L’Aigle et le Lion – Napoléon, Venise, Karabagh…

Le rôle de Bédros Abessov, arménien du Karabagh dans le sauvetage du Monastère de Saint-Lazare.

Depuis six ans, la République de Venise n’existait plus, le Souverain Pontife était en exil. La petite Congrégation n’avait pas même le nécessaire pour vivre, parce que ses épargnes placées à la Monnaie de la République, ne produisaient plus, comme au temps de la Sérénissime . Le royaume d’Italie, sous l’hégémonie de la France, ne montrait pas la même sympathie que la République vénitienne.

Revue Pazmaveb de Venise

Dans une circonstance si critique et si désolante, l’Abbé Akonz, esprit calme et éclairé, appela à Venise les Pères anciens et tint conseil. Il fut décidé de faire des démarches, auprès des autorités françaises à Rome, à Paris, à Milan et même à Constantinople, où était ambassadeur M. Ruddin. Le Père Mesrob Agatchrakian, chimiste très connu, nommé chevalier par le Sultan, Meritissimus par l’Empereur d’Autriche, et plus tard membre de l’Institut minier de Paris, fut envoyé à Paris. Le P. Mesrob devrait agir sur la Cour de Napoléon par des savants de sa connaissance.

P. Gabriel Avedikian, vicaire général de la Congrégation fut envoyé à Rome ; il devait voir le Cardinal Fesch , oncle de l’Empereur, qui habitait a Civitavecchia, « Représentant, dit notre chroniqueur, du plus grand monarque de l’univers ».

Le Cardinal Fesch, connaissait déjà l’Abbé Akonz. Ce dernier lui avait été présenté en 1804, et le cardinal s’était vivement intéressé aux publications de l’Imprimerie mekhitarienne, surtout au sujet des ouvrages d’Eusebe de Césarée, de Philon le Juif et de divers Saints Pères. Il avait promis alors sa protection efficace pour la Congrégation arménienne. Et voici que l’occasion se présentait.

Carte de Venise au XVIIIème siècle établi par Henri Chatelain en 1719

Le P. Avedikian remit un Memorandum, semblable à ceux que devaient présenter lee autres envoyés. Ce memorandum contenait les trois propositions suivantes :

I. La Congrégation mekhitariste est établie à Venise, pour développer dans sa nation, en Orient, la religion catholique et les sciences.

II. La Congrégation n’est pas mendiante, et ne se procure pas des ressources à Venise. Elle vit soutenue par ses co-nationaux en Orient, et du produit de la vente des livres qui sont envoyés partout jusqu’aux Indes. Son capital était place à la Monnaie de Venise, moyennant un intérêt de 26420 livres. Après la destruction de la République de Venise, l’Autriche n’a plus donné que 12670 livres, puis a réduit la rente à 800 livres par mois. Il est impossible de vivre ainsi. Nous supplions que les 26420 livres, nous soient versées de nouveau.

III. La Congrégation, étant de nationalité étrangère, devrait être déchargée de toutes les charges qui sont pour les religieux du pays, et jouir de toutes les exemptions obtenues en Orient par les Français et les Italiens.

Le Père Gabriel Avedikian Vicaire général de la Congregacion

… L’empereur Napoléon vint à Venise le 27 novembre 1807. L’Abbé Akonz demanda une audience « pour lui présenter. ses hommages. » Le 5 décembre, Rustem, le mameluk de l’Empereur, arménien, vint à St. Lazare et remit à l’Abbé le billet d’audience, écrit par Mgr Codronchi, archevêque de Ravenne, grand aumônier de Sa Majesté Impériale et Royale, où on lui annonçait, qu’il serait reçu le lendemain à 8h 1/2 par l’Empereur, et lui recommanda de ne pas manquer l’heure.

Qui connaît la vie et le caractère de Napoléon, doit savoir que ses audiences étaient courtes, tranchantes. Ainsi doit-il avoir été à l’égard de l’Abbé Akonz, quand il s’est présenté avec son vicaire général. L’Abbé présenta pendant l’audience une supplique, relativement aux questions déjà indiquées. Pourtant, il n’aura pas reçu une réponse décisive ou consolante, autrement il l’aurait mentionnée dans ses lettres aux Pères en Orient. Seulement dans une lettre au Père B. Aucher, il note que la supplique aurait pu être rédigée avec plus d’efficacité.

Les mois qui s’écoulèrent de 1808 jusqu’en août 1810 furent tous inquiétants pour la Congrégation, quoique des encouragements confidentiels ne manquèrent pas de la part d’amis haut placés et de M. Bédros de Karabagh.

Cependant la Congrégation assistait tous les jours à la dispersion des autres Communautés de Venise, ou à leur transplantation dans des pays lointains. La Congrégation des Bénédictins Olivetains de l’ile de Sainte Hélène, en face de St. Lazare, avait disparu définitivement. Ces deux petites iles s’appelaient « les deux yeux, les deux perles de la Lacune. » Cette disparition chagrina beaucoup nos Pères. Mais ce qui les troubla fortement, ce fut le décret du 12 mai, qui supprimait tous les couvents. L’impression générale et douloureuse fut des plus navrantes, non seulement pour les religieux, mais aussi pour les âmes pieuses. On devait déposséder les monastères séculaires, les riches bibliothèques, enlever les manuscrits précieux, les ors et les étoffes des églises, les meubles artistiques. Tout devait être enregistré et transporté à la disposition du gouvernement. Tous étaient sécularisés, hommes et femmes.
On voulut tenter une dernière démarche à Milan, et l’on envoya de nouveau le P. Zohrabian au Prince Eugène, avec une nouvelle instance. Le sus-dit Père fit toutes les démarches possibles, mais dans sa lettre du 5 août il ne donnait aucun espoir de succès.

Seulement, il avait su de son ami Opizzoni, que la supplique de la Congrégation présentée au Prince Eugène, avait été remise à l’Empereur, « Humainement il ne reste plus rien à faire, ajoutait-il, ainsi j’ai fini ce que ma Congrégation m’avait ordonné, et il ne reste aucune raison de s’attarder ici, nous sauront vite ou tard le résultat de nos démarches, que Dieu nous bénisse ».Ainsi il ne restait plus rien à faire qu’à attendre, l’anxiété au cœur. Dans de telles conditions, on commença les jeunes préparatoires à la fête de la Nativité de la Ste Vierge, jour anniversaire pour la Congrégation, ce jour-là était celui où la Congrégation avait été fondée par l’Abbé Mekhitar. Et voici que le 4 septembre le Prince Eugène arrive à Venise, et M. Bedros de Karabagh se présente au couvent, porteur de deux copies d’un décret de Napoléon, signé le 17 août, déclarant que la Congrégation des Pères Mekhitaristes était maintenue.

Le Prince Eugene de Beauharnais, Vice-Roi d'Italie (1781-1824), par Andrea Appiani

La nouvelle se répandit dans le couvent comme la foudre. Soudain retentissent toutes les cloches de la tour de l’église. Tous les religieux se ruent dans les couloirs pour demander les nouvelles. La joie de tout le monde est indescriptible. On court à l’église, pour baiser l’autel de la Ste Vierge. On chante le « Te Deum » interrompu par les sanglots des anciens.

Source INMF

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