Dira-t’on à la fin du siècle que Venise est morte?

François Mitterrand, qui aime déjà sincèrement Venise, jette sur le papier, le 5 décembre 1973, une chronique rageuse.

« Le scandale est tellement énorme, absurde, que les faits me dispenseront de commentaires. Il s’agit de Venise. Venise se meurt. Dira-t-on à la fin du siècle que Venise est morte?« 

Plus tard, il se relit, rature « à la fin du siècle » pour le remplacer par un « bientôt » plus vague et incertain.

Mitterrand à Venise

En avril 1992, il conclu son discours par ces mots : « Assurez sa survie, veillez à ses équilibres, magnifiez son éclat! Oui, sauver Venise! Ce sera préserver pour l’Europe qui se construit une façon inimitable de vivre et de penser. Une façon incomparable de créer ce qui se nomme, tout simplement, la Beauté.« 

Formidable écho au texte qu’il avait écrit en 1973, et qui comprenait déjà cette phrase qui résonne ensuite dans son discours de 1992 : « Rien ne me trouble plus que la beauté. De quelles correspondances est-elle le signe?« .

Les mots de François Mitterrand résonnent avec un sens particulier de nos jours où les politiques, autistes, semblent vouloir prendre une grave décision qui pourrait porter le coup fatal, le coup de grâce ultime à la cité millénaire. Venise pourrait, dans quelques années retrouver, sous les eaux de la lagune, sa jumelle antique, Costanziaca, ou Amianna, la cité grecquo-romaine engloutie dans la lagune nord.

Christophe Barbier écrit, quand il commente ce texte, qu’il s’agit « d’un pêché véniel de la part de celui qui sait que Venise est immortelle« . Prétention d’un écrivain qui laisse à penser qu’il connaît la cité lagunaire au moins autant qu’un touriste japonnais débarquant d’un paquebot de Costa Croisière après un survol des toitures de la ville d’un bon quart d’heure.

Quand ce drame sera survenu, qui se souviendra, 100 ans plus tard, de la phrase jetée par François Mitterrand un soir d’hiver 1973…

Pour en savoir plus, lire le livre de Christophe Barbier : Les derniers jours de François Mitterrand

5 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Argon 57
    Juil 08, 2014 @ 03:18:39

    Si effectivement elle devait disparaître à la fin du siècle, rupture des panneaux soudés de Mose ou autre, alors là les prix de l’immobilier sont tout à fait injustifiés, c’est un peu comme acheter une voiture de luxe pourrie au prix du neuf!

  2. oliaiklod
    Juil 08, 2014 @ 09:21:44

    Mitterrand parlait de la fin du XXème siècle… mais on peut se reposer la question à chaque cycle.

  3. Muriel
    Juil 09, 2014 @ 08:19:06

    On attend tous avec appréhension une Venise engloutie, alors qu’elle sera peut-être détruite par un tremblement de terre (voir blog d’Olga et Claude)…

  4. oliaiklod
    Juil 09, 2014 @ 09:53:19

    Mais le plus grand danger reste pour elle un grand paquebot. Un maxi navi qui heurterait le mole de San Marco, pourrait avancer sa proue jusqu’au campo Santa Maria Formosa avant de s’immobiliser…

  5. bbordasilvand
    Juil 10, 2014 @ 15:04:24

    Dans le journal « l’Humanité » du 26 juin 2014, un grand article sur Venise : « Venise va s’autodétruire » par Roberto Ferucci, avec une photo d’un paquebot monstrueux ! http://humanite.fr/venise-va-sautodetruire-545728

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