Origines médiévales du Carnevale

En 1094, le doge Vitale Faliero de Doni reconnut à la population vénitienne le droit de célébrer le carnaval dans les jours précédant le carême, ou carnis laxatio (abandon de la chair).

Armes de Vitale Falier

L’ancien village de pêcheurs était devenue une puissance maritime et commerciale et l’on trouve, aux origines du Carnaval, la volonté d’unir les habitants autour de la cérémonie de cette puissance. Le Carnaval de Venise plonge ses racines dans plusieurs traditions différentes : de la tradition latine des Saturnales à celle des cultes grecs de Dionysos qui marquaient le passage de l’hiver au printemps et qui prévoyait l’usage de masques et de représentations symboliques.

Des spectacles publics furent donnés à Venise dès le Xème siècle. De ce Carnaval des débuts, nous n’avons pas retrouvé beaucoup de traces. On sait seulement que la liberté de la fête fut canalisée pendant plusieurs siècles et qu’elle était à son apogée à l’occasion de deux fêtes dont on ne sait exactement quand elles furent réellement instituées : les épousailles du Doge avec la mer, le jour de l’Ascension, et le Jeudi Gras.

Visite du Doge, la nuit, à San Giorgio Maggiore la veille de la fête de San Stefano - Giambattista Moretti

Les cérémonies des épousailles du Doge n’avaient, au départ, aucun lien avec le Carnaval. C’est plus tard que le « Carnaval d’été » devenu le moment privilégié par les étrangers engendrera une foire dont la fondation est attribuée au pape Alexandre III.

La fête du Jeudi Gras est donc restée, pendant de long siècles, le cœur de la période de Carnaval.

A cette période, une des plus anciennes célébrations connue, se tenait le 2 février, jour de la Purification de la Vierge : la fête des douze Marie. On, parait richement douze statuettes de bois de la Vierge, et l’on commémorait les représailles contre les pirates venus de Trieste et qui avaient enlevé, peut-être en 973, douze (sept selon d’autres auteurs) jeunes filles pauvres dotées par le doge le jour où les épouses se faisaient bénir traditionnellement à la cathédrale San Pietro di Castello avec leurs bijoux.

Raub der venezianischen Bräute durch istrianische Räuber, Carl von Blaas 1859

Chaque année, des couples de fiancés se faisaient bénir par l’évêque de Castello. Cette fête, très prisée des vénitiens, était aussi l’occasion pour les Casseleri de faire admirer leur travail. Ces artisans étaient spécialisés dans la fabrication des coffres nuptiaux et ils étaient fort réputés.
Ces pirates, donc, profitèrent de la foule massée pour l’événement, se mêlèrent aux badauds et dans la bousculade, s’emparèrent de douze jeunes filles et de leurs précieux coffres.

La foule, stupéfaite et terrorisée, ne réagit pas. Seuls, les Casseleri, amoureux des jeunes filles et furieux sans doute de voir leur travail s’envoler sous leurs yeux, se lancèrent à la poursuite des assaillants et après une bataille, acharnée comme toutes les batailles légendaires vénitiennes, mirent leurs adversaires en fuite, récupérant du même coup les jeunes filles et les coffres.

Carte de Coronelli du lieu où les pirates furent rattrapés par les vénitiens

Carte de Coronelli du lieu où les pirates furent rattrapés par les vénitiens

Mais la fête des Marie ne survivra pas après la guerre de Chioggia entre Venise et Gênes, de 1378 à 1381. Elle fut supprimée et remplacée par une visite du doge à l’église Santa Maria Formosa, paroisse dont faisaient partie les Casseleri sauveurs des jeunes filles.

L'enlèvement des jeunes Marie

Ce que la fête du Jeudi Gras avait affirmé probablement dès le XIIIème siècle, c’était le souci de fortifier l’harmonie sociale contre un ennemi commun.

En 1269, la veille du Carême devint officiellement un jour de fête : le Mardi Gras.

Cette fête était rattachée à une autre victoire vénitienne. En effet,Venise avait dû affronter en 1162 les villes voisines qui l’attaquaient, Ferrare, Padoue et Vérone, ainsi que le patriarche d’Aquilée, Ulrico. Le pouvoir de ce dernier s’étendait sur l’ensemble du Frioul, mais il fut battu la même année par Vitale II Michiel, capturé avec douze de ses chanoines de Carinthie et du Frioul.

Chasse au taureau par Giacomo Franco

La légende la plus crédible veut qu’en échange de sa liberté Ulrico se soit engagé à payer un tribut qui consistait à fournir chaque année à Venise, lors du Jeudi gras, douze porcs représentant les douze chanoines et douze gros pains de farine. Les porcs, mentionnés par un premier document issu des Pacta en 1222, étaient alors exécutés place Saint-Marc ou sur la Piazzetta par un membre de la corporation des forgerons. La chronique de Martino da Canale à la fin du XIIIème siècle, les Estoires de Venise, décrit en revanche une véritable chasse aux porcs suivis par des chiens et des hommes et décapités un par un par des jeunes gens armés d’épées devant le doge, la Seigneurie vêtue de rouge et les ambassadeurs étrangers. Puis, à partir de 1312, un taureau y fut ajouté ou à tout le moins un bœuf symbolisant Ulrico : Marin Sanudo mentionne dans ses Vies des doges et ses Diarii, au début du XVIème siècle, outre les chasses aux porcs, celles avec un à trois taureaux et il dit qu’on livrait également du vin.

Joseph Heintz, Course de taureaux campo San polo

Joseph Heintz, Course de taureaux campo San polo

Nous avons puisé en partie les informations pour écrire la série sur l’histoire du Carnaval de Venise, qui sera publiée chaque matin, pendant les dix jours du Carnaval de Venise 2014 dans l’ouvrage qui fait référence en la matière :

Histoire du carnaval de Venise : XIe-XXe siècle

… écrit par Gilles Bertrand

  • Broché: 358 pages
  • Editeur : Pygmalion (23 octobre 2013)
  • Collection : HISTOIRE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2756408379
  • ISBN-13: 978-2756408378

Histoire du Carnaval de Venise

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. RANLIAL
    Fév 22, 2014 @ 08:25:33

    Très intéressant .

  2. Rétrolien: Venise et le Carnaval au XIVème siècle | Olia i Klod

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