Sur les traces de Giacomo… Mlle Blasin

En janvier 1769, Casanova passe une dizaine de jours à Montpellier. Dans Histoire de Ma vie, il consacre plusieurs pages à ce séjour. Comme toujours, plus que la bonne chère et les talents des comédiens attachés au théâtre de la ville, c’est encore et toujours « l’odor di femina » qui guide ses pas.
Ainsi, il va retrouver à Montpellier, une jeune femme, qu’il nomme « La Castel Bajac » et dont l’itinéraire, pour le moins singulier, à déjà croisé le sien par deux fois… à Londres, en 1763, à Liepzig et Dresde ensuite, en 1766. Dans cette dernière ville, ils ont eu une aventure amoureuse qui a laissé à Giacomo Casanova un souvenir impérissable.

Celle que notre intrépide aventurier décrit comme « une des pus jolies femmes de toute la France » est restée longtemps une inconnue, désignée par Casanova comme « La Castel Bajac » ou, « Mademoiselle Blasin, marchande de modes et de dentelles »…

Affiche de l'exposition Casanova Forever

Londres, 1763.

En juin 1763, lorsqu’il arrive à Londres, Casanova a trente-huit ans et personne ne sait vraiment le véritable motif de son voyage. De  France, il a amené avec lui le jeune Joseph Pompeati, le fils de Teresa Imer, ancienne chanteuse et maîtresse de Casanova une dizaine d’année plus tôt. Bientôt il fait la connaissance de Pauline, une jeune et belle portugaise de haut lignage, réfugiée à Londres. Leur relation durera presque un mois, où Casanova connaît un bonheur sans nuage. Un courrier venu du Portugal met fin à l’idylle, obligeant la belle à rentrer.

Giacomo Casanova vient de perdre la tendre Pauline. Lord Pembroke, ami de Goudar et de Martinelli, gentilhomme immensément riche, amateur de belles femmes, l’invite au jeu avec une compagnie d’une douzaine d’amis, lui promettant la compagnie d’une française d’une grande beauté.

« L’aimable Française joue t’elle aussi ?
– Elle non mais bien son mari. Il se fait appeler le comte Louis de Castel Bajac
– Un Gascon ?
– Oui
– Grand sec le teint fortement basané et marqué de la petite vérole ?
– Tout juste. Je suis charmé que vous le connaissiez. Son épouse n’est elle pas réellement très jolie ?
– Je ne puis le savoir car il y a déjà six ans que j’appris à connaître cet homme et alors il n était point marié »…

L’homme qui se fait appeler comte de Castel Bajac arrive, accompagné d’un autre individu, maigre, qui est présenté comme le comte de Schwerin, neveu du feld maréchal mort au champ d’honneur. Un autre des invités, le général anglais Bek parle alors de la bataille qui vit mourir le héros. Il semble pourtant que le jeune prétendue comtesse soit la maitresse du prussien.
… Milord s’empara alors de la Comtesse, et commence à la lutiner alors que Castel Bajac et Schwerin font mine de ne rien voir, et que la belle ne semble pas le moins du monde en prendre ombrage. En regardant cette dame Casanova évalue ses appâts en connaisseur, il trouve d’ailleurs qu’elle ne peut soutenir la comparaison avec sa chère Pauline. « Plus blanche que celle ci puisqu’elle était blonde mais plus petite et sans un seul trait dans le visage qui portât le caractère de la dignité ou de la grâce cette dame ne fit pas sur moi la moindre impression. Ainsi adieu les consolations que semblaient me promettre les éloges de Milord. Lorsque lord Pembroke me présenta la dame et ses deux cavaliers Castel Bajac m’embrassa de la manière la plus amicale »…

Un rire désagréable la désavantage « c’est un grand malheur pour une jolie femme que le rire l’enlaidisse ».

Liepzig, 1766

Casanova rentre d’un voyage en Russie et en Pologne, le bras toujours en écharpe après son duel avec la comte Branicky et à peine guéri d’une infection par le gonocoque contractée à Dresde auprès de la jeune maton. Il a décidé de se rendre à Liepzig, pour le foire de la saint-Michel.

La jolie Castel Bajac est à Liepzic avec Schwerin, pendant la foire, au même moment que Casanova. Un des derniers jours de la foire il la voit, elle lui raconte alors que Schwerin vient d’être jeté en prison pour une fausse lettre de change qu’il a fait escompter. Depuis trois ans qu’ils ont quitté l’Angleterre, il ne s’est occupé que de friponneries et vols en tous genre, trompant sans cesse et obligé de fuir la police en permanence. La belle montpellieraine se retrouve à présent, seule, sans un sou, sans aucun bien matériels qui lui ont été confisqués par son hôte en gage et demande à Casanova de l’aider à libérer son amant.
« Qu’il s’arrange lui répondis je il a failli me conduire moi même à la potence avec ses faux billets de banque. Quant à vous je prends part à votre infortune et cela au point que je vous engage à m’accompagner demain à Dresde où je promets de vous donner trois cents écus aussitôt que le sort de cet infâme sera décidé »...

Drezde, 1766

La poverina qui s’est aperçue de l’émotion qui commence à gagner Casanova luis raconte alors sa vie.

Marié à un apothicaire de Montpellier, Castel Bajac l’a enlevée par félonie et l’a obligée à le suivre en Angleterre où il lui a fait connaitre Schwerin qui est devenu son amant. Elle affirme n’avoir jamais aimé ce dernier qui lui a, en prime laissé, en souvenir une vérole qui l’infecte à présent.

Dès leur arrivée à Dresde, il la confie aux bons soins d’un chirurgien dont il a eu auparavant l’occasion d’apprécier lui-même le talent. Pendant sa convalescence, il fait visiter à sa compagne le ville de Stanislas-Auguste, roi de Pologne, la présentant sous le nom de « comtesse de Blasin » et lui présente même Zaneta, sa mère. Lorsque la guérison de la belle est certaine, elle se donne à son sauveur.

Aucun des deux n’ignore que cette aventure est sans lendemain. Casanova, depuis longtemps, projette un voyage au Portugal. La jeune femme rêve de retourner à Montpellier, tenter de reconquérir le cœur de son apothicaire de mari. il se mettent en route, séjourne quatre jours à Prague, où Casanova retrouve La Caroli (Teresa Bellino) engagée comme chanteuse à l’Opéra.

Ils arrivent ensuite à Vienne le jour de Noël.

Vienne, 1766

La belle montpelliéraine est cette fois inscrite à l’auberge sous le nom de « Mlle Blasin, marchande de mode ». Malgré les précautions qu’il ont prises, ils ne tardent pas à être victimes des « commissaires de chasteté » de la pudibonde Marie-Thérèse.

« J’allai loger au Bœuf Rouge. Mademoiselle Blasin passant pour une marchande de modes prit une chambre et moi une autre ce qui ne m’empêcha pas d’aller lui offrir mes hommages. Dès le lendemain matin à huit heures deux individus entrèrent dans la chambre de Mademoiselle à l’instant même où nous déjeunions.
– Qui êtes vous ? lui demanda l’un d’eux.
– Je me nomme Blasin.
-Et qui est ce Monsieur ?
– Demandez le lui vous même.
– Que faites vous à Vienne ?
Je prends du café au lait comme vous voyez.
– Si Monsieur n’est pas votre mari vous avez à quitter Vienne dans les vingt quatre heures
– Monsieur est mon ami et je ne partirai d ici que lorsqu il me plaira à moins cependant qu on ne m y force.
– Fort bien. Nous savons que Monsieur occupe une autre chambre mais cela ne fait rien.
Là dessus l un des deux sbires entra dans ma chambre. Je le suivis et lui demandai ce qu il cherchait.
– Je veux voir votre lit il n est pas défait vous avez couché ailleurs.
– Que vous importe et que signifie donc ce honteux espionnage ?
Il rentra dans la chambre de mademoiselle Blasin et un moment après les deux sbires s éloignèrent en réitérant l’ordre de partir dans les vingts quatre heures. Je dis à mademoiselle Blasin de s’habiller d’aller trouver sur le champ l’ambassadeur français et de l’instruire de ce qui venait de se passer. Je lui conseillai surtout de conserver le nom de Blasin, de se dire non mariée et marchande de modes et de déclarer qu’elle attendait une occasion pour se rendre à Strasbourg de là à Lyon et enfin à Montpellier »…

Le 30 décembre 1766, la jeune femme prend place dans la diligence qui va l’emmener vers le sud. Pour la deuxième fois de sa vie, Casanova à payé le voyage de retour.

« Ainsi malgré cette indigne police je passai avec Mademoiselle Bîasin tout le temsp que nous restantes ensemble à Vienne. Je voulus lui donner cinquante louis mais elle n’en accepta que trente en m’assurant que cette somme lui suffisait pour atteindre Montpellier ».

Montpellier, 1769

Après avoir passé six semaines en prison à cause d’une aventure avec la belle Nina Bergonzi, Casanova revient en France après un séjour d’un an en Espagne.

Il prends son temps et progresse par petites journée, Narbonne, Béziers, Pézenas, Montpellier, enfin, où il s’installe à l’auberge du Cheval-Blanc, rue de la Saunerie, une des meilleure de la ville.

« Je désirais vivement retrouver la Castel Bajac, beaucoup plus pour me réjouir de son état prospère ou pour partager avec elle le peu que je possédais que dans l’espoir de renouveler nos anciennes liaisons, mais je ne savais comment faire pour la découvrir. Je lui avais écrit sous le nom de Madame Blasin mais elle n avait point reçu ma lettre parce que c’était un nom en l’air qu’elle s’était donné et qu’elle ne m’avait point confié son nom véritable ».

Sachant que le mari de la belle jeune femme était pharmacien, il mène son enquête en prenant soin de ne pas lui porter tord. Il se présente sous prétexte d’avoir besoin de drogues peu communes pour des expériences. Entre en conversation à propos des différences sur la pratiuqe de l’exercice pharmaceutique dans les divers pays qu’il avait traversé.

« Enfin mon stratagème me réussit le troisième jour. Je reçus de mon ancienne amie un billet qui me disait qu’elle m avait vu parler à son mari dans son officine et elle me priait d’y revenir à telle heure… Elle terminait son billet par ces mots. Je ne doute pas que mon bon mari ne triomphe en finissant par me présenter à vous comme sa chère femme »…

Casanova fait comme on lui a conseillé, et le bonhomme lui demande, effectivement s’il il a connu quelque part une jeune marchande de dentelles nommée mademoiselle Blasin de Montpellier. Après la réponse du séducteur, il l’invite à le suivre. Il retrouve alors son ancienne maîtresse et tous deux se livrent alors à une belle comédie devant le mari émerveillé devant autant de politesse et de galanterie vis-à-vis de sa chaste moitié.

Invité à dîner, son ancienne maîtresse lui dit qu’elle est désormais heureuse, que personne ne lui reproche ici quoi que ce soit. Casanova reste encore quatre jours dans une amitié réciproque sincère. Puis ils reprends son voyage pour une halte à Nîmes.

« Je partis de Montpellier certain que ma visite avait augmenté l’estime que son mari et sa belle mère avaient pour elle et je me félicitais en voyant que je pouvais me sentir véritablement heureux sans commettre des crimes ».

Pour découvrir la véritable identité de mademoiselle Blasin, nous vous recommandons la lecture de Casanova et la belle Montpelliéraine, par Jean-Claude Hauc.

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