Véronèse dans l’église de San Sebastiano

Nous sommes vraiment désolés !

Nous n’avons pas encore terminé avec nos histoires à propos des peintures de Véronèse dans l’église de San Sébastiano. Pensez, nous avons passé une journée entière à tout découvrir pour vous, alors, nous savourons notre plaisir de vous raconter tout ce que nous y avons appris.

Dans les prodigieuses Scènes de la vie d’Esther, pour le plafond de l’église, les tons purs et contrastés accentuent la solidité majestueuse des structures et des personnages.
Les fresques (Scènes de la vie de saint Sébastien) pour la nef centrale (1558), les Pèlerins d’Emmaüs (désormais au Louvre), la Présentation au Temple (de nos jours à Dresde, Gg), les tableaux de l’orgue et le retable du maître-autel (la Vierge en gloire avec saint Sébastien et des saints) sont autant d’étapes d’un développement logique qui aboutit au Repas dans la maison de Simon exposé de nos jours à la Galeria Sabauda de Turin.
Selon certains historiens d’art, Véronèse aurait, lors d’un voyage à Rome fait une étude attentive du Jugement dernier de Michel-Ange. De cette confrontation, l’artiste aurait développé une imagination fraîche et puissante et par une aisance sereine, la lumineuse et transparente poésie d’un monde fantastique de couleurs que nous lui louons de nos jours.

Martyr de saint sébastien

Madone en gloire avec les saints

Jean Gabin et Giancolombo dans "La Traversée de Venise"

C’est un film de ce monstre du cinéma que les français ne connaissent pas, et pour cause, il n’a jamais été tourné !

En 1956, Jean Gabin est à Venise où le film La Traversée de Paris de Claude Autant Lara est présenté à la Mostra du cinéma (où il obtiendra le Lion d’Or). Le photographe milanais Gian Battista Colombo, né à Venise en 1921, lui propose alors de réaliser une version vénitienne du film : avec la fameuse valise pleine de viande de porc à la main, Gabin va donc traverser Venise, pour faire plaisir à son ami.

Dans les années 1950, l’importance de la Mostra est finalement reconnue au niveau international. Le festival connaît une période de forte expansion et participe à l’affirmation de nouvelles écoles de cinéma comme les écoles japonaises et indiennes avec l’arrivée des plus grands réalisateurs et des plus grandes stars.

La traversée de Paris a connu un grand succès car il a fait 4.893.174 entrées, le plaça ainsi en 4ème position, du box-office de 1956. Il a reçu plusieurs récompenses notamment la coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine pour Bourvil, le Prix du meilleur film par le syndicat français de la critique du cinéma 1956, le Lion d’or de la Mostra de Venise 1956, le Prix Méliès en 1957 et  la nomination pour Jean Gabin au BAFTA 1957 dans la catégorie "meilleur acteur étranger".

Gian Battista Colombo était devenu Giancolombo en 1946 à la suite d’une erreur de typographie dans le journal Corriere Lombardo, et il gardera ce pseudonyme le restant de sa carrière. Il travaille pour de nombreux titres, italiens : Europeo, Tempo, Panorama, Settimo Giorno, Oggi, Gente, Grazia, Epoca, Visto, Le Ore di Salvato Capelli, et, à l’étranger : Paris Match, Life, Picture Post, Schweizer Illustriert, Stern, Jours de France, Daily Express.

Giancolombo s’est éteint en 2005, mais sa fille, Suzana, conserve encore l’écharpe en soie bleu que Jean Gabin offrit à son père en remerciement à cette occasion (l’élégance des grands artistes…).

Nous avons souhaité vous montrer les photos de la traversée de Venise, par Jean Gabin, une valise à la main. Nous remercions chaleureusement Susanna Giancolombo qui nous a envoyé des photos inédites malgré tous les problèmes qu’elle a déjà eu avec les téléchargements de photos et leur utilisation illégale.

Jean Gabin devant la basilique San Marco

Jean Gabin sur la piazza San Marco de Venise

Jean Gabin sur la piazza San Marco en 1959

La Traversée de Venise par Jean Gabin

La traversée de Venise par Jean Gabin

Jean Gabin à Venise, photographié par Giancolombo

Jean Gabin à Venise, photographié par Giancolombo

Photographies avec l’aimable autorisation de Giancolombo

Copyright © Giancolombo

Les Echappées Belles avec Florence, Maria, Davide, les deux Francesco…

Nous vous avons déjà parlé de l’émission qui passera Samedi 20 septembre 2014 de 20:37 à 22:10 heures sur France 5. Nous avons, en effet, été sollicités pour aider, en amont, à trouver des partenaires qui accepteraient de participer à l’émission pour montrer un visage différent de Venise.

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L’équipe était composée de quatre personnes, le réalisateur Jean-Yves Cauchard, l’ingénieur du son Gaspard Baudry et l’assistante-traductrice Céline Boutte, autour de l’animateur-voyageur Raphaël de Casabianca, qui est un des trois présentateurs, en alternance de l’émission.

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Il nous avait été demandé de les mettre en relation avec des personnes sur Venise qui leur présenterait, de façon positive, des aspect méconnus de cette ville dont les médias ont déjà tout dit…

Les conditions ont été idéales, puisque pendant les 8 jours qu’a duré le tournage, le soleil a brillé avec des températures estivales. Jean-Yves, Gaspard et Céline étaient déjà venus à Venise, mais c’était la première fois pour Raphaël qui appréhendait un peu la découverte de ce qui est souvent présenté comme une "ville-musée"… Raphaël a finalement été très agréablement surpris par le sens du partage, de l’entrepreneuriat mais aussi la passion des Vénitiens pour la sauvegarde de leur ville.

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Globalement d’ailleurs, l’équipe est rentrée pleine d’excellents souvenirs de moments partagés avec leurs interlocuteurs : les Vénitiens qu’ils ont rencontrés avaient vraiment à cœur de montrer un autre visage de Venise. Et c’est ce que l’équipe a ressenti en découvrant, par exemple, la lagune avec Francesco, leur guide-taxi très vite devenu un ami. Certaines rencontres les ont marqués ; des gens extraordinaires comme ces dernières dentellières italiennes à Burano ou ce jeune agriculteur sur Vignole, les derniers artisans de mosaïque du Cannaregio, ou encore les habitants du Castello qui se revendiquent comme étant les seuls "vrais Vénitiens"…  Certaines scènes qui seront présentes dans l’émission relèvent de l’improvisation (un des intervenants initialement prévus, qui s’est désisté, a été remplacé par Francesco Pannoli qui nous a menés à la rencontre de Michel Thoulouze par exemple), tant la plupart des interlocuteurs se sont avérées être des personnalités très attachantes.

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Les découvertes les plus marquantes de l’équipe pendant ce tournage ont sans doute été la lagune, parfois injustement boudée par les touristes mais pleine d’un charme paisible sous les atours roses et rouges d’un soleil couchant ; le sestiere de Castello qui regorge d’églises et d’Histoire ainsi que de "calli" typiquement vénitiennes et pour lesquelles nous avions, avec Claudio Boaretto un guide merveilleux (voir son article à propos de ce tournage), lui qui est natif de cette partie de Venise ; mais aussi les nombreuses spécialités culinaires de la Sérénissime (spaghetti à la fraise, crevettes et crabe, gnocchi à la vénitienne, au safran et curcuma, artichauts violets à la vénitienne ou encore les pates alio, oglio e peperocino), qu’ils ont dégustées grâce à leurs hôtes Maria et Florence.

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Au cours de sa visite de la ville, Raphaël va donc découvrir les quartiers du Castello et du Cannaregio avec son accompagnatrice Florence Boaretto, pour qui il était important de montrer les quartiers vénitiens épargnés par le tourisme de masse. Raphaël a ainsi la chance de visiter la fabrique de mosaïque Orsoni par exemple.

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Ensuite, son périple le mène dans le centre de la ville, autour de la place Saint Marc, avec Davide Busato, spécialiste de la Venise criminelle, qui lui en compte les anecdotes les plus sombres et croustillantes. On part ensuite sur la lagune avec les deux Francesco, Badiene et Pannoli, le premier abordant les problématiques liées à l’environnement et la préservation des eaux et des îles vénitiennes, le second l’emmenant à la rencontre de Michel Thoulouze qui cultive ses vignes sur les terres salées de la lagune. Raphaël retourne ensuite sur la terre ferme pour accompagner Maria, chef de l’osteria Alba Nova, et apprendre que si la cuisine « italienne » est peut-être un abus de langage – tant chaque région d’Italie a son identité culinaire – la cuisine vénitienne, elle, est une réalité bien tangible. Enfin, notre voyageur s’accorde une petite virée nocturne, pour découvrir les différentes facettes de la Venise qui ne dort pas…

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Les autres sujets abordés dans l’émission seront les suivants :

- Venise, ville des amoureux

- La Vogalonga

- Les Vénitiens face au tourisme de masse

- Les souffleurs de verre de Murano

- Les îles insolites et méconnues de la lagune

- 24h sur le grand canal

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Lettre du Préfet Cassiodore aux Vénitiens

Cassiodore (en latin Magnus Aurelius Cassiodorus Senator) est un homme politique et écrivain latin, fondateur du monastère de Vivarium. Il est né vers 485 à Squillace, dans l’actuelle province de Catanzaro en Calabre et mort vers 580.

Cette lettre est écrite en l’an 537 après JC par le Prefetto Pretorio del Re Ostrogoto Vitige aux tribuns Maritimes Vénitiens.

537 D.C

Flavius ​​Magnus Aurèle Cassiodore était le petit-fils de Cassiodore II qui avait dirigé l’ambassade du pape Léon le Grand pour arrêter l’invasion d’Attila en Italie.

Flavius ​​Magnus Aurèle Cassiodore

En l’an 537 la récolte de vin et d’huile d’olive en Istrie avait été particulièrement abondante, et le préfet écrit aux Vénitiens pour les charger du transport maritime de ces produits à Ravenne, la capitale du royaume des Ostrogoths.

Dans cette lettre, on apprend qu’à cette époque les Vénitiens habitaient les marais côtiers de Ravenne depuis la sixième année. Cassiodore écrit, "… est bordée au sud par Ravenne et le Pô, à l’Est tout en profitant de la beauté de la côte ionienne…" Au siècle de Cassiodore la mer Adriatique était en fait considérée comme un bras de la mer Ionienne.

Nous apprenons que, à l’époque de Cassiodore déjà, les Vénitiens étaient célèbres comme d’habiles marins et constructeurs. Le préfet laisse, du reste, comprendre que la gloire et la noblesse de ces personnes sont bien connues depuis l’Antiquité.

Leur patrie est l’eau, et les navires peuvent les conduire dans tous les pays. Ils ont du reste une monnaie internationale, le sel, qui leur permet de commercer dans chaque pays. Ils savent comment faire face à la mer en colère, mais ils connaissent les chemins de navigation côtière et les voies navigables intérieures protégées, afin d’assurer la livraison rapide de leurs cargaisons par tous les temps.

À l’époque, les Vénitiens n’ont pas encore construit la ville que nous connaissons aujourd’hui. Leurs maisons sont éparpillées sur les ilots émergés proches des marais salants, tels qu’on peut encore les voir dans la lagune de Marano.

Le document est très important car, en plus d’établir une présence significative des Vénitiens comme une figure collective déjà bien définie et homogène dans le sixième siècle de notre ère, il montre qu’ils ont déjà des coutumes et des traditions très différentes des peuples du continent.

Casoni de la lagune de Marano

Tribunis maritimorum Senator, praef. praet.

1.Data pridem iussione censuimus ut Histria vini, olei vel tritici species, quarum praesenti anno copia indulta perfruitur, ad Ravennatem feliciter dirigeret mansionem. sed vos, qui numerosa navigia in eius confinio possidetis, pari devotionis gratia providete, ut quod illa parata est tradere, vos studeatis sub celeritate portare. similis erit quippe utrisque gratia perfectionis, quando unum ex his dissociatum impleri non permittit effectum.estote ergo promptissimi ad vicina, qui saepe spatia transmittitis infinita.

2.Per hospitia quodammodo vestra discurritis, qui per patriam navigatis. accedit etiam commodis vestris, quod vobis aliud iter aperitur perpetua securitate tranquillum. nam cum ventis saevientibus mare fuerit clausum, via vobis panditur per amoenissima fluviorum. carinae vestrae flatus asperos non pavescunt: terram cum summa felicitate contingunt et perire nesciunt, quae frequenter inpingunt. putantur eminus quasi per prata ferri, cum eorum contingit alveum non videri. tractae funibus ambulant, quae stare rudentibus consuerunt, et condicione mutata pedibus iuvant homines naves suas: vectrices sine labore trahunt, et pro pavore velorum utuntur passu prosperiore nautarum.

3. Iuvat referre quemadmodum habitationes vestras sitas esse perspeximus. Venetiae praedicabiles quondam plenae nobilibus ab austro Ravennam Padumque contingunt, ab oriente iucunditate Ionii litoris perfruuntur: ubi alternus aestus egrediens modo claudit, modo aperit faciem reciproca inundatione camporum. hic vobis aquatilium avium more domus est. nam qui nunc terrestris, modo cernitur insularis, ut illic magis aestimes esse Cycladas, ubi subito locorum facies respicis immutatas.

4. Earum quippe similitudine per aequora longe patentia domicilia videntur sparsa, quae natura protulit, sed hominum cura fundavit. viminibus enim flexibilibus illigatis terrena illic soliditas aggregatur et marino fluctui tam fragilis munitio non dubitatur opponi, scilicet quando vadosum litus moles eicere nescit undarum et sine viribus fertur quod altitudinis auxilio non iuvatur.

5. Habitatoribus igitur una copia est, ut solis piscibus expleantur. paupertas ibi cum divitibus sub aequalitate convivit. unus cibus omnes reficit, habitatio similis universa concludit, nesciunt de penatibus invidere et sub hac mensura degentes evadunt vitium, cui mundum esse constat obnoxium.

6. In salinis autem exercendis tota contentio est: pro aratris, pro falcibus cylindros volvitis: inde vobis fructus omnis enascitur, quando in ipsis et quae non facitis possidetis. moneta illic quodammodo percutitur victualis. arti vestrae omnis fluctus addictus est. potest aurum aliquis minus quaerere, nemo est qui salem non desideret invenire, merito, quando isti debet omnis cibus quod potest esse gratissimus.

7. Proinde naves, quas more animalium vestris parietibus illigatis, diligenti cura reficite, ut, cum vos vir experientissimus Laurentius, qui ad procurandas species directus est, commonere temptaverit, festinetis excurrere, quatenus expensas necessarias nulla difficultate tardetis, qui pro qualitate aeris compendium vobis eligere potestis itineris.

Echappées Belles à Venise

Avec Davide Busato

Des caméras qui filment à Venise, nous en avons l’habitude… mais quand nous avons été sollicités pour aider, en coulisses, au tournage  d’une émission de télévision, c’est avec un regard différent que nous attendons le résultat.

Raphaël de Casabianca  déambule à travers la Cité des Doges, de San Marco à Cannaregio, et part dans les îles…

Au sommaire :

1 ) Venise, un amour de ville – Pour beaucoup, Venise est la ville romantique par excellence.
2 ) La Vogalonga, la course de l’espoir – La Vogalonga est une grande randonnée de bateaux à avirons, qui a lieu tous les mois de mai à Venise. Le parcours d’une trentaine de kilomètres passe par les îles Burano et Murano.
3 ) Les magiciens de Murano – L’île de Murano, au nord de Venise, abrite des artisans à la renommée internationale, spécialisés dans le soufflage du verre.
Les routes d’Échappées belles : «Cuba, sur les traces du Che» – Épisode 3.

 

Samedi prochain, retrouvez notre article exclusif avec de nombreuses photos inédites et les secrets du tournage de l’émission.

Avec Florence Boaretto

Antonio Sandi

Antonio Sandi est né à Puos d’Alpago, près de Belluno, le 9 octobre 1733 ; il y est mort le 14 septembre 1817.

Après des études à Belluno avec Antonio Baratti et Pietro Monaco, il s’installe à Venise, où il a passé la plus grande partie de sa vie.

Il a réalisé un grand nombre de gravures et estampes, et notamment la grande carte de La Veneta Laguna antica e moderna (464 x 621 mm), d’après un dessin de Alvise Grandis, publié par Teodoro Viero en 1799.

La Veneta Laguna antica e moderna, novamenta delineata e distinta nelle sue Isole, Valli, e Canali, quali si trovano al presente

Il a également gravé des portraits, des scènes sacrées et mythologiques et illustrations de livres. Ses œuvres les plus importantes sont les Ventiquattro prospettive di isole della Laguna di Venezia et quatre grands Porti di mare, tous issus de dessins de Francesco Tironi (d c. 1800) et publiés par Ludovico Furlanetto après 1779.

De plus  il a gravé des vues de Venise d’après Francesco Guardi, Canaletto et Giambattista Moretti , huit plaques d’une série de vues de Padoue, le Teatro prospettico, après Belluco, et les XXIV costumi veneti d’après Francesco Novelli (1764-1836).

Ponte di Rialto

Porte dell'Arsenale

Torre dell' Orologio

Carnaval de Venise

En 1004 le carnaval était déjà mentionné dans une charte du doge Vital Faliero de Doni, et en 1269 le Sénat prescrivait qu’on eût à considérer la veille du Carême comme un jour de fête (Mardi Gras).

Carnaval

On pouvait alors porter le masque, grâce auquel on retrouvera plus tard une ombre de l’égalité perdue au cours du temps, quand, sous des vêtements d’emprunt, les nobles fraternisaient encore avec le peuple.

Quant à celles jugées moins séduisantes, elles recevaient des œufs … pourris. En 1268, un décret interdit aux hommes masqués de s’adonner à ce jeu.

Au XVI siècle , contrôlé par les autorités, le carnaval officialisa certaines coutumes, comme le port du masque, les divertissements sur les petites places.

Beaucoup de jeux particulièrement cruels, et heureusement disparus, se déroulaient alors au détriment d’animaux.

- On s’adonnait au jeu de l’oie.

Pendue au-dessus d’un canal gelé, une oie devait être décrochée, quel qu’en soit la manière.

- Le jeu du chat

On attachait un chat vivant à un poteau vertical et le jeu consistait à se précipiter, la tête la première contre le pauvre chat, pour l’écraser.

- Les courses de taureaux.

On lâchait des taureaux dans des lieux clos, où les chiens venaient les mordre.

– Ou encore, le jeu des échasses

Des personnages masqués, juchés sur des échasses, arpentaient à toute vitesse les ruelles et traversaient les canaux.

Pas besoin d’un service d’ordre, ou de forces de sécurité : tout ce grand mouvement passait, et s’écoulait paisible et joyeux à travers les calli, comme une véritable fête de famille.

Le carnaval de Venise par François Flameng

Pour éviter le ressentiment populaire, une loi interdisait aux riches vénitiennes de porter leurs bijoux en public, sauf pendant les fêtes officielles et durant les derniers jours du carnaval ! Le carnaval leur permettait enfin de satisfaire toutes leurs coquetteries.

Au milieu de la multitude animée, mobile, joyeuse, parmi la lueur des torches et le bruit des trompettes, circulaient des masques aux mille déguisements étincelants d’or et de pierreries, et des matrones aux robes précieuses dont la queue immense était soutenue par des servantes.

Au milieu de cette fermentation le peuple était plutôt bon et pacifique.

Inspiré par la Commedia dell’arte, on retrouve les célèbres Arlequin et Pantalon, Polichinelle, Brighella, Colombine, Scaramouche et tant d’autres se rencontraient, s’apostrophaient et faisaient leur comédie sur la place

Le déguisement traditionnel est la « bauta » (un masque blanc, prononcez la Baouta,) comprenant le « tabarro » (une longue cape noire, la « larva » et le tricorne, ou encore le masque d’Arlequin (son habit est coloré à losanges : au XVIe siècle, loin d’être élégant, l’habit était simplement rapiécé pour figurer les haillons d’un mendiant).

La « moretta » est un masque porté par les femmes, ovale, de velours noir complété de voilette et avec un petit chapeau à larges bords. Le « domino »  un manteau long, avec une capuche qui couvre le visage.

carnaval de Venise

 

***

Carnaval


(…)Venise pour le bal s’habille.
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d’une note fantasque
Cassandre son souffre-douleurs.

Battant de l’aile avec sa manche,
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l’œil.

Le Docteur bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés ;
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec un trille extravagant,
À Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse
Un domino, ne laissant voir
Qu’un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.

Ah ! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m’a dit : « C’est elle ! »
Malgré tes réseaux, j’en suis sûr,

Et j’ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l’affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche
Et la mouche de son menton.(…)

Théophile Gautier   

Émaux et Camées  Variations sur le Carnaval de Venise

Isola di Sant’ Ilario

Sur l’île de San Ilario, situé sur la bordure ouest de la lagune de Venise, entre Myrtle (autrefois Anconetta) et Gambarare (à l’emplacement de Dogaletto), le doge Angelo Partecipazio construisit une abbaye qu’il confia aux Bénédictins.

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On ne sait que peu de chose à propos de l’île, mais l’abbaye bénédictine possède une longue histoire.

L’abbaye de Saint-Hilaire et Benoît a été fondée en 819 par les moines de San Servolo qui s’étaient installé dans une ancienne chapelle, grâce à une subvention du doge Angelo Partecipazio et de son fils Justiniano. L’institution était située dans une zone stratégique, entre le continent et la lagune, le long des cours d’eau importants qui reliait le continent au duché. L’endroit avait cependant aussi quelques inconvénients, car il était à la frontière avec les territoires rivaux de Padoue et Trévise , et a été exposé aux ambitions des familles féodales locales.

L’abbaye a ensuite étendu ses possessions, dans les vallées du fleuve Brenta (ou Val d’Agredo) et de la rivière Tergola, favorisée par la proximité des principales routes et des rivières sur des territoires de Padoue et Trévise.

Les Doges Pietro Orseolo et Vitale Candiano se retirèrent dans l’abbaye après leur abdication.

L’abbaye fut donc sous la protection d’un groupe d’aristocrates puissants, sous l’égide desquels s’était également réalisé le transfert de la capitale de la lagune, depuis Malamocco à Rialto.

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Les actes notariés qui témoignent de cet héritage au travers des donations nous donnent l’image d’un paysage, près de la ville de Mira, profondément différent du paysage actuel. Le monastère était en fait, au milieu des marais, dans une zone densément sillonnée de rivières et de canaux. Selon toute probabilité, il n’a pas été construit là par hasard, mais dans un lieu stratégique qui contrôlait les routes d’accès à la lagune.

Puis, quand à la fin du Moyen-âge, les padouans modifièrent le cours de la Brenta à la hauteur de Fiesso d’Artico  (1143), la conditions hydrogéologiques de toute cette zone ont radicalement changée. Les marais se sont rapidement envasés et sont devenus insalubres, et l’abbaye s’est retrouvée envahie par les eux, obligeant les religieux à fuir ce lieu et se réfugier à Venise, près de l’église San Gregorio.

Constamment, Trévise a continué à réclamer l’abbaye, en ayant parfois recours à la violence.

La mort du dernier représentant de la famille Peraga, vers le milieu du XIIIème siècle, a conduit au démembrement des fiefs de sant’ Ilario, qui a commencé à être vendue à des tiers.

Au XVIIème siècle, il ne subsistait de l’abbaye qu’une chapelle dans la localité de Dogatello, près de la Malcontenta.

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Bibliographie :

Alessio Sopracasa, Sui falsi del monastero veneziano dei Ss. Ilario e Benedetto (secc. IX-XIV) in Storia di Venezia – Rivista, II, 2004, pp. 127-146, ISSN 1724-7446

Les vénitiens de Crimée

 

Italiens en Crimée

Au XIXème siècle, des milliers d’Italiens ont accepté l’invitation du tsar et on émigré pour les terres fertiles de la Crimée, se fondant dans le tissu local. L’aventure a pris fin avec la Révolution d’Octobre et un nettoyage ethnique qui, en quelques années balayé la communauté italienne de Crimée, décimée également à cause du froid, de la faim, de la maladie.

Genocidio

Tout voyageur qui a visité Odessa a remarqué les similitudes entre le port de la Mer Noire et des villes italiennes, surtout Gênes. C’est que la présence de populations italiennes en Ukraine et en Crimée a une longue histoire qui remonte à l’époque de la République de Venise et celle de Gênes. Les tous premiers colons invités par Catherine II se russifièrent rapidement, changeant même de patronyme.

Un de ces flux migratoire est arrivé dans le port de Kertch, au bord du détroit entre la mer Noire et la mer d’Azov, en 1820. Environs 30 familles venues de différentes villes d’Italie s’installèrent alors. Le port était régulièrement fréquenté par des navires italiens et on y a même ouvert un consulat. L’un des vice consuls était Antonio Felice Garibaldi, le frère de Giuseppe Garibaldi.

La plus grande partie de ces italiens étaient agriculteurs, ou travaillaient dans les métiers de la mer : pêcheurs, capitaines, ouvriers des chantiers navals, certains étaient commerçants. Plus tard, sont venus s’ajouter des émigrants plus qualifiés, architectes, notaires, médecins, ingénieurs et artistes.

En 1840, ces italiens, tous catholiques dans une région musulmane peuplée de Tatars, ont construit une église qui fut consacrée le 18 mars 1840, encore appelée de nos jours l’église des italiens. Les italiens étaient également dispersés, et ce, dès avant 1800, dans des villes comme Feodosia (l’antique colonie génoise de Caffa), Simferopol, Odessa, Mariupol et dans quelques ports russes de la mer Noire comme Novorossijsk et Batoumi.

Italiens de Crimée au XIXème siècle

Selon le Comité d’État de l’Ukraine pour les nationalités, en 1897, les italiens représentaient 1,8 % de la population de ces lieux, certaines sources parlent de 3000 ou 5000 personnes.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, il y avait à Kertch, une école primaire, une bibliothèque, une salle de réunion, un club et une société coopérative italiennes.

A l’avènement du communisme, après la Révolution d’Octobre, certaines familles ont fui vers l’Europe, en passant par Constantinople. Au milieu des années 20, les réfugiés antifasciste qui ont émigré en Union Soviétique ont été envoyés à Kertvh pour "rééduquer" la minorité italienne sur place. L’église à été fermée et transforme en gymnase, le personnel de l’école à été remplacé par des enseignants communistes, et la communauté italienne a été infiltrée par des agents qui rapportaient tous faits et gestes aux commissaires politiques de la police secrète.

Dans le contexte de la collectivisation des campagnes, les paysans ont été contraints de créer le kolkhoze "Sacco e Vanzetti" dirigé par Marco Simone.

Ceux qui s’opposaient à ces changements ont été arrêtés.

Entre 1935 et 1938, les purges staliniennes ont fait disparaître de nombreux italiens accusés d’espionnage en faveur de l’Italie, ou pour activités contre-révolutionnaires.

Victimes de la déportation en 1942

En 1942, à cause de la progression de la Wehrmacht en Ukarine et en Crimée, les minorités nationales ont été déportées. Les allemands avaient étés déportés ou massacrés dès 1941 lors de l’opération Barberousse.

Parmis les réfugiés communiste italiens, il il a des noms connus : Paolo Robotti, le frère de Togliatti Robotti, qui torturera plus tard les prisonniers de guerre italiens, Giuliano Paietta, frère du plus connu Giancarlo, qui sera honoré par l’Italie d’après guerre, qui, tout deux, dans leur mémoire occulteront le sort réservé à leur compatriotes en Union Soviétique.

Kertch a été occupée par l’armée allemande le 16 novembre 1941, reprise par les soviétiques le 30 décembre.

Le 29 janvier 1942, l’expulsion de la minorité italienne, accusée d’avoir collaboré avec l’ennemi pendant la courte occupation allemande, a commencé, et ceux qui avaient échappés à la première rafle ont été arrêtés les 8 et 10 février 1942. Les derniers italiens de Crimée ont été déportés en juin 1944. L’ensemble de la communauté italienne, anti-fascistes compris a pris le chemin du goulag. Ils ont alors traversé la Russie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan pour être dispersés dans la steppe entre Akmolinsk et Karaganda. Le voyage a duré jusqu’au mois de mars, la moitié des déportés, y compris les enfants, sont mort pendant cette déportation.

Giulia Giacchetti Boico a écrit au sujet de ce terrible voyage : Tutta la strada da Kerch al Kazakistan è irrigata di lacrime e di sangue dei deportati o costellata dai nostri morti, non hanno né tombe né croci…

Extermination des italiens de Crimée

Par des températures extrêmes, les italiens furent forcés de travailler dans des mines à ciel ouvert, surveillés par des gardes chiourmes cosaques pour qui la vie humaine importait peu.

On estime à seulement 20% le nombre de survivants à ce déplacement de population forcée. Quelques survivants sont revenus à Kertch, sous la présidence de Khrouchtchev, la plupart des familles vit désormais dispersées dans le territoire de l’ex Union Soviétique.

Bibliographie :

Giulia Giacchetti Boico, Giulio Vignoli : L’ olocausto sconosciuto. Lo sterminio degli italiani di Crimea ; Settimo Sigillo-Europa Lib. Ed – 2009

  • ISBN: 8861480497
  • ISBN-13: 9788861480490

Rouge Venise

Ce film a été réalisé par Étienne Perrier en 1988, d’après l’œuvre de Georges Garonne, avec pour acteurs principaux Vincent Spano, Wojciech Pszoniak, Isabel Russinova…

… mais aussi Victor Lanoux dans le rôle du Grand Inquisiteur, Andréa Ferréol qui joue la princesse Hortense, Valérie Mairesse qui est Célia.

 Rouge Venise (1989)

Venise, 1735, le carnaval bat son plein. Les vénitiens essaient de s’étourdir de plaisirs. Carlo Goldoni (Vincent Spano), jeune avocat de 27 ans, ne rêve que de théâtre et ne pense qu’à la pièce qu’il veut monter.

 Rouge Venise (1989)

Mais l’argent est difficile à trouver. Ses deux amis, Antonio Vivaldi (Wojciech Pszoniak) et Jean-Baptiste Tiepolo (Massimo Dapporto), sont plus connus que lui mais sont également à la recherche d’un mécène. Goldoni a enfin réussi à en trouver un, Spinozza, un riche banquier. Malheureusement il est assassiné quand les répétitions commencent et Goldoni, sur qui se portent les soupçons, se trouve en difficulté. Tout s’arrange quand il tombe amoureux d’une très jolie jeune fille, Nicoletta (Isabel Russinova), et que Tiepolo lui présente une protectrice des Beaux Arts : la princesse Hortense. Elle accepte de financer le spectacle de Goldoni mais à son tour elle est tuée. Convaincu à présent de la culpabilité de Goldoni, le Grand Inquisiteur le fait emprisonner puis le relâche car un autre meurtre est commis pendant sa détention.

 Rouge Venise (1989)

Goldoni est désespéré quand Vivaldi vient à son secours et convainc le comte Georgio Torelli de l’aider. Au cours des répétitions, Goldoni démasque le meurtrier qui cherchait à le tuer lui aussi.

Le film est sorti en salles le 29 septembre 1989.

 Rouge Venise (1989)

Emma Ciardi

Cette fille de l’art a vécu dès son plus jeune âge dans le monde de la peinture. Son père, Guglielmo Ciardi et son frère Beppe Ciardi son également des peintres, membres de cette école dite "Scuola veneziana del vero", fondée par Giacomo Favretto, qui en 1894 obtint la chaire de "Vedute di paese e di mare" à l’Academia di Belli Arte di Venezia.

Emma Ciardi

Emma Ciardi est née à Venise le 13 janvier 1879, et c’est une fille de son temps, qui vit activement la transition entre les XIX et XXème siècles.

Elle choisit de continuer le courant de la tradition de la peinture de paysages, les vedutes qui ont déjà pour maîtres Carlevarijs ou Canaletto, mais elle le fera avec un style impressionniste, personnel et unique.

Emma Ciardi

Elle voyage beaucoup, parle anglais et français, mais porte par le monde son parler en dialecte vénitien, ambassadeur d’une culture qu’elle porte aussi bien à Monaco, Munich, Paris, Buenos-Aires ou Chicago…

Elle sera présente à la Biennale de Venise de 1903 à 1932 sauf pour l’édition de 1926.

Les collectionneurs de toute l’Europe et des Amériques achètent ses œuvres, car "elle est la plus personnelle des peintres les plus intéressants".

Emma Ciardi

Elle est une véritable star de son époque, et même D’Annunzio, de passage à Venise et venu lui rendre visite dans son atelier ne saura la distraire de son travail. En 1909, Ugo Ojetti, dans le Corriere delle Serra, écrit à son sujet "... femme de peu de mots et beaucoup de travail..." voilà qui, en une formule, résume le caractère de cette femme qui fait de son art une entreprise multinationale.

Emma Ciardi est morte à Venise le 16 novembre 1933, elle est inhumée au cimetière San Michele à Venise.

Tombe d'Emma Ciardi

Bibliographie :

  • M. Zerbi, M. Esposito (a cura di), Emma Ciardi pittrice veneziana tra Ottocento e Novecento, Tra ombra e sole, catalogo mostra, Mirano (Ve) Barchessa di Villa Morosini, 12 aprile-22 giugno, Treviso 2003
  • M. Zerbi, S. Broggi, Emma Ciardi una pittrice veneziana a Londra, catalogo mostra, Milano, Galleria Old English Furniture Antique, aprile, Milano 2004
  • M. Zerbi, Emma Ciardi, Poker d’Arte n. 4, Mirano 2004
  • M. Zerbi, Emma Ciardi, Allemandi, 2009

 Venise depuis la lagune

Le Grand Canal

Diaphanous Day 1924 by Emma Ciardi 1879-1933

Rio di San Giovanni e Paolo à Venezia

Venise dorée

Campo de l'Abbazia

Symphonie en bleu

Le rendez-vous

Antonio Vivaldi – 1 – De la naissance d’Antonio Lucio

Antonio Vivaldi est né le 4 mars 1678 dans une maison située sur le campo della Bragora, dans la paroisse de San Giovanni Battista.

Son père, Giovanni Bapttista Vivaldi, originaire de Brescia était barbier et violoniste. Sa mère se nommait Camillia Calicchio, indiquée comme "fille de Camillo." .

C’est donc dans l’église paroissiale de San Giovanni Battista que le petit Antonio Lucio Vivaldi reçu la cérémonie supplétive au sacrement du baptême, le 6 mai suivant. En effet, Margherita Veronese, la sage-femme, craignant pour la vie du nourrisson, l’avait fait ondoyer dès la naissance.

Livre des baptèmes de la paroisse de San Giovanni in Bragora ouvert à la page du 6 mai 1687

Les deux actes dont précieusement conservés dans les archives de cette paroisse où, après des mois d’attente, nous avons obtenu l’autorisation exceptionnelle de les reproduire pour vous.

Acte de baptême d'Antonio Vivaldi en date du 6 mai 1687

Antonio Vivaldi venne al mondo e ne vide la luce nel momento in cui la luce più intensa e rischiaratrice proveniva da quello che, a buon diritto, puo essere considerato il faro luminoso della rinnovata musicalità e non solo italiana, bensi europea.

Remo Giazotto, Invito all’ascolto di Antonio Vivaldi

Antonio Vivaldi est venu dans le monde et a il vu la lumière lorsque la lumière était la plus intense et enrichissante et il en provient, à juste titre, qu’il peut être considéré comme le phare de la musicalité renouvelée et pas seulement italienne, mais européenne.

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