénéfique à la République.

Le 31 mars 1590, le Conseil l’envoyait en ambassade à Constantinople, pour une délégation qui, dans un horizon politique apaisé, pouvait être perçu comme une récompense pour services rendus et un séjour calme et relativement paisible.

Mais ce qui aurait pu être le point culminant d’une carrière de fin diplomate se transforma en cauchemar mortifère quand un an plus tard, le Conseil des dix envoya Lorenzo Bernardo pour le remplacer et ordonna qu’il soit immédiatement rapatrié à Venise.

Le 25 juin 1591, Girolamo Lippomano quittait Constantinople accusé de trahison.

Le lendemain, son frère Pietro, Prieur de la Trinità, était banni de Venise. Toute la famille fut frappée, ruinée et humiliée, pour avoir trahi Venise et donné des secrets aux ministres de Philipppe II.

Officiellement, quand le navire qui le ramenait à Venise fut à proximité des côtes du Lido, le 30 août 1591, Girolamo Lippomano se suicida lâchement en se jetant à l’eau avant de se noyer.

Comme vous pouvez vous en douter, il existe peu ou pas de document officiel sur ce qui s’est réellement passé à ce moment.

Mais à Venise, ceux qui connaissaient l’homme doutèrent de son suicide et beaucoup pensèrent qu’on l’avait probablement « aidé à sauter et se suicider », ou simplement exécuté et jeté à la mer.

Une autre version, plus pernicieuse encore, de l’histoire, veut qu’il ait bel et bien ramené à Venise, emprisonné sous les Plombs, torturé puis condamné à être étranglé avant que, pour éviter de plus amples explications, il soit jeté à la mer pour simuler un suicide et en faire un lâche.

C’est cette dernière version qui a été retenue par l’ambassadeur d’Espagne à Venise, Francisco de Vera y Aragon, pour justifier les actions qu’il entrepris par la suite.

Le corps de Girolamo Lippomano a été enterré sans pierre tombale, dans l’église Santa Maria di Servi, près des tombes de ses ancêtres, ainsi que c’est stipulé dans son testament.

Ambassade de Lippomano

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