Suivez-moi jeune homme

Il est des codes, des discrètes invitations, dont nous avons oublié la signification de nos jours. « Suivez-moi… » se dit aujourd’hui avec moins d’élégance, plus de clinquant et de tape à l’œil alors que de simples rubans dans l’autre siècle pouvaient inviter au rêve, au plus doux des voyages.

« Elle avait un charme hors du temps. Oubliant toute règle de prudence, Pedro lui emboîta le pas en se disant qu’il aurait bien voulu jouer à trousse-jupon avec elle. Il était fasciné par son suivez-moi-jeune-homme, un entrecroisement de rubans multicolores qui pendait à l’arrière de son chapeau et caressait délicatement son cou. Cet accessoire laissait dans son sillage la note ambrée d’un parfum de luxe, une senteur à vous emporter sur la barque du désir, à vous faire pousser les oreilles en pointe, à vous inspirer des nuits en trompe-l’œil. On n’en avait pas vu à Paris depuis l’époque du président Félix Faure…« 

Vous l’avez donc compris, à l’époque, les « suivez-moi jeune homme » étaient des rubans sur les chapeaux de femmes qui ondulaient sur la nuque et qui, par leurs mouvements gracieux, étaient une invitation aux jeunes gens à suivre leurs balancements puis à les saisir en retirant le chapeau de la dame.

Parfois, on peut également lire qu’il s’agirait d’une pince que les dames accrochaient à leur ceinture, ou à une cordelette serrée à la taille ;  cette pince leur servait à tenir leurs jupes relevées… d’où l’appellation  » Suivez-moi jeune homme« …
C’est un objet fin XIXème – début XXème – On en trouve de différentes qualités en métal plus ou moins précieux.
Beaucoup de charme et de poèsie, n’est-ce pas ?  … mais…

… mais le véritable nom de ce charmant instrument, fort utile est le « saute-ruisseau »

L’image n’étant peut être pas très nette, nous recopions le texte de 1896 :
Laquelle de nos lectrices n’a jamais eu à se plaindre de la fatigue occasionnée par le fait de relever sans cesse sa jupe en marchant ?
Ce maintien est parfois si lassant que l’on arrive à éprouver de véritables crampes. Le petit appareil que nous donnons ici supprime cet ennui.
.
Et voici les explications données pour l’utilisation du saute ruisseau de 1882 :
Par la forme et le volume, c’est une sorte de chaîne ne montre pouvant être mise dans un porte-monnaie. La chaînette qui compose se relève jupe se termine à chaque bout par un porte-mousqueton anglais qui, légèrement pressé, saisit un anneau qui a été fixé vers la ceinture; et par l’autre extrémité, le porte-mousqueton se rattache à plusieurs petits anneaux cousus sur la robe aux différentes places qui permettent de la draper gracieusement, de telle sorte que ce relève-jupe est à la fois un objet d’utilité et un ornement de toilette.
.
Remarquons que le la Mode Illustrée de 1882 et 1896 est bien placée pour savoir comment on s’en servait et comment cela s’appelait ; hors ils ne parlent que de « relève-jupe« , sans faire allusion aux autres noms. Sont-ce des appellations tardives, ou avaient elles une connotation un peu trop coquine pour être utilisée dans une revue de cette qualité ?
« … C’est à ce moment précis que la vieille dame, toujours à la recherche de son bien, pénétra sous le porche. Elle eut la double surprise de voir l’antiquité de velours rouge sur la moto et en même temps, dans le rétroviseur, des inconnus engagés dans une action que la morale ne tolère qu’à l’abri des regards indiscrets. Elle courut vers le meuble qu’elle croyait avoir perdu, le détacha d’un geste vif en s’assurant que les autres ne l’avaient pas remarquée, puis le posa à terre. Elle comprit qu’elle avait présumé de ses forces et qu’elle ne pourrait rentrer immédiatement chez elle avec son bien. Il lui fallait d’abord récupérer. Alors elle s’agenouilla au milieu de la cour sur son cher prie-Dieu. Elle se mit à égrener son chapelet en remerciant saint Antoine de sa généreuse participation, et en lui demandant d’intercéder auprès de qui-vous-savez pour que la fornication cessât immédiatement. C’est d’ailleurs ce qui arriva car l’attention de Pedro avait été détournée de sa besogne par la prière à haute voix. Un instant plus tard il sollicitait rageusement le démarreur de sa moto et s’enfuyait en pétaradant. 

C’était maintenant au tour de la jeune femme de crier mais Pedro ne saura jamais si c’était parce qu’elle n’avait pas été payée de ses faveurs ou parce qu’il emportait sur son porte-bagages le chapeau à rubans… »

Le récit en italique est emprunté au Garde-Mots.

3 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. gathier
    Avr 17, 2014 @ 15:38:20

    je recherche un saute ruisseau où puis je en trouver ????

  2. oliaiklod
    Avr 17, 2014 @ 19:56:29

    Sur e-Bay, il suffit de saisir « Saute-Ruisseau » et vous en trouverez plein… sinon, les brocantes et pour les plus beaux, les salles de ventes aux enchères.

  3. Rétrolien: Le Saute-Ruisseau | Olia i Klod

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Tous les articles des derniers mois…

%d blogueurs aiment cette page :