L’Atlantique noir de Nancy Cunard

Avec L’Atlantique noir, le musée du Quai Branly fait le portrait d’une poétesse anti-coloniale, amoureuse des noirs de Harlem à l’Afrique en passant par les Caraïbes et qui leur a donné l’occasion de parler de leurs pays, de leurs arts, de leurs traditions et de leurs histoires dans une Anthologie nègre.

"Je suis l’inconnue, l’étrangère
Hors la loi, rejetée par les règles de la vie
Fidèle à une loi unique, une logique personnelle
Qui ne se mêle à rien et refuse de s’incliner
Devant les règles générales."

L’Atlantique noir de Nancy Cunard

Mais nous vous parlons de Nancy Cunard, dans un blog qui ne parle QUE DE VENISE, un autre nom célèbre nous vient alors aussitôt à l’esprit : Louis Aragon.

Il faut remonter aux années 1920. Louis Aragon, jeune poète surréaliste sans le sou, se lie avec Jacques Doucet, élégant couturier de la Belle Époque et mécène amoureux des lettres.

De 1926 à 1928, Louis Aragon vivra avec Nancy Cunard.

Commencement : Le 10 mars 1896, Nancy Cunard naît dans un château médiéval, Nevill Holt, dans la campagne anglaise, entre un père un peu effacé, Sir Bache, héritier d’une riche famille américaine installée en Angleterre depuis le milieu du XIXe siècle, et Maud, sa mère, jeune Américaine originaire de San Francisco, fantasque et beaucoup plus extravertie, qui fait de Nevill Holt un lieu de haute mondanité et de culture. Vers 1910, Lady Cunard quitte son mari et le château pour s’installer à Londres avec sa fille. Les relations de la mère et de la fille se dégradent. Au début des années 1930, Nancy Cunard rendra même publique une lettre-pamphlet contre Maud, Le Nègre et Milady : elle y dénonce le racisme de sa génitrice. Depuis 1920-1921, la jeune femme est installée à Paris.

A partir de 1924, son appartement de l’île Saint-Louis devient un lieu des mieux fréquentés : Man Ray et William Carlos Williams, Walter Berry, Edith Wharton, Léon-Paul Fargue, Drieu la Rochelle,  la bande qui gravite autour de Jean Cocteau et celle d’André Breton, Beckett, Nijinski, Rubinstein, les Fitzgerald, et cent autres écrivains et artistes dans la famille desquels elle était entrée en publiant plusieurs recueils de poésie et en éditant elle-même les livres qui lui plaisaient.

Tristan Tzara, le fondateur de Dada devient son compagnon, René Crevel sera aussi, jusqu’à son suicide, l’un de ses proches… Le jeune Marcel Jouhandeau la décrit en "une ogresse maigre dont le long corps a la froideur envoûtante des serpents."

Aragon rencontre Nancy en 1926, à Paris, elle n’en fera qu’une bouchée. 

Coup de foudre dans un ciel d’orage.

Nancy Cunard semble beaucoup mieux maîtriser la relation que le jeune poète, qui écrit à Jacques Doucet en avril : "Je suis le prisonnier de l’amour je pense d’une façon définitive." Voyages. Dépenses. Crises. Le Paysan de Paris sort en juillet et Aragon travaille à son grand projet romanesque, La Défense de l’infini.

Nancy Cunard

Nancy Cunard fut-elle le grand amour d’Aragon?

Aragon fut-il l’homme le plus aimé de la blonde, mince, belle et irrésistible Anglaise? La concurrence fut innombrable. Aidée par sa fulgurante beauté archétype de cette époque, un célibat , surtout une ablation de l’utérus (dont  on ne sait si cela fut du à la conséquence d’une maladie vénérienne) sa position sociale, Nancy fit tourner bien des têtes et collectionna les amants. Décidait-elle de s’emparer d’un homme? Aucun ne résistait. Elle collectionna les amants comme elle collectionnait les bracelets d’ivoire dont elle avait l’habitude de couvrir ses bras.

Longiligne, un port et une grâce évidente, une coupe à la garçonne, sa vie sexuelle ne fut pas le moindre de ses talents.

Un an plus tard, dans une chambre de l’hôtel de la Puerta del Sol, il fait une tentative de suicide auprès d’elle après avoir brûlé dans la cheminée les 1 500 feuillets du manuscrit de La Défense de l’Infini (dont seul un chapitre sera sauvé, Le Con d’Irène, livre érotique où Aragon a mis beaucoup de Nancy). Mais les circonstances de cet autodafé sont plus qu’obscures, et la confession d’Aragon, comme toujours, suspecte.

Nancy, Aragon l’a aimée ou plutôt, il l’a adorée, ce qui n’est pas pareil. Dans l’adoration, l’amour cesse d’être une quête ou un mystère, c’est un joug sacré. Pour une fois, Arangon est explicite : "J’étais amoureux d’une femme extraordinairement belle. D’une femme en qui j’avais cru comme en la réalité des pierres. D’une femme que j’avais cru qui m’aimait. Je suis un chien, c’est ma façon".

Au cours de l’été suivant, Nancy organise un séjour en Italie. Avant une première étape à Venise, elle envoie une longue lettre à Janet Flannet où elle explique qu’Aragon est vraiment un garçon délicieux, "une personne douce et délicate, un compagnon idéal, mais moi, je suis toujours insupportable". Lors d’une halte Florence, Nancy tient à présenter Aragon à Norman Douglass. Les crises atteignent, à Venise, leur point culminant.

Nancy trompe Aragon avec celui qui deviendra un de ses grands amants, l’afro-américain Henry Crowder, originaire d’Atlanta, Georgie, pianiste de l’orchestre de jazz d’Eddie South, qui se produisait alors à l’hôtel Luna. Nancy est folle de jazz et de jazzmen noirs. Ce sont, pour elle, les vrais révolutionnaires, comme le seront plus tard à ses yeux les combattants de la guerre d’Espagne… Aragon ne fait pas le poids et ne supporte plus son rôle de "gigolo".

Vers la fin de la première semaine de septembre 1928, dans sa chambre de l’hôtel Danieli, Louis Aragon se gave de barbituriques. Il est sauvé de justesse une fois de plus… suicide d’opérette diront les mauvaises langues.

La vie reprend son cours. Louis Aragon rencontre le poète russe Maïakovski

Le mercredi 7 novembre 1928, Louis Aragon et Elsa Triolet se réveillent pour la première fois dans les bras l’un de l’autre. Elle se pelotonne amoureusement contre lui. Il serre dans ses bras ce minuscule corps dont il a tiré tant de plaisir. Les deux amants se regardent, encore étonnés de la passion de la nuit. Voilà douze heures, ils ne se connaissaient pas. Et maintenant, ils ont fait l’amour comme des bêtes. Elle a 32 ans, il en a 31 et c’est le début d’un mythe largement mis en scène. Les yeux d’Elsa n’effacèrent vraiment jamais la cicatrice laissée par Nancy. Elsa Triolet Elsa Triolet, reste lucide sur la nature du lien qui attache encore son compagnon à celle pour qui "toute respiration tourne à la tragédie". Elle parlera même d’une "initiation à la jalousie". Maintes pages d’Aragon garderont les traces de cette passion, dans Le Roman inachevé et dans La Mise à mort notamment.

Nancy Cunard, elle, oublie vite Aragon. Ou du moins place-t-elle sa liberté plus haut.

Nancy Cunard est morte le 16 mars 1965, dans une salle commune de l’hôpital Cochin. On l’avait ramassée dans la rue, effroyablement maigre, l’esprit en déroute.

Nancy Cunard

Bibliographie :

Nancy Cunard, de François Buot, Éditions Fayard

Aragon, la seule façon d’exister, Grasset, 1997

Aragon, un destin français, Pierre Juquin, Éditions de La Martinière

Exposition :

"L’Atlantique noir" de Nancy Cunard Negro Anthology (1931-1934), commissaire Sarah Frioux-Salgas, du 4 mars au 18 mai 2014, Mezzanine Est, Musée du Quai Branly, 222, rue de l’Université, Paris 7e. Tel. 01. 56 61 70 00

Une Renault 4L à l’assaut de Venise

Dans la série "Les grandes idées lumineuses des propagandistes de la cause moderniste" Venise a maintes fois échappée à des dangers si redoutables qu’elle en serait irrémédiablement défigurée.

Ainsi, dans les années 1962, la société française Renault, avait suivi la Fiat qui, preuve à l’appui tentait de démontrer que Venise et circulation automobile n’étaient pas incompatibles.

Ainsi, il fut possible de voir une Renault 4L, la célèbre voiture populaire, circuler dans des lieux prétendus inaccessibles, où la populaire Fiat 500 avait renoncé à s’aventurer.

Heureusement pour nous, cette démonstration de "puissance" des ingénieurs et propagandistes français n’eût aucune suite, il ne nous reste plus que quelques photos extravagantes de la célèbre chèvre des routes dans les calli et sur les ponti de la Serenissime.

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

Une Renault 4L à l'assaut de Venise

In magies du passé

Voici, aujourd’hui des images de Venise, rarissimes, qui ont ressurgi d’un passé que nous pensions perdu.

Ce sont des témoignages des balbutiements de la photographie à Venise tels que nous vous les avions déjà fait découvrir dans notre article Exploration de Venise à travers les premiers daguerréotypes.

La première image est un daguerréotype anonyme daté de 1855, qui représente le Pont du Rialto. Il est en assez mauvais état pour le moment, nous espérons qu’il pourra être restauré.

Pont du Rialto, daguerréotype anonyme de 1855

Pont du Rialto, daguerréotype anonyme de 1855

Nous avons également retrouvées deux épreuves photographiques colorisées de la porte d’entrée de l’Arsenal, prises à vingt ans d’intervalle.

Portail de l'Arsenale en 1860

Portail de l’Arsenale en 1860

Portail de l'Arsenale en 1880

Portail de l’Arsenale en 1880

Le repas des pigeons

Le repas des pigeons

Autrefois sur la piazza San Marco, selon une ancienne coutume, un employé de la mairie donnait à manger aux pigeons du grain, deux fois par jour.

C’était aussi l’occasion pour les touristes du siècle dernier de se prendre en photo sur la piazza en cocasse situation. Même des hommes illustres s’y sont essayés.

Nous avions des pigeons partout et j'en faisais une légère grimace de peur.  Mais on a pris le moment où ils étaient envolés. Alice Monet, Venise, 6 octobre 1908

Nous avions des pigeons partout et j’en faisais une légère grimace de peur. Mais on a pris le moment où ils étaient envolés. Alice Monet, Venise, 6 octobre 1908

Les publicitaires d’une célèbre marque de soda américaine, s’emparèrent de cette tradition pour faire, en 1963, un des fameux coups de pub de l’histoire contemporaine.

Les graines furent dispersées sur la place en écrivant en diagonale le nom de la fameuse marque, l’affolement des volatiles et un bon photographe, posté sur le toit du Palazzo Reale, firent le reste.

Cacacola

Mais en fait, ce concept avait déjà été inventé en 1950 par une compagnie d’assurance italienne. Les marchands yankee n’ont jamais rien inventé, on le sait bien…

… et sans vouloir être méchants, la photo de 1950 est bien plus agréable que sa copie américaine. Question de cadrage et d’objectif.

AG assurances

Plus tard, l’idée fut copiée, par une marque de vodka, en couleur, cette fois. Nous nous demandons combien ces entreprises ont payés pour avoir le privilège de nourrir les pigeons de cette façon?

Vodka

Les lois ont changé, et l’on connait aujourd’hui les dégâts que la fiente des pigeons produit sur la pierre des monuments. De nos jours il est rigoureusement interdit de donner à manger à ces oiseaux, les touristes qui s’y aventurent sont régulièrement rappelés à l’ordre par les vigiles municipaux, et risquent une amende.

Les huit filles de Pietro

Voilà une belle petite famille que nous ne manquerons pas d’aller visiter, très bientôt, lors de notre prochain séjour là-haut !

Les huit filles sont : Anna, Pierina, Humar Rosalia, Gemma, Elsa, Antonia, Maddalena Ida et la petite Maria

La famille de Pietro Polo Marus et de son épouse Humar Maria

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… vous désirez les rencontrer vous aussi ?

Rien de plus simple, à l’entrée du cimetière de San-Michle in Isola, à Venise, demandez au gardien de vous indiquer la tombe de Pietro Polo Marus.

Cartes postales de Venise au XIXème siècle

Voici des cartes que nous avons hésité longtemps à vous montrer, car, rares, elles sont également en mauvais état. Aussi, elle ne quittent jamais leur album qui les protège désormais.

Voici donc quelques uns des trésors de nos cartes postales de Venise !

Il est possible de trouver des cartes postales comme celles-ci à la brocante du campo san Maurizio, quatre fois par an, ou sur les sites spécialisés sur Internet.

Les cartes ci-dessus ont une grande valeur, nous sommes au regret de ne pas pouvoir faire la moindre copie (mais vous pouvez toujours faire un tirage à partir de nos photos ci-dessus). Merci de votre compréhension.

La Riviera di San-Marco

Hier, notre article se terminait sur cette énigme : où somme-nous ?

Cette photo à été prise vers 1890, et montre la terrasse panoramique sur la lagune. La rue qui commence à gauche a pris le nom, le 2 mai 1867 de Strada Garibaldi.

La maison au centre de la photo a fait l’objet d’une restauration, et d’un étrange maquillage, puisque ses fenêtres on prit un aspect néo-gotique de manière à donner à ce qui n’était qu’une modeste masure, l’aspect d’un palais ancien. Les éléments rajoutés proviennent de divers édifices de la lagune vénitienne.

Après la via Garibaldi, il n’y avait plus d’accès en bordure de la lagune. Comme on le voit sur la photo ci-dessus, la casa della Marinaressa donnait directement sur l’eau. Cette maison, qui comprenait à l’époque cinquante-cinq logements, était réservée, gratuitement, aux marins de la Sérénissime qui s’étaient distingués pour des mérites particuliers.

La promenade en bordure du bassin de san Marco se terminait donc ici, après le ponte alla Veneta Marina. Autrefois ce pont était en bois, et était appelé ponte delle Catene. Puis, il fut construit en pierre à l’époque napoléonienne, et pris ce nom en raison de la base voisine de la Marine Autrichienne. Le caffè Alla Veneta Marina, avec sa vue splendide sur l’île de san Servolo et san Lazzaro et la riva degli Schiavoni, fut célébré dans les vers d’Antonio Lamberti. C’était le lieu privilégié des officiers de marine qui se retrouvaient en compagnie des arsenaloti et des pêcheurs.

C’est donc vers 1935 que l’on songea à prolonger la promenade en bordure de la lagune, et de la relier au quai longeant les jardins construits par Bonaparte.

Sur ce plan nous avons indiqué, en jaune, l’ensemble des quais rajoutés lors des travaux de 1936. Ci-dessous, un plan des différentes étapes du chantier, pompeusement dénommé la "Riviera di San-Marco" :

Le fameux projet, porté par la junte du maire Di Serego Allighieri, de prolonger la riva degli Schiavoni jusqu’aux Giardini, fut confié à l’architecte Duilio Torres, et ce, malgré une vive contestation. En effet, le projet porté par les politiques de cette période troublée, prévoyait la destruction de maisons populaires crasseuses, de ce quartier désigné alors comme malfamatto. Comme si détruire les maisons allait arranger la misère (finalement, les idées idées nationalistes sont toujours restées les mêmes).

On immergea des caissons en ciment pour la formation de la riva, et l’on combla ensuite avec des matériaux divers.

Le ponte della Veneta marina fut démoli. On conserva juste les parapets du pont avec leurs bas-reliefs. La photo ci-dessus est parue dans Il Gazzettino du 22 octobre 1936, pour illustrer un article de OL Passarella "La nuova riviera di San Marco".

Des quartiers populaires ont été rasés et remplacés par des jardins, il ne reste plus d’eux, aujourd’hui que de rares clichés, de l’époque où des familles entières vivaient-là.

Le 23 mars 1937, les autorités fascistes locales et l’ensemble de la classe politique vénitienne inauguraient officiellement la Riva dell’Impero, en hommage aux récentes conquêtes coloniales de l’Italie, et tournaient ainsi définitivement le dos à l’histoire d’un quartier antique de travailleurs des chantiers navals et de de pêcheurs, avec leurs maisons pittoresques.

Le Danieli de nos jours

Avant-hier, nous vous avons montré l’évolution de la riva degli Schiavoni et de son mythique hôtel Danieli.

Aujourd’hui, spécialement pour vous montrer comment est ce même endroit actuellement, c’est au sommet du campanile de san Giorgio Magiore que nous sommes montés.

Voici donc la riva, en ce moment même…

Demain, nous allons encore une fois voyager dans le temps, et découvrir comment un autre quartier de Venise, que vous connaissez tous, s’est transformé de façon radicale.

Pour vous faire languir un peu, voici, ci-dessous, une photo de l’endroit, avant les transformations. Qui saura nous dire où à été prise cette photo ?

Nous vous savons très forts à ce jeu-là, alors, demain 9 janvier, la réponse en images et en détails, et vos réponses, dans les commentaires ci-dessous apparaîtront également.

Des changements sur la riva

Ce n’est certes pas un actualité toute récente, dont nous allons vous parler aujourd’hui, mais de changements qui ont modifiés durablement ce superbe panorama de Venise qu’est la riva degli Schiavoni.

Sur cette photo, la statue équestre de Vittorio Emanuele II n’est pas encore présente. On notera la présence d’une estrade, qui servait à donner des spectacles de burattini, comme c’était très en vogue à l’époque.

On distingue bien les terrasses des cafés : le caffè delle Quatre Colonne, de Demetrio Cazzicali, et le caffè Brigiacco, des frères Giovanni et Cristoforo Brigiacco. Ces deux frères venus de l’Épire, lorsque la Grèce subissait la brutalité ottomane, ouvrirent ce café original, au rez-de-chaussée de l’Hôtel Royal Danieli. Un peu pour se distinguer des autres cafetiers, ils endossèrent l’habit oriental, et ces cafetiers originaux connurent vite un succès mondain. La position privilégié, devant le bassin de San Marco permettait de profiter de la douceur hivernale, et de la fraîcheur estivale.

Sur cette dernière photo, on voit l’ancien ponte del Vin, sans parapet.

En 1822, Giuseppe Dal Niel ouvrit une auberge dans l’antique palais qu’avait fait construire la famille Dandolo au XIVème siècle. Cette noble demeure avait été l’habitation de plusieurs familles patriciennes : les Gritti, les Mocenigo et les Bernardo. La position privilégiée face au bassin de San Marco et la splendide vue, donnère à l’entrepreneur l’idée d’en faire un établissement de luxe. Une des plus prestigieuses auberges de Venise. Il nomma son établissement Hôtel Danieli, puis Hôtel Royal Danieli.

En 1824, Giuseppe Dal Niel acquis le second étage à Elena Michiel, la veuve d’Alivise Bernardo, et, en 1840, la fille adoptive de Dal Niel, Alfonsina Clement racheta le premier étage à Filippo et Mario Nani, les héritiers Mocenigo. L’albergo Danieli a hébergé les plus grandes célébrités de l’Europe du XIXème siècle : Georges Sand et Alfred de Musset, Honoré de Balzac, Charles Dickens, Gabriele D’Annunzio, Richard Wagner…

Sur la photo, on voit qu’il existe des commerces alimentaires donnant sur le quai, et que le ponte del Vin à été refait selon un modèle qui rappelle la forme du ponte della Paglia voisin.

Quelques années plus tard, l’hôtel à récupéré de l’espace au pianoterra (pour y établir l’actuel bar – salon), il ne reste plus qu’un antiquaire et un tabac à l’angle de la calle delle Rasse. Sur la photo, on voit un métier aujourd’hui disparu (du moins sous cette forme) : un vendeur ambulant d’acqua e mistrà.

En 1910, sur un projet de Francesco Marsich, l’albergo Danieli fait l’objet d’une restauration radicale. L’édifice a récupéré de nouveau espaces, tous les commerces ont été éliminés. le portail d’entrée à été modifié, pour atteindre le niveau des fenêtres du premier étage. Plus loin, au dessus du caffè Orientale deux chambrettes ont été détruites pour faire place à un cinéma en plein air, dont on voit l’écran sur le mur mitoyen.

C’est en 1946-48 que, sur un projet de l’architecte Virgilio Vallor, on construisit un agrandissement de l’hôtel Danielli à l’emplacement du caffè des frères Brigiaco. Cette annexe de l’hôtel porte le nom d’Hôtel Danieli Excelsior.

Cartes postales de Venise

Колоризированные фотографии Венеции конца 19 века.

Pendant que vous êtes en vacances, c’est le moment d’écrire une carte postale, une vraie… pour vous, nous avons replongé dans nos albums qui renferment des cartes postales du passé de Venise.

Voici une petite sélection de cartes colorisées pleines de nostalgie. Certains endroits on très peu changé finalement !

Venise dans l’oeil de Willy Ronis

Dix ans après les célèbres "écuyères du cirque Zavatta", Willy Ronis est à Venise…

Willy Ronis, photographe français, est un représentant de "la photographie humaniste". "Que signifie être photographe humaniste ?", lui avait-on demandé. "Si je peux employer une métaphore, c’est faire de la photo comme l’oiseau chante. Il ne se pose pas la question", avait déclaré le photographe.

Willy Ronis explique comment fut prise cette photo : "J’avais équipé mon appareil d’un téléobjectif moyen (90 mm) pour rapprocher un peu l’arrière-plan, et je forme des vœux pour que quelqu’un franchisse ce mini-pont de fortune (…) Et le miracle souhaité se produit. Je dois courir pour me remettre à la bonne place et, dans l’urgence à libérer le déclic au moment optimum, mon cadrage est un peu basculé. J’ai pris soin de déclencher à l’instant où les deux pieds de la fillette sont au contact du sol."

Willy Ronis en 10 dates :

1910 : Naissance le 14 août, à Paris.
1926 : Premier appareil. Photos de vacances et première série de Paris.
1936 : Son père décède. Il décide d’être photographe reporter indépendant et quitte l’atelier. Premières parutions dans Regards. Reportage sur le Front Populaire.
1938 : Reportages sur les conflits sociaux chez Citroën.
1945-1949 : Grands reportages pour Point de vue, L’Écran français et Regards.
1950 : Travaille comme illustrateur pour Le Monde illustré. Il entre à l’agence Rapho.
1979 : Participe à la Mission photographique pour la direction du Patrimoine, à la demande du ministère de la Culture et de la Communication. Reçoit le Grand Prix national des Arts et des Lettres pour la photographie.
1981 : Reçoit le Prix Nadar pour Sur le fil du hasard publié l’année précédente par Contrejour.
1996 : Grande rétrospective, avec plus de 240 photographies de Paris, au Pavillon des Arts.
2005 : « Willy Ronis à Paris », exposition à l’Hôtel de Ville de Paris en hommage au photographe à l’occasion de son 95e anniversaire.

Il meurt dans la nuit du 11 au 12 septembre 2009, à l’âge de 99 ans.

Monument à Giuseppe Garibaldi

Le 2 juin 1882 Giuseppe Garibaldi expirait dans sa maison de Caprera, entouré de sa famille et de Menotti. Victor Hugo déclarait « L’Italie n’est pas en deuil, ni la France, mais l’humanité »

Quatre jours plus tard, le Consiglio Comunale di Venezia décidait d’ériger un monument, sans, bien entendu, recevoir l’accord de l’aile monarchiste qui, en signe de désaccord, boycotte l’initiative. Tous les élus monarchistes au Conseil Municipal se levèrent, laissant leur siège déserté et quittèrent la salle. Mais la popularité du "Héros des deux mondes" fit que le projet fut approuvé à la plus grande majorité.

C’est le sculpteur Augusto Benvenuti qui remporta le concours. Déjà, en 1885, il avait signé le Monumento in onore dell’Esercito Italiano. Le monument qui était autrefois situé sur la Riva San Biagio, et qui, plus tard, a été  déplacé aux Gardini.

Une fois l’œuvre terminée, restait en suspend la question de son emplacement. Plusieurs propositions avaient été faites, de la balustrade du Rio Sant’Anna au campo Santa Maria Formosa. Mais l’idée qui a prévalu fut de placer la sculpture à l’entrée des Giardini sur la via récemment élargie. Entourée d’un bassin, de manière à renforcer l"importance du rocher de l’île de Paprera, sur lequel le héros national scrute la mer. A ses pieds, on n’avait pas oublié de placer le lion, Venise oblige.

"Qui si fa l’Italia o si muore" (Ici, c’est l’Italie ou mourir) à lancé Giuseppe Garibaldi à Nino Bixio lorsque le sort de la bataille de Calatafimi paraissait de nature à favoriser les Bourbon. C’est l’un des épisodes les plus célèbres du Risorgimento, évoqué ici par le peintre Walter Molino.

Le dernier acte de cette histoire s’est terminé le 24 juillet 1887, lorsque le monument à été inauguré lors d’une cérémonie solennelle. L’absence, remarquée, du maire Dante Di Serego Allighieri, absent pour un deuil familial, fit dire à de nombreux malins, que c’était très "providentiel". De fait, ce fut le dernier maire de Venise nommé par le Roi.

En 1921, alors que Vinicio Salvi marchait dans les jardins à le recherche d’escargots, comme il le faisait régulièrement chaque semaine, et alors qu’il s’était approché de la statue du "Héros des deux mondes", il sentit qu’on le tirait par le bras. Suffisamment fort pour le faire tomber à terre. Alors qu’il se relevait, il vit une "ombre rouge" qui s’enfuyait. Quand il raconta cette nouvelle à ses amis, ils se moquèrent, en disant aue l’unique "ombre rosse" qu’il avait vue était à la taverne. A Venise, "une ombre" est un verre de vin rouge servi en vrac dans les bacari.

Plus personne n’y pensait, mais, une semaine plus tard, un couple qui s’était isolé un soir près de la statue, fut perturbé par une "ombre rouge". Puis, ce fut le tour d’un pécheur qui rentra chez lui avec une belle bosse.

Ces évènement répétés alertèrent les carabinieri qui organisèrent, un soir, une patrouille dans le secteur. Alors que la patrouille approchait de la statue, l’ombre rouge apparut, mais, au lieu de se jeter dans l’ombre, elle s’interposa entre les militaires et la statue de Garibaldi. Tous virent alors devant eux un homme en uniforme et chemise rouge (l’uniforme des hommes de Garibaldi). Immédiatement, personne ne le reconnut vraiment. Mais, dans la foule qui avait assisté à cette apparition, se trouvait certains qui l’avaient connu : "ma quelo xe Bepi, Bepi el garibaldin" Giuseppe Zolli, né en 1838, qui, pendant l’expédition des 1000 avait fait la promesse de surveiller les arrières de Garibaldi, même après sa mort.

Tous les habitants du quartier furent si émus, et tous les vénitiens si reconnaissants en ce noble héros. Sous la pression des habitants, la municipalité demanda qu’une statue fut rajoutée à l’arrière du monument, qui représente Giuseppe Zolli qui veille sur son général.

Depuis, il n’y a plus jamais eu d’apparitions fantomatiques, ni aucune agression dans ce secteur.

Source : "Leggende veneziane e storie di fantasmi" de A. Toso

Nous vous ferons désormais visiter Venise, avec un brin de nostalgie, au travers de photographies anciennes de nos collections. Les quartiers oubliés, les monuments disparus, les grands travaux… régulièrement nous vous ferons revivre la Venise de la fin du XIXème et du début du XXème siècle et la vie entre murs et canaux à cette époque.

Nous vous raconterons également quelques Légendes vénitiennes, avec de bonnes histoires de fantômes…

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