Le procès de Caterina Schiavonetta devant l’Inquisition

Le 20 septembre 1650, Aquilino Serena, horloger de Venise se présentait devant Fra’ Antonio da Lendinara, inquisiteur de Padoue.

Cet homme souhaitait soulager sa conscience car, l’année précédente, il avait assisté à un baptême de la calamita bianca, une forme commune de magie populaire.

CENTUM REGNUM

Cette cérémonie s’était pratiquée dans la maison de Caterina Schiavonetta, « dame entretenue par les grands » à San Felice.

La femme lui avait demandé de se procurer, auprès d’un prêtre de Castello des huiles. « Comme signal, elle m’a donné un petit livre écrit en latin, rangé dans un carton. Elle m’a dit que, une fois que j’aurais passé le pont, je devais faire claquer le livre dans mes mains, et que ce serait le signal. » C’est donc ce qu’il fit. Un prêtre était alors arrivé qui lui avait donné trois petits bocaux d’huile sainte et une ampoule d’eau bénite, qu’il avait, aussitôt ramené à Caterina.

Le matin suivant, elle partit pour la villa d’une praticienne à Dolo, dans la région de Padoue, accompagnée de Fra’ Giuseppe Bregolati, de l’ordre des franciscains de Paola. Il y avait une chapelle sous une « colombara » dans laquelle fra’ Giuseppe célébra sept messes « … avec les huiles saintes que j’avais portées à la Catarina, et pendant la célébration de la messe, il mit une petite boite d’argent sur l’autel, devant le calice. Dans cette boite, il y avait un anneau d’or que j’avais fabriqué, et dans cette messe, il leva la boite d’argent avec l’anneau d’or et le parfuma.« 

Les opérations quotidiennes durèrent sept jours. Aquilino avait, ensuite, tracé des « signes inconnus » sur la boite, copiés sur une carte que lui avait donné, il y a longtemps, un prêtre Fontana, chapelain de la maison Vendranim à Santa Fosca.

images

Puis, alors qu’ils tenaient la boite chacun, lui d’un côté, Caterina de l’autre, Bregolati l’avait baptisée comme créature rationnelle en disant « … te baptizo in nomine patris, fillis e spiritus sanctis… » l’aspergeant d’huile sainte. Puis il l’avait enterrée à la croisée de chemins, après qu’Aquilino l’ait aspergée de parfum à l’intérieur. Le matin suivant, à l’aube, il l’avait récupérée et Caterina l’avait prise.

Quelques temps plus tard, le prètre Fontana, qui lui avait confiée la carte avec les signes, lui fit également don d’un petit livre manuscrit qui était un Cornelio Agrippa acheté chez un libraire derrière l’église de San Salvatore, la bibliothèque magique de l’horlogerie.

La courtisane Catherina Schiavonetta, devenue entre-temps, Caterina Domenico Zorzi comparaîtra en procès devant le Sant’Uffizio dont les archives nous ont permis de vous raconter cette histoire.

Guido Cagnacci. La mort de Cléopâtre

1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. Blaise
    Sep 20, 2013 @ 16:38:38

    Dénoncer une « sorcière » à l’inquisition permettait à son auteur de s’approprier les biens de celle-ci,et il procurait de la chair fraîche aux sadiques de l’église…

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