Sur les traces de Giacomo… le regicide

Après s’être enfui des plombs de Venise le 1er novembre 1756, Giacomo Casanova arrive à Paris le 5 janvier 1757. Ce même 5 janvier 1757 un ancien laquais, Robert François Damiens, tente d’assassiner Louis XV à Versailles.

Robert François Damien est né le 9 janvier 1715 rue d’Allongeville (actuelle rue du Calvaire) à La Thieuloye, qui était alors un hameau de Monchy-Breton. Son père Pierre-Joseph Damien, simple ménager, épouse Marie-Catherine Guillemant en 1710. À cette époque, l’Artois est traversé par les guerres, la famine et une épidémie de peste qui fait des ravages. Sa famille est pauvre et Voltaire décrira Damien comme un gueux du pays de l’Atrébatie. Robert-François est le troisième des dix enfants du couple. Sa mère meurt en couches en 1729 laissant six enfants vivants.

Robert-François est placé chez un grand-oncle maternel cabaretier et marchand de grain à Béthune. Là, il apprend à lire et à écrire. À seize ans, il est placé en apprentissage comme garçon de cuisine à l’abbaye Saint-Vaast. Plus tard, il entre comme valet de réfectoire au collège jésuite Louis-le-Grand à Paris. C’est dans cette ville qu’il épouse en 1739 Élisabeth Molerienne, domestique elle aussi. Ensemble ils ont deux enfants, dont un fils qui meurt en bas âge. Damien multiplie alors les emplois de domestique et côtoie les milieux privilégiés et les magistrats parisiens. Valet chez certains conseillers du Parlement de Paris, il entend récriminations et critiques parfois virulentes contre le roi.

En 1756, sous le pseudonyme de Flamand, il commet un vol chez l’un de ses maîtres. Le vol domestique est alors passible de la peine de mort par pendaison. Damien fuit en Artois où il retrouve sa famille qui vit dans le dénuement. La situation en Artois au cours de cet hiver 1756-1757 est difficile. Le prix du blé s’est envolé et le peuple est misérable. Il revient à Paris en janvier 1757 et conçoit le dessein de « toucher » le roi, pour attirer son attention et lui faire entendre la voix du peuple méprisé.

Le 5 janvier, Louis XV se rend à Versailles : Damien se fraye un chemin jusqu’au roi qui rejoint son carrosse, il écarte les gardes et lui porte un coup de couteau au côté droit. Il justifie ainsi son geste : Je n’ai pas eu l’intention de tuer le roi, je l’aurais tué si j’avais voulu. Je ne l’ai fait que pour que Dieu pût toucher le roi et le porter à remettre toutes choses en place et la tranquillité dans ses États. Bien que le roi n’ait été que légèrement blessé, Damien est condamné à la peine capitale pour crime de lèse-majesté et parricide. La châtiment qui lui est infligé est abominable :

Tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras de jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis ledit parricide brûlée de feu de soufre et sur les endroits où il sera tenaillé jeté du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix-résine brûlante, de la cire et du soufre fondus ensemble, et ensuite son corps tiré et démembré à quatre chevaux et ses membres et corps consumés au feu réduits en cendres et ses cendres jetées au vent.

Le 28 mars 1757, après avoir subi le supplice de la « question », il est écartelé en place de Grève puis jeté au bûcher. Sa maison natale est détruite et son père, son épouse et sa fille sont condamnés au bannissement perpétuel avec peine de mort s’ils rentrent en France.

L’attentat de Damien et la cruauté du supplice qui lui a été infligé ont marqué les esprits de ses contemporains. On trouve, dans les Mémoires de Casanova, un témoignage sur les événements :

« Quelques jours après, c’était le 28 du mois de mars, je suis allé de très bonne heure prendre les dames qui déjeunaient chez la Lambertini avec Tireta, et je les ai menées à la Grève tenant Mlle de la M—re assise sur mes genoux. Elles se mirent toutes les trois étroitement sur le devant de la fenêtre se tenant inclinées sur leurs coudes à la hauteur d’appui pour ne pas nous empêcher de voir. Cette fenêtre avait deux marches, elles étaient montées sur la seconde, et étant derrière elles, nous devions y être aussi ; car nous tenant debout sur la première nous n’aurions pu rien voir. J’ai des raisons d’informer le lecteur de cette circonstance.
Nous eûmes la constance de rester quatre heures entières à cet horrible spectacle. Je n’en dirai rien, car je serais trop long, et d’ailleurs il est connu de tout le monde. Damiens était un fanatique qui avait tenté de tuer Louis XV croyant de faire un bon œuvre. Il ne lui avait que piqué légèrement la peau, mais c’était égal. Le peuple présent à son supplice l’appelait monstre que l’enfer avait vomi pour faire assassiner le meilleur des rois qu’il croyait d’adorer, et qu’il avait appelé le Bien-Aimé. C’était pourtant le même peuple qui a massacré toute la famille royale, toute la noblesse de France, et tous ceux qui donnaient à la nation le beau caractère qui la faisait estimer, aimer, et prendre même pour modèle de toutes les autres. Le peuple de France, dit M. de Voltaire même, est le plus abominable de tous les peuples. Caméléon qui prend toutes les couleurs, et susceptible de tout ce qu’un chef veut lui faire faire de bon ou de mauvais.

Au supplice de Damiens, j’ai dû détourner mes yeux quand je l’ai entendu hurler n’ayant plus que la moitié de son corps ; mais la Lambertini et Mme XXX ne les détournèrent pas…« 

Au supplice de Damiens : La Lambertini et la grosse tante ne furent pas les seules à faire preuve d’une grossière insensibilité devant les horribles souffrances de Damiens. « Beaucoup de personnes, et des femmes même, écrit Mme du Hausset, ont eu la curiosité barbare d’assister à cette exécution, entre autres Mme de P***, femme d’un fermier général et très belle. Elle avait loué une croisée ou deux douze louis, et l’on jouait dans la chambre en l’attendant. Cela fut raconté au roi, et il mit les deux mains sur ses yeux en disant : Fi la vilaine ! » (Mémoires de Mme du Hausset, Paris, 1824, p. 165). – R. V.

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  1. Rétrolien: Sur les traces de Giacomo… pendant l’exécution de Damiens « Olia i Klod

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