Antonio Margarini

Antonio Margarini était l’un des chefs de la résistance vénitienne contre l’invasion napoléonienne. Une révolte spontanée, inattendue et soudaine, d’un peuple qui n’a accepté ni la soumission à Bonaparte par le Sénat, accusé de lâcheté, ni la municipalité provisoire établi par les Jacobins. Une révolte que l’armée de Bonaparte a réprimé dans le sang, en utilisant même l’artillerie sur des manifestants au pont du Rialto.

Les troupes françaises de Bonaparte tirent sur la foule au pont du Rialto

On sait d’Antonio Margarini qu’il était vénitien des Stato da Mar, comme natif de  Zara.

On sait qu’il était officier de la marine vénitienne, et en 1797, il avait vingt-cinq ans. Le soir du 12 mai 1797 et il a dirigé et mené un soulèvement, qui voulait s’opposer et saper le gouvernement provisoire de la ville par les français, qui avait remplacé le gouvernement de la République de Venise.

Ce soulèvement a éclaté près du pont du Rialto, et les forces de la municipalité ont rapidement pris le dessus sur les insurgés, faisant usage de leurs armes contre des rebelles armés seulement avec des épées et des mousquets.
Nous savons qu’à l’époque Margarini avait réussi à échapper à la capture, mais a été localisé et capturé quelques jours plus tard.

Traduit en justice, il a été condamné à la peine capitale. Le peloton d’exécution a accompli la sentence dans la soirée du 23 Juin 1797, à 21 heures, sur le Campo de San Francesco della Vigna.

Il ne reste aucune trace de cette sombre histoire, la municipalité de Venise a même toujours refusé qu’une plaque commémorative soit apposée.

On a simplement retrouvées deux lettres.

La première, une longue lettre d’Antonio Margarini à sa mère, écrite le soir du 23 juin 1797. Elle commence ainsi :

"Ma très chère mère,

J’ai l’amertume d’avoir à écrire pour la dernière fois de ma vie, parce que ce soir, juste après le coucher du soleil, je serrai abattu par les troupes de la municipalité provisoire, qui régit Venise, après la chute de la glorieuse Sérénissime République.

Je vais vous expliquer, de façon aussi concise que possible, comment on en est venu à cette extrémité..."

Une lettre du Fra’ Benedetto, écrite le 24 juin 1797, fête de la Saint-Jean-Baptiste.

"Chère Madame Margarini,
J’ajoute ces quelques lignes, sur une feuille de papier séparée de la lettre que vous avez écrit votre fils Antonio, et que je n’ai pas lu, parce que c’est juste que vous soyez le le première à l lire.
Les deux lettres sont envoyées par un frère Vittorio, le frère de Montereale, qui doit aller à Zara dans les prochains jours..."

et plus loin :

"Il est mort à la veille de la fête de saint Jean-Baptiste et, comme lui, est mort en témoin de la Justice et de la Vérité.
Il est mort lors d’une douce soiréede  Juin, dans notre campagne vénitienne…

… Il mourut en pardonnant à ses bourreaux…

Il viendra un jour où Napoléon, qui a fait tant de mal pour notre pays et pour nous tous, sera à son tour le perdant, et qu’il tremblera à l’agonie… Celui qui est plus fort que toutes les armées de l’homme et est plus puissant que toutes les armes à feu dans le monde rétablit toujours la justice."

L’Aigle et le Lion – Napoléon et Venise: 1796-1814 par Amable de Fournoux

Napoléon et Venise : la chute de la Sérénissime République a été racontée bien souvent. Mais la liaison forcée entre Napoléon et Venise ne s’arrête pas à ces prémices. Elle se prolonge tout au long de la prodigieuse épopée de l’Aigle, dans un chaos d’événements qui vont bouleverser la carte de l’Europe, et singulièrement celle de l’Italie.

Aucun livre n’avait jusqu’à présent relaté l’étroite et étrange relation qui, de 1796 à 1814, s’est établie entre le conquérant le plus célèbre de toute l’Histoire moderne et la ville la plus célébrée dans toutes les littératures. En cédant, après l’avoir trahie et dépouillée, la vieille dame des lagunes à l’Autriche qui en rêvait depuis toujours, Bonaparte ouvrait la route de la fortune à Napoléon. Ce forfait allait salir durablement sa gloire. Devenu président de la première République italienne, empereur des Français, il n’aura de cesse de coiffer la couronne de fer des rois lombards pour racheter sa faute et régner sur cette Italie dont Venise était le joyau. Venise " napoléonisée ", c’est aussi une page mal connue de cette histoire que la légende a quelque peu escamotée. Malgré une visite réussie dans la Cité des Doges et de sérieuses réformes pour la sauver de la ruine, l’aventure se solda par un échec cuisant et le rejet complet de la présence française. " Je serai un Attila pour Venise ", la terrible menace prononcée par le général en chef de l’armée d’Italie en 1797 était décidément prophétique. L’Aigle et le Lion n’ont jamais fait bon ménage.

Napoleon et Venise 1796-1814

Broché: 366 pages
Editeur : Editions de Fallois (19 février 2002)
Langue : Français
ISBN-10: 2877064328
ISBN-13: 978-2877064323

L’Aigle et le Lion – Napoléon et Venise (1796-1814)

Napoléon et Venise : la chute de la Sérénissime République a été racontée bien souvent.

Mais la liaison forcée entre Napoléon et Venise ne s’arrête pas à ces prémices. Elle se prolonge tout au long de la prodigieuse épopée de l’Aigle, dans un chaos d’événements qui vont bouleverser la carte de l’Europe, et singulièrement celle de l’Italie.

Aucun livre n’avait jusqu’à présent relaté l’étroite et étrange relation qui, de 1796 à 1814, s’est établie entre le conquérant le plus célèbre de toute l’Histoire moderne et la ville la plus célébrée dans toutes les littératures. En cédant, après l’avoir trahie et dépouillée, la vieille dame des lagunes à l’Autriche qui en rêvait depuis toujours, Bonaparte ouvrait la route de la fortune à Napoléon.

Ce forfait allait salir durablement sa gloire. Devenu président de la première République italienne, empereur des Français, il n’aura de cesse de coiffer la couronne de fer des rois lombards pour racheter sa faute et régner sur cette Italie dont Venise était le joyau.

Venise " napoléonisée ", c’est aussi une page mal connue de cette histoire que la légende a quelque peu escamotée. Malgré une visite réussie dans la Cité des Doges et de sérieuses réformes pour la sauver de la ruine, l’aventure se solda par un échec cuisant et le rejet complet de la présence française. " Je serai un Attila pour Venise ", la terrible menace prononcée par le général en chef de l’armée d’Italie en 1797 était décidément prophétique. L’Aigle et le Lion n’ont jamais fait bon ménage.

L’histoire du jeune général républicain Bonaparte et de la vieille République Sérénissime de Venise fut celle d’une incompréhension totale. Les pratiques politiques et diplomatiques des Vénitiens se virent confrontées à la puissance et à la violence de l’étoile montante de la Révolution. L’ouvrage d’Amable de Fournoux nous en fait la démonstration mais va au delà de la disparition de la Sérénissime. Il nous présente également les rapports difficiles de la cité en déliquescence sous l’occupation napoléonienne.

Napoléon et Venise (1796-1814)
Amable de Fournoux

  • Broché: 366 pages
  • Editeur : Editions de Fallois (19 février 2002)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2877064328
  • ISBN-13: 978-2877064323

L’Aigle et le Lion – Napoléon divise toujours Venise

Venise garde un fort mauvais souvenir du passage de Napoléon Bonaparte. Aussi, l’acquisition en 2003 d’une statue de l’Empereur destinée à une niche du Musée Correr, sur la place Saint-Marc, a provoqué un tollé au sein des habitants, farouches protecteurs de la mémoire de la ville. Les associations napoléoniennes étant, quant à elles, prêtes à prendre la défense de l’Empereur.

Haute de 2,5 mètres, la statue en marbre réalisée met en scène un Napoléon torse nu et musculeux, levant impérieusement sa main droite, un globe terrestre dans la main gauche.
Elle avait été commandée par des marchands vénitiens pour remercier Bonaparte d’avoir fait du port une zone détaxée et a trôné sur la place Saint-Marc de 1811 à 1814, année où la Cité des Doges a été prise par les Autrichiens, et où la statue a été transférée vers l’île de San Giorgio Maggiore, située non loin.

La dispute autour des mérites et des crimes de Bonaparte agite toujours la lagune plus de deux cent ans après la chute de la République entre les mains de Bonaparte. A l’origine, la décision prise par la mairie de Venise, avec le soutien du Comité Français pour la Sauvegarde de Venise, d’acheter chez Sotheby’s pour 335.000 dollars la statue en question. Exécutée par le sculpteur véronais Domenico Banti, elle avait été érigée à proximité du palais des Doges en 1811 pour remercier l’Empereur d’avoir concédé à la cité le statut de port franc. Trois ans plus tard, avec l’arrivée des troupes autrichiennes, elle descend de son piédestal.

Napoléon est considéré par beaucoup comme l’ange noir de la ville ; en 1797, l’invasion de Venise par les troupes françaises, avec son lot de destructions et de pillages, a tout simplement mis fin à la millénaire Sérénissime. Napoléon, coupable d’avoir détruit une soixantaine de monastères, quelques dizaines d’églises, des centaines d’écoles du culte, ainsi que d’avoir envoyé en France les points névralgiques de l’économie de la ville, et surtout des milliers de tableaux, sculptures, livres, incunables, tapisseries de la Sérénissime.

Désormais, la statue a été placée dans le Musée Correr, place Saint Marc, dans l’aile napoléonienne

L’Aigle et le Lion – Bernard Dubourdieu

Fils d’un maître-tonnelier de Bayonne, Bernard Dubourdieu désire devenir marin et embarque à 16 ans comme mousse dans la marine marchande, à bord de la brigantine L’Alliance à destination de Lisbonne. Sa vocation se confirme lorsqu’il entre, en 1791, à l’école d’hydrographie de Bayonne, "ayant justifié savoir lire, écrire et les quatre premières règles d’arithmétique"

Le 18 octobre 1810, le capitaine de vaisseau Bernard Dubourdieu prend le commandement d’une expédition, première véritable sortie de la "flotte combinée franco-italienne", qui comporte une phase terrestre à objectifs limités. Elle comprend :
Les frégates françaises Favorite et Uranie (40 canons)
La frégate italienne Corona (40 canons)
Les corvettes italiennes Bellona et Carolina (32 canons)
Les bricks armés Iéna et Mercure (16 canons)

L’île de Lissa est occupée depuis 1807 par les Britanniques, qui en mesurent pleinement l’importance stratégique. Idéalement située le long des côtes de la Dalmatie, elle permet de contrôler le trafic maritime en Adriatique. En 1810, les Anglais y ont installé une base et des dépôts qui leur permettent d’y entretenir une petite flotte de guerre, et de servir d’abri aux navires corsaires qui menacent les communications maritimes entre l’Italie et la côte dalmate (occupée par Napoléon).

Le Royaume d’Italie, soutenu par la France, se lance tardivement dans la création d’une flotte qui lui permettra de contrebalancer la Royal Navy. À Venise et à Ancône, les chantiers amorcent la construction de frégates. Des officiers français sont dépêchés sur place et participent activement à la mise sur pied de ces unités. Mais en mer, les frégates anglaises HMS Amphion et HMS Active obtiennent de tels succès qu’un premier "raid" est prévu contre l’île de Lissa.

Ne rencontrant aucune opposition (les frégates anglaises se sont aventurées vers le sud), les navires touchent Lissa le matin du 22 octobre 1810 et y débarquent des détachements de soldats italiens, qui capturent à quai un certain nombre de voiliers et détruisent dépôts et magasins. Cette première action, à comparer aux raids des futurs commandos qui se développeront bien plus tard, est un succès total ; les Franco-italiens se retirent dans l’après-midi, ramenant en Italie les prises capturées au port.

Le capitaine de vaisseau Dubourdieu, commandant de la division combinée franco-italienne, profite de cette période hivernale pour entraîner quelque peu ses équipages, mais sans tenter de sortie d’envergure. Il organise patiemment la seule opération qui semble pouvoir retourner la situation concernant la possession de l’Adriatique : la capture définitive de l’île de Lissa, qui priverait les Anglais de leurs seuls ports en Adriatique. Le vice-roi d’Italie, Eugène, donne son approbation au plan.

La division navale rassemblée pour l’occasion est conséquente :
Les frégates françaises La Favorite, La Flore, La Danaé (40 canons)
La frégate italienne Corona (40 canons)
Les corvettes italiennes Bellona et Carolina (32 canons)
Le brick armé Principessa Augusta (16 canons)
La goélette Principessa di Bologna (10 canons)
Le chébec Eugenio (6 canons)
L’aviso Lodola (2 canons)
La courrière Gazelle (1 canon)

L’ensemble, représentant 11 navires, 259 canons et près de 2000 hommes, est rassemblé à Ancône. Il est prévu – le moment venu – que les navires se portent sur Lissa et y débarquent un bataillon d’infanterie italien, qui s’y implantera solidement afin d’empêcher le retour au port des navires anglais. Privée de ses mouillages, la Royal Navy devrait se retirer vers Malte.

Dans la nuit du 12 au 13 mars 1811, les navires se regroupent à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de l’île de Lissa7. La Favorite réduit sa voilure pour permettre aux autres unités de rejoindre. Ce délai va permettre d’opérer une reconnaissance vers Lissa afin d’y constater la présence éventuelle de navires de guerre et, dans le meilleur des cas, de vérifier l’état d’encombrement des quais et du mouillage pour préparer le débarquement. À cet effet, deux navires vont être envoyés vers Port Saint George, le principal port de l’île :
La goélette Principessa di Bologna, qui après avoir approché suffisamment la côte, y enverra son canot.
La courrière La Gazelle, provisoirement prise en remorque par la goélette, et qui accompagnera ensuite le canot jusqu’à l’entrée du port.

Les Français attaquent de manière désordonnée à partir de 08h10. La Favorite, navire amiral de Dubourdieu, se trouve en pointe et devient rapidement la cible exclusive des 4 navires anglais qui lui présentent alors leurs flancs.

Engagée trop rapidement, la frégate cherche à traverser la ligne de bataille anglaise entre l’Amphion et l’Active, mais les navires britanniques sont tellement proches l’un de l’autre que cette manœuvre lui est impossible. Vers 09h00, étant pratiquement bord à bord avec leurs adversaires, les Français tentent alors l’abordage pour essayer d’exploiter leur arrivée si soudaine devant les navires anglais. La frégate fait barre à tribord et se range contre l’Amphion mais au dernier moment cette dernière ouvre le feu avec ses caronades : un tir à mitraille meurtrier balaye le pont de La Favorite, massacrant les troupes qui se préparaient à l’assaut. Les pertes sont très lourdes : le capitaine de vaisseau Dubourdieu à été tué à 9h10. Son second essaye à son tour une nouvelle tentative d’abordage, et tombe lui-aussi, suivi par le premier lieutenant. Tentant alors de contourner l’anglais, la Favorite finit par s’échouer sur la pointe sud-est de l’île.

Pendant ce temps, la bataille se poursuit en ordre dispersé, chaque frégate française ou vénitienne tentant d’aborder un adversaire. La Flore et la Bellona ont encerclé l’Amphion et ouvert un feu concentré, hélas mal dirigé. L’Amphion passe alors devant la Flore et la prend en enfilade; Au bout de 10 minutes, celle-ci amène ses couleurs. La Bellona, tirant sur la poupe de l’Amphion, tente de se dégager mais est prise en chasse par l’Active. Son commandant est tué dans la matinée, et la frégate se rend vers midi

La frégate Corona, elle, dégrée et criblée coups, finit par se rendre à l’Active et au Cerberus. La Flore, dont le commandant a eu le bras gauche emporté, s’est rendue mais n’a pas reçu d’équipe de prise de l’Amphion, a rehissé ses couleurs – ce qui est bien sûr contraire aux lois de la guerre, et sera la source de réclamations anglaises ; elle rejoint les frégates Carolina et Danaé, ainsi que les petits bâtiments, et réussit à regagner la protection des batteries de Lessines, les anglais étant incapables de se lancer à leur poursuite.

L’équipage de la Favorite, assistant au désastre, met le feu à son navire, qui explose avant la fin du combat. Les survivants, conduits par le colonel Gifflinga, s’empareront d’un petit bâtiment à Lissa et réussiront à rejoindre Lessines.

Les Franco-italiens ont perdu 3 frégates et 700 hommes ; les Anglais 200 hommes seulement. Ces derniers, après avoir effectué quelques réparations, regagnent Malte. N’ayant pas su profiter de leur supériorité numérique, perturbés par la mort de leur chef, les Français ont subi une nouvelle défaite, agissant sans plan d’ensemble, et se présentant les uns après les autres sous le feu anglais.

Sources :

 

L’Aigle et le Lion – la visite impériale de Venise

Le trajet du Grand Canal, terminé au milieu d’un bruit de fanfares et d’acclamations, l’Empereur, débarqué à la Piazzetta après avoir jeté un premier coup d’œil sur le lion ailé* qui couronne une colonne de granit, ainsi que sur le palais ducal, entra dans la basilique San-Marco, sans paraître remarquer le trou laissé par l’absence du quadrige des chevaux de bronze**.

Élisa, la sœur de l’Empereur, assista donc au triomphe de son frère et aux fêtes que la ville des Doges offrit à ses illustres hôtes les jours suivants ; revues, redoutes, régates, joutes sur le Grand canal, lancement de navires et de chaloupes canonnières, cantates lyriques, illuminations…

La princesse fut particulièrement impressionnée par "le Jeu des Forces" fête particulière aux vénitiens, qui eût lieu, au milieu du Grand Canal, l’après-midi du 2 décembre, anniversaire du couronnement. Des hommes, montés les uns sur les autres, en forme de pyramide, se soutiennent par l’effort de l’équilibre et leur grande vigueur. L’Empereur y assista du balcon du palais Barbi.

Venise, 1 décembre 1807
A l’Impératrice Joséphine
Je reçois ta lettre du 22 novembre. Je suis à Venise depuis deux jours. Le temps est fort mauvais, ce qui ne m’a pas empêché de courir les lagunes pour voir les différents forts.
Je vois avec plaisir que tu t’amuses à Paris.
Le roi de Bavière, avec sa famille, ainsi que la princesse Élisa sont ici.
Passé le 2 décembre que je ferai ici, je serai sur mon retour, et fort aise de te voir.
Adieu, mon amie.
(Lettres de Napoléon à Joséphine)

Le samedi suivant, Napoléon visite la bibliothèque royale, distribue des croix de la Couronne de fer, examine les manuscrits à miniature et laisse un don princier pour cet établissement. Da sœur, qui l’accompagne, est naturellement de toutes les cérémonies.

La municipalité, de même que pour la reine de Bavière, a galamment désigné à son intention des dames d’honneur prises dans les meilleures familles : Caterina Contarini, née Civrano, Mariana Gradenigo, née Loredan, Clara Contarini, née Piovene, Clara Barbarigo, née Pisani, Elisabeta Widmann, née Foscarini, Madalena Pisani, née Michiel… la grande duchesse de Toscane se montre très aimable avec toutes.

le 3 décembre, au bal donné au théâtre de la Fenice, que le vice-roi ouvrit avec la princesse Charlotte de Bavière, Stanislas de Girardin, écuyer du roi de Naples, témoin oculaire nous décrit : "La salle était brillamment illuminée, décorée de gaze bleu et argent.  Les femmes n’étaient guère remarquables que par leur parures encore n’était-elle pas de très bon goût. L’Empereur a passé environs une heure au bal et s’est retiré à dix heures. la princesse de Lucques, sa sœur, était mise de manière à faire beaucoup d’effet. La reine de Bavière avait beaucoup de diamants et beaucoup d’années…" (Mémoires de S. de Girardin, II, p. 20 et 21)

Selon la Gazetta di Lucca du 11 décembre, ou le Giornale italiano de Milan du 9 décembre, les dépenses qu’on fit pour cette fête atteignirent 40.000 Francs.

* A la suite du voyage de l’Empereur, ce lion fut transporté à Paris et forma le principal ornement d’une fontaine érigée sur l’esplanade des Invalides. Il fut repris en 1815 par les Autrichiens et ramené à Venise.

** Les chevaux de bronze de Saint-Marc avaient déjà subis un destin analogue que nous racontons en détail dans notre épisode de l’Aigle et le Lion – Les chevaux de Venise à Paris, de 1798 à 1815

L’Aigle et le Lion – Les chevaux de Venise à Paris, de 1798 à 1815

L’antique, modèle de génie

"Les figures antiques doivent servir de règle et de modèle", énonçait le Dictionnaire portatif de Pernety (1757). Témoins de l’excellence de l’art du métal dans l’Antiquité, les chevaux de cuivre doré de Venise incarnent cette notion d’antique qui prend au XVIIIe siècle la dimension de beau idéal, d’art parfait.

Transportés à Venise en 1204, à la suite du sac de Constantinople par les croisés, ces chevaux avaient jusque-là composé un magnifique quadrige qui ornait l’hippodrome de Byzance. Datant d’un passé plus lointain encore, leur perfection esthétique conduit à leur attribuer, au XVIIIe siècle, une origine grecque, car on considère alors l’art romain comme " décadent ". On estime plus sûrement aujourd’hui qu’ils ne sont pas antérieurs au IIe siècle.

Bonaparte qui s’empare de Venise à la suite de la première campagne d’Italie cède la plupart des possessions de l’ancienne République à l’Autriche, par le traité de Campoformio (17 octobre 1797). Avant d’évacuer Venise, les Français procèdent à l’enlèvement des chevaux de Saint-Marc pour les faire transporter à Paris. Avec une vingtaine de toiles de maîtres et 241 manuscrits grecs et latins déjà saisis en octobre, ils doivent y figurer comme " monuments des sciences et des arts ".

Les chevaux de Saint-Marc

"Ils sont enfin sur une terre libre " : la Grande Nation

Les lourds chevaux (900 kg chacun), hauts de 2,33 m et longs de 2,53 m, sont descendus du portique de la basilique en présence de la foule des Vénitiens et de l’armée d’Italie. Mais le dessin de A. C. Vernet gravé par J. Duplessi-Bertaux ne montre pas les vives réactions d’opposition que l’enlèvement du 13 décembre 1797 suscita parmi les Vénitiens.

Enlèvement des chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise

A l’époque, le transport des charges lourdes se fait par eau. Sous la responsabilité de la Marine, les chevaux sont envoyés par mer à Ancône. Ils en repartent sur une frégate, le 5 mars 1798 et arrivent à Toulon le 6 avril. Un rapport rédigé alors sur l’état des chevaux " corinthiens " – on les croyait originaires de Corinthe – les révèle en bon état, malgré quelques réparations à prévoir aux jambes. Chargés sur deux bateaux à Arles, les chevaux remontent à Paris par le Rhône, la Saône, le canal du Centre, la Loire, les canaux de Briare et du Loing, puis la Seine, pour rejoindre les autres œuvres envoyées d’Italie. Le convoi n’ayant atteint Paris que le 17 juillet, soit après les festivités du 14 juillet, la réception des objets d’art et de sciences d’Italie fait l’essentiel du programme de la fête de la Liberté de l’an VI, les 9 et 10 thermidor. Les commissaires aux Sciences et aux Arts de Venise ont assuré l’acheminement dans les plus brefs délais pour l’époque : trois mois d’Arles à Paris.

De toutes les grandes fêtes de la Révolution, "l’entrée triomphale des objets de sciences et d’art recueillis en Italie", où s’intercalent des œuvres musicales, est sans conteste la plus originale : les honneurs du triomphe sont accordés non à un homme, mais aux productions de l’esprit humain et à l’histoire naturelle. Le programme de la fête au Champ-de-Mars place les chevaux en tête des "Monuments de la sculpture antique". La relation très colorée de Wilhelm von Humboldt en retrace l’impression sur le spectateur de l’époque.

Programme des Fêtes de la Liberté et Entrée triomphale des objets de Sciences et d’art

Des inscriptions les précèdent dans le cortège : " La Grèce les céda, Rome les a perdus/ Leur sort changea deux fois, il ne changera plus " et " Ils sont enfin sur une terre libre ". Ce dernier slogan, de portée générale dans l’esprit de l’époque, avait aussi un sens dans la théorie du défenseur du néoclassicisme, J. J. Winckelmann : l’œuvre d’art, création libre, ne peut s’épanouir qu’en terre de liberté.

Pendant dix-sept ans les chevaux restent à Paris. D’abord entreposés aux Invalides, ils sont ensuite disposés sur quatre piliers de la grille qui entoure la cour des Tuileries. En 1808, ils viennent couronner l’arc de triomphe du Carrousel édifié à la gloire des armées napoléoniennes par Percier et Fontaine. La peinture de Bellangé montre l’arc de triomphe tel qu’il se présentait, à l’entrée de la cour du palais des Tuileries ; le quadrige attaché à un char domine de sa splendeur le cadre grandiose des revues militaires de l’Empire.

Un jour de revue sous l’Empire (1810) - Joseph-Louis-Hippolyte Bellange

La présence des chevaux à Paris sous l’Empire suscite bien d’autres représentations : du frontispice de la Description de l’Egypte où Napoléon-Apollon mène le quadrige au vase étrusque à rouleaux d’Antoine Bérenger, où les grands chevaux dorés, dotés de crinières noires, tirent symboliquement le char de Laocoon.

Restitués en 1815, à la chute de l’Empire, les chevaux reprennent leur place à Venise, sur le portique de Saint-Marc. Pour les remplacer sur l’arc de triomphe du Carrousel, Charles X confie au sculpteur Bosio la réalisation d’un nouveau quadrige.

L’Aigle et le Lion – Lorsque le lion couronnait l’aigle

Campo San Stefano, le palazzo Loredan est le siège de l’Istituto Veneto di Scienze Lettere ed Arti. Le vaste atrium rassemble  les bustes des célébrités vénitiennes, formant ainsi une sorte de panthéon.
Sur un palier à l’entresol, une fresque raconte un épisode de l’histoire de l’Aigle et du Lion.
Napoléon est l’instigateur de cet Istituto (25 décembre 1810), mais quand même sa présence est surprenante, si elle n’a pas un grand intérêt artistique, elle a un intérêt documentaire certain.

Giovanni Carlo Bevilacqua,"Allegoria napoleonica", Napoleone reçoit la couronne de Venise (Palazzo Loredan)

Cette fresque que l’on croyait perdue, faisait partie d’un cycle à la gloire de Napoléon. Les Autrichiens ne l’avaient pas martelée, comme on le croyait, mais seulement badigeonnée. Les récents travaux de restauration l’ont révélée.
Elle représente l’empereur, accompagné de la Paix et de la Renommée, au lendemain d’Austerlitz, victoire qui a redonné Venise à la France. Celle-ci portant la couronne impériale et accompagnée de l’Italie avec la Couronne de Fer, accueillent l’empereur.
En retrait à droite et tenant le cheval, le général Louis Baraguay d’Hilliers, commanditaire de l’œuvre lorsqu’il était administrateur (gouverneur militaire) de Venise au nom du roi d’Italie (Napoléon) entre août 1808 et avril 1809. Le général avait ses quartiers au palazzo Loredan.
.
Le général Louis Baraguay d’Hilliers avait déjà été le premier gouverneur militaire français à la chute de la République du 16 mai au 15 septembre1797, il est connu pour être l’officier français de la Révolution Française qui a été le plus souvent emprisonné.
Il occupe le Frioul et stationne en Italie orientale de 1806 à 1809. En septembre 1808, il est fait comte de l’Empire.
En 1812, Baraguey d’Hilliers participe à la campagne de Russie et devient gouverneur de Smolensk. Il est ensuite placé à la tête d’une division du 9e Corps d’Armée de Victor avant d’être très grièvement blessé au cours de la retraite. En novembre, suite à de graves échecs, il est suspendu de ses fonctions et envoyé à Berlin pour y être jugé par une commission d’enquête.
Il y meurt le 6 janvier 1813, d’une "fièvre inflammatoire et nerveuse" provoquée, dit-on, par le chagrin que lui ont causé sa mise en accusation et sa disgrâce.

L’artiste qui a peint la fresque est Giovanni Carlo Bevilacqua (1775–1849), un artiste vénitien prolifique  surtout pendant l’occupation française.
Il oublia bien vite ce qu’il avait fait au Loredan, les bouleversements politiques ayant fait disparaître toute représentation de Napoléon à Venise.

L’Aigle et le Lion – Quand l’Aigle fait le paon

Au mois de novembre 1807, l’Empereur se rendit en Italie. Le principal but de son voyage était de visiter Venise, réunie récemment au royaume.

Cette visite de Venise, il la fit avec sa sœur, Élisa, la princesse de Lucques.

Dès qu’elle fut autorisée à se joindre aux souverains d’escorte, Élisa quitta Lucques, le jeudi 26 novembre 1807, à midi, accompagnée de sa dame d’honneur, Camille Mansi, du chevalier Mansi, de son grand écuyer Bartholomé Cénami, de la signora Olympe Fatinelli, soeur de ce dernier et dame du palais, et de quelques autres personnes distinguées.

Après Ferrare, elle embarqua au Pont Obscur, et le voyage continua en bateau sur le Pô. Le 29 novembre à quatre heures du matin elle atteignait Venise avec son cortège. Au petit matin, elle alla visiter l’église de la Salute, et le palazzo della Carita.

Napoléon qui avait quitté Milan le 28 novembre au matin, diné à Vicense et traversé Padoue de nuit arriva fort tard dans son palais de Strà (un des six palais de Napoléon dans son royaume).

Le patriarche de Venise, Monseigneur  N. X. de Gombaloni, venait, deux mois plus tôt, au moment de partir pour Milan, d’être décoré du grand Aigle de la Légion, et reçut de l’Empereur une tabatière en or avec son portrait entouré de diamants. Napoléon s’était ainsi assuré des bonnes dispositions d’une des premières fonctions de la cité.

Le 29 novembre a 15 heures, Napoléon arriva à Fusine, au bruit du canon et des cloches. La princesse Élisa l’y attendait avec sa suite.

Le Podestat le saluait au nom de tous les vénitiens, tandis que deux noirs lui présentaient les clefs de la ville, une en or, l’autre en argent. Puis il embarqua sous les vivats de la foule, alors que la flotte de l’Adriatique fit entendre une nouvelle décharge d’artillerie.

Élisa occupait une place dans la péotte impériale, non loin du chevalier Daniele Renier, podestat, avec qui l’Empereur conversait. Le navire impérial était surchargé d’attributs ingénieux et dorés, tapissée à l’intérieur de soieries et de velours nacarat. Elle avait été spécialement construite pour la circonstance, par le génie, aux frais de la municipalité.

Des dais à jour, placés à l’arrière et recouverts de vélums permettaient aux divers souverains auxquels ils étaient destinés, d’être abrités et vus tout ensemble. Les gondoliers étaient en habits de satin blanc brodé de galons d’or.

Le canot des marins de la Garde suivait immédiatement le péotte de la ville.

Visite de Napoléon Ier à Venise en 1807 - Giuseppe Borsato : 65 x 90 cm; 1807; Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon

Ci dessus, l’ Empereur Napoléon Bonaparte préside les régates sur le grand canal depuis le balcon du palais Balbi à Venise le 2 décembre 1807, le tableau à été réalisé par le peintre vénitien Giuseppe Borsato (né en1771, mort en 1849) à qui l’on avait également confié la réalisation des structures éphémères érigées à l’occasion de l’entrée de l’empereur dans Venise. Le peintre d’architecture qui a représentées ces cérémonies dans six tableaux conservés à Paris, à Rome et à Versailles dont la chronologie et les commanditaires peuvent être précisés.

L’Aigle et le Lion – Les chevaux pillés

Les Vénitiens rapportèrent les chevaux suite au pillage de Constantinople le 12 avril 1204, ils proviennent de l’hippodrome de l’ancienne capitale et ont été rapportés par le doge Enrico Dandolo
Chacun des chevaux pèse environ 875 kg, et les têtes n’ont certainement pas été remises à leur juste place après le déménagement de Constantinople. Le char antique, lui, a entièrement disparu.
Ces chevaux de bronze sont en réalité, d’après les analyses chimiques pratiquées dans les années 1980, de cuivre doré presque pur. Ils ne remontent probablement pas au-delà du IIème siècle, selon la plupart des historiens actuels.
.
Or cette œuvre insigne n’a pas seulement tenté le doge Dandolo, mais aussi un autre illustre pillard, Napoléon Bonaparte, qui les a empruntés en 1805 pour tirer son char sur l’arc de triomphe du Carrousel terminé en 1808, où le jeune Eugène Delacroix a pu les admirer quand il avait entre 1O et 17 ans.
En 1797, Napoléon Bonaparte, alors général en chef de l’armée d’Italie du Directoire, prend Venise durant la première Campagne d’Italie (1796-1797).

Napoléon, envahisseur de l’Italie, céda Venise à l’Autriche, en 1797. Il en emporta, entre autres, le quadrige dans son butin de guerre. Devenu empereur, il les fait installer sur les grilles des Tuileries, puis sur l’Arc de Triomphe du Carrousel, édifié à Paris en hommage à la Grande Armée, entre 1807 et 1809.
Inutile de préciser que cet envahisseur qui dépouilla Venise est particulièrement haï des vénitiens. En 1805, Venise rejoignit le royaume d’Italie.

En 1815, après la bataille de Waterloo et la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne les restitua les chevaux aux Autrichiens qui les ramènent à Venise. En 1828 le sculpteur Bosio les remplaça sur l’Arc de Triomphe du Carrousel par la copie que l’on y voit encore, en les faisant conduire par une allégorie de la Restauration tandis que l’empereur Napoléon Bonaparte déchu était remplacé par une représentation de la Paix.
Venise récupèrera son quadrige en 1815, mais ne se dépara plus de sa haine envers Napoléon, les chevaux, eux regagnent le balcon de la basilique San Marco.

C’est Vicenzo Chilone qui a peint le retour des chevaux de San Marco en 1815.

Ritorno dei cavalli a San Marco – Vizenzo Chilone, Palazzo Treves Venezia

Dans les années 1980, les chevaux originaux ont été placés dans le musée de la Basilique et remplacés par des répliques pour les préserver de la pollution atmosphérique. Déjà ternies au bout de vingt ans, les répliques ont dû être nettoyées et restaurées en 2006.

L’Aigle et le Lion – L’Ala Napoleonica

Fin 1805, Venise devint la seconde ville du Royaume d’Italie nouvellement créé, tandis que Milan, la capitale, accueillait le vice-roi Eugène de Beauharnais. Couronné Roi d’Italie le 26 mai, Napoléon s’aperçut vite qu’il avait besoin, dans la cité lagunaire, d’un ensemble architectural suffisamment important pour abriter les bureaux de son administration et loger la Cour lors de ses déplacements, que l’on prévoyait nombreux.

Son choix se porta sur la place Saint-Marc, centre politique et religieux de l’ancienne République vénitienne, et plus particulièrement sur l’ensemble formé par la Zecca (Monnaie), la Libreria Marciana et les Procuraties nouvelles.

Piazza San Marco à Venise, vers 1176. A l'opposé de la Basilique, pendant la fête de l'Ascention, devant l'église Sansovino, détruite par Napoléon - Francesco Guardi

Il manquait cependant des aménagements dignes d’un palais royal : une vaste salle destinée aux fêtes et aux cérémonies publiques, un escalier monumental et une ouverture sur la place Saint-Marc. C’est pour répondre à cette triple nécessité que Napoléon ordonna la construction de l’Ala Napoleonica, face à la Basilique. Auparavant, la place était fermée par un ensemble tripartite et asymétrique composé de l’église San Geminiano et des deux ailes en retour des Procuraties nouvelles et anciennes. Sur l’intervention d’Eugène de Beauharnais, le projet retenu fut celui de l’architecte Giovanni Antonio Antolini, qui prévoyait la destruction de cet ensemble.

Dessin VII, titré "Nuova Fabbrica del Palazzo Reale", du livre : La Piazza di San Marco in Venezia, descritta da Antonio Quadri e rappresentata in XVI. tavole rilevate ed incise da Dionisio Moretti, Venezia 1831

Après de multiples vicissitudes et le remplacement d’Antolini par Giuseppe Maria Soli, assisté de Lorenzo Santi, le nouveau bâtiment fut achevé en 1836, durant l’occupation autrichienne. Napoléon et Eugène ne visitèrent jamais le monument, mais celui-ci conserva sa dénomination d’origine pour rappeler qu’il avait été commencé durant les années françaises.

L’aile Napoléonienne a parachevé l’ordonnancement de la place Saint-Marc en l’unifiant avec cohérence. Côté Basilique, l’élévation extérieure s’inspire de celle des Procuraties nouvelles. La façade vers l’Ascensione est plus composite et s’inspire du modèle sansovinien de la Libreria.  Au centre du bâtiment, un grand portique (Sottoportego San Geminiano) fait communiquer la place Saint-Marc avec le reste de la ville. Il donne accès à l’escalier d’honneur, chef-d’œuvre néo-classique, dont la décoration fut dirigée par Giuseppe Borsato, le dernier grand peintre décorateur vénitien, qui travailla également au théâtre de la Fenice. Rampes à balustres, pilastres ioniques, revêtements en pierre et marbre rose, bas-reliefs de Victoires ailées et de guirlandes, trophées militaires et scènes de l’histoire antique composent un ensemble d’une rare élégance. La fresque du plafond, Le Triomphe de Neptune est l’œuvre de Sebastiano Santi.

Piazza San Marco - 1870 - Giorgio Sommer

L’escalier d’honneur conduit dans un premier salon, actuellement occupé par la librairie du musée Correr, et qui servait à l’origine de vestibule à la salle de bal. Ses murs et son plafond sont ornés de fresques et de peintures en camaïeu dues à Borsato et à son atelier. La salle de bal fut achevée à une époque tardive ; son ample balustrade, son élégante colonnade et la richesse de son ornementation en font un lieu privilégié pour l’organisation d’événements de prestige tels que concerts et expositions. La salle du trône était quant à elle destinée à cet effet. Enfin, l’Aile Napoléonienne est unifiée par un long corridor dont les fenêtres donnent sur la place Saint-Marc.

Depuis plusieurs années, la Direction des Musei Civici Veneziani s’est engagée dans un vaste programme de restauration et de conservation des bâtiments abritant le Musée Correr. Une importance particulière a été accordée à l’Ala Napoleonica. Les travaux ont, entre autres, abouti à une spectaculaire restauration de la salle de bal.
Le Comité Français de Sauvegarde de Venise a entrepris aujourd’hui la restauration de la partie centrale du monument. Les travaux se concentreront sur trois lieux principaux : le portique de San Geminiano, le grand escalier d’honneur et le vestibule de la salle de bal. La Fondation Napoléon est partenaire de cette opération de mécénat.

L’Aigle et le Lion – Napoléon, Venise, Karabagh…

Le rôle de Bédros Abessov, arménien du Karabagh dans le sauvetage du Monastère de Saint-Lazare.

Depuis six ans, la République de Venise n’existait plus, le Souverain Pontife était en exil. La petite Congrégation n’avait pas même le nécessaire pour vivre, parce que ses épargnes placées à la Monnaie de la République, ne produisaient plus, comme au temps de la Sérénissime . Le royaume d’Italie, sous l’hégémonie de la France, ne montrait pas la même sympathie que la République vénitienne.

Revue Pazmaveb de Venise

Dans une circonstance si critique et si désolante, l’Abbé Akonz, esprit calme et éclairé, appela à Venise les Pères anciens et tint conseil. Il fut décidé de faire des démarches, auprès des autorités françaises à Rome, à Paris, à Milan et même à Constantinople, où était ambassadeur M. Ruddin. Le Père Mesrob Agatchrakian, chimiste très connu, nommé chevalier par le Sultan, Meritissimus par l’Empereur d’Autriche, et plus tard membre de l’Institut minier de Paris, fut envoyé à Paris. Le P. Mesrob devrait agir sur la Cour de Napoléon par des savants de sa connaissance.

P. Gabriel Avedikian, vicaire général de la Congrégation fut envoyé à Rome ; il devait voir le Cardinal Fesch , oncle de l’Empereur, qui habitait a Civitavecchia, "Représentant, dit notre chroniqueur, du plus grand monarque de l’univers".

Le Cardinal Fesch, connaissait déjà l’Abbé Akonz. Ce dernier lui avait été présenté en 1804, et le cardinal s’était vivement intéressé aux publications de l’Imprimerie mekhitarienne, surtout au sujet des ouvrages d’Eusebe de Césarée, de Philon le Juif et de divers Saints Pères. Il avait promis alors sa protection efficace pour la Congrégation arménienne. Et voici que l’occasion se présentait.

Carte de Venise au XVIIIème siècle établi par Henri Chatelain en 1719

Le P. Avedikian remit un Memorandum, semblable à ceux que devaient présenter lee autres envoyés. Ce memorandum contenait les trois propositions suivantes :

I. La Congrégation mekhitariste est établie à Venise, pour développer dans sa nation, en Orient, la religion catholique et les sciences.

II. La Congrégation n’est pas mendiante, et ne se procure pas des ressources à Venise. Elle vit soutenue par ses co-nationaux en Orient, et du produit de la vente des livres qui sont envoyés partout jusqu’aux Indes. Son capital était place à la Monnaie de Venise, moyennant un intérêt de 26420 livres. Après la destruction de la République de Venise, l’Autriche n’a plus donné que 12670 livres, puis a réduit la rente à 800 livres par mois. Il est impossible de vivre ainsi. Nous supplions que les 26420 livres, nous soient versées de nouveau.

III. La Congrégation, étant de nationalité étrangère, devrait être déchargée de toutes les charges qui sont pour les religieux du pays, et jouir de toutes les exemptions obtenues en Orient par les Français et les Italiens.

Le Père Gabriel Avedikian Vicaire général de la Congregacion

… L’empereur Napoléon vint à Venise le 27 novembre 1807. L’Abbé Akonz demanda une audience « pour lui présenter. ses hommages. » Le 5 décembre, Rustem, le mameluk de l’Empereur, arménien, vint à St. Lazare et remit à l’Abbé le billet d’audience, écrit par Mgr Codronchi, archevêque de Ravenne, grand aumônier de Sa Majesté Impériale et Royale, où on lui annonçait, qu’il serait reçu le lendemain à 8h 1/2 par l’Empereur, et lui recommanda de ne pas manquer l’heure.

Qui connaît la vie et le caractère de Napoléon, doit savoir que ses audiences étaient courtes, tranchantes. Ainsi doit-il avoir été à l’égard de l’Abbé Akonz, quand il s’est présenté avec son vicaire général. L’Abbé présenta pendant l’audience une supplique, relativement aux questions déjà indiquées. Pourtant, il n’aura pas reçu une réponse décisive ou consolante, autrement il l’aurait mentionnée dans ses lettres aux Pères en Orient. Seulement dans une lettre au Père B. Aucher, il note que la supplique aurait pu être rédigée avec plus d’efficacité.

Les mois qui s’écoulèrent de 1808 jusqu’en août 1810 furent tous inquiétants pour la Congrégation, quoique des encouragements confidentiels ne manquèrent pas de la part d’amis haut placés et de M. Bédros de Karabagh.

Cependant la Congrégation assistait tous les jours à la dispersion des autres Communautés de Venise, ou à leur transplantation dans des pays lointains. La Congrégation des Bénédictins Olivetains de l’ile de Sainte Hélène, en face de St. Lazare, avait disparu définitivement. Ces deux petites iles s’appelaient « les deux yeux, les deux perles de la Lacune. » Cette disparition chagrina beaucoup nos Pères. Mais ce qui les troubla fortement, ce fut le décret du 12 mai, qui supprimait tous les couvents. L’impression générale et douloureuse fut des plus navrantes, non seulement pour les religieux, mais aussi pour les âmes pieuses. On devait déposséder les monastères séculaires, les riches bibliothèques, enlever les manuscrits précieux, les ors et les étoffes des églises, les meubles artistiques. Tout devait être enregistré et transporté à la disposition du gouvernement. Tous étaient sécularisés, hommes et femmes.
On voulut tenter une dernière démarche à Milan, et l’on envoya de nouveau le P. Zohrabian au Prince Eugène, avec une nouvelle instance. Le sus-dit Père fit toutes les démarches possibles, mais dans sa lettre du 5 août il ne donnait aucun espoir de succès.

Seulement, il avait su de son ami Opizzoni, que la supplique de la Congrégation présentée au Prince Eugène, avait été remise à l’Empereur, « Humainement il ne reste plus rien à faire, ajoutait-il, ainsi j’ai fini ce que ma Congrégation m’avait ordonné, et il ne reste aucune raison de s’attarder ici, nous sauront vite ou tard le résultat de nos démarches, que Dieu nous bénisse ».Ainsi il ne restait plus rien à faire qu’à attendre, l’anxiété au cœur. Dans de telles conditions, on commença les jeunes préparatoires à la fête de la Nativité de la Ste Vierge, jour anniversaire pour la Congrégation, ce jour-là était celui où la Congrégation avait été fondée par l’Abbé Mekhitar. Et voici que le 4 septembre le Prince Eugène arrive à Venise, et M. Bedros de Karabagh se présente au couvent, porteur de deux copies d’un décret de Napoléon, signé le 17 août, déclarant que la Congrégation des Pères Mekhitaristes était maintenue.

Le Prince Eugene de Beauharnais, Vice-Roi d'Italie (1781-1824), par Andrea Appiani

La nouvelle se répandit dans le couvent comme la foudre. Soudain retentissent toutes les cloches de la tour de l’église. Tous les religieux se ruent dans les couloirs pour demander les nouvelles. La joie de tout le monde est indescriptible. On court à l’église, pour baiser l’autel de la Ste Vierge. On chante le « Te Deum » interrompu par les sanglots des anciens.

Source INMF

Previous Older Entries

Tous les articles des derniers mois…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 465 followers