Ammiana, une île, un vin !

L’île de Santa Cristina était à l’origine partie d’un archipel appelé Ammiana, qui a presque complètement disparu, dans le nord est de la lagune.

Cette grande colonie a été fondée par les altinati (venus de l’Altino) au Vème siècle et fut gouvernée par les tribuns qui dépendaient directement de Torcello.

Dès le VII siècle Ammiana était une ville importante avec de nombreuses églises et monastères construits entre le IVème et XIIème siècles. Un complexe religieux dédié à San Marco a été construit autour du VIIème siècle par la famille et Falier a été occupé par un groupe de religieuses bénédictines. Il se situait précisément sur le même lieu où se trouve aujourd’hui l’île de Santa Cristina.

Lorsque Jesolo et Eraclea ont été détruits au VIIIème siècle, les populations fuyant les envahisseurs se réfugièrent à Ammiana augmentant brutalement sa population.

En 1325 le corps de Santa Cristina a été secrètement transporté de Constantinople au monastère et, depuis, l’île sur laquelle se trouvait l’église et le couvent de San Marco a pris le nom de la sainte de Tyr.

En 1340 craignant la ruine du complexe en raison de l’érosion par l’eau, les Bénédictines s’installèrent sur l’île de Murano, près du couvent de Santa Maria degli Angeli, mais le Sénat leur a ordonné de retourner dans leur monastère abandonné. Si les moines ou des nonnes ne cultivent pas directement les terres, elles sont soumises à des contrats de location qui nous servent de témoignanges du fond des siècles. Parmi les archives sont conservées bail daté de 1648 d’un domaine appartenant au monastère dédié à Sainte-Euphémie sur l’île de Mazzorbo, le locataire doit: "(…) lorsque ladite maison et son vignoble tout remettre en état, tels qu’ils ont été remis au début du bail. Dans ce vignoble se trouvent divers lauriers, palme, artichauts, plantes officinales et fleuries  (…) Prendre soin de tout conserver, améliorer et ne pas détériorer… "

Vers 1452 les conditions environnementales étaient devenues tellement difficiles que le seul moine qui restait a été autorisé à quitter le monastère et à se rendre à Torcello à l’église de Saint-Antoine. Le corps de Santa Cristina a été inhumé à  S. Francesco della Vigna, où il se trouve toujours.

En fait, l’archipel d’Ammiana a été peu à peu abandonné à cause de l’érosion et vers le milieu du XVème siècle, il y avait plus que des bâtiments vides. Malgré les efforts de sensibilisation mises en place par la République, Ammiana a été engloutie par les eaux. Aujourd’hui, ils ne sont que quelques fragments d’ilots et de terres qui effleurent la surface.

Sur la carte de 1770 la forme de Santa Cristina est déjà très semblable à la topographie actuelle, bien qu’à la place de la pisciculture y avait un marais. Un bâtiment, cependant, était déjà sur le site même de la grande maison d’aujourd’hui.

A la fin du XVIIIème l’île est une propriété familiale des  Donà et a une utilisation agricole intense. Sur l’île sont construit une maison secondaire, des dépendances, un phare, une petite maison en briques et un oratoire.

Jusqu’en 1921, l’île continue d’être cultivée et habitée. Dans la période entre 1930 à 1970, l’île n’est plus habitée en permanence, bien que les preuves existent d’une présence sporadique avec du personnel en métayage.

En 1986, l’île a été achetée par la Soc. Santa Cristina S.r.l. qui y recommence les cultures agricoles et horticoles. L’île est protégée du monde extérieur et les 17 hectares de terres disponibles pour les cultures de légumes sont plantés et cultivés d’arbres fruitiers tels que : abricot, prune, poire, pêche, cerise, figue et pommiers. 3 hectares abritent un ancien vignoble plantés de variétés de vignes françaises. Les anciens marais sont devenus une exploitation piscicole, où l’on élève des bars, daurades et des anguilles.

En 2000, une association entre l’Azienda Agricola Santa Cristina et Daniele Piccinin, qui possédait déjà l’Azienda Agricola Le Carline a vu le jour pour orienter la culture vers des pratiques agro-biologiques.

Aujourd’hui, le vignoble de Santa Cristina, avec ses vignes de cabernet, merlot et chardonnay, est cultivé selon des méthodes d’agriculture biologique et les raisins produisent des vins qui portent l’ancien nom : l’Ammiana.

Sources :

Ammiana, un’isola, un vino !

Il Vino e il Mare – guida alla vite difficile delle piccole isole” d’Andrea Gabbrielli

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. duchamp gabriella
    fév 12, 2013 @ 10:36:52

    Je suis toujours admirative des recherches que vous effectuées sur l’histoire de Venise et de la Venetie. Merci pour cette richesse qui, sans vous, nous resterait inconnue. C’est grâce à Claudio del Orso, rencontré par hasard à la librairie "Acqua Alta" que j’ai connu votre site ; je l’en remercie en pensée.
    Bien "veneziamente"
    Gabriella
    PS : je serai de passage à Lyon (avant de me rendre à Venise) le 9 et le 16 mars, serait-il possible de vous rencontrer ?

    Répondre

  2. Rétrolien: Signez la nouvelle pétition contre les Grandi Navi | Olia i Klod

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