Sora Gemma

Sora Gemma

La maison de plaisirs de Sora Gemma, était équipée pour accueillir les jeunes poulets de printemps, l’eau et la serviette de toilette étaient fournis.

La maison de Sora Gemma a réellement existé, à Venise, de 1860 à 1949, un immeuble qui était sa propriété, et où elle pratiquait le plus vieux métier du monde.

SG2

Célèbre pour son grand professionnalisme et ses coups publicitaires glorieux, les clients habituels de "SORA GEMMA" étaient tous des personnalités importantes de l’époque. Quand aux "jeunes poulets de printemps", la première fois était gratuite pour eux.

Dans ces maisons, venaient parfois des clients désargentés, qui étaient là uniquement pour regarder, sans "consommer". Ces flanellisti qui venaient "respirer l’atmosphère pécheresse" n’étaient pas désapprouvés par les maitresses de maisons, il leur était seulement demandé, comme on peut le voir encore de nos jours sur des Avviso, petits cartons qu’il est toujours possible de chiner chez les antiquaires : "Giovanotti! Le signorine lavorano! Si raccomanda di non intrattenerle con le bagattelle inutili". Jeunes gens, les demoiselles travaillent, nous vous recommandons de ne pas les perturber avec des bagatelles inutiles…

Avviso

Il y a seulement cinquante ans la prostitution était pratiquée en Italie presque exclusivement dans des bordels, ou maisons closes, ou maisons de plaisirs, gérées par l’État.  Pour être précis jusqu’au 20 Février 1958 à laquelle le Parlement italien les a abolis en approuvant la loi 75/58 proposée par la sénatrice socialiste Angelina Merlin. Cette dernière n’a pas voulu abolir "le plus vieux métier du monde, qui mourra avec le monde", mais seulement supprimer l’ exploitation de la prostitution par l’État Italien, ou "Stato pappone".

Prezzario

June Cunningham, 1957

En septembre 1957, l’actrice anglaise June Margaret Cunningham pose en bikini sur la plage du Lido de Venise, en face de l’hôtel Elxelsior.

June Margaret Cunningham sur la plage du Lido de Venise en 1957

Elle est venue à Venise, du 25 août au 8 septembre, pour la Mostra de Cinéma, présidée par le réalisateur français Renée Clair.

La jeune actrice, de 22 ans à l’époque, a joué le rôle de Marlene Hogg dans une comédie The Smallest Show on Earth (Sous le plus petit chapiteau du monde) qui ne crèvera pas l’écran en dehors des îles britanniques.

The Smallest Show on Earth

En 1957, la Mostra consacrera le film  L’Invaincu (Aparajito) de Satyajit Ray qui se verra décerné le Lion d’Or, le New Cinema Award, le prix Fripesci.

L’autre grand vainqueur étant Fred Zinnemann pour Une Poignée de Neige.

Quand à June Cunnigham, elle tournera encore, pendant six ans, dans une quinzaine de films, dont aucun ne connaîtra une réelle notoriété. Après 1963 elle ne fit plus aucune apparition et l’Histoire du Cinéma semble l’avoir totalement oublié.

Il nous reste donc juste une photo sur une plage de Venise…

20 juillet 1954

Il y a soixante ans jour pour jour, le Circo Nationale Togni avait déployé son chapiteau sur le campo San Polo, à Venise après avoir, la veille, fait une traversée de la ville depuis la gare Santa Lucia qui restera mémorable.

Le Circo Togni à Venezia, le 19 juillet 1954

A propos de la traversée de la ville, dont se souviennent nombre de vieux vénitiens, voir notre article Le Circo Togni à Venise.

Pour la première fois, une cinquantaine d’artistes venaient se produire dans le cœur historique de la cité lagunaire, mais ce qui a marqué l’imagination des enfants de l’époque, reste sans conteste la traversée de la ville par les animaux, éléphants en tête de cortège.

Le Circo Togni à Venise

Le fait de voir des tigres dans notre ville flottante, ou des éléphants faisant une pyramide sur le pont des Scalzi, et encore des chameaux dans les calli de San Marco était très inhabituel.

De mémoire vivante, il n’y a rien qui puisse dépasser l’émotion de ces heures magiques et exceptionnelles, tant pour les artistes du cirque que pour les vénitiens. Même le public le plus profane, ne pouvait que rester fasciné par un monde si étrange, si proche, ne pouvait avoir les mots pour décrire un spectacle hors du commun. Le cirque Togni avait imaginé un programme qui fait encore envie de nos jours, et qui semble désormais impossible à réaliser de nouveau.

Sur la piste se succédèrent les étoiles circassiennes de l’époque : le Duo Loredani au trapèze, les Fratelli Martini à la corde. Le Trio Cavallini (Luigi Cavallini, Pietro et Peppino Balaguer), parmi les plus célèbres clown italiens, cité par l’historien Cervellati. Toute la famille de Wioris Togni, frère de Darix et fils d’Ercole. Dolly Togni, autre fille d’Ercole, admirable et sensuelle cavalière, qui présenta son numéro de chevaux en libertés, majestueux.

Albert Darix et son épouse Violette Carrè présentèrent un autre numéro équestre d’une extrême élégance.

Mais les chevaux n’étaient les seuls animaux présent dans ce cirque qui se vantait de posséder un des plus grands zoo mobile d’Europe. Les chimpanzés, chameaux, chiens, tous les félins mais surtout les éléphants. Les éléphants qui ont salué la ville depuis le  Ponte degli Scalzi menés par le prestigieux Ugo Miletti dont certains se souviennent encore aujourd’hui comme un génial dompteur d’éléphants. Et puis, il y avait Darix Togni

Darix, la légende parmi les félins, devenu dompteur par hasard, en cinq jours, en Septembre 1946, il reste l’unique exemple à travailler avec la même élégance féline du geste. Venise a toujours été un objectif pour lui et il a réussi, juste à l’été 1954, lorsque, pour remercier un public si affectueux, il a fait présenter un numéro qui fut le premier d’une longue vie, de celui qui lui était si précieux : Livio, 4 ans, son propre fils, qui se produisit à Venise pour la première fois.

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La construction du Rio Novo – Venise 1931

Le creusement d’un nouveau canal dans le sestiere de Santa Croce fut décidé lors de la construction du pont reliant Venise au continent, et du vaste réaménagement de cette partie de la ville pour créer la piazzale Roma.

La construction du Rio Novo

Alors que Venise cessait d’être complètement un île, un esprit de modernisme allait donner à cette partie de la ville un visage totalement différent.

La construction du Rio Novo

Déjà, cette partie de Venise avait connu quelques bouleversements. En 1834 le peintre et scénographe de la Fenice, Francesco Bagnara, professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Venise, avait dessiné le plan des Giardini Papadopoli qui ont été réalisé à l’emplacement de l’ancien monastère et de l’église Santa Croce à la suite de sa destruction.

Sur une surface d’environ 12 000 m2 furent plantés des arbres de grande hauteur ainsi que des arbres fruitiers, des mûriers et des fleurs rares entre les éléments architectoniques utilisés par Bagnara à l’exemple de Selva pour les Giardini napoleonici. Ces jardins de belle allure furent remaniés en 1863 par le paysagiste français Marc Guignon de manière à accueillir des fêtes nocturnes et de riches réceptions.

La construction du Rio Novo

Mais, suite aux aménagement liés à la construction du nouveau pont, le jardin fut coupé en deux par le creusement du canal en 1933.

Le projet de creusement de ce nouveau canal, était de faire diminuer la circulation, déjà trop importante, dans le Canalasso (le Grand Canal). L’ingénieur Eugenio Mozzi était responsable de la réalisation des travaux d’excavation du Rio Nuovo et la construction des ponts qui le traversent : Ponte della Sbiaca, P. della Ceraria et le P. Foscari.

Les travaux mirent à jour d’antiques pieux utilisés pour les fondations des constructions.

Rio Nuovo

Rio Nuovo

Rio Nuovo

Après la construction du canal, on décida de faire passer par là une ligne de vaporetto, équipée de 8 nouveaux bateaux spécialement conçus, plus faciles à manœuvrer, baptisés du nom de célèbres palais vénitiens. Cette ligne réduisait grandement le temps de transport entre la piazzale Roma et la piazza San Marco. C’était le vaporetto de la ligne 2 Acnil, qui reste encore dans l’esprit de nombreux vénitiens qui l’ont utilisée.

A cette époque, les taxis et bateaux privés pouvaient emprunter ce canal, mais pas les gondoles. On avait construit une sorte de voie rapide au cœur de la ville.

La construction du Rio Novo

Comme a cette époque, on commençait déjà à se plaindre des dégâts du moto ondoso sur les fondations des maisons causées par la propulsion à hélices, ces nouvelles embarcations étaient équipées de propulseurs d’étrave expérimentaux conçus en Allemagne, et surtout d’une nouvelle forme de coque. Mais l’ancienne ligne 2 a tout de même été supprimée, suite aux protestations des riverains.

Depuis, les gondoles ont le droit d’emprunter le canal.

Ce canal présente un certains nombres de particularités : c’est le seul canal de Venise où la circulation se fait à gauche. On peut encore y voir des feux tricolores de circulation, autrefois destinés à réguler une navigation que l’on avait espérée dense.

La construction du Rio Novo

Rio Nuovo

Rio Nuovo

La construction du Rio Novo

La construction du Rio Novo

La construction du Rio Novo

La construction du Rio Novo

La construction du Rio Novo

La construction du Rio Novo

Rio Nuovo

Paul et Linda McCartney à Venise

J’ai rencontré Linda dans une boîte de nuit à ­Londres, le Bag O’Nails, en 1967. On s’est tout de suite plu. Je suis allé me présenter à elle, le reste fait ­partie de l’histoire… Linda était une femme très spéciale, tous les gens qui ont eu la chance de la rencontrer l’adoraient.

Après la séparation des Beatles en 1970, Paul apprend à Linda à jouer du clavier (piano et synthétiseur) avec son petit cahier où elle note les accords des chansons que le groupe interprète, et l’intègre dans son nouveau groupe : les Wings.

Au cours des années, Linda développe son talent musical, écrivant et enregistrant sa propre musique. Son album posthume Wide Prairie sort en 1998.

Elle meurt d’un cancer du sein en 1998. En hommage, Paul McCartney suggère alors aux fans de Linda de faire des dons financiers pour la recherche contre le cancer du sein, ou "mieux, de devenir végétariens".

Paul e Linda McCartney a Venezia nel 1976

Lors de la tourné mondiale du groupe Wing, Paul Mc Cartney et ses amis musiciens se produisent pour un concert public sur la piazza San Marco, le 27 septembre 1976.

Paul e Linda McCartney a Venezia nel 1976 per un concerto dei Wings in piazza San Marco

Avant le concert, ils ont paradé, avec Linda, en gondole, dans le bassino de San Marco, devant des milliers de fans.

Paul e Linda McCartney a Venezia nel 1976 per un concerto dei Wings in piazza San Marco

Voici la liste des titres du concert de Venise :

  • Venus And Mars / Rock Show / Jet
  • Let Me Roll It
  • Spirits Of Ancient Egypt
  • Medicine Jar
  • Maybe I’m Amazed
  • Call Me Back Again
  • Lady Madonna
  • The Long And Winding Road
  • Live And Let Die
  • Picasso’s Last Words
  • Richard Cory
  • Bluebird
  • I’ve Just Seen A Face
  • Blackbird
  • Yesterday
  • You Gave Me The Answer
  • Magneto And Titanium Man
  • Go Now
  • My Love
  • Listen To What The Man Said
  • Let ‘Em In
  • Time To Hide
  • Silly Love Songs
  • Beware My Love
  • Letting Go
  • Band On The Run
  • Hi Hi Hi
  • Soily

Nous avons conservé quelques photos et retrouvé une vidéo.

La Filovia Mestre – Venezia

Pour certains, La Filovia, c’est une trattoria de Santa Croce, située piazzale Roma, où ils mangent une dernière fois avant de quitter Venise, une fois le Carnaval terminé.

Peu de touristes se posent des questions sur l’origine de ce nom étrange…

La Filovia a été, durant de nombreuses années, le fil d’Ariane qui reliait la cité lagunaire au continent :

Filovia

En 1933, on inaugure la première course entre la Piazza Pastrello à Favaro Veneto et Venise. Sonia Bevilacqua nous a envoyé la photo ci-dessous, où l’on voit son père, le second à gauche, poser, avant le départ de Favaro Veneto, devant le trolley N° 4.

Le tramway sur la Piazza Pastrello à Favaro Veneto

Quelques années avant la Società Anonima Tranvie Mestre-S. Giuliano exploitait encore le service des tramways tirés par des chevaux. Les voyageurs, une fois arrivés piazza Barche, devaient prendre un bateau…

Dès que le pont sur la lagune fut terminé, le choix de relier directement Mestre à Venise fut pris. Et à cette époque de modernité, on choisi des trolley électriques pour remplacer les tramways à chevaux.

Pont sur la lagune

Pour les garnements de l’époque, c’était la coriera co le tirache. Gigio Zanon, qui en faisait partie, se souvient : "Da fioi co la passava par la rampa del Troncheto la ralenatava, alora se tacavimo su le do coverte dei cavi e se fassevimo portar in piassal Roma. Dove che i più mone se fasseva ciapar dai vigili che ne spetava…" Comme le trolley était ralentis par la montée de la rampe de Troncheto, les enfants s’accrochaient à l’arrière et se faisaient transporter jusqu’à piazzale Roma, mais ils devaient s’enfuir avant que les vigiles ne les attrapent.

Filovia

Une autre ligne, également inaugurée en 1933, reliait la Piazza Ferretto, via la Piazza Barche (aujourd’hui du XXVII Ottobre) jusqu’à la Piazzale Roma à Venise, en traversant le nouveau long Ponte Littorio (aujourd’hui Ponte della Libertà). Sur la photo ci-dessous, le filobus Fiat 656 n. 40 en service sur la ligne 3 traverse la piazza Ferretto.

Filovia

Ce fut un succès commercial, et très vite d’autre lignes furent crées, au Lido de Venise, ainsi que des lignes Mestre-Mirano et Mestre-Treviso respectivement en 1937 et 1938.

Un service de nuit fut également mis en place, comme on peut le voir sur ces photos, prises devant la billeterie de la piazzale Roma, et au premier arrêt avant le ponte Littorio.

Filovia

Filovia

La ligne du Lido de Venise a été supprimée en 1966, après les dégâts causés dans la région par des innondations consécutives à la rupture de digues qui protégeaient la lagune.

La ligne Venise-Mestre et celles conduisant à Mirano, Mogliano et Trévise furent abandonnées en Septembre 1968, lorsque il aurait été nécessaire de déplacer certaines parties du caténaire, pour des soucis de viabilité, des travaux que l’ACNIL (organisme gestionnaire du LPT à l’époque) n’a jamais voulu réaliser. Les derniers modèles de trolleys étaient 5 Fiat 2405 Stanga de 1958 articulés, numérotés 201 à 205.

Filovia

Une Renault 4L à l’assaut de Venise

Dans la série "Les grandes idées lumineuses des propagandistes de la cause moderniste" Venise a maintes fois échappée à des dangers si redoutables qu’elle en serait irrémédiablement défigurée.

Ainsi, dans les années 1962, la société française Renault, avait suivi la Fiat qui, preuve à l’appui tentait de démontrer que Venise et circulation automobile n’étaient pas incompatibles.

Ainsi, il fut possible de voir une Renault 4L, la célèbre voiture populaire, circuler dans des lieux prétendus inaccessibles, où la populaire Fiat 500 avait renoncé à s’aventurer.

Heureusement pour nous, cette démonstration de "puissance" des ingénieurs et propagandistes français n’eût aucune suite, il ne nous reste plus que quelques photos extravagantes de la célèbre chèvre des routes dans les calli et sur les ponti de la Serenissime.

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

In magies du passé

Voici, aujourd’hui des images de Venise, rarissimes, qui ont ressurgi d’un passé que nous pensions perdu.

Ce sont des témoignages des balbutiements de la photographie à Venise tels que nous vous les avions déjà fait découvrir dans notre article Exploration de Venise à travers les premiers daguerréotypes.

La première image est un daguerréotype anonyme daté de 1855, qui représente le Pont du Rialto. Il est en assez mauvais état pour le moment, nous espérons qu’il pourra être restauré.

Pont du Rialto, daguerréotype anonyme de 1855

Pont du Rialto, daguerréotype anonyme de 1855

Nous avons également retrouvées deux épreuves photographiques colorisées de la porte d’entrée de l’Arsenal, prises à vingt ans d’intervalle.

Portail de l'Arsenale en 1860

Portail de l’Arsenale en 1860

Portail de l'Arsenale en 1880

Portail de l’Arsenale en 1880

Le repas des pigeons

Le repas des pigeons

Autrefois sur la piazza San Marco, selon une ancienne coutume, un employé de la mairie donnait à manger aux pigeons du grain, deux fois par jour.

C’était aussi l’occasion pour les touristes du siècle dernier de se prendre en photo sur la piazza en cocasse situation. Même des hommes illustres s’y sont essayés.

Nous avions des pigeons partout et j'en faisais une légère grimace de peur.  Mais on a pris le moment où ils étaient envolés. Alice Monet, Venise, 6 octobre 1908

Nous avions des pigeons partout et j’en faisais une légère grimace de peur. Mais on a pris le moment où ils étaient envolés. Alice Monet, Venise, 6 octobre 1908

Les publicitaires d’une célèbre marque de soda américaine, s’emparèrent de cette tradition pour faire, en 1963, un des fameux coups de pub de l’histoire contemporaine.

Les graines furent dispersées sur la place en écrivant en diagonale le nom de la fameuse marque, l’affolement des volatiles et un bon photographe, posté sur le toit du Palazzo Reale, firent le reste.

Cacacola

Mais en fait, ce concept avait déjà été inventé en 1950 par une compagnie d’assurance italienne. Les marchands yankee n’ont jamais rien inventé, on le sait bien…

… et sans vouloir être méchants, la photo de 1950 est bien plus agréable que sa copie américaine. Question de cadrage et d’objectif.

AG assurances

Plus tard, l’idée fut copiée, par une marque de vodka, en couleur, cette fois. Nous nous demandons combien ces entreprises ont payés pour avoir le privilège de nourrir les pigeons de cette façon?

Vodka

Les lois ont changé, et l’on connait aujourd’hui les dégâts que la fiente des pigeons produit sur la pierre des monuments. De nos jours il est rigoureusement interdit de donner à manger à ces oiseaux, les touristes qui s’y aventurent sont régulièrement rappelés à l’ordre par les vigiles municipaux, et risquent une amende.

Le Circo Togni à Venise

Il y a quasiment soixante ans, jour pour jour à un an près, Venise vivait dans une grande effervescence : le 19 juillet 1954, à la gare Santa Lucia, on se préparait à accueillir le train spécial du Cirque National Togni.

Le Circo Togni à Venise

Sur la photo ci-dessus, on peut voir les éléphants traverser le ponte San Giacomo dall’Orio, imaginez quel spectacle ce fut pour les vénitiens à l’époque.

C’était la fin de l’après-midi lorsque le convoi s’immobilisa dans la gare. Les voyageurs de ce train étaient un peu particulier, employant une langue rare, faite de rugissements, barrissements et de hennissements.

Le Circo Togni à Venezia, le 19 juillet 1954

Pour la première fois la ville historique de la lagune serait l’hôte d’un spectacle avec un grand S, et tous les vénitiens étaient là, pour attendre l’arrivée d’une surprise qui promettait de briller non seulement par ses paillettes, mais qui allait créer un événement dont l’histoire se souviendrait forcément. Le cirque devait s’installer sur la campo San Polo, et c’est donc par les rues de la ville, en traversant les nombreux ponts, que le cirque, avec ses cinquante artistes et son importante ménagerie est allée se mettre en place, sous la direction du patron, le patriarche Wioris Togni.

Le Circo Togni à Venezia, le 19 juillet 1954

Dès le matin suivant du 20 juillet, les vénitiens trouvaient le cirque installé sur la campo San Polo, pouvaient venir admirer les animaux et, sous le grand chapiteau, admirer les numéros du spectacle.

On peut imaginer que voir passer des chameaux sur la Piazza san Marco, ou des éléphants dans les rues de la ville flottante, voir des lions, des tigres et des panthères sur le pont du Rialto étaient une chose que Venise n’avait jamais connu. Nos lecteurs connaissent pourtant, à présent, de nombreuses histoires d’éléphants que nous avons déjà évoquées ces derniers jours… en août 1910, le colossal cirque allemand Krone avait débarqué à San’Elena. Mais ce qui fit l’évènement, en ce 19 juillet 1954, ce fut que le cirque tout entier fit la traversée de la cité lagunaire à pied, par les calli, campi et les les ponts.

Le Circo Togni à Venezia, le 19 juillet 1954

Et comme pour respecter fidèlement la plus ancienne des traditions circassiennes, le défilé, dans les rues étroites qui respiraient les gloires artistiques de la Sérénissime République, composé d’artistes et d’animaux permettait d’annoncer les exploits futurs d’un spectacle du passé.

Pour la mémoire collective et pour la petite histoire du peuple vénitien, il nous reste ce témoignage unique, un petit film qui a été tourné en 8 mm par le Professeur Alviano Boaga et monté en 2007 par son fils, Vittorino Boaga. Nous le partageons ci-dessous.

Liens et sources :

Notre article à été inspiré par le partage de la vidéo ci-dessus par Giani Poli, un ami vénitien.

Nous avons traduit partiellement les informations contenues dans l’excellent article de Il Ridotto, et les photos qui illustrent cet article ont été publiées par ce site également.

Nous vous signalons également l’article écrit par notre ami Lorenzo, qui a reçu le même petit film au même moment que nous (début mai dernier), de la même source vénitienne : Quand le cirque Togni était à Venise

On peut voir aussi d’autre photos (à vendre et taguées) ici : Venice Circus 

Le Circo Togni à Venezia, le 19 juillet 1954

La Riviera di San-Marco

Hier, notre article se terminait sur cette énigme : où somme-nous ?

Cette photo à été prise vers 1890, et montre la terrasse panoramique sur la lagune. La rue qui commence à gauche a pris le nom, le 2 mai 1867 de Strada Garibaldi.

La maison au centre de la photo a fait l’objet d’une restauration, et d’un étrange maquillage, puisque ses fenêtres on prit un aspect néo-gotique de manière à donner à ce qui n’était qu’une modeste masure, l’aspect d’un palais ancien. Les éléments rajoutés proviennent de divers édifices de la lagune vénitienne.

Après la via Garibaldi, il n’y avait plus d’accès en bordure de la lagune. Comme on le voit sur la photo ci-dessus, la casa della Marinaressa donnait directement sur l’eau. Cette maison, qui comprenait à l’époque cinquante-cinq logements, était réservée, gratuitement, aux marins de la Sérénissime qui s’étaient distingués pour des mérites particuliers.

La promenade en bordure du bassin de san Marco se terminait donc ici, après le ponte alla Veneta Marina. Autrefois ce pont était en bois, et était appelé ponte delle Catene. Puis, il fut construit en pierre à l’époque napoléonienne, et pris ce nom en raison de la base voisine de la Marine Autrichienne. Le caffè Alla Veneta Marina, avec sa vue splendide sur l’île de san Servolo et san Lazzaro et la riva degli Schiavoni, fut célébré dans les vers d’Antonio Lamberti. C’était le lieu privilégié des officiers de marine qui se retrouvaient en compagnie des arsenaloti et des pêcheurs.

C’est donc vers 1935 que l’on songea à prolonger la promenade en bordure de la lagune, et de la relier au quai longeant les jardins construits par Bonaparte.

Sur ce plan nous avons indiqué, en jaune, l’ensemble des quais rajoutés lors des travaux de 1936. Ci-dessous, un plan des différentes étapes du chantier, pompeusement dénommé la "Riviera di San-Marco" :

Le fameux projet, porté par la junte du maire Di Serego Allighieri, de prolonger la riva degli Schiavoni jusqu’aux Giardini, fut confié à l’architecte Duilio Torres, et ce, malgré une vive contestation. En effet, le projet porté par les politiques de cette période troublée, prévoyait la destruction de maisons populaires crasseuses, de ce quartier désigné alors comme malfamatto. Comme si détruire les maisons allait arranger la misère (finalement, les idées idées nationalistes sont toujours restées les mêmes).

On immergea des caissons en ciment pour la formation de la riva, et l’on combla ensuite avec des matériaux divers.

Le ponte della Veneta marina fut démoli. On conserva juste les parapets du pont avec leurs bas-reliefs. La photo ci-dessus est parue dans Il Gazzettino du 22 octobre 1936, pour illustrer un article de OL Passarella "La nuova riviera di San Marco".

Des quartiers populaires ont été rasés et remplacés par des jardins, il ne reste plus d’eux, aujourd’hui que de rares clichés, de l’époque où des familles entières vivaient-là.

Le 23 mars 1937, les autorités fascistes locales et l’ensemble de la classe politique vénitienne inauguraient officiellement la Riva dell’Impero, en hommage aux récentes conquêtes coloniales de l’Italie, et tournaient ainsi définitivement le dos à l’histoire d’un quartier antique de travailleurs des chantiers navals et de de pêcheurs, avec leurs maisons pittoresques.

Le Danieli de nos jours

Avant-hier, nous vous avons montré l’évolution de la riva degli Schiavoni et de son mythique hôtel Danieli.

Aujourd’hui, spécialement pour vous montrer comment est ce même endroit actuellement, c’est au sommet du campanile de san Giorgio Magiore que nous sommes montés.

Voici donc la riva, en ce moment même…

Demain, nous allons encore une fois voyager dans le temps, et découvrir comment un autre quartier de Venise, que vous connaissez tous, s’est transformé de façon radicale.

Pour vous faire languir un peu, voici, ci-dessous, une photo de l’endroit, avant les transformations. Qui saura nous dire où à été prise cette photo ?

Nous vous savons très forts à ce jeu-là, alors, demain 9 janvier, la réponse en images et en détails, et vos réponses, dans les commentaires ci-dessous apparaîtront également.

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