L’Aigle et le Lion – San Michele

Les touristes qui se rendent par tombereaux sur l’île Murano dont la réputation est très galvaudée ne font plus guère une petite visite au cimetière San Michele. Cernée de hauts murs en terre brune d’où dépassent des cyprès vert sombre, San Michele est une ile située au large des Fondamente Nuove, qui longent la lagune. Site unique au monde, défi technique à l’époque de sa fondation.

En France, dès le XVIIIème siècle, des mesures limitent les inhumations sous le sol des églises, afin de réduire les désagréments dus à la décomposition des corps.
En 1804, par l’édit de Saint-Cloud, Napoléon, alors maître de la Sérénissime, fait fermer les cimetières situés autour des églises pour des raisons d’hygiène.
Le projet d’aménagement du site est confié à l’architecte de La Fenice, Giovanni Antonio Selva, mort d’apoplexie le 22 janvier 1819 non loin du sottoportico de San Zaccaria.

Giovanni Antonio Selva, (1751-1819). Important architecte vénitien. Elève de Temanza, il voyagea en Italie, France, Autriche, Pays-Bas et en Angleterre avant de s’établir à Venise où il est devenu un chef de l’école file néo-classique, très influencé par Antonio Canova (1757-1822), le sculpteur. Ses premières œuvres montrent une influence marquée de Palladio, notamment le Teatro La Fenice de Venise, mais ses dessins ont ensuité évolué vers un puissant néo-classicisme : agrandissement du Duomo romain, Cologna Veneta, les églises de San Maurizio et Santissima Nome di Gesù, à Venise. Il a également remporté les commissions pour la conception des parcs publics à Castello (actuels Giardini) et de la Giudecca, et le cimetière de l’île de San Michele. Il a préparé des œuvres réalisées par Chambers, Perrault, et Scamozzi. Il a également écrit « Sulla voluta ionica » (dans la Ionic Volute—1814) et enseigné son art à Jappelli.

En réalité, l’actuel cimetière de San Michele est composé à l’origine de deux îles – San Michele et San Cristoforo della Pace – dont le canal a été comblé.
Avant cela, l’île de San Cristoforo della Pace était habitée et utilisée comme un lieu de détention où a séjourné Silvio Pellico après une année passée sous les « plombs » (les prisons du Palais des Doges).

San Michele à l’origine, était connue sous le nom de « Cavana de Muran » (hangar à bateaux de Murano) et coïncide avec la partie la plus proche de l’île de Murano.
Il fallut combler l’étroit canal séparant les deux îles : ce n’est qu’en 1836 que le projet fut terminé. Une partie de l’île servit un temps de prison autrichienne.
Nous savons que le première personne inhumée dans le nouveau cimetière, fut Adriana Bozza, à l’âge de 36 ans, le 22 juillet 1813.
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Le cimetière est divisé selon les différentes confessions : si la partie catholique est évidemment la plus grande, on trouve également un cimetière orthodoxe (où sont inhumés Stravinsky, Brodsky et Diaghilev), une section protestante (où est Ezra Pound) et une section juive. Nous détaillerons tout cela dans un prochain article sur San Michele, car nous avons décidé d’approfondir pour vous la visite de cet ensemble unique au monde !
La section orthodoxe est souvent décrite comme abandonnée et en mauvais état. A vrai dire, elle a plutôt un caractère champêtre.
Phénomène unique au monde, les corbillards transportent les cercueils jusqu’à San Michele en gondoles, quotidien finalement assez ordinaire pour les Vénitiens.

Le cimetière est toujours utilisé, mais le manque de place oblige la reprise constante des tombes : les ossements sont alors transférés dans des ossuaires, ici ou sur l’île Sant’Ariano, et de plus en plus sur le continent à Mestre.
L’ensemble architectural est élégant : dès l’entrée, des cloitres abritent les tombeaux les plus anciens. Chaque parcelle est entourée de murs sur lesquels s’adossent les monuments les plus ouvragés. Au centre, simples mais harmonieuses, les tombes modestes se dressent sur des pelouses verdoyantes.

Prochainement, nous vous parlerons plus longuement de San Michele, à l’occasion d’un série d’articles à paraître à partir du 22 avril prochain et qui nous permettront de vous faire découvrir toutes les traditions qui entourent la mort à Venise, ainsi que l’histoire de cette île cimetière et de quelques uns de ses habitants, plus ou moins connus…

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. marie40
    Avr 14, 2011 @ 08:36:17

    Souvent aperçu de loin, dans la brume, cette île fascine mais je ne pensais pas que l’on pouvait s’y rendre. Alors, qu’en effet à Murano, les vas-et-viens continuels des vaporettos vous poussent vers cette île, qui je l’avoue humblement, m’a beaucoup déçu par son côté « commercial ». Peut-être aurions-nous dû sortir du centre du village pour mieux apprécié la quiétude du lieu ??!!

  2. Walter Marie-Delphine
    Avr 14, 2011 @ 09:10:17

    je suis allée plusieurs fois à San Michele qui vaut bien le détour, surtout que c’est sur la route de Murano, on passe devant, on peut bien s’y arréter un peu (mais évidemment pas en costumes!)..Diaghilev et Stravinski méritent eux aussi un recueillement…leurs tombes sont si simples et si émouvantes . (pour un musicien ,amateur de chorégraphie surtout)
    L’histoire en est mal connue, alors merci pour toutes ces précisions.

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