La Riviera di San-Marco

Hier, notre article se terminait sur cette énigme : où somme-nous ?

Cette photo à été prise vers 1890, et montre la terrasse panoramique sur la lagune. La rue qui commence à gauche a pris le nom, le 2 mai 1867 de Strada Garibaldi.

La maison au centre de la photo a fait l’objet d’une restauration, et d’un étrange maquillage, puisque ses fenêtres on prit un aspect néo-gotique de manière à donner à ce qui n’était qu’une modeste masure, l’aspect d’un palais ancien. Les éléments rajoutés proviennent de divers édifices de la lagune vénitienne.

Après la via Garibaldi, il n’y avait plus d’accès en bordure de la lagune. Comme on le voit sur la photo ci-dessus, la casa della Marinaressa donnait directement sur l’eau. Cette maison, qui comprenait à l’époque cinquante-cinq logements, était réservée, gratuitement, aux marins de la Sérénissime qui s’étaient distingués pour des mérites particuliers.

La promenade en bordure du bassin de san Marco se terminait donc ici, après le ponte alla Veneta Marina. Autrefois ce pont était en bois, et était appelé ponte delle Catene. Puis, il fut construit en pierre à l’époque napoléonienne, et pris ce nom en raison de la base voisine de la Marine Autrichienne. Le caffè Alla Veneta Marina, avec sa vue splendide sur l’île de san Servolo et san Lazzaro et la riva degli Schiavoni, fut célébré dans les vers d’Antonio Lamberti. C’était le lieu privilégié des officiers de marine qui se retrouvaient en compagnie des arsenaloti et des pêcheurs.

C’est donc vers 1935 que l’on songea à prolonger la promenade en bordure de la lagune, et de la relier au quai longeant les jardins construits par Bonaparte.

Sur ce plan nous avons indiqué, en jaune, l’ensemble des quais rajoutés lors des travaux de 1936. Ci-dessous, un plan des différentes étapes du chantier, pompeusement dénommé la "Riviera di San-Marco" :

Le fameux projet, porté par la junte du maire Di Serego Allighieri, de prolonger la riva degli Schiavoni jusqu’aux Giardini, fut confié à l’architecte Duilio Torres, et ce, malgré une vive contestation. En effet, le projet porté par les politiques de cette période troublée, prévoyait la destruction de maisons populaires crasseuses, de ce quartier désigné alors comme malfamatto. Comme si détruire les maisons allait arranger la misère (finalement, les idées idées nationalistes sont toujours restées les mêmes).

On immergea des caissons en ciment pour la formation de la riva, et l’on combla ensuite avec des matériaux divers.

Le ponte della Veneta marina fut démoli. On conserva juste les parapets du pont avec leurs bas-reliefs. La photo ci-dessus est parue dans Il Gazzettino du 22 octobre 1936, pour illustrer un article de OL Passarella "La nuova riviera di San Marco".

Des quartiers populaires ont été rasés et remplacés par des jardins, il ne reste plus d’eux, aujourd’hui que de rares clichés, de l’époque où des familles entières vivaient-là.

Le 23 mars 1937, les autorités fascistes locales et l’ensemble de la classe politique vénitienne inauguraient officiellement la Riva dell’Impero, en hommage aux récentes conquêtes coloniales de l’Italie, et tournaient ainsi définitivement le dos à l’histoire d’un quartier antique de travailleurs des chantiers navals et de de pêcheurs, avec leurs maisons pittoresques.

Le Danieli de nos jours

Avant-hier, nous vous avons montré l’évolution de la riva degli Schiavoni et de son mythique hôtel Danieli.

Aujourd’hui, spécialement pour vous montrer comment est ce même endroit actuellement, c’est au sommet du campanile de san Giorgio Magiore que nous sommes montés.

Voici donc la riva, en ce moment même…

Demain, nous allons encore une fois voyager dans le temps, et découvrir comment un autre quartier de Venise, que vous connaissez tous, s’est transformé de façon radicale.

Pour vous faire languir un peu, voici, ci-dessous, une photo de l’endroit, avant les transformations. Qui saura nous dire où à été prise cette photo ?

Nous vous savons très forts à ce jeu-là, alors, demain 9 janvier, la réponse en images et en détails, et vos réponses, dans les commentaires ci-dessous apparaîtront également.

Des changements sur la riva

Ce n’est certes pas un actualité toute récente, dont nous allons vous parler aujourd’hui, mais de changements qui ont modifiés durablement ce superbe panorama de Venise qu’est la riva degli Schiavoni.

Sur cette photo, la statue équestre de Vittorio Emanuele II n’est pas encore présente. On notera la présence d’une estrade, qui servait à donner des spectacles de burattini, comme c’était très en vogue à l’époque.

On distingue bien les terrasses des cafés : le caffè delle Quatre Colonne, de Demetrio Cazzicali, et le caffè Brigiacco, des frères Giovanni et Cristoforo Brigiacco. Ces deux frères venus de l’Épire, lorsque la Grèce subissait la brutalité ottomane, ouvrirent ce café original, au rez-de-chaussée de l’Hôtel Royal Danieli. Un peu pour se distinguer des autres cafetiers, ils endossèrent l’habit oriental, et ces cafetiers originaux connurent vite un succès mondain. La position privilégié, devant le bassin de San Marco permettait de profiter de la douceur hivernale, et de la fraîcheur estivale.

Sur cette dernière photo, on voit l’ancien ponte del Vin, sans parapet.

En 1822, Giuseppe Dal Niel ouvrit une auberge dans l’antique palais qu’avait fait construire la famille Dandolo au XIVème siècle. Cette noble demeure avait été l’habitation de plusieurs familles patriciennes : les Gritti, les Mocenigo et les Bernardo. La position privilégiée face au bassin de San Marco et la splendide vue, donnère à l’entrepreneur l’idée d’en faire un établissement de luxe. Une des plus prestigieuses auberges de Venise. Il nomma son établissement Hôtel Danieli, puis Hôtel Royal Danieli.

En 1824, Giuseppe Dal Niel acquis le second étage à Elena Michiel, la veuve d’Alivise Bernardo, et, en 1840, la fille adoptive de Dal Niel, Alfonsina Clement racheta le premier étage à Filippo et Mario Nani, les héritiers Mocenigo. L’albergo Danieli a hébergé les plus grandes célébrités de l’Europe du XIXème siècle : Georges Sand et Alfred de Musset, Honoré de Balzac, Charles Dickens, Gabriele D’Annunzio, Richard Wagner…

Sur la photo, on voit qu’il existe des commerces alimentaires donnant sur le quai, et que le ponte del Vin à été refait selon un modèle qui rappelle la forme du ponte della Paglia voisin.

Quelques années plus tard, l’hôtel à récupéré de l’espace au pianoterra (pour y établir l’actuel bar – salon), il ne reste plus qu’un antiquaire et un tabac à l’angle de la calle delle Rasse. Sur la photo, on voit un métier aujourd’hui disparu (du moins sous cette forme) : un vendeur ambulant d’acqua e mistrà.

En 1910, sur un projet de Francesco Marsich, l’albergo Danieli fait l’objet d’une restauration radicale. L’édifice a récupéré de nouveau espaces, tous les commerces ont été éliminés. le portail d’entrée à été modifié, pour atteindre le niveau des fenêtres du premier étage. Plus loin, au dessus du caffè Orientale deux chambrettes ont été détruites pour faire place à un cinéma en plein air, dont on voit l’écran sur le mur mitoyen.

C’est en 1946-48 que, sur un projet de l’architecte Virgilio Vallor, on construisit un agrandissement de l’hôtel Danielli à l’emplacement du caffè des frères Brigiaco. Cette annexe de l’hôtel porte le nom d’Hôtel Danieli Excelsior.

Cartes postales de Venise

Колоризированные фотографии Венеции конца 19 века.

Pendant que vous êtes en vacances, c’est le moment d’écrire une carte postale, une vraie… pour vous, nous avons replongé dans nos albums qui renferment des cartes postales du passé de Venise.

Voici une petite sélection de cartes colorisées pleines de nostalgie. Certains endroits on très peu changé finalement !

Venise dans l’oeil de Willy Ronis

Dix ans après les célèbres "écuyères du cirque Zavatta", Willy Ronis est à Venise…

Willy Ronis, photographe français, est un représentant de "la photographie humaniste". "Que signifie être photographe humaniste ?", lui avait-on demandé. "Si je peux employer une métaphore, c’est faire de la photo comme l’oiseau chante. Il ne se pose pas la question", avait déclaré le photographe.

Willy Ronis explique comment fut prise cette photo : "J’avais équipé mon appareil d’un téléobjectif moyen (90 mm) pour rapprocher un peu l’arrière-plan, et je forme des vœux pour que quelqu’un franchisse ce mini-pont de fortune (…) Et le miracle souhaité se produit. Je dois courir pour me remettre à la bonne place et, dans l’urgence à libérer le déclic au moment optimum, mon cadrage est un peu basculé. J’ai pris soin de déclencher à l’instant où les deux pieds de la fillette sont au contact du sol."

Willy Ronis en 10 dates :

1910 : Naissance le 14 août, à Paris.
1926 : Premier appareil. Photos de vacances et première série de Paris.
1936 : Son père décède. Il décide d’être photographe reporter indépendant et quitte l’atelier. Premières parutions dans Regards. Reportage sur le Front Populaire.
1938 : Reportages sur les conflits sociaux chez Citroën.
1945-1949 : Grands reportages pour Point de vue, L’Écran français et Regards.
1950 : Travaille comme illustrateur pour Le Monde illustré. Il entre à l’agence Rapho.
1979 : Participe à la Mission photographique pour la direction du Patrimoine, à la demande du ministère de la Culture et de la Communication. Reçoit le Grand Prix national des Arts et des Lettres pour la photographie.
1981 : Reçoit le Prix Nadar pour Sur le fil du hasard publié l’année précédente par Contrejour.
1996 : Grande rétrospective, avec plus de 240 photographies de Paris, au Pavillon des Arts.
2005 : « Willy Ronis à Paris », exposition à l’Hôtel de Ville de Paris en hommage au photographe à l’occasion de son 95e anniversaire.

Il meurt dans la nuit du 11 au 12 septembre 2009, à l’âge de 99 ans.

Monument à Giuseppe Garibaldi

Le 2 juin 1882 Giuseppe Garibaldi expirait dans sa maison de Caprera, entouré de sa famille et de Menotti. Victor Hugo déclarait « L’Italie n’est pas en deuil, ni la France, mais l’humanité »

Quatre jours plus tard, le Consiglio Comunale di Venezia décidait d’ériger un monument, sans, bien entendu, recevoir l’accord de l’aile monarchiste qui, en signe de désaccord, boycotte l’initiative. Tous les élus monarchistes au Conseil Municipal se levèrent, laissant leur siège déserté et quittèrent la salle. Mais la popularité du "Héros des deux mondes" fit que le projet fut approuvé à la plus grande majorité.

C’est le sculpteur Augusto Benvenuti qui remporta le concours. Déjà, en 1885, il avait signé le Monumento in onore dell’Esercito Italiano. Le monument qui était autrefois situé sur la Riva San Biagio, et qui, plus tard, a été  déplacé aux Gardini.

Une fois l’œuvre terminée, restait en suspend la question de son emplacement. Plusieurs propositions avaient été faites, de la balustrade du Rio Sant’Anna au campo Santa Maria Formosa. Mais l’idée qui a prévalu fut de placer la sculpture à l’entrée des Giardini sur la via récemment élargie. Entourée d’un bassin, de manière à renforcer l"importance du rocher de l’île de Paprera, sur lequel le héros national scrute la mer. A ses pieds, on n’avait pas oublié de placer le lion, Venise oblige.

"Qui si fa l’Italia o si muore" (Ici, c’est l’Italie ou mourir) à lancé Giuseppe Garibaldi à Nino Bixio lorsque le sort de la bataille de Calatafimi paraissait de nature à favoriser les Bourbon. C’est l’un des épisodes les plus célèbres du Risorgimento, évoqué ici par le peintre Walter Molino.

Le dernier acte de cette histoire s’est terminé le 24 juillet 1887, lorsque le monument à été inauguré lors d’une cérémonie solennelle. L’absence, remarquée, du maire Dante Di Serego Allighieri, absent pour un deuil familial, fit dire à de nombreux malins, que c’était très "providentiel". De fait, ce fut le dernier maire de Venise nommé par le Roi.

En 1921, alors que Vinicio Salvi marchait dans les jardins à le recherche d’escargots, comme il le faisait régulièrement chaque semaine, et alors qu’il s’était approché de la statue du "Héros des deux mondes", il sentit qu’on le tirait par le bras. Suffisamment fort pour le faire tomber à terre. Alors qu’il se relevait, il vit une "ombre rouge" qui s’enfuyait. Quand il raconta cette nouvelle à ses amis, ils se moquèrent, en disant aue l’unique "ombre rosse" qu’il avait vue était à la taverne. A Venise, "une ombre" est un verre de vin rouge servi en vrac dans les bacari.

Plus personne n’y pensait, mais, une semaine plus tard, un couple qui s’était isolé un soir près de la statue, fut perturbé par une "ombre rouge". Puis, ce fut le tour d’un pécheur qui rentra chez lui avec une belle bosse.

Ces évènement répétés alertèrent les carabinieri qui organisèrent, un soir, une patrouille dans le secteur. Alors que la patrouille approchait de la statue, l’ombre rouge apparut, mais, au lieu de se jeter dans l’ombre, elle s’interposa entre les militaires et la statue de Garibaldi. Tous virent alors devant eux un homme en uniforme et chemise rouge (l’uniforme des hommes de Garibaldi). Immédiatement, personne ne le reconnut vraiment. Mais, dans la foule qui avait assisté à cette apparition, se trouvait certains qui l’avaient connu : "ma quelo xe Bepi, Bepi el garibaldin" Giuseppe Zolli, né en 1838, qui, pendant l’expédition des 1000 avait fait la promesse de surveiller les arrières de Garibaldi, même après sa mort.

Tous les habitants du quartier furent si émus, et tous les vénitiens si reconnaissants en ce noble héros. Sous la pression des habitants, la municipalité demanda qu’une statue fut rajoutée à l’arrière du monument, qui représente Giuseppe Zolli qui veille sur son général.

Depuis, il n’y a plus jamais eu d’apparitions fantomatiques, ni aucune agression dans ce secteur.

Source : "Leggende veneziane e storie di fantasmi" de A. Toso

Nous vous ferons désormais visiter Venise, avec un brin de nostalgie, au travers de photographies anciennes de nos collections. Les quartiers oubliés, les monuments disparus, les grands travaux… régulièrement nous vous ferons revivre la Venise de la fin du XIXème et du début du XXème siècle et la vie entre murs et canaux à cette époque.

Nous vous raconterons également quelques Légendes vénitiennes, avec de bonnes histoires de fantômes…

Vennezianamente

Vivre à Venise "en bon vénitien" … la formule vient d’Henri de Régnier et est reprise sur la petite plaque qui lui rends hommage "Vennezianamente" … mais que veut dire vivre en bon vénitien de nos jours ?

Certes, ce n’est pas lors des grandes célébrations touristico-mercantiles orchestrées par Venice Events et compagnie que vous pourrez retrouver l’âme de Venise et l’opportunité de vous conduire vennezianamente.

De tout temps, vivre à Venise en bon vénitien est un art qui s’apprend, avec patience et en prenant le temps. Ce n’est pas en un jour, en une semaine que l’on découvre la ville. Celles et ceux qui croient à ces sornettes auront vu un décors, un attrape gogo, un piège à touristes où ils se seront engluées comme des mouches sur un papier collant.

Pour tenter de vivre en bon vénitien il vous faudra du temps, beaucoup de temps. Vous devrez apprendre à aller d’un point à un autre sans jamais vous perdre et cela, par le chemin le plus court, ou celui qui comporte le moins de ponts si vous êtes chargés (car à Venise dès que vous êtes chargés, vous avez des roulettes pour passer les ponts).

Pour essayer de vivre vennezianamente, vous devrez comprendre un peu la langue, non pas l’italien, mais bel et bien le dialecte vénitien. Cette langue-là ne s’apprend pas dans les livres, ni à l’Université, mais bel et bien dans la rue, ou auprès d’amis qui la pratiquent. Pour cela, il ne faut pas être pressé ou impatient. Chaque chose vient en son temps, et il y a un temps pour tout, simplement, ce ne sont pas les mêmes chronomètres qui mesurent le temps à Venise ou sur le portable d’un trader. Ici, le temps est celui consacré à l’Autre, ou le temps qu’il vous accorde.

C’est pour cela que nous conversons à Venise mieux qu’ailleurs, cette sérénité, la Sérénissime la transmet à quiconque se met à son écoute. La belle bouche a encore bien des choses à raconter à qui sait les entendre…

La Porteuse d’eau de Venise

La Bigolante était, à Venise, avant que l’eau courante n’atteigne chaque demeure en son sein, le personnage incontournable de la rue vénitienne. Partout sur les campi, dans les cali de la ville on voyait leurs silhouette si aisément reconnaissable de robustes paysannes du Frioul.

Les femmes de Furlano proposent non seulement leur eau mais aussi montrent leur costume national soigné, sur leurs bas blancs.

Coiffées d’un chapeau d’homme de feutre noir à petit bord, leur joli visage avenant était orné de larges boucles d’or semblables à "des cachets de montre." et Alfred de Musset de nous décrire une jeune fille qui avait "Je ne sais quoi d’honnête et de mélancolique prêtait à son visage un charme inexprimable. La coquetterie n’avait point de part à la propreté de sa toilette. Deux grosses nattes de cheveux blonds couvraient à moitié ses oreilles, où pendaient de larges boucles d’or semblables à des cachets de montre. Elle portait un chapeau de feutre haut de forme et sans bords, d’une coupe originale, orné d’un rameau d’arbre vert. Ce n’était point par misère qu’elle marchait sans souliers, mais par état, pour se préserver des chutes, car l’eau des lagunes dépose sur les marches des rives et des petits ponts de Venise un enduit verdâtre sur lequel on glisse plus aisément avec des chaussures que pieds nus, et dont un proverbe populaire conseille aux passans de se défier."

Elles portaient deux sortes de petits seaux de cuivre en équilibre aux deux extrémités d’un bâton. Leur travail consistait à porter de l’eau dans les maisons vénitiennes. On les nommait Bigolante (nom qui tient à leur métier) ou Pagote (car beaucoup d’entre elles étaient originaires de l’île de Pago, terre froide et stérile dans l’Adriatique, le long des côtes escarpées de la Croatie).

Selon A. von Binzer ( dans "Venedig im Jahre 1844" publié en 1845) "Elles sont presque toutes célibataires et ne restent que quelques années dans la ville, certaines disent jusqu’au moment où elles désirent se marier, d’autres, tant qu’elles sont jolies…"

C’est pourquoi elles étaient à l’époque une attraction même pour les touristes qui les regardaient avec plaisir, courant au pas de gymnastique, d’un air preste et affairé. De petite taille, elles parlaient un dialecte différent du vénitien. C’est qu’il fallait qu’elles se dépêchent de servir les bourgeois vénitiens pour gagner leur dot et rentrer se marier au pays où attendait un probable fiancé. Et au tarif d’un sou vénitien par voie, il leur fallait en porter des mètres cubes sur leurs épaules pour amasser un trousseau !

Pas vraiment le temps de causer autour du puits, ni d’en admirer les ornements…

Collection vénitiennne de la Librairie du Congrès (2ème partie)

Après avoir revu, avec la complicité des collections de la Libraire de Congrès, le lieux les plus touristiques de Venise, partons à présent à la découverte de ce que nos voyageurs du XIXème, que nous évoquons souvent ici, appelait "les quartiers pittoresques de Venise" car animés par une foule laborieuse et loin des oisifs de l’époque.

Et pour terminer, une belle animation qui a été réalisée avec de nombreuses de ces images issues de la Collection du Congès :

Collection vénitiennne de la Librairie du Congrès

La Bibliothèque du Congrès (Library of Congress en anglais) assure la fonction de bibliothèque nationale pour les États-Unis. Elle se situe à Washington, D.C. Elle est la bibliothèque la plus importante du monde en nombre de livres. Elle possède également de nombreuses photos de Venise au XIXème siècle :

Voici un petit aperçu de cette collection… nous vous ferons découvrir d’autres images de cette étonnante collection bientôt.

La robe "Delphos"

En 1907, Fortuny créa sa robe la plus spectaculaire: la "Robe Delphos" en soie plissée, rendue illustre par les légendes théâtrales de l’époque, Isadora Duncan et Sarah Bernhardt. Dessinée dans une forme révolutionnaire, inspirée des vêtements de la Grèce ancienne, la longue robe était à la fois simple et large, artistique et fonctionnelle; les ourlets étaient ornés de perles de verre coloré vénitien, avec une fonction décorative mais aussi fonctionnelle.


Isadora Duncan compta parmi les nombreux clients célèbres de Fortuny et dansa dans cette robe de soie plissée appelée "Delphos". Si l’on en juge par l’effet subtil du jeu de lumière et d’ombre qui tombe sur les plis de soie transparente de la robe, il est clair que Marianao Fortuny a préparé son éclairage avec beaucoup de soin, et la pose du modèle très méticuleusement.

Toutes les soies plissées et imprimées, toutes les robes et les écharpes étaient réalisées dans son atelier, ainsi que les velours multi couleurs, les garnissages en satin et les cordons et ceintures en soie.

Ses robes fourreau Delphos, longues, moulantes et souples, sont des pièces uniques réalisées en soie d’une extrême finesse. chacune d’entre elles a sa propre couleur obtenue par des bains successifs dans des teintures importées telles que la cochenille du Mexique, l’indigo de l’Orient … et conférant au vêtement des jeux subtils de teintes dégradées.

Avant d’être façonnées, les soies étaient teintes dans toutes les couleurs imaginables, dans des formes et des combinaisons de couleurs différentes et changeantes en fonction de la lumière et du mouvement.
Ses réalisations étaient inspirées par les motifs floraux des tissus ottomans, par les broderies luxuriantes de la Renaissance, ainsi que par les dessins abstraits et les couleurs vibrantes de l’Art Perse.

Le grand écrivain français, Marcel Proust, écrivit ceci à propos des robes Fortuny:
"De toutes les robes d’intérieur ou d’extérieur que portait Madame de Guermantes, celles qui semblaient les plus répondre à une intention bien définie, celles qui semblaient devoir être endossées avec un sens spécial, étaient les robes créées par Fortuny y Madrazo à partir d’ancien modèles vénitiens. C’est leur caractère historique, ou plus tôt le fait que chacune d’elles est unique, qui leur donne cette signifiance si spéciale, que la pose de la femme qui la porte pendant qu’elle vous attend ou qu’elle vous parle, semble assumer une importance exceptionnelle…?"

Bibliographie

Gérard Macé : Le Manteau de Fortuny, Gallimard, 1987.
Anne-Marie Descholdt et Doretta Davanzo Poli : Mariano Fortuny – Un magicien de Venise (Editions du Regard, Paris, 2000) – (ISBN 9782841051205)
Jean Autret : L`influence de Ruskin sur la vie, les idées et l´œuvre de Marcel Proust (Genève/Lille, 1955)
Delphine Delvaux :  Fortuny – Fashion Memoir (Thames & Hudson Ltd, 1998) (livre en anglais) – (ISBN 0-500-01846-4)

Le megalethoscope de Carlo Ponti

Vous avez été extrêmement nombreux à nous écrire à propos de la photo de l’extraordinaire megalethoscope de Ponti que nous avons publié dans notre article du 20 février "Exploration de Venise à travers les premiers daguerréotypes" à propos des premières photos de Venise.

Le megalethoscope est un appareil optique conçu par le photographe vénitien Carlo Ponti vers 1870.

Rare megalethoscope et son cabinet contenant les vues

C’est un appareil optique avec lequel des photographies sont regardées par un grand objectif pour donner l’impression de la profondeur et de la perspective. Une source lumineuse interne, un système des portes d’ouverture et les photographies colorées et percées laissant passer la lumière par endroits ont pu créer des effets dramatiques. Regardez bien la série d’images ci-dessous qui montrent la même "diapositive" avec différents types d’éclairage : réfléchi, réfléchi + transmis, et simplement transmis.

Il est souvent confondu avec stéréoscope qui était de conception et de but entièrement différents. Ponti a produit des photographies particulièrement préparées pour un usage avec le megalethoscope.

Ce merveilleux effet est obtenu grâce à de la peinture à l’arrière d’une photographie à l’albumine, qui est ensuite collée sur un cadre en bois courbé. La photographie est également percée par endroits pour créer l’illusion de lumières dans la scène. Plusieurs morceaux de papier de soie de couleur différentes, sont positionnes en une couche derrière la photographie et enfin un morceau de toile est tendue derrière les couches et attaché à l’arrière du cadre de la diapositive. Cela crée une boite scellée d’environ 1 pouce d’épaisseur. La toile et le tissu diffusent la lumière avant qu’elle ne traverse la diapositive pour le spectateur, en aidant à créer ces scènes délicieusement colorisées qui changent d’ambiance en fonction de la lumière qui est diffusée.

La Douane de Mer vers 1850

Comme vu l’avez vu sur les photos ci-dessus, la majorité des megalethoscopes étaient relativement simples… jusqu’au jour où nous avons découvert cet exemplaire exceptionnel dans le musée de Padoue.

Merci à Laura Minici Zotti du Museo del PRECINEMA, PADUA Palazzo Angeli Prato della Valle 1/A

La majorité des appareils que nous vous avons présentés ont une valeur entre 8000 et 10000 €uros, certaines ventes, pour des ensembles complets comme celui que nous vous montrons plus haut (appareil, cabinet et vues) peut monter jusqu’à $10,350.00 lors d’une vente en 2008 !

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