Venise, octobre 1874

A huit heures du soir, le premier octobre, nous reprenons le chemin de fer pour Venise.

On traverse d’abord des plaines coupées de canaux : puis soudain la terre disparaît : nous voici engagés sur un interminable viaduc entouré d’eau de tous côtés ; au loin les becs de gaz et les lumières d’une grande ville se reflètent en scintillant sur le lac. Avec la même soudaineté, tout s’éclipse : on entre en gare et nos surprises vont commencer.

Au mois de septembre 1874, René Mathurin Marie Pocard du Cosquer de Kerviler, communément appelé René Kerviler, eut occasion d’entreprendre, avec sa femme Cécile M Guieysse, un voyage de vacances en Suisse et en Italie. Ils laissèrent leurs enfants à leur grand-mère et sont partis directement de Nantes par la voie de Lyon et de Genève. A Venise un de ses beaux-frères, Léon Guieysse, qui sortait de l’école d’application du génie de Fontainebleau vint les rejoindre et acheva le voyage avec eux.

René Mathurin Marie Pocard du Cosquer de Kerviler

Ici point de grande place d’arrivée, ni de longues files d’omnibus stationnant devant la gare ; mais un vaste escalier au pied duquel le grand canal, chargé d’une foule de gondoles, fait jouer aux lumières ses eaux sombres et tranquilles. Chaque hôtel possède une gondole avec une lanterne à ses couleurs et à son nom. Avisant celle de la Cita di Monaco, nous lui trouvons bon augure et nous nous installons sur sa banquette en velours rouge. En avant, gondolier !…

Nous glissons avec agilité au milieu de tout ce monde de rameurs, et quittant bientôt le grand canal nous nous engageons dans une série de canaux secondaires obscurs et mystérieux qui doivent raccourcir la route. L’impression de ce voyage nocturne est saisissante : un silence de mort ; à peine un petit clapotement de l’eau sous l’aviron du gondolier dont la silhouette se détache à l’arrière de la barque ; de loin en loin, un cri bizarre et plaintif qui se perd dans la nuit : ce sont les gondoliers qui s’avertissent aux détours pour ne pas s’entrechoquer dans l’ombre. On se croise rapides comme des flèches, et l’on se prend à rêver drames et crimes ; s’il prenait fantaisie à notre conducteur de nous supprimer, qui s’en apercevrait ?…

Au milieu de ce silence, on se sent pris de frisson, et l’on glisse, toujours enveloppé de mystère, sous des ponts sombres comme la mort, au pied de maisons aux fenêtres grillées, défendues contre toute attaque extérieure. Où allons-nous ?…

Les canaux se croisent avec des cours sinueux; on n’aperçoit rien devant soi, et seulement à nos côtés l’eau noire qui baigne le pied des portes des hôtels : de temps en temps un petit quai, une église, une lampe devant une madone. Tout d’un coup le salut et la vie : voici de nouveau les lumières et le grand canal : des gondoles circulent nombreuses; de grands piquets bariolés destinés à les attacher pour l’accostage se dressent comme des fantômes le long des deux rives : les palais se succèdent, et les dômes et les portiques : nous approchons de la place St-Marc; mais avant d’atteindre son escalier, la gondole nous dépose à la Cita di Monaco. Hélas ! Quelle déconvenue; nous sommes reçus en italien mâtiné d’allemand : Nous ne nous étions pas aperçu que Munich, la capitale de la Bavière, s’appelle ici Monaco ! et nous sommes tombés en pleine Allemagne. Il est trop tard maintenant pour chercher un autre hôtel; mais après avoir en vain cherché à rêver aux étoiles que nous cachent des nuages malencontreux, nous nous endormons en jurant qu’on ne nous reprendra plus à l’homonymie franco-italienne.

Fête Dieu à Venise, par Luigi Passini (Vienne, 1832 † Venise, 1903) vers 1873-74.

Notre premier soin, au réveil, est d’aller chercher à nos fenêtres un aperçu du classique ciel bleu de Venise. Peine inutile ; il est gris comme en Bretagne, si ce n’est qu’à travers la pluie qui tombe en fines gouttelettes que nous apercevons en face de nous, du haut de notre troisième étage, l’immense campanile et les pittoresques coupoles de St-Marc : au loin le dôme de St-Jean-le-Majeur est enveloppé dans une brume légère, au milieu de son île : et l’horizon se termine vers l’Adriatique par une ligne plombée qui ne nous laisse pas grand espoir pour le reste du jour. Si des senteurs pénétrantes ne s’élevaient du joli jardin qui s’étend à nos pieds derrière la Librera Vecchia, nous augurerions fort mal du climat vénitien. La réaction produite par le retour du beau temps n’en sera que plus vive. Notre plan de campagne est aussitôt dressé : nous visiterons aujourd’hui l’église de Saint-Marc, le palais des Doges et le musée de peinture, et nous réserverons pour demain la ville, ses monuments et ses innombrables palais.
La façade postérieure de notre hôtel s’ouvre sur une étroite ruelle qui aboutit en quelquespas sous les galeries de la grande place St-Marc. A peine sommes-nous entrés sous ces galeries que, sans avoir le temps de jeter un coup d’œil sur les belles perspectives d’arcades superposées qui s’alignent devant nous, couronnées par la resplendissante basilique, nous sommes assaillis par une foule de marchands de bracelets et de colliers en coquillages, qui, n’ayant pas encore rencontré de touristes à cette heure, s’attachent à nos pas, et nous forcent, pour nous débarrasser de leurs cris, de leur acheter quelques-uns de ces frutti di mare : mais nous n’avançons sous les galeries que pour tomber de Charybde en Scylla : ce sont maintenant des marchands de photographies nous offrant, dans de petits albums à mille replis, des vues des principaux monuments de Venise.
Un ricordo di Venezia, signor, due lire, signor, un ricordo !
Vingt photographies pour 2 francs, c’est pour rien : nous achetons un ricordo et pouvons enfin respirer.

Mais la pluie tombe de plus belle; ce n’est pas le moment d’admirer les magnificences de la place de St-Marc, ni de comparer sa disposition à celle de notre jardin du Palais-Royal, à Paris, où la basilique remplacerait la galerie d’Orléans. Un agent de ville nous indique le chemin de l’hôtel des postes, et nous nous engageons, à sa recherche, dans un dédale sans fin de ruelles étroites pavées en larges dalles, coupées par des ponts en dos d’âne à parapets triangulaires et aux escaliers de marbre, bordées de vieilles maisons qui surplombent et qui s’enchevêtrent les unes dans les autres, agrémentées de piliers, d’arcades et de galeries de tout style et de toutes dimensions. C’est dans ces ruelles que se trouvent les magasins ou plutôt les boutiques, car il ne faut pas leur demander de luxueuses devantures, et les seules qui ressemblent aux nôtres sont celles des galeries de la place St-Marc : les vraies rues sont les canaux et comme toutes les constructions y plongent directement sans terrasse, il ne peut y être question de magasins : seules les ruelles étroites établies parallèlement en arrière en ont le privilège.

Rassurez-vous, la suite du séjour à Venise de René Kerviller et sa famille ne sera plus aussi décevante. Dès que le soleil va revenir, et au fur et à mesure de sa découverte des principaux monuments de la ville, il ira de plaisir en émerveillements, bien qu’il ne se soit guère aventuré au delà de San Marco.

Son récit de voyage est un ouvrage devenu rare, mais Trente jours à travers la Savoie, la Suisse et l’Italie est disponible en ligne sur Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale de France.

L’arrivée à Venise se situe vers la page 103, voici le lien direct.

Trente jours à travers la Savoie, la Suisse et l'Italie

Zaccaria Dal Bo

Zaccaria Dal Bo est né à Venise en 1872.

Sa biographie se trouve pour le moins succincte, car il fait partie des artistes totalement méconnus de Venise.

Bragozzi in Laguna a Venezia

Bragozzi in Laguna a Venezia

Nous savons qu’il a participé à plusieurs Biennales de Venise, lors d’exposition de groupes, en 1903, 1907, 1909 …

Scorcio della Riviera del Brenta

Scorcio della Riviera del Brenta

Généralement, il signait Z Dal Bo en bas à droite de ses toiles (plus rarement des huiles sur bois), ce qui le rends aisément identifiable.

Scorcio della Laguna a Venezia

Scorcio della Laguna a Venezia

Lors des dernières ventes aux enchères que nous avons eu l’occasion de suivre, ses œuvres se sont vendues aux alentour de 500 €uros, ce qui en fait un artiste encore tout à fait abordable car totalement méconnu.

Canale A Venezia

La Passeggiata

Vele A Venezia

Venezia, Il Canal Grande Presso La Salute

L’artiste est mort dans sa ville natale en 1935.

Venezia, Il Canal Grande verso Vendramin

Venezia, Il Canal Grande verso Vendramin

Détails :

Zaccaria Dal Bo 1872-1935

Zaccaria Dal Bo 1872-1935

Quand Venise accueillait une possible tsarine

En ce début de l’année 1774, Venise est en effervescence, et un parfum de complot et de rébellion flotte sur le ville en plein carnaval.

Pour une fois, ce ne sont pas quelques patriciens qui souhaitent se rebeller contre le doge en place, Alvise Giovanni Mocenigo.

Non, la conspiration est bien internationale, et les polonais, les français, sont alliés aux vénitiens et aux opposants russe de Catherine II de Russie, et au centre de cette agitation politique, se trouve une étrange jeune femme.

On voit apparaître ce personnage vers 1772 à Paris. Elle porte alors le nom d’Aly Emetey, Princesse de Vlodomir. Elle dit être née de parents inconnus d’elle, et avoir été élevée en Allemagne puis en envoyée en Perse. A Ispahan, un Prince lui aurait révélé sa noble identité et l’aurait convaincue de revenir en Europe à la conquête de son destin. Entourée d’intrigants elle mène grand train à Paris, Londres ou Berlin. Elle commence alors à raconter que l’impératrice russe Elisabeth morte depuis 1761 est sa mère et se fait alors appeler Elisabeta Alekseïevna Tarakanova. Séduisante, elle rallie à sa cause un certain nombre de personnages comme le comte polonais Michał Kazimierz Ogiński,  Grand Général de Lithuanie, et le comte de Rochefort Valcourt qui s’éprennent follement d’elle.

Images du film Tarakanova

La Tarakanova compte de plus en plus de partisans et défenseurs de sa cause au fil des années, ces derniers étant prêts à l’aider par haine de la tsarine régnante Catherine II. Elle se trouve par ailleurs dans un contexte politique favorable. À cette époque aussi, les Polonais exilés depuis le partage de leur patrie en 1772 complotent contre la Russie. Ils voient en cette jeune femme le moyen de destituer Catherine, qu’ils haïssent car elle dirige d’une main de fer une partie de leur pays. Ne pouvant assassiner l’impératrice sous peine d’être discrédités sur la scène internationale, ils préfèrent soutenir une prétendante au trône, en l’occurrence la Tarakanova. L’un d’eux, le prince Nicolaï Charles Radziwiłł, entre en relation avec elle.

En ce début d’année 1774 donc, en pleine période de Carnaval, Elisabeta Tarakanova est à Venise, sous le nom d’emprunt comtesse Pinneberg. Pendant sa courte existence aventureuse, cette jeune femme eu beaucoup d’identités différentes, dont : Fräulein Frank, Lady Shelley, Madame Scholl, Madame de la Trémoille, Kniaguinia Vladimirskaïa (princesse de Vladimir) ou encore princesse d’Azov. Elle loge à l’ambassade de France et mène grand train. Les vénitiens se pressent autour du bâtiment, d’autant plus que la princesse, qui aime Venise, passe beaucoup de temps à sa fenêtre, admire les gondoles et les beaux et jeunes gondoliers.

Edith Jehanne dans le rôle de la Tarakanova

La jeune princesse raffole d’un met qu’elle a découvert dans la lagune : le risotto avec des moules et des fruits de mer.

Elle est traitée dans les salons mondains comme une personne d’une extrême importance, une possible tsarine. Elle a autour d’elle toute une cour qui s’abandonne, en pleine période de carnaval, dans des fêtes ruineuses la nuit, et dans des conspirations politiques le jour. Le compte Pototskiy, la comtesse Theophne Moravskaya, le prince Nicolaï Charles Radziwiłł, entre temps ruiné par la tsarine Ekaterina, qui l’avait fait mettre hors la loi, et confisquer ses biens immenses, qui montaient à plus de 5 millions de revenu. Un certain Tcharnomskiy, qui servait Radziwiłł, devait trouver de l’argent pour organiser un voyage auprès du sultan, dans le but l’organiser une insu rection. Il tentait d’emprunter, mais en réalité il mendiait.

A cause de l’humidité, elle est tombée malade, elle toussait beaucoup. Le docteur, qui l’a alors examinée, n’a pas trouvé de maladie grave et a simplement prescrit du repos. On lui a alors présenté un anglais, Sir Edward Wortley Montagu qui avait été ambassadeur auprès de l’Empire Ottoman. Il est venu la voir, un jour,en costume oriental en disant que c’était un costume turc. Il lui a donné les lettres de sa mère, l’écrivain Lady Mary Wortley Montagu, où elle décrivait les saunas turcs où les dames turques l’avaient invitée, étant devenue la seule femme européenne de son temps à avoir visité un harem. Tarakanova enviait Lady Mary car elle ne devait pas se cacher, ni cacher sa véritable identité. Tarakanova était fatiguée, cil lui semblait qu’elle était née comme une poupée, déjà grande dame.

Pour revenir en Russie et prendre le trône, elle avait besoin de soutient, de l’armée, d’argent.

A Venise, on lui présenta deux turcs. Radziwiłł pensait qu’il fallait s’adresser au sultan pour avoir de l’aide ( qui aiderait volontiers la vraie fille de l’impératrice défunte ) Cette préparation pour le voyage à Istamboul était tellement séduisante. Le comte Pototzkiy, la comtesse Moravskaya, le Sir Edward iraient avec elle à Istamboul. Le banquier Martinelli a donné de l’argent pour ce voyage.

Le jour du départ, une foule de vénitiens a entouré le palazzo où se trouvait la résidence de l’ambassadeur de France. Tout le monde voulait voir cette princesse russe mystérieuse avant son départ. En attendant les gens achetaient des gnocchi, des boissons. Quelques gondoles virent devant le palais, le compte Radziwiłł et la comtesse Moravskaya prirent place dans une des gondoles. Enfin la comtesse Pinneberg (La Tarakanova) est sortie du palazzo. Tout le monde savait que c’était une princesse russe, héritière du trône russe, dans sa robe bleue, et un petit chapeau. Les gens la saluaient avec des "VIVA", elle a pris place dans la gondole principale pour aller au port de Malamocco.

La suite de l’histoire est un drame.

Catherine ne peut supporter davantage pareil affront et décide de la ramener en Russie par n’importe quel moyen. Elle met donc au point une machination avec Alexis Orlov, commandant de la flotte russe en Méditerranée. Ce dernier fait courir le bruit qu’il est en disgrâce à Saint-Pétersbourg et la Tarakanova, toujours à la recherche de nouveaux appuis, lui envoie une missive où elle lui explique sa filiation avec la tsarine morte.

Lettre d'Alexis Orlov en 1775

La flotte russe se trouve à Livourne ; Orlov propose donc de faire sa connaissance. Il lui jure par la suite qu’il l’aidera à accéder au pouvoir et la demande en mariage. La cérémonie doit se dérouler, quelque temps plus tard, sur le bateau d’Orlov, c’est-à-dire en territoire russe. Mais à peine montée sur le navire dans sa robe de mariée, la princesse est mise aux arrêts et emmenée par celui qui l’a trahie à Saint-Pétersbourg, où elle est interrogée. L’interrogatoire est mené par le grand chancelier Galitsine.

Demande de clémence

La Tarakanova lui donne la même version des faits dans l’espoir qu’on la libérera. Cette obstination lui est hélas fatale car elle est emprisonnée au sein de la forteresse Pierre-et-Paul, à Saint-Pétersbourg, dans des geôles sous le niveau de la mer qui n’ont rien à envier à celles des Puits de Venise, et qui se remplissent d’eau à chaque marée.

G. Serdioukov. Portrait d'une inconnue. Selon le propriétaire de la peinture PF Simpson, portrait de la princesse Tarakanova

G. Serdioukov. Portrait d’une inconnue. Selon le propriétaire de la peinture PF Simpson, portrait de la princesse Tarakanova

Peu à peu, sa santé décline. Galitsine lui-même s’en émeut et demande à l’impératrice d’adoucir le sort de sa prisonnière, en vain. Elle finit par succomber de la tuberculose le 4 décembre 1775.

Ce tableau peint en 1864 par Constantin Flavitski représente la légende selon laquelle la princesse Tarakanova fut tuée dans une inondation en 1777.

Ce tableau peint en 1864 par Constantin Flavitski représente la légende selon laquelle la princesse Tarakanova fut tuée dans une inondation en 1777.

Cette tragédie de l’histoire de Catherine la Rouge, la tsarine arrivée au pouvoir après avoir assassiné son mari, a servi de prétexte à plusieurs livres et des films.

Une comédie dramatique de 1929

Tara

Réalisation de Raymond Bernard
Scénario de André Lang et Ladislao Vajda
Directeur de la photographie Jules Kruger
Musique de André Roubaud
avec Camille Bert, Charles Lamy, Paule Andral, Antonin Artaud, Ernest Ferny, Andrew Brunelle, Edith Jehanne, Olaf Fjord, Rudolf Klein-Rogge…

Princess Tarakanova (Knyazhna Tarakanova) produit par Pathe en Russia, en 1910, dirigé par Kai Hansen et Maurice Maitre…

Il fut un temps où la lagune n’était pas une poubelle

Les anciens s’accordent tous pour faire la même affirmation, dans leur jeunesse, l’eau était plus limpide qu’aujourd’hui, et moins haute.

Arsenale1960

Sur cette photos prise entre les deux guerres à l’occasion d’une grande marée basse, on peut voir les galets derrière l’Arsenale. La passerelle de fer n’existait pas encore, et celle de bois, plus basse, semblait bien plus périlleuse.

Ce que l’on remarque surtout, sur cette photo, c’est qu’il n’y a aucun déchet, aucun plastique, aucune bicyclette rouillée et pas plus de vieille machine à laver le linge sur les galets. Si l’eau baissait autant de nos jour, le spectacle ne serait pas le même !

Arsenale

1897

C’était une époque où, enfant, on pouvait pécher dans les canaux, et dès que la chaleur écrasait la ville, se baigner sans danger.

L’Église de San Clemente

L’Église de San Clemente

L’église de l’île de San Clemente, tournée vers le soleil levant symbole du Christ, fut érigée en 1131 et devint rapidement un lieu de rassemblement des pèlerins.

D’origine romane, comme le monastère, sa façade, qui remonte à 1485, est de style Renaissance lombarde. Malgré les remaniements effectués au XVIIème siècle elle a conservé le style du XVème siècle. De la façade primitive il reste la Madone à l’Enfant enchâssée dans un des arcs de la façade.

L’intérieur de l’église a été également remanié, comme le témoignent les transformations de style Renaissance apportées à la corniche qui supporte la partie la plus ancienne. La restauration de l’église fut effectuée par les Camaldules, avec le soutien financier de Bernardo Morosini qui confia les travaux à Andrea Cominelli en 1653.

L’église de S. Clemente n’a jamais été vraiment reconstruite, elle a été profondément modifiée au fur et à mesure des agrandissements et restaurations successifs, de sorte qu’il est difficile d’en retrouver le plan d’origine. Cette dernière avait probablement un plan roman à croix latine, à nef unique avec transept, accueillant le maître-autel et l’abside. L’église était certainement de style transition roman-gothique, comme le témoigne la fenêtre en ogive, signalée par Seguso et aujourd’hui disparue, et par la hauteur de la voûte en berceau de la nef centrale ; toutefois aucune document retrouvé jusqu’à présent ne l’atteste avec certitude.

L’Église de San Clemente

L’église a été enrichie aux  XVIIème et  XVIIIème siècles de sculptures et de bas-reliefs, mais les monuments les plus importants sont les tombeaux des Morosini. A la moitié du XVIIè siècle, en effet, elle avait déjà été transformée par la construction de la Chapelle de Notre-Dame de Loreto.  Du côté de la Maison de Loreto, tourné vers les fidèles, se trouve le maître-autel de l’église, à l’opposé, du côté du chœur, se trouve  le très beau bas-relief de Giuseppe Mazza  représentant la naissance du Christ et l’adoration des bergers, réalisé dans les fonderies de l’arsenal en 1703.

Le chœur, au fond de l’abside,  comportait des stalles en noyer réalisées en 1672; cinq grand tableaux de 1748, d’auteur inconnu, ornaient les murs. On ne sait pas s’ils sont du même auteur ou s’ils ont été peints par des artistes différents, mais ils dénotent l’influence de l’école  vénitienne en particulier celle de Ricci i et celle de Tiepolo.

La sacristie est une des parties les plus belles de l’église avec ses murs recouverts de vieilles armoires en noyer foncé et de compartiments en bois travaillés avec finesse destinés à recevoir les ornements et les objets du culte. Malheureusement l’humidité de la pièce a laissé des marques profondes aussi bien dans le mobilier que dans les structures, comme du reste dans la plus grande partie de l’édifice.

L'église de l'île de San Clemente

Le marquis Pano Maruzzi

Le marquis Pano Maruzzi (1720 – 1790), banquier de Courfou et attaché à la religion grecque, était venu à Saint-Pétersbourg où il fut décoré, par l’impératrice Catherine II, du cordon de Sainte-Anne en 1764 et du titre de Ministre de Russie à Venise le 10 mars 1768.

Il épousa la princesse Zoie (Zoe) Ghika (de Moldavie) qui avait fui son pays avec sa mère, Luxandra Moruzi, veuve de de Scarlat Ghica (1715-1766), souverain de la Roumanie. Ce portrait de Zoe Ghica a été réalisée en 1777 sur l’ordre de la Grande Catherine, par le célèbre portraitiste suédois Alexandre Roslin, il est actuellement exposé au Musée national de Stockholm .

Alexander Roslin – Princesse Zoie (Zoe) Ghika

Le banquier grec offrit en reconnaissance trente-cinq millions tournois pour financer l’expédition d’Alexis Orloff contre l’empire Ottoman.

Zoe Ghika et Pano Maruzzi eurent trois fils : Pano, Constantino (né à Moscou le 16 septembre 1784) et Lambro qui furent faits marquis, à Venise, par l’Impératrice Maria Teresa par Souveraine Résolution du 30 mars 1819. Il devient, dès lors, assez difficile de démêler si on parle de Pano Maruzzi père, ou de Pano Maruzzi fils, car, de plus, ils furent tout deux "ambassadeurs de la cour de Russie à Venise", et tout deux fait marquis. Seules les dates nous aident à nous y retrouver, après la mort du père, on peut supposer que c’est du fils dont on parle. Toutefois, les éléments biographiques du fils sont épars et souvent confondus avec ceux du père.

Constantin Maruzzi, Grand Prieur de l’Ordre de Malte, est mort à Venise (sans postérité selon M.D. Strudza) le 20 février 1846.

Zoe Ghika et Pano Maruzzi eurent également une fille, Alexandra Maruzzi, née en 1790 qui épousa le comte Sergei Soumarokov (1791-1875). Ils vécurent à Saint-Pétersbourg, sur la Serguievskaya où, en juillet 1829 est née leur fille unique, Elena.

La très belle comtesse Elena Soumarokova fut la dernière descendante de la famille.

Sumarokova_Elena

Pietro Buratti dans un de ses célèbres pamphlets fait, du marquis Pano Maruzzi (le fils aîné, également ambassadeur de la cour de Russie) le héros de l’Elefanteïde.

Le 30 novembre 1825, dans une lettre à M. Strich, Stendhal écrit à son propos : "Le marquis Maruzzi, dont Buratti se moque dans l’Elefanteïde, a quatre-vingt mille livres de rente et jouit à Venise du plus grand crédit ; c’est un roué Russe qui aurait bien pu faire noyer le poète dans quelque canal."

Le 16 novembre 1879, Pierre Rousseau écrit dans son Journal Encyclopédique : "Le marquis Maruzzi, qui réside à Venise de la part de cour de Russie, ayant requis, au nom de sa souveraine, le Senat d’accorder l’entrée des ports de cette République aux escadres de cette puissance, il lui a été répondu qu’on ne pouvait s’engager à les recevoir, ni à leur fournir des provisions, la régence devant, avant tout, penser à se ménager la Porte et les autres alliés, et qu’on admettrait jamais plus de trois vaisseaux à la fois."

Les historiens pensent que le père, époux de Zoe Ghika, serait le commanditaire à Guardi d’une série de peintures sur la visite à Venise en janvier 1782 du Grand-Duc Pavel Petrovitch et de son épouse Maria Fedorovna, venus "incognitos" sous le nom de comte et comtesse Severny.

Banquet Tsarevich-Pavel-Petrovich- Venise

Sources bibliographiques :

Franco Venturi, Settecento riformatore.

Sergey Androsov, Russian Patrons and Italian Artists in the 18th Century

Le sceptre du gondolier

Les sceptres ou "bâtons d’apparat" des gondoliers Vénitiens étaient utilisés lors des fêtes nautiques et des défilés de la Sérénissime depuis le XVIème siècle.

Sceptre de gondolier

Ce sceptre de gondolier est un souvenir rare du début du XIXème siècle, de 85 centimètres de long, ce long bâton de bois est encerclé de métal. La partie supérieure (à droite sur notre photo) est décoré avec un fero di prova. Le corps, à quatre pans, est incrusté de médailles commémoratives et de monnaies du XVIIIème et du début du XIXème siècle.

La symbolique attachée au fer de proue des gondoles, s’élevant en panache, renvoie à l’orgueil des gondoliers. Dans sa découpe du métal stylisé apparaissent la corne du Doge, les 6 sestieres de Venise, la Giudecca et les 3 îles de la lagune (Torcello, Murano et San Michele)

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Cet autre sceptre du début du XIXème siècle est en en métal plaqué d’argent figurant la tête du lion de San-Marco en ronde-bosse, le fût est avec un décor tournoyant de spirales dans la partie basse et de chevrons dans le haut, la bouterolle est à godrons.

Les sceptres de gondoliers ont disparus à la fin du XIXème siècle.

Véronèse dans l’église de San Sebastiano

Nous sommes vraiment désolés !

Nous n’avons pas encore terminé avec nos histoires à propos des peintures de Véronèse dans l’église de San Sébastiano. Pensez, nous avons passé une journée entière à tout découvrir pour vous, alors, nous savourons notre plaisir de vous raconter tout ce que nous y avons appris.

Dans les prodigieuses Scènes de la vie d’Esther, pour le plafond de l’église, les tons purs et contrastés accentuent la solidité majestueuse des structures et des personnages.
Les fresques (Scènes de la vie de saint Sébastien) pour la nef centrale (1558), les Pèlerins d’Emmaüs (désormais au Louvre), la Présentation au Temple (de nos jours à Dresde, Gg), les tableaux de l’orgue et le retable du maître-autel (la Vierge en gloire avec saint Sébastien et des saints) sont autant d’étapes d’un développement logique qui aboutit au Repas dans la maison de Simon exposé de nos jours à la Galeria Sabauda de Turin.
Selon certains historiens d’art, Véronèse aurait, lors d’un voyage à Rome fait une étude attentive du Jugement dernier de Michel-Ange. De cette confrontation, l’artiste aurait développé une imagination fraîche et puissante et par une aisance sereine, la lumineuse et transparente poésie d’un monde fantastique de couleurs que nous lui louons de nos jours.

Martyr de saint sébastien

Madone en gloire avec les saints

Jean Gabin et Giancolombo dans "La Traversée de Venise"

C’est un film de ce monstre du cinéma que les français ne connaissent pas, et pour cause, il n’a jamais été tourné !

En 1956, Jean Gabin est à Venise où le film La Traversée de Paris de Claude Autant Lara est présenté à la Mostra du cinéma (où il obtiendra le Lion d’Or). Le photographe milanais Gian Battista Colombo, né à Venise en 1921, lui propose alors de réaliser une version vénitienne du film : avec la fameuse valise pleine de viande de porc à la main, Gabin va donc traverser Venise, pour faire plaisir à son ami.

Dans les années 1950, l’importance de la Mostra est finalement reconnue au niveau international. Le festival connaît une période de forte expansion et participe à l’affirmation de nouvelles écoles de cinéma comme les écoles japonaises et indiennes avec l’arrivée des plus grands réalisateurs et des plus grandes stars.

La traversée de Paris a connu un grand succès car il a fait 4.893.174 entrées, le plaça ainsi en 4ème position, du box-office de 1956. Il a reçu plusieurs récompenses notamment la coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine pour Bourvil, le Prix du meilleur film par le syndicat français de la critique du cinéma 1956, le Lion d’or de la Mostra de Venise 1956, le Prix Méliès en 1957 et  la nomination pour Jean Gabin au BAFTA 1957 dans la catégorie "meilleur acteur étranger".

Gian Battista Colombo était devenu Giancolombo en 1946 à la suite d’une erreur de typographie dans le journal Corriere Lombardo, et il gardera ce pseudonyme le restant de sa carrière. Il travaille pour de nombreux titres, italiens : Europeo, Tempo, Panorama, Settimo Giorno, Oggi, Gente, Grazia, Epoca, Visto, Le Ore di Salvato Capelli, et, à l’étranger : Paris Match, Life, Picture Post, Schweizer Illustriert, Stern, Jours de France, Daily Express.

Giancolombo s’est éteint en 2005, mais sa fille, Suzana, conserve encore l’écharpe en soie bleu que Jean Gabin offrit à son père en remerciement à cette occasion (l’élégance des grands artistes…).

Nous avons souhaité vous montrer les photos de la traversée de Venise, par Jean Gabin, une valise à la main. Nous remercions chaleureusement Susanna Giancolombo qui nous a envoyé des photos inédites malgré tous les problèmes qu’elle a déjà eu avec les téléchargements de photos et leur utilisation illégale.

Jean Gabin devant la basilique San Marco

Jean Gabin sur la piazza San Marco de Venise

Jean Gabin sur la piazza San Marco en 1959

La Traversée de Venise par Jean Gabin

La traversée de Venise par Jean Gabin

Jean Gabin à Venise, photographié par Giancolombo

Jean Gabin à Venise, photographié par Giancolombo

Photographies avec l’aimable autorisation de Giancolombo

Copyright © Giancolombo

Les Echappées Belles avec Florence, Maria, Davide, les deux Francesco…

Nous vous avons déjà parlé de l’émission qui passera Samedi 20 septembre 2014 de 20:37 à 22:10 heures sur France 5. Nous avons, en effet, été sollicités pour aider, en amont, à trouver des partenaires qui accepteraient de participer à l’émission pour montrer un visage différent de Venise.

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L’équipe était composée de quatre personnes, le réalisateur Jean-Yves Cauchard, l’ingénieur du son Gaspard Baudry et l’assistante-traductrice Céline Boutte, autour de l’animateur-voyageur Raphaël de Casabianca, qui est un des trois présentateurs, en alternance de l’émission.

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Il nous avait été demandé de les mettre en relation avec des personnes sur Venise qui leur présenterait, de façon positive, des aspect méconnus de cette ville dont les médias ont déjà tout dit…

Les conditions ont été idéales, puisque pendant les 8 jours qu’a duré le tournage, le soleil a brillé avec des températures estivales. Jean-Yves, Gaspard et Céline étaient déjà venus à Venise, mais c’était la première fois pour Raphaël qui appréhendait un peu la découverte de ce qui est souvent présenté comme une "ville-musée"… Raphaël a finalement été très agréablement surpris par le sens du partage, de l’entrepreneuriat mais aussi la passion des Vénitiens pour la sauvegarde de leur ville.

Venise 03

Globalement d’ailleurs, l’équipe est rentrée pleine d’excellents souvenirs de moments partagés avec leurs interlocuteurs : les Vénitiens qu’ils ont rencontrés avaient vraiment à cœur de montrer un autre visage de Venise. Et c’est ce que l’équipe a ressenti en découvrant, par exemple, la lagune avec Francesco, leur guide-taxi très vite devenu un ami. Certaines rencontres les ont marqués ; des gens extraordinaires comme ces dernières dentellières italiennes à Burano ou ce jeune agriculteur sur Vignole, les derniers artisans de mosaïque du Cannaregio, ou encore les habitants du Castello qui se revendiquent comme étant les seuls "vrais Vénitiens"…  Certaines scènes qui seront présentes dans l’émission relèvent de l’improvisation (un des intervenants initialement prévus, qui s’est désisté, a été remplacé par Francesco Pannoli qui nous a menés à la rencontre de Michel Thoulouze par exemple), tant la plupart des interlocuteurs se sont avérées être des personnalités très attachantes.

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Les découvertes les plus marquantes de l’équipe pendant ce tournage ont sans doute été la lagune, parfois injustement boudée par les touristes mais pleine d’un charme paisible sous les atours roses et rouges d’un soleil couchant ; le sestiere de Castello qui regorge d’églises et d’Histoire ainsi que de "calli" typiquement vénitiennes et pour lesquelles nous avions, avec Claudio Boaretto un guide merveilleux (voir son article à propos de ce tournage), lui qui est natif de cette partie de Venise ; mais aussi les nombreuses spécialités culinaires de la Sérénissime (spaghetti à la fraise, crevettes et crabe, gnocchi à la vénitienne, au safran et curcuma, artichauts violets à la vénitienne ou encore les pates alio, oglio e peperocino), qu’ils ont dégustées grâce à leurs hôtes Maria et Florence.

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Au cours de sa visite de la ville, Raphaël va donc découvrir les quartiers du Castello et du Cannaregio avec son accompagnatrice Florence Boaretto, pour qui il était important de montrer les quartiers vénitiens épargnés par le tourisme de masse. Raphaël a ainsi la chance de visiter la fabrique de mosaïque Orsoni par exemple.

Traduttrice

Ensuite, son périple le mène dans le centre de la ville, autour de la place Saint Marc, avec Davide Busato, spécialiste de la Venise criminelle, qui lui en compte les anecdotes les plus sombres et croustillantes. On part ensuite sur la lagune avec les deux Francesco, Badiene et Pannoli, le premier abordant les problématiques liées à l’environnement et la préservation des eaux et des îles vénitiennes, le second l’emmenant à la rencontre de Michel Thoulouze qui cultive ses vignes sur les terres salées de la lagune. Raphaël retourne ensuite sur la terre ferme pour accompagner Maria, chef de l’osteria Alba Nova, et apprendre que si la cuisine « italienne » est peut-être un abus de langage – tant chaque région d’Italie a son identité culinaire – la cuisine vénitienne, elle, est une réalité bien tangible. Enfin, notre voyageur s’accorde une petite virée nocturne, pour découvrir les différentes facettes de la Venise qui ne dort pas…

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Les autres sujets abordés dans l’émission seront les suivants :

- Venise, ville des amoureux

- La Vogalonga

- Les Vénitiens face au tourisme de masse

- Les souffleurs de verre de Murano

- Les îles insolites et méconnues de la lagune

- 24h sur le grand canal

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Lettre du Préfet Cassiodore aux Vénitiens

Cassiodore (en latin Magnus Aurelius Cassiodorus Senator) est un homme politique et écrivain latin, fondateur du monastère de Vivarium. Il est né vers 485 à Squillace, dans l’actuelle province de Catanzaro en Calabre et mort vers 580.

Cette lettre est écrite en l’an 537 après JC par le Prefetto Pretorio del Re Ostrogoto Vitige aux tribuns Maritimes Vénitiens.

537 D.C

Flavius ​​Magnus Aurèle Cassiodore était le petit-fils de Cassiodore II qui avait dirigé l’ambassade du pape Léon le Grand pour arrêter l’invasion d’Attila en Italie.

Flavius ​​Magnus Aurèle Cassiodore

En l’an 537 la récolte de vin et d’huile d’olive en Istrie avait été particulièrement abondante, et le préfet écrit aux Vénitiens pour les charger du transport maritime de ces produits à Ravenne, la capitale du royaume des Ostrogoths.

Dans cette lettre, on apprend qu’à cette époque les Vénitiens habitaient les marais côtiers de Ravenne depuis la sixième année. Cassiodore écrit, "… est bordée au sud par Ravenne et le Pô, à l’Est tout en profitant de la beauté de la côte ionienne…" Au siècle de Cassiodore la mer Adriatique était en fait considérée comme un bras de la mer Ionienne.

Nous apprenons que, à l’époque de Cassiodore déjà, les Vénitiens étaient célèbres comme d’habiles marins et constructeurs. Le préfet laisse, du reste, comprendre que la gloire et la noblesse de ces personnes sont bien connues depuis l’Antiquité.

Leur patrie est l’eau, et les navires peuvent les conduire dans tous les pays. Ils ont du reste une monnaie internationale, le sel, qui leur permet de commercer dans chaque pays. Ils savent comment faire face à la mer en colère, mais ils connaissent les chemins de navigation côtière et les voies navigables intérieures protégées, afin d’assurer la livraison rapide de leurs cargaisons par tous les temps.

À l’époque, les Vénitiens n’ont pas encore construit la ville que nous connaissons aujourd’hui. Leurs maisons sont éparpillées sur les ilots émergés proches des marais salants, tels qu’on peut encore les voir dans la lagune de Marano.

Le document est très important car, en plus d’établir une présence significative des Vénitiens comme une figure collective déjà bien définie et homogène dans le sixième siècle de notre ère, il montre qu’ils ont déjà des coutumes et des traditions très différentes des peuples du continent.

Casoni de la lagune de Marano

Tribunis maritimorum Senator, praef. praet.

1.Data pridem iussione censuimus ut Histria vini, olei vel tritici species, quarum praesenti anno copia indulta perfruitur, ad Ravennatem feliciter dirigeret mansionem. sed vos, qui numerosa navigia in eius confinio possidetis, pari devotionis gratia providete, ut quod illa parata est tradere, vos studeatis sub celeritate portare. similis erit quippe utrisque gratia perfectionis, quando unum ex his dissociatum impleri non permittit effectum.estote ergo promptissimi ad vicina, qui saepe spatia transmittitis infinita.

2.Per hospitia quodammodo vestra discurritis, qui per patriam navigatis. accedit etiam commodis vestris, quod vobis aliud iter aperitur perpetua securitate tranquillum. nam cum ventis saevientibus mare fuerit clausum, via vobis panditur per amoenissima fluviorum. carinae vestrae flatus asperos non pavescunt: terram cum summa felicitate contingunt et perire nesciunt, quae frequenter inpingunt. putantur eminus quasi per prata ferri, cum eorum contingit alveum non videri. tractae funibus ambulant, quae stare rudentibus consuerunt, et condicione mutata pedibus iuvant homines naves suas: vectrices sine labore trahunt, et pro pavore velorum utuntur passu prosperiore nautarum.

3. Iuvat referre quemadmodum habitationes vestras sitas esse perspeximus. Venetiae praedicabiles quondam plenae nobilibus ab austro Ravennam Padumque contingunt, ab oriente iucunditate Ionii litoris perfruuntur: ubi alternus aestus egrediens modo claudit, modo aperit faciem reciproca inundatione camporum. hic vobis aquatilium avium more domus est. nam qui nunc terrestris, modo cernitur insularis, ut illic magis aestimes esse Cycladas, ubi subito locorum facies respicis immutatas.

4. Earum quippe similitudine per aequora longe patentia domicilia videntur sparsa, quae natura protulit, sed hominum cura fundavit. viminibus enim flexibilibus illigatis terrena illic soliditas aggregatur et marino fluctui tam fragilis munitio non dubitatur opponi, scilicet quando vadosum litus moles eicere nescit undarum et sine viribus fertur quod altitudinis auxilio non iuvatur.

5. Habitatoribus igitur una copia est, ut solis piscibus expleantur. paupertas ibi cum divitibus sub aequalitate convivit. unus cibus omnes reficit, habitatio similis universa concludit, nesciunt de penatibus invidere et sub hac mensura degentes evadunt vitium, cui mundum esse constat obnoxium.

6. In salinis autem exercendis tota contentio est: pro aratris, pro falcibus cylindros volvitis: inde vobis fructus omnis enascitur, quando in ipsis et quae non facitis possidetis. moneta illic quodammodo percutitur victualis. arti vestrae omnis fluctus addictus est. potest aurum aliquis minus quaerere, nemo est qui salem non desideret invenire, merito, quando isti debet omnis cibus quod potest esse gratissimus.

7. Proinde naves, quas more animalium vestris parietibus illigatis, diligenti cura reficite, ut, cum vos vir experientissimus Laurentius, qui ad procurandas species directus est, commonere temptaverit, festinetis excurrere, quatenus expensas necessarias nulla difficultate tardetis, qui pro qualitate aeris compendium vobis eligere potestis itineris.

Echappées Belles à Venise

Avec Davide Busato

Des caméras qui filment à Venise, nous en avons l’habitude… mais quand nous avons été sollicités pour aider, en coulisses, au tournage  d’une émission de télévision, c’est avec un regard différent que nous attendons le résultat.

Raphaël de Casabianca  déambule à travers la Cité des Doges, de San Marco à Cannaregio, et part dans les îles…

Au sommaire :

1 ) Venise, un amour de ville – Pour beaucoup, Venise est la ville romantique par excellence.
2 ) La Vogalonga, la course de l’espoir – La Vogalonga est une grande randonnée de bateaux à avirons, qui a lieu tous les mois de mai à Venise. Le parcours d’une trentaine de kilomètres passe par les îles Burano et Murano.
3 ) Les magiciens de Murano – L’île de Murano, au nord de Venise, abrite des artisans à la renommée internationale, spécialisés dans le soufflage du verre.
Les routes d’Échappées belles : «Cuba, sur les traces du Che» – Épisode 3.

 

Samedi prochain, retrouvez notre article exclusif avec de nombreuses photos inédites et les secrets du tournage de l’émission.

Avec Florence Boaretto

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