Les vénitiens de Crimée

 

Italiens en Crimée

Au XIXème siècle, des milliers d’Italiens ont accepté l’invitation du tsar et on émigré pour les terres fertiles de la Crimée, se fondant dans le tissu local. L’aventure a pris fin avec la Révolution d’Octobre et un nettoyage ethnique qui, en quelques années balayé la communauté italienne de Crimée, décimée également à cause du froid, de la faim, de la maladie.

Genocidio

Tout voyageur qui a visité Odessa a remarqué les similitudes entre le port de la Mer Noire et des villes italiennes, surtout Gênes. C’est que la présence de populations italiennes en Ukraine et en Crimée a une longue histoire qui remonte à l’époque de la République de Venise et celle de Gênes. Les tous premiers colons invités par Catherine II se russifièrent rapidement, changeant même de patronyme.

Un de ces flux migratoire est arrivé dans le port de Kertch, au bord du détroit entre la mer Noire et la mer d’Azov, en 1820. Environs 30 familles venues de différentes villes d’Italie s’installèrent alors. Le port était régulièrement fréquenté par des navires italiens et on y a même ouvert un consulat. L’un des vice consuls était Antonio Felice Garibaldi, le frère de Giuseppe Garibaldi.

La plus grande partie de ces italiens étaient agriculteurs, ou travaillaient dans les métiers de la mer : pêcheurs, capitaines, ouvriers des chantiers navals, certains étaient commerçants. Plus tard, sont venus s’ajouter des émigrants plus qualifiés, architectes, notaires, médecins, ingénieurs et artistes.

En 1840, ces italiens, tous catholiques dans une région musulmane peuplée de Tatars, ont construit une église qui fut consacrée le 18 mars 1840, encore appelée de nos jours l’église des italiens. Les italiens étaient également dispersés, et ce, dès avant 1800, dans des villes comme Feodosia (l’antique colonie génoise de Caffa), Simferopol, Odessa, Mariupol et dans quelques ports russes de la mer Noire comme Novorossijsk et Batoumi.

Italiens de Crimée au XIXème siècle

Selon le Comité d’État de l’Ukraine pour les nationalités, en 1897, les italiens représentaient 1,8 % de la population de ces lieux, certaines sources parlent de 3000 ou 5000 personnes.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, il y avait à Kertch, une école primaire, une bibliothèque, une salle de réunion, un club et une société coopérative italiennes.

A l’avènement du communisme, après la Révolution d’Octobre, certaines familles ont fui vers l’Europe, en passant par Constantinople. Au milieu des années 20, les réfugiés antifasciste qui ont émigré en Union Soviétique ont été envoyés à Kertvh pour « rééduquer » la minorité italienne sur place. L’église à été fermée et transforme en gymnase, le personnel de l’école à été remplacé par des enseignants communistes, et la communauté italienne a été infiltrée par des agents qui rapportaient tous faits et gestes aux commissaires politiques de la police secrète.

Dans le contexte de la collectivisation des campagnes, les paysans ont été contraints de créer le kolkhoze « Sacco e Vanzetti » dirigé par Marco Simone.

Ceux qui s’opposaient à ces changements ont été arrêtés.

Entre 1935 et 1938, les purges staliniennes ont fait disparaître de nombreux italiens accusés d’espionnage en faveur de l’Italie, ou pour activités contre-révolutionnaires.

Victimes de la déportation en 1942

En 1942, à cause de la progression de la Wehrmacht en Ukarine et en Crimée, les minorités nationales ont été déportées. Les allemands avaient étés déportés ou massacrés dès 1941 lors de l’opération Barberousse.

Parmis les réfugiés communiste italiens, il il a des noms connus : Paolo Robotti, le frère de Togliatti Robotti, qui torturera plus tard les prisonniers de guerre italiens, Giuliano Paietta, frère du plus connu Giancarlo, qui sera honoré par l’Italie d’après guerre, qui, tout deux, dans leur mémoire occulteront le sort réservé à leur compatriotes en Union Soviétique.

Kertch a été occupée par l’armée allemande le 16 novembre 1941, reprise par les soviétiques le 30 décembre.

Le 29 janvier 1942, l’expulsion de la minorité italienne, accusée d’avoir collaboré avec l’ennemi pendant la courte occupation allemande, a commencé, et ceux qui avaient échappés à la première rafle ont été arrêtés les 8 et 10 février 1942. Les derniers italiens de Crimée ont été déportés en juin 1944. L’ensemble de la communauté italienne, anti-fascistes compris a pris le chemin du goulag. Ils ont alors traversé la Russie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan pour être dispersés dans la steppe entre Akmolinsk et Karaganda. Le voyage a duré jusqu’au mois de mars, la moitié des déportés, y compris les enfants, sont mort pendant cette déportation.

Giulia Giacchetti Boico a écrit au sujet de ce terrible voyage : Tutta la strada da Kerch al Kazakistan è irrigata di lacrime e di sangue dei deportati o costellata dai nostri morti, non hanno né tombe né croci…

Extermination des italiens de Crimée

Par des températures extrêmes, les italiens furent forcés de travailler dans des mines à ciel ouvert, surveillés par des gardes chiourmes cosaques pour qui la vie humaine importait peu.

On estime à seulement 20% le nombre de survivants à ce déplacement de population forcée. Quelques survivants sont revenus à Kertch, sous la présidence de Khrouchtchev, la plupart des familles vit désormais dispersées dans le territoire de l’ex Union Soviétique.

Bibliographie :

Giulia Giacchetti Boico, Giulio Vignoli : L’ olocausto sconosciuto. Lo sterminio degli italiani di Crimea ; Settimo Sigillo-Europa Lib. Ed – 2009

  • ISBN: 8861480497
  • ISBN-13: 9788861480490

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