L’éléphant de Saint Antoine

Pietro Longhi (Venise 1701 – 1785) L’éléphant huile sur toile

Cette histoire vraie s’est passée pendant le Carnaval de Venise entre 1818 et 1819, pendant lequel on fit venir des éléphants d’Afrique dans une sorte de zoo que l’on avait installé vers la riva dei Schiavoni. 

François 1er d’Autriche, Caroline, sa quatrième épouse, accompagnés de leurs enfants, virent en visite au printemps. Lors des festivités, les vénitiens offrirent une parade navale, pendant lesquelles les salves d’artillerie furent si puissantes que la Marine fut, par la suite, obligée de dédommager les dégâts occasionnés sur les façades et les cheminées.

Ce vacarme rendit également « scandaleusement féroce » un vieil éléphant mâle. Les autorités entreprirent donc de l’éloigner, et, le 15 mars au matin, on tenta de le faire entrer dans un gros bateau que l’on avait amarré au quai. Mais l’animal refusa obstinément d’embarquer, et on se résigna à l’enfermer dans un entrepôt de la Riva.

Dans la nuit, l’animal redevenu violent, on appela son gardien, un certain Camillo Rosa. Mais il ne réussit pas à le calmer, au contraire, l’animal le saisit par la trompe, le jeta à terre avant de l’écraser sous ses pattes. Puis, devenu complètement incontrôlable, il partit en direction du pont Ca’di Dio. Après quoi, selon le compte rendu retrouvé aux archives de la Celestia, il entra dans la boutique d’un fruitier où il dévora la marchandise et même, but un café. C’est en tout cas écrit en toutes lettres dans le texte !

Puis il continua ver la Calle del Dose, traversa le campo della Bragora et suivit la salizada Sant’Antonin, poursuivi par les policiers qui lui tiraient dessus à l’aide de leurs armes de service. Mais la peau d’un éléphant est particulièrement épaisse et ils ne réussirent qu’à énerver encore un peu plus l’animal.

Harcelé, notre éléphant quitte alors le Campo où il était revenu et arrive dans la Salizada del Pignater et de là, dans la Calle del Forno Vechio, qui est en fait une impasse.  Coincé, il entre dans une maison en défonçant sa porte, et se retrouva devant une mère et ses quatre enfants qui eurent la peur de leur vie. Il ressorti et se retrouva à nouveau coincé par le pont Sant’Antonin qu’il refusait de traverser et dont il s’éloigna à reculons et… entra ainsi, sans l’avoir voulu, dans l’église de Sant’Antonin.

Là, il fit un peu de « ménage » à sa façon, jusqu’au moment où, une pierre tombale céda sous son poids. Une de ses pattes se retrouva prisonnière dans le trou, il ne ne bougea ainsi plus.

Après une consultation des autorités civiles, militaires et religieuses, on décida d’amener un canon de l’arsenal, on fit un trou dans un des murs et on tira, au travers, deux coups de canon. Au petit matin, quelques minutes après huit heures, l’éléphant était mort dans un lac de sang.

L’animal fut dépecé et sa peau vendue huit cent florins au Muséum d’histoire naturelle de Padoue.

La triste fin de l’éléphant fit l’objet d’un livre satirique, Elefanteide, qui valut un mois de prison à Luigi Buratti, son auteur.

Un autre écrivain, Pietro Bonmartini écrivit aussi, et toujours sur la base de cette singulière histoire, un Elefanticidio tandis qu’un dramaturge, dénommé Zanon, écrivit quant à lui une pièce de théâtre également satirique, en Vénitien, et qui fut jouée au théâtre San Luca (devenu aujourd’hui le théâtre Goldoni).

Source : Morte di un elefante a Venezia

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