L’obsédé en pourpre de cardinal

Le matin du 5 novembre 1912, devant le portail de Lady Layard, la communauté britannique de Venise défila ainsi que les consul anglais et américain et le maire Filippo Grimani, pour conclure les funérailles dans l’église anglicane de San Vio.

On posa le cercueil sur une embarcation pour l’emmener au cimetière de San Michele, en grand cortège. Mais voici que d’un canal voisin, une gondole déboucha sur laquelle un obsédé, vêtue d’une pourpre de cardinal et suivit le long du Canal le pèlerinage mortuaire et attira l’attention en se mettant à insulter la mémoire de la défunte. Embarrassés, les anglais durent écouter les injures d’un ingrat co-national sur la vie errante, voire équivoque de Lady Layard, fondatrice d’un hospice sur la Giudecca, où il avait profité de faveurs et de bénéfices.

Il s’appelait Frederick William Rolfe, excentrique écrivain aux cheveux rosâtres, le visage joufflu ressemblant à celui d’une femme, les lèvres méprisantes. Un dandy exhibitionniste, connu pour ce que le peintre américain James Whister définissait « l’aimable art de se faire des ennemis ».

Il était arrivé à Venise en août 1908 avec un ami qui, exaspéré de devoir payer toutes ses dettes, interrompit son séjour pour retourner en Angleterre. Ce fut une de ses relations qui lui vouèrent ensuite une haine féroce.

Rolfe, ébloui par la lagune, y resta en vivant d’expédients. Il dilapidait l’argent qu’on lui prêtait, aimait à se pavaner en vêtements ecclésiastiques, oubliait de régler ses notes dans les hôtels qui l’hébergeaient, en étant parfois réduit à dormir dans une barque. Il aimait fréquenter les jeunes mercenaires souvent envoyés pour tenir compagnie à de riches hommes se consacrant au tourisme sexuel.

Homosexuel notoire, chrétien et ancien séminariste, escroc de surcroît, peintre qui ne manque pas de talent et écrivain contesté, un personnage hors du commun.

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Rétrolien: L’hôpital britannique de la Giudecca | Olia i Klod
  2. Pierre Bureau
    Déc 27, 2014 @ 00:43:23

    Ce que je n’arrive pas trop à comprendre est qu’un autre article précise que ses cendres reposent en Angleterre. On peut donc supposer que soit la seule église acceptant des messes anglicanes est celle de San Michele, soit qu’il y a une erreur ?

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