Venise par Jean Cocteau

En septembre 1908, Jean Cocteau, qui n’avait que dix-neuf ans, fit un voyage en Italie avec sa mère : la région des lacs, Milan, Vérone et Venise furent les principales étapes de leur séjour. C’est durant ce même mois de septembre 1908 que Claude Monet, peintre reconnu âgé de soixante-huit ans, choisit de partir lui aussi pour Venise avec son épouse Alice.

Gondolier - Jean Cocteau, 1956

Parmi les villes italiennes La Sérénissime était depuis l’âge romantique, l’une des destinations privilégiées des artistes et des écrivains européens. Cocteau entrait ainsi dans la lignée des Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Michelet, Gautier, et pensait sûrement à l’histoire d’amour et de jalousie qui s’était déroulée à l’ombre du clocher de Saint Marc entre Alfred de Musset et Georges Sand et y ressentait la présence de Lord Byron, même si Dans la nouvelle de jeunesse Venise vue par un enfant, Cocteau affirme en réalité ne connaître à ce moment-là, parmi ces illustres voyageurs, qu’Alfred de Musset et Lord Byron.

Le soir de l’arrivée, la gondole de l’hôtel amuse comme une attraction foraine. Ce n’est pas un véhicule ordinaire. Les parents, hélas, ne l’entendent pas ainsi. Venise commencera demain. Ce soir, on ne monte pas en gondole ; on monte en omnibus. On compte les malles. On ne regarde pas la ville qui ressemble aux coulisse de l’Opéra pendant l’entracte.

Gondolier - Jean Cocteau, 1956

Le premier matin, j’entrai sur la place, après le luisant vestibule découvert où se croisent les touristes et les petites Vénitiennes rousses. On reconstruisait le campanile, et l’église de Saint-Marc avait ce somptueux délassement d’un ambassadeur oriental qui aurait déchargé sa tête d’une trop pesante aigrette.

Les gondoliers, jeunes beau et forts subjuguent le jeune homme. « Le gondolier nommait quelques demeures : le palais Venier, digue blanche d’où ruisselle une cascade de verdure, le palais Desdémone étouffé entre ses hauts compagnons nonchalants, la Ca d’Oro dont la façade semble faite avec les pali piqués dans le canal par une déesse dentellière après son vaste et fragile ouvrage.« 

Gondolier - Jean Cocteau, 1956

 

Dans Le Grand Ecart, Cocteau écrit : « Venise avait déçu Jacques comme un décor gondolé à force de servir, car chaque artiste le dresse au moins pour un acte de sa vie. Dans les musées, après deux heures de marche et d’attention, la splendeur lui tombait à cheval sur les épaules. Meurtri de fatigue, de crampes, il sortait, descendait les marches, regardait le palazzo Dario saluer les loges d’en face comme une vieille cantatrice, et rentrait à l’hôtel. Il admirait la force des couples qui visitent Venise avec une activité d’insectes.« 

A Venise, il a une relation avec un neveu d’Oscar Wilde, Langhorn-H. Whistler et, sur l’île de la Giudecca, lieu de rencontres masculines, il fréquente Raymond Laurent : l’histoire se terminera tragiquement, nous vous en avons déjà parlé.

Horst P. Horst- Jean Cocteau, Venise, vers 1935

Jean Cocteau

Préface à « Venise que j’aime » – 1951
Où vit-on des danseurs au bout de feuilles mortes,
Tant de lions couchés devant le seuil des portes,
Tant d’aiguilles de bois, de dentelles de fer,
De dentelles de marbre et de chevaux en l’air ?
Où vit-on tant de fruits qu’on charge et qu’on décharge ?
Tant de Jésus marcher sur l’eau,
Tant de pigeons marchant de long en large
Avec habit à queue et les mains dans le dos ?
Où vit-on, d’un orteil, tenir sur une boule
Un homme armé d’un parchemin ?
Où vit-on labyrinthe encombré d’une foule
Qui jamais ne perd son chemin ?
Où vit-on flotter tant d’épluchures d’oranges,
Tant de ronds, de carrés, d’ovales, de losanges
Où vit-on des bustes charmants
Glisser, les bras tendus, sur le bord des terrasses ?
Où vit-on manger tant de glaces ?
Où vit-on des radeaux être de belles places ?
Où vit-on sur un pied dormir les monuments ?
Où vit-on un palais qui penche
Attendre quoi ? debout et le poing sur la hanche ?
Où vit-on sur lamer machiner un décor ?
Tant de filles en deuil et de dames blanches
Se mettre au carnaval une tête de mort ?
Où vit-on parcourir avec paniers et boîtes
Tant de porteurs légers qui n’ont que des mains droites ?
Où vit-on atteler des hippocampes d’or ?

1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. RANLIAL
    Mai 05, 2014 @ 07:51:07

    super intéressant ! Poême génial .

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