Augustine et Isabelle, Venise au siècle naissant

Rawdon Brown  a été forcé de vendre Ca ‘Dario en 1842 : l’acheteur était un comte hongrois.

Après lui, un Irlandais lieutenant Marshall, mort en 1860, laissant la maison à ses filles, deux princesses.

Peu après 1896 la comtesse Isabelle Gontran de la Baume-Pluvinel et son amie Augustine Bulteau achètent le palais Dario. De concert, elles y ont effectué un certain nombre de restaurations majeures.  On les dit responsables de l’escalier dit de « Lombardo » , les cheminées de Carpaccio, les poêles en faïence, et les fines sculptures (rappelant vaguement les Scuola San Rocco ) dans la salle à manger sur le second piano nobile, regardant vers le bas sur le jardin, ainsi que beaucoup de stabilisation et de remplacement de marbre de la façade.

La Comtesse Marie Isabelle Victoire Ghislaine de la Baume Pluvinel née Isabelle Victoire Ghislaine Crombez (arrière petite-nièce de Louis XVI), avait épousé en 1878 Charles Paul Léon Séraphin Gontran (fils de Charles-Alexandre-Séraphin-Victor de Tertulle de la Baume-Pluvinel et de Marie-Marguerite de Labaye de Viella) Elle même romancière, elle signa des romans sous le pseudonyme masculin de Laurent Evrard (La nuit – Paris – Grasset, 1912), elle a eu le plaisir de s’entourer d’écrivains français et vénitiens.
Grande amie de Pierre Louÿs, de Jean de Tinan, elle invitait les Régnier à Venise, qui ont fait des séjours à la Ca’Dario. Henri de Régnier, est commémoré par une inscription sur le mur du jardi n: En questa casa antica dei Dario, Henri de Régnier – poeta di Francia – visse venezianamente e-scrisse anni 1899-1901.

Elle meurt le 7 février 1911, au moment de l’élection d’Henri de Régnier à l’Académie Française  (RG lui consacra quelques lignes dans l’«Epilogue» qui rendait compte de l’élection de Henri de Régnier à l’Académie). Cf. Figaro du 8 février 1911, p.1 (article signé André Beaunier). L’inhumation eut lieu le lundi 13 février 1911 ; M. et Mme Henri de Régnier sont signalés parmi l’assistance

Madame Augustine Bulteau, surnomée « Toche » est née à Roubaix dans un milieu de riches propriétaires d’usines textiles, Augustine Bulteau, se marie en 1880 avec un homme de lettres, aujourd’hui oublié : Jules Ricard (mort en 1903). Grâce à l’entourage de son mari, qui côtoie pendant près de quinze ans littéraires, peintres et graveurs, elle rencontre entre autres, Henri de Toulouse-Lautrec, Maxime Dethomas et Edouard Manet. Elle se met alors à peindre, à photographier, puis à écrire – sans doute comme plume inspirée de Jules Ricard (comme Colette le fut pour Willy) – une dizaine de romans de mœurs populaires, sous le pseudonyme de « Fœmina » dont un essai qui eut du succès en son temps : « L’Ame des Anglais« . Journaliste au Figaro et au Gaulois, elle a laissé de nombreuses chroniques culturelles et de mœurs.
Un minuscule détail d’histoire littéraire : « Mme Bulteau, la maîtresse de Toulet ». Fut-elle vraiment sa maîtresse ? Madame Augustine Bulteau, cette dame autoritaire, il est vrai si encline à goûter et même susciter les confidences masculines, semble avoir réservé ses hommages aux dames, et plus particulièrement à la comtesse Isabelle de La Baume-Pluvinel. Peut-être eût-elle apprécié cette phrase de Maurras citée par Stéphane Giocanti : « Le plus étonnant dans la vie, ce n’est pas le désordre, c’est l’ordre ! ».

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  1. Rétrolien: Marie – Venise – 1901 « Olia i Klod

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