Après six ans de travaux titanesques, le plus beau et plus grand théâtre de Moscou, le "Bolchoï" (qui signifie "le Grand") vient de réouvrir au public, inauguré en grande pompe en présence du président Medvedev.
Un occasion de nous échapper de Venise et de vous montrer ce bijou de notre patrimoine qui a retrouvé son lustre d’antan, grâce au savoir faire des artisans russes, mais également d’artistes et de talentueux ingénieurs venus de toute l’Europe au chevet du monument en grand danger.

Nous devons remercier la société "Сумма-Капитал" qui a accepté de nous faire participer à des visites pour la presse, donc sévèrement encadrées et sérieusement limitées à ce que l’on voulait nous montrer. Si nos photos risquent ressembler à ce que vous pourrez voir dans certaines revues, ou sur des TV du monde entier, le cheminement étant le même pour tout le monde, nous sommes heureux et fiers de pouvoir vous donner notre vision de ce gigantesque chantier.

Pour comprendre la nécessité des travaux engagés, il faut remonter à la construction du théâtre, quand, en 1825 Ossip Bove a commencé la construction à l’emplacement de l’ancien Théâtre Petrovsky qui datait de 1780. Pour gagner du temps (déjà à l’époque il fallait faire vite), il a réutilisé les fondations de l’ancien théâtre. Mais sur un sol meuble, sédimenteux et gorgé d’eau, le fastueux monument n’a pas tardé, quelques années après sa construction à commencer à bouger, s’enfonçant inexorablement dans le sol.

Sont alors apparues des fissures (certaines de la taille d’un homme), des déformations, et l’histoire du Théâtre Bolchoï n’a été qu’une suite de travaux, restaurations, rénovations ainsi que de mise au goût des politiques successives. Il était en effet, depuis Staline, la vitrine officielle de l’URSS pour le monde.
Lors des travaux, il a donc été décidé de donner au bâtiment des fondation solides. L’ensemble du théâtre qui menaçait de se rompre en sept partie à été ceinturé par de l’acier. puis on a creusé sous le bâtiment jusqu’à la roche mère, à 25 mètres de profondeur. Les murs reposaient alors sur des vérins en métal. On a ensuite construit des fondations en béton armé, avec de couper les vérins et que les murs reposent à nouveau sur les fondations. En deux phrases, comme ça, c’est vite dit, mais cela a pris des années, et c’était un exploit technique et technologique considérable tel qu’il est difficile pour nous de bien vous l’expliquer.

Après un incendie en 1853, il a été restauré par l’architecte Kavos, puis, à la fin du XIXème par Gernet, et au milieu du XXème par Rozhin. A l’époque soviétique, on a remplacé le plancher flottant en bois par une dalle en béton armé pour empêcher le bâtiment de s’éventrer.

Selon les informations lues dans le communiqué de presse, la chantier avait des dimensions pharaoniques :
La superficie totale à été portée de 30.366 m² à 42.454 m²
Hauteur 117,45 mètres…
L’espace scénique à été entièrement modifié, les créateurs ont puisé leur inspiration dans les plus grandes scènes du monde : "Covent Garden" à Londres, les "Opéra Garnier" et "Opéra Bastille" à Paris, le "Carlo Felice" à Gênes, le "Scala" de Milan, le "San Carlo" à Naples ou le Centre Théâtral de Tokyo.
C’est une scène mobile, composée de différents modules dont on peu jouer à volontés. La fosse sous le théâtre est immense, jusqu’à la roche mère à 25 mètres en dessous du sol.
Les cloches enlevées à l’époque soviétique ont été remises en place. Le carillon sonne à nouveau "Boris Goudonov" ou "Khovantchina" (à vous donner le frisson). La plus grosse cloche pèse 6,4 tonnes, la plus petite moins de 9 kilos.

Au fil des années, les moulures de plâtre dans les halls et les couloirs ont été modifiées, changée ou rénovées à plusieurs reprises. C’étaient, avant restauration des puzzle de différentes époques.

A la place des vieux planchers grinçants de l’époque soviétique, on a remis en place des sol comme à l’origine : réalisés dans l’art de la mosaïque vénitienne du XVIIIème siècle. Le dessin de ces sols à été recréé sur la base d’un seul et unique fragment qui était conservé dans une boite, dans le bureau du directeur, où il a été retrouvé par hasard. Ce sont des ouvrier vénitiens qui sont intervenus pour ces sols, et on a utilisé onze sortes de marbres différents, dans toute une palette de couleurs.

Sous la place devant le théâtre on a créé cette vaste salle de répétition, qui servira également pour les enregistrements. Au dessus de cette salle coule la célèbre fontaine.
Le métro qui passe à une dizaine de mètre de la salle provoquait des vibrations qui étaient un gros problème à résoudre pour les architectes du projet. Plancher flottant, faux plafond et matériaux spéciaux pour les cloisons ont permis de résoudre ces vibrations.

En 1941 une bombe avait détruit entièrement cette salle du foyer blanc. On l’a restaurée telle qu’elle était en 1856. Les murs et les plafonds sont peints à fresque dans des couleurs aux nuances chaudes et une sorte de trompe l’œil qui donne du volume et du relief. les grands miroir, voulus par Kavos augmentent ‘espace. Pour les lustres, on a utilisé trois cristal de différentes origines.

Nos guides sont particulièrement fiers de nous montrer ce verrou d’une porte. Restauré, il est d’époque, comme le montre les divers tampons frappés sur le métal. Une serrurerie en parfait état, après deux cent ans de bons et loyaux services;

La Grande Salle du Hall Impérial. Désormais, on la nommera le salon Beethoven. A l’époque soviétique, se tenaient ici des réunions du parti. C’est dans cette salle que fut décidée l’expulsion du parti de Galina Vichnevskaïa. Au bout de cette salle, à droite, une porte ouvre sur la loge qu’occupait Staline. Parfois il y venait seul, on donnait une représentation uniquement pour lui, et il admirait sa bien-aimée Aria.

Avant le couronnement de l’empereur Nicolas II, en 1895, on avait commandé spécialement, en France, des tissus de soie, uniques, pour décorer les salles de la célébration. Les maîtres français avaient tissé un satin de couleur rouille pour le capitonnage, et douze panneaux de soie brodée de fils multicolores. Sur les murs des stucs aux motifs végétaux et les emblèmes de l’Empire Russe ainsi que le monogramme du dernier Tsar de toutes les Russies.
Monogrammes et armes du tsar avaient disparus, les tissus avaient beaucoup soufferts, parfois même, coupés avec des ciseaux. Puis ils avaient été ôtés pour être donnés à une école, et remplacés par des peintures.
La restauration de ces tissus à pris trois ans. Il a été nécessaire de fabriquer des outillages spéciaux pour ce travail. chaque centimètre de tissus à au préalable été soigneusement nettoyé avec des brosses spéciales, puis chaque fil manquant remis à sa place un à un. Pour cela, on utilisé des matériaux identiques à ceux employés en 1895, mis en place par des mains expertes.
Et c’est à ce niveau qu’une entreprise de Venise est intervenue !
Nicolò Favaretto Rubelli dirige dans la Sérénissime une entreprise de tissage qui s’est spécialisée dans les tissus anciens, et a déjà travaillé avec de nombreux monuments, musées, palais, théâtres, dont la Fenice de Venezia, la Scala de Milano, le San Carlo de Napoli, le Petruzzelli de Bari. Également de nombreux palais transformés en hôtels de luxe à Venise, tel le Gritti.
Un travail qui a pris plus de quatre ans, et permi à Rubelli d’envoyer à Moscou 12 000 mètres de tissu. Les étoffes précieuses ont été réalisées dans leur usine de tissage de Cucciago, près de Côme : damas, lampas (sorte de taffetas de soie), brocarts précieux, velours et divers tissus de soie. Pour tous ces tissus, on a utilisé 5 400 kilos de fil d’or pur.

Tous les stucs ont été démontés, restaurés et remis en place.

La salle de la Chorale à également été restaurée telle qu’en 1856.

Tout ce qui faisait la fierté de la Russie Impériale à été restauré, minutieusement par une armée de spécialistes qui ont travaillé nuit et jour pendant plusieurs années.

Un des célèbres atlantes, qui, jusqu’à la perestroïka à l’époque soviétique, était célèbre dans le monde entier. Nous les pensions en bois, nous avons découvert qu’ils sont en réalité en papier mâché !
Depuis son ouverture en 1856, le Théâtre Bolchoï, pour des questions de résonance, faisait la part belle au bois, principalement de l’épicéa. Après l’incendie de 1853, l’architecte Albert Kavos l’avait conçu de telle façon, imaginant l’auditorium du théâtre comme l’intérieur d’un violoncelle : plancher flottant en bois, mur de panneaux en bois, plafond suspendu de bois.
Dans les années vingt, pour accroitre la capacité de la salle, on avait enlevé les panneaux de murs, ajouté au plancher en béton armé, l’acoustique de la salle s’en était gravement ressentie.
On a donc décidé de revenir aux principes évoqués par Kavos dans ses écrits. dont un magnifique plancher suspendu en larges panneaux de bois. La salle, de nouveau, ressemble à un gigantesque instrument de musique, qui répond spar son acoustique à toutes les règles de la science musicale de notre époque.

Tous les ornement (de papier mâché !) recouverts de multiples couches de dorures ont été nettoyés pour retrouver la forme originelle des décorations. A l’époque soviétique, on avait recouvert ces dorures par des couches de peinture (parfois un alliage de cuivre dilué) ou de poudres sur des vernis, qui au fil du temps avaient estompé les détails des formes. Désormais, tout à été doré à la feuille selon la technique de la pose à l’œuf.

Pour retrouver l’autre technique de dorure dite "à la Russe" qui avait été perdue pendant la période soviétique, les restaurateurs ont été obligés d’aller la ré-apprendre auprès de maîtres qui l’utilisent toujours, à Rome.

Les feuilles d’or employées pour la dorure sont fines et légères. Sur les grandes surfaces lisses, elles sont superposées par feuilles entières. Sur les reliefs, ce sont de petits morceaux qui sont "soufflés", puis appuyés avec un petit pinceau en poil d’écureuil, et coupées ensuite au couteau. Les artistes utilisaient aussi unpinceau plus large, en forme d’éventail, toujours en poils d’écureuil.

Puis, une fois qu’elle ont adhéré, les feuilles sont "vernies" à la vodka (ça ne s’invente pas !). Bien sur, nous avons posé la question avant que vous ne nous la posiez : la vodka dissout la colle, tire la feuille avant de s’évaporer. Ainsi, la feuille d’or absorbe les petites irrégularités. Les morceaux de feuilels se chevauchent de quelques millimètres.

Puis, deux ou trois heures après la dorure, l’or est poli avec un outils fabrique avec une dents d’ours en forme de spatule de un à trois centimètres de largeur.

Pendant l’une de nos visites, les techniciens travaillaient à des réglages sur ce grand lustre qu’il venaient de remettre en place. Cette seule opération leur avait demandé quarante heures de travail non stop.

A l’origine, ce lustre du XIXème siècle fonctionnait au gaz. dans la restauration, on a conservé les vases, les valves et les tubes.

On nous a expliqué que, à présent, des spécialistes faisaient des tests dynamiques sur les diffréentes parties du lustre pour en mesurer les effets du poids.

A l’extérieur, la célèbre quadrige d’Apollon, qui avait également souffert des bombardements de 1941 et des intempéries, à été démonté et restauré à partir de 2009.

Les célèbres piliers de calcaire blanc de la façade, autrefois protégés de l’humidité par des joints en écorce de bouleau, avaient, suite à l’action du sel, du froid et de l’humidité, de grandes tâches noires (que l’on distingue bien sur les anciennes photos). Les restaurateurs ont rendu à la pierre son aspect originel.
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Nous remercions le service de presse de la banque VTB et le groupe d’investissement "Сумма-Капитал" pour l’aide et toutes les informations qu’ils nous ont apportées.
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Nous avons profité de ces visites au théâtre Bolchoï pour obtenir une autorisation exceptionnelle : celle de visiter l’atelier de couture et de fabrication des costumes du théâtre. Ce sera l’objet d’un de nos prochains articles, ici même, et nous vous emmènerons dans un des endroits les plus secrets du monde, découvrir les secrets d’ouvrières aux multiples talents qui nous ont ouvert non seulement leur portes, mais aussi leurs cœurs et dévoilés quelques-uns de leurs secrets.

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