Le Marchand de Venise

Le Marchand de Venise est une pièce de théâtre de William Shakespeare écrite entre 1596 et 1597.
Classée comme comédie dans le premier in-folio de 1623, elle partage certains aspects avec les autres comédies romantiques de l’auteur, mais contient également des passages d’une grande intensité dramatique.
Le portrait qui y est fait du Juif Shylock suscite de nombreuses interrogations et des interprétations très diverses, les uns y voyant un bouc émissaire, reflet des préjugés de Shakespeare et de son époque, les autres le porte-parole éloquent d’une communauté qui revendique un traitement humain.
Cette ambigüité fait que la pièce est parfois considérée comme l’une des « pièces à problème » de Shakespeare, au même titre par exemple que Mesure pour mesure.
Le Marchand de Venise
Shakespeare a mis l’un de ses discours les plus éloquents dans la bouche de Shylock :
« Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes,
des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec
la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé
aux mêmes maladies, soigné de la même façon,
dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été
que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,
ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? »
— William Shakespeare, Le Marchand de Venise, Acte III, scène 1
 
 
Shylock e Jessica - Maurycy Gottlieb

Shylock e Jessica - Maurycy Gottlieb

Bassanio, jeune Vénitien, désire se rendre à Belmont (province de Cosenza dans la région Calabre en Italie) pour demander la main de Portia. Il emprunte 3 000 ducats à son ami le marchand Antonio. Comme tous ses navires sont en mer, Antonio emprunte la somme à un usurier juif, Shylock. Ce dernier déteste Antonio, qui prête sans usure et le malmène constamment. Il lui impose une condition : en cas de défaut de paiement, Shylock sera libre de prélever une livre de chair sur Antonio. Bassanio essaye de le dissuader d’accepter le marché, mais Antonio, surpris par ce qu’il prend pour de la générosité de la part de l’usurier, signe le contrat.
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Désireux d’éviter à sa fille un mariage malheureux, le père de Portia a élaboré une épreuve à laquelle doivent se soumettre les prétendants à sa main ; ils doivent choisir entre trois coffrets, en or, en argent et en plomb et s’engager à quitter les lieux s’ils font le mauvais choix. Deux candidats échouent mais Bassanio, aidé par Portia, choisit le bon coffret.
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La nouvelle arrive à Venise que les navires d’Antonio sont perdus, le laissant incapable de rembourser son emprunt dans les délais. Shylock est plus que jamais déterminé à se venger des chrétiens depuis que sa fille Jessica a fui sa maison pour se convertir et rejoindre Lorenzo, emportant une bonne part de ses richesses. Le contrat en main, Shylock fait arrêter Antonio et le traîne devant le doge.
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À Belmont, Portia et Bassanio viennent de se marier, ainsi que leurs amis Gratiano et Nerissa, la suivante de Portia. Ils reçoivent une lettre qui leur apprend les difficultés d’Antonio. Bassanio et Gratiano retournent à Venise avec de l’argent prêté par Portia pour sauver Antonio. À l’insu de Bassanio et Gratiano, Portia et Nerissa se rendent à Venise déguisées en hommes.
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À la cour du doge, Shylock refuse l’offre de Bassanio, qui lui propose de lui rembourser 6.000 ducats (le double de la somme empruntée) en échange de la dette d’Antonio et exige sa livre de chair. Le doge, qui souhaite sauver Antonio mais sans établir de précédent dangereux en dénonçant le contrat, demande l’avis de Balthazar, jeune « docteur de la Loi » ; Balthazar est en fait Portia déguisée, et son clerc n’est autre que Nerissa. Portia exhorte Shylock à la pitié, mais il s’obstine et la Cour l’autorise à prélever sa livre de chair.
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Au moment où Shylock va trancher, Portia observe que le contrat spécifie une livre de chair, ni plus ni moins : si une goutte de sang coule, il sera en tort. Shylock accepte alors le remboursement en argent mais Portia rappelle qu’il y a renoncé, et que, pour sa tentative d’assassinat sur Antonio, ses propriétés seront confisquées et sa vie remise à la merci du doge. Celui-ci gracie Shylock et un compromis est trouvé grâce à la générosité de chacun.
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Bassanio ne reconnaît pas Portia et pour remercier le « docteur de la Loi » d’avoir sauvé son ami, lui offre ce qu’il voudra. Balthazar-Portia refuse mais devant son insistance, lui demande son anneau et ses gants ; il remet ses gants sans hésitation, mais refuse de donner l’anneau, cadeau de Portia. « Balthazar » insistant, il cède et Gratiano fait de même avec le clerc.
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De retour à Belmont, Portia et Nerissa réclament leurs anneaux et font mine de se fâcher. Mais tous se réconcilient avec des excuses et de nouveaux serments et tout finit bien lorsqu’Antonio apprend que ses navires sont rentrés à bon port.

Sir Herbert Beerbohm Tree dans le rôle de Shylock - Charles Buchel

On pense que le Marchand de Venise a été écrit entre 1596 et 1598. La pièce est mentionnée par Francis Meres en 1598, ce qui indique qu’elle était sur scène à cette date. L’allusion de Solanio à son navire, l’André (I,i,27), est considérée comme une allusion au navire espagnol Saint-André, capturé par les Anglais à Cadix en 1596. Par ailleurs, une date entre 1596 et 1597 correspond bien au style de la pièce.
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L’intrigue principale du Marchand de Venise est inspirée d’un conte italien de Giovanni Fiorentino, « Giannetto de Venise et la dame de Belmonte », paru dans Il Pecorone (Le Niais) en 1558 à Milan ; on y trouve la dame de Belmont, l’emprunt gagé sur une livre de chair pour permettre à l’amant de se rendre à Belmont, l’impossibilité de rembourser, l’opiniâtreté du créancier, le retour in-extrémis de l’ami à Venise, suivi par son épouse déguisée en juge, le procès où l’usurier est ironiquement confondu par la lettre même du contrat.
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L’histoire d’amour entre Jessica et Lorenzo se trouve déjà dans un récit de Masuccio Salernitano qui date de 1470, et dans Le Juif de Malte de Christopher Marlowe qui date de 1589 et jouit toujours d’une grande popularité dans les années 1590 ; Shylock emprunte un certain nombre de traits à Barabas, le héros de la pièce de Marlowe.
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L’épreuve des trois coffrets, quant à elle, figurait dans la Gesta Romanorum, inépuisable mine d’exemples pour les élisabéthains. Une traduction anglaise en avait été publiée par Wynkyn de Worde vers 1510-1515.

Kate Dolan incarnant Portia - John Everett Millais

Certains critiques pensent que Shakespeare aurait pu réécrire une pièce ancienne pour la remettre au goût du jour. Ils se basent sur le fait qu’un critique du théâtre et des débordements qu’il était supposé occasionner, Stephen Gosson, avait publié en 1579 A School of Abuse (L’École des abus), diatribe qui épargnait deux œuvres, dont une pièce intitulée Le Juif. Cette pièce aurait eu pour sujet « la cupidité de ceux qui font des choix mondains et l’esprit sanguinaire des usuriers » ; la référence aux choix dictés par la cupidité pourrait correspondre à la scène des trois coffrets, et celle qui mentionne « les usuriers sanguinaires » pourrait être une description du prototype de Shylock.La pièce est toujours jouée aujourd’hui, mais elle pose un certain nombre de problèmes aux metteurs en scène en raison du conflit entre chrétiens et juifs qui est au centre de son intrigue. Œuvre antisémite ou œuvre sur l’antisémitisme, la critique n’a toujours pas tranché de façon satisfaisante.

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