Une fenêtre sur les zaterre

Philippe Sollers, de son vrai nom Philippe Joyaux, est né à Talence en Gironde le 28 novembre 1936, dans une famille d’industriels de la région bordelaise.

Philippe Sollers, habite régulièrement à Venise, plus précisément sur le zaterre, et sa fenêtre donne directement sur le canal de la Giudecca. Il connaît parfaitement la cité lagunaire et a écrit un Dictionnaire amoureux de Venise, à propos de son regard sur cette ville, dans laquelle il vit une partie du temps, et où nombre de ses romans se déroulent.

« L’espace est simplement doublé et organisé en reflet, comme un échiquier. Les canaux, les piquets, les ruelles, les quais, les bateaux, les places, les ponts, les puits, le dallage même orchestrent cette mise en jeu géométrique. Le temps, lui, ne peut être, à chaque instant, que vertical, étagé, feuilleté, poudroyant, ouvert. Venise est un entrelacement de chemins qui ne mènent nulle part et qui se suffisent à eux-mêmes ; une horloge où toutes les heures sont égales (…). Le masque et le visage coïncident, et, pour cela, nul besoin de carnaval. »

Entre Venise et Philippe Sollers c’est une histoire d’amour. Le grand écrivain nous fait découvrir une Venise secrète et nous ouvre des portes que seuls les amoureux connaissent..

Parfois, nous avons même l’impression qu’il nous fait peut-être l’honneur de parcourir nos lignes… et il arrive même que nos écrits réagissent sur des choses analogues… comme le problème des maxi navires de croisières dans Venise.

Sollers et l’activité maritime à Venise

Extrait de Journal de l’Année du Tigre (Journal de l’année 1998)
Sollers est dans son quartier général des Zattere, face à lîle de la Giudecca, la large voie de circulation des grands paquebots :

Jeudi 4 juin

Très beau temps,
Départ pour Venise. Air France étant e grève, je bascule sur Alitalia.
[…]

Voilà, j’y suis. Ciel bleu, 18 heures, les cloches.
Premier bateau : le Sea Goddess II, de Nassau . Lignes Cunard. Fantômes : Nancy Cunard, Aragon, ce dernier ratant ici son suicide en 1928. Il écrivait Défense de l’Infini (ce qu’il a fait de mieux, détruit en partie).
Immédiatement, les oiseaux : hirondelles frémissantes, folles, mouettes donnant le tempo, goélands ou cormorans plus lents.
Et, de nouveau, cette pensée toute simple : on ne voit jamais les oiseaux mourir.
[…]

Vendredi 5 juin

Du côté de la Riviera. Le quai a été restauré, large et lumineux. Premier remorqueur aperçu : Le Pardus. Premier bateau qui s’en va : l’Erotokritos, Minoan Lines. Tout est bleu, enveloppé, fabuleux.
« Comme toujours, ici, vers le dix juin, la cause est entendue, le ciel tourne, l’horizon a sa brume permanente et chaude, on entre dans le vrai théâtre des soirs » (La Fête à Venise).
[…]

Samedi 6 juin

A 7 h 15, devant moi, le remorqueur Hippos.
A 8 heures, le bruit des bateaux jusque dans l’église.
[…]

Dimanche 7 juin

Ciel nacré bleu-gris.
A 8 h 30, le Costa Victoria, de Monrovia, accompagné par le Novus, entre. C’est une grande ville blanche flottante, beaucoup de monde à bord.
Le Bolero, de Panama.
[…]

Lundi 8 juin

[…] Le Ionan Star.

L’entrée et la sortie des bateaux sur la Giudecca sont un grand cérémonial. C’est une affaire lente et grave, petits remorqueurs noir et blanc (Ausus, itanus, Streenus, Hippos, Pardus), pilotes, passagers figés sur les ponts. Le soleil se lève et se couche, les bateaux arrivent et repartent, les passants des quais, même sans regarder, sont attentifs. L’espace est fonction des navires.

Mercredi 23 septembre (septembre : le 2ème séjour annuel de Sollers à Venise)

[…] 11 heures. Entrée du Phedra (Minoan Lines) : Racine sur l’eau, en direct de Grèce. Juste derrière, la navette bleu et blanc Princess of Dubrovnik.
[…]

16 heures. Le Vista fjord, de Nassau, appartenant aux lignes Cunard, est remorqué en virtuose par le Pardus. En 1928, ici même, Louis Aragon s’est suicidé à cause de Nancy Cunard. Il s’est raté, mais se retrouve deux ans plus tard à Moscou, avec Elsa Triolet, c’est-à-dire sous la surveillance du KGB. Ces jours-ci, le Parti communiste français rencontre son homologue russe, de retour sur la piste du cirque mondial. Il admet même, c’est un grand événement, la possibilité de 1 ’homosexualité. Tel est, en quelques lignes, un petit roman historique du 20e siècle.

Plein soleil. Sortie de l’élégant Astra II, encore de Nassau.

L’Iran déclare que l’affaire Rushdie est « close ».

Mais la fatwa religieuse de Khomeyni est irrévocable. N’importe quel cinglé islamique peut donc l’accomplir un jour.

18 h 10. Sortie du Seabourn Spirit, d’Oslo. J’aime particulièrement ce bateau (cf. la fin de Studio).

Ciel violet (lie-de-vin), eau bleu-verte (turquoise). La lune, rognure d’ongle, avançant peu à peu depuis le couchant.

Maisons noires.

La nuit : roman.

Philippe Sollers
L’Année du Tigre

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. RANLIAL
    Nov 17, 2013 @ 09:16:48

    très belles photos ;Merci

  2. Gauvin
    Nov 17, 2013 @ 10:02:05

    Nous parcourons, mais pas Sollers qui a son site propre. Le bon lien comme le bon vin est tiré de là : http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=1258

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