L’église Santa Caterina de Mazzorbo

Les touristes qui partent des Fondamente Nuove pour visiter Burano, ses maison colorées et ses dentelles, passent devant Mazzorbo sans même y jeter un œil. Cette île, calme, tout aussi colorée, qui abrite de jolis jardins mérite pourtant une halte, d’autant qu’elle est reliée par un pont à Burano…

En suivant les quais paisibles, le promeneur arrivera certainement à la principale attraction architecturale de l’île : la chiesa di S. Caterina di Mazzorbo.

L'église Santa Caterina de Mazzorbo

Lorsque vous descendez du vaporetto, prenez la fondamenta qui longe le Canal Santo Spirito vers la droite, passez devant le restaurant des chasseurs, et suivez le quai qui tourne sur votre gauche auprès d’une jolie madona. En suivant le quai tout au bout, vous découvrirez le campanile et l’église que nous vous proposons de visiter aujourd’hui.

Santa Caterina di Mazzorbo est l’ultime survivante des dix églises qui se dressaient ici autrefois.

Le noble patricien vénitien Bernardo Trevisan nous apprends, dans son traité Della laguna di Venezia publié en 1715, que l’église à été construite pour un monastère bénédictin en 783.

Comme souvent dans la lagune l’église à fait l’objet d’un grand nombre de reconstructions, restaurations, ajouts et amputations… le monument que nous admirons de nos jours, de style romano-gothique doit dater de la fin du XIIIème siècle ou du début du XIVème. Quand à la date de 1291, visible dans le chœur, et que certains ont, avec facilité, donné comme la date de construction du monastère, elle semble liée, d’après les historiens, à la fondation du monastère homonyme, et de son église, dans Venise.

Le vaste campo avant l’église correspond au couvent des bénédictines qui s’élevait là, avant sa destruction ordonnée par Bonaparte en 1806. Après la porte du jardin, se prolonge un mur, jusqu’à une petite maison qui ferme le quai. Ces bâtiments aussi faisaient partie du monastère autrefois.

Traité de Napoléon à propos de la destruction des monastères de Venise et sa lagune

On peut imaginer qu’autrefois, la façade de ce monument était plus riche et plus ornée, avec des marbres, notamment, mais que les destructions des français on modifiés beaucoup de choses, comme la forme de la toiture.

En effet, un dessin de Giacomo Guardi, Le Cappuccine e S. Caterina di Mazzorbo, conservé à la Bibliothèque Nationale Marciana, nous montre un aspect totalement différent.

Le Cappuccine e S. Caterina di Mazzorbo

Le beau portail est surmonté d’un bas relief en marbre représentant le Mariage mystique de sainte Catherine et les portraits de deux donateurs. Le Christ est représenté sur un trône, avec, à la main gauche un livre sur lequel on peut lire « EGO SUM LUS MUNDI » tandis que, de la main droite, il passe la bague au doigt de la sainte agenouillée. Auprès d’eux, agenouillés, l’abbesse Elizabetta Dolfin, et de l’autre côté un Procureur du monastère. Sur la partie de droite, l’inscription, incomplète, datée de 1368 : « MCCCLXVIII DIE P / RIMO DE NOVEMBRIO FO FAT  / O QUESTO LAVORIERO I TENPO DE / LA EGREGIA E NOBELE E RELIGILIO / SA MADONA BETA DOLPHIN REVE  / RENDA BADESA DE QUESTO L  /  OGO SIANDO PROCURATO  /  OR« .

Santa Caterina de Mazzorbo

Sur la massive porte en bois, on remarque les armoiries de la famille Michiel, qui était très liée au monastère.

Santa Caterina de Mazzorbo

Quand on passe le portail, après avoir descendu deux marches, on découvre un étonnant atrium, au sol recouvert de briques en terre cuites posées en chevron, qui ouvre, à droite, sur un minuscule jardin orné d’un puits. Trois arcs en plein cintre, en pierre blanche de Rovino, soutenus par deux colonnes courtes, et les visiteurs sont saisis par une étonnante impression de beauté, de simplicité et ce passage « dans un autre monde » qui devait saisir celles qui entraient dans le monastère pour la première fois. Les arches et les colonnes ornées de simples chapiteaux ioniques sont l’œuvre du maître Pietro, fils d’Alberto Lima, tailleur de pierre dans la contrà S. Angolo, comme on peut l’apprendre dans l’accord conclu le 2 Décembre 1552 à Venise, et signé par les procureurs des nonnes de S. Catherine, Federico Moresini et Salvador Michiel.

Le document est conservé dans les archives de Santa Caterina, aux Archives d’Etat de Venise (aux Frari), et il est écrit ainsi : Tre volti et doi cholone et doi mezi chapiteli eet le sue banchete sotto il portelo di la giexia, monthà ducati 26 … …di grossessa come quelle che al presente sono in opera in ditto monestier …

Santa Caterina de Mazzorbo

Sur les murs de la galerie sont fixés des fragments intéressants de corniches et des bas reliefs, formant une sorte de lapidarium, dont certaines sont très anciennes et probablement les restes d’une grande collection de fragments qui peuvent, entre autres choses, confirmer les écrits de G. Lorenzetti quand il se souvient : i frammenti di antiche sculture, cornici, patere ecc… dans son guide Venezia e il suo estuario, à propos d’un civilisation antique dans cette partie de la lagune.

Sur un de ces fragments, on peut voir un oiseau à longue queue a milieu de feuillages. Ce thème se retrouve aussi dans les collections du Musée de Torcello et dans le cloître de Sant’ Apolonia.

Une simple plaque , en date du 2 Juin 1983, rappelle la restauration du clocher de l’église et de l’atrium lui-même, Ettore Fortezza était alors le curé de la paroisse.

Santa Caterina de Mazzorbo

Devant l’église, au dessus d’une porte, une belle Madonna con Putto en bas relief, du XIIIème siècle. La Vierge, assise dsur un grand trône sur lequel repose un oreiller royal, tenant dans ses bras l’enfant qui d’un geste affectueux touche ses doigts (D. von Gabelentz, MittelalterKirche Plastik in Venedig, Lipsia 1903, pag. 156.). La tradition orale de Mazzorbo veut que ce bas-relief provienne de l’église de la Madonna delle Grazie, qui a été annexée au monastère des Ermites de capucins de Mazzorbo, et c’est pour cette raison qu’elle est aussi appelé Notre-Dame de Grâce.

Santa Caterina de Mazzorbo

Pour conclure cette visite, notez deux pierres tombales placées sur le sol juste avant la porte d’ entrée de l’église. La plus grande a perdu toute trace de l’inscription, tandis que la plus petite, qui vient de l’Oratoire de Saint-Barthélemy, recouvre les restes mortels de noble Antonio Grimani, patricien vénitien mort le 7 Février 1818.

Santa Caterina de Mazzorbo

Voir également : Le jardin de l’église Santa Caterina de Mazzorbo

Voir l’article dans Venise côté jardin : Le petit jardin de l’église Santa Caterina, Mazzorbo

Sources :

The Churchs of Venise : Santa Caterina

Enrico da Venezia : Mazzorbo occidentale et La chiesa di Santa Caterina di Mazzorbo, isola di Mazzorbo

Santa Caterina de Mazzorbo

Santa Caterina de Mazzorbo

Santa Caterina de Mazzorbo

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Adriane Venier
    Juil 14, 2014 @ 12:41:20

    Bonjour,

    Merci pour votre travail remarquable. Je lis tous les jours avec beaucoup d’intérêt vos chroniques.
    Vous avez bien raison. Mazzorbo et son église – un véritable havre de paix – est une île calme et attachante. Chaque fois que je viens à Venise je ne manque pas d’y faire un tour. Lors de mon dernier séjour en avril, j’étais en partance pour Burano. Mais sur le vaporetto, devant les hordes infernales de touristes, j’ai décidé de m’arrêter à Mazzorbo où j’ai passé toute la journée. Quel bonheur et quelle paix. En plus l’île est très grande, on peut en faire tout le tour. Et non seulement il faut absolument aller à l’église – un lieu qui dégage une sérénité et une tranquillité absolues – mais en plus il y a la « vigna murata » au bout de l’île du côté de Burano au pied du campanile, avec des plans de vigne anciens. L’accès est libre et il y a des panneaux explicatifs sur la culture, très intéressants.
    Bref….. vive Mazzorbo pour échapper aux foules! Peu de gens s’y arrêtent. Pourvu que ça dure……
    Adriana Venier

  2. Landreau Patrick
    Juil 15, 2014 @ 11:47:59

    Bonjour et merci pour cet article et cette coïncidence puisque nous y étions il y a trois jours ! un endroit magique avec son église, ses vignes et ses jardins légumes, le « restes » de son ancien cimetière avec le campanile et le pont qui relie Mazzorbo à Burano … sans oublier un restaurant gastronomique à tester absolument !
    l’église est un lieu de silence propice à la prière et au ressourcement intérieur. Il est impératif d’y faire escale … heureusement, Venise recèle beaucoup d’endroits comme celui-ci. des petits bonheurs d’un jour pour ceux qui savent explorer avec amour, patience et curiosité la Sérénisssime.

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