En 1880, Emilio Salgari à tout juste 18 ans, s’embarqua comme mousse sur un petit bateau de commerce "Italia Uno" qui, parti de Venise, et après trois mois et diverses escales sur les deux côtes de l’Adriatique, rejoint Brindisi.

Emilio Salgàri naît à Vérone, issu d’une famille de petits-bourgeois. Il ressent dès son plus jeune âge le puissant désir d’aller en mer. Adolescent, il entre à l’Académie navale Sarpi de Venise. Il n’est pas certain qu’il ait décroché son diplôme de capitaine, quoi qu’il en soit il ne connaît qu’une courte expérience en mer (probablement à cause de problèmes de santé). Cette brève expérience avec la mer à suffit au jeune Salgari pour le décider enfin dans son désir d’enfance de devenir écrivain. Bon élève en italien et en géographie, ces deux matières allaient vite lui devenir indispensables pour lui fournir le matériel d’un écrivain qui nous fait voyager dans l’imaginaire.
Il signe cependant ses premières œuvres du nom de "Capitaine Salgari" et tient à revendiquer publiquement ce titre (sous la menace d’un improbable duel). E. Salgari démarre sa carrière comme reporter au quotidien La Nuova Arena de Verona et son imagination débordante le pousse à s’inventer un passé aventureux.
Dès 1883 il publie dans "La Valigia" une courte histoire sur la Papouasie. Suivi, l’année suivante du Tigre de la Malaisie, et ainsi de suite jusqu’en 1911… Il enseignera également l’art de la bande dessinée à de nombreux futurs grands auteurs.

Il prétend avoir exploré le Soudan, rencontré Buffalo Bill au Nebraska et navigué dans les mers du Sud et l’Extrême-Orient. Pourtant, il n’a jamais franchi la mer Adriatique et entame une carrière dans l’Administration, pour décrocher enfin un poste à Turin.
Déçu dans son espoir de devenir officier de marine, et pour oublier la banalité de sa vie bourgeoise, il alimente sa passion pour l’exploration et la découverte, passant tout son temps libre à fréquenter les bibliothèques et à écrire.
Il est l’auteur de plus de deux-cents romans et nouvelles d’aventures, situés dans un grand nombre de lieux exotiques divers. Il puise son inspiration dans les romans et feuilletons de l’époque, les journaux et magazines de voyages et les encyclopédies. L’époque étant très favorable aux récits d’aventure, il parvient rapidement à publier son premier récit, I selvaggi della Papuasià (littéralement « Les sauvages de Papouasie ») sous la forme de feuilleton dans un journal.
Il est l’auteur de trois grands cycles :
I pirati della Malesia (Les Pirates de Malaisie) comprenant les aventures de Tremail-Naik, chasseur de tigres
I corsari delle Antille (Le Cycle du Corsaire Noir)
I Corsari delle Bermude (Les Pirates des Bermudes)
ainsi que d’autres situés au "Far West" américain, en Afrique, en Indochine, etc…
Ses héros sont pour la plupart des pirates et des hors-la-loi, généralement idéalistes ou gentlemen, en lutte contre l’avidité, l’abus de pouvoir, le colonialisme et la corruption.
Après avoir écrit plus de 80 romans d’aventures, écrits à un rythme étourdissant (25 ans !) pour répondre à d’incessants besoins d’argent, auxquels il faut ajouter quelques 150 récits et nouvelles et de nombreux articles de vulgarisation scientifique, sans compter le travail de traduction… l’état dépressif de l’auteur affecte la qualité de son œuvre, avant de le conduire au suicide le 25 avril 1911 (si l’on en croit la légende, avec un seppuku à la mode japonaise).

Dans les années 60, alors qu’il a été quasiment oublié, ses scénarios sont repris et copiés par de nombreux auteurs contemporains. Soit qu’ils soient carrément plagiés, soit que de nouveaux héros s’inspirent de ceux de Salgari. Kit Carson est presque la copie carbone du flegmatique Yanez.
La précision avec laquelle Salgari indiquait les évènements, les lieux où il faisait vivre ses histoires à montré la voie à suivre à des Bonelli père et fils, Galleppini, Rino Albertarelli, Hugo Pratt, Andrea Lavezzolo… et ils ne se sont pas vraiment privés !

Les cycles de la Malaisie et des pirates des Caraïbes ont été les plus saccagés, donnant "naissance" à l’œuvre de grands auteurs : outre ceux cités plus haut, Moroni Celsi a "réinterprété" presque toutes les histoires de la Malaisie.

Bibliographie :
- Bruno Traversetti : Introduzione a Salgari, Rome-Bari, Laterza, 1989.
- Collectif : " Il Caso salgari", Naples, CUEN, 1997.
- Collectif : Scrivere l’avventura: Emilio Salgari, Turin, Quaderni dell’Assessorato per la Cultura, 1980.
- Giovanni Arpino – Roberto Antonetto, Emilio Salgari il padre degli eroi, Milano, Oscar Mondadori, 1991
- "Emilio Salgari (1862-1911) : Considerazioni sugli Sviluppi del Genere Romantico in Italia nel XIX Secolo", dans Perspectives on Nineteenth-Century Italian Novels, Ottawa, Dovehouse, 1989.
- La Giovinezza di Emilio Salgari, Francescon Bresaola, Vérone, Casa Editrice ICA, 1963.
- "La Malesia di Salgari", Resto del Carlino, 24 février 1974.
- "Salgari, the Atlas an the Microscope", R. L. Lucas, dans Literature and Travel, Amsterdam, Rodopi, 1994.
- "Salgari e l’Oro della Tigre", Paragone, 1979, n°350.
- La revue Euro Bis a consacré son numéro 7 aux adaptations cinématographiques du cycle indo-malais de Salgari; son numéro 9 aux adaptations du cycle de Corsaire Noir.