Marie – le poète en exil

Le 28 mars 1910, un homme, plutôt petit, plutôt gros, dont quelques rares cheveux châtain égaient la calvitie sur un visage d’une couleur de cire au milieu duquel le nez paraît énorme, descend à l’hôtel Meurice à Paris.

C’est Gabriele D’Annunzio qui s’est enfui d’Italie, poursuivi par une meute de créanciers qui ont saisi La Capponcina, sa villa sur les collines près de Florence.  Il faut dire qu’il a dilapidé des fortunes avec un mépris total de l’argent. A paris, il lui suffit d’une semaine pour gaspiller tout l’argent qu’il a pu sauver dans sa fuite.

Voix douce, sinon mielleuse, la moustache teinte en noir relevée en crocs, ses mains de prélat soigneusement manucurées sont aussi pâle que ses traits. Bref, il est plutôt laid. Henri de Régnier le voit "étriqué, ratatiné, avec l’aspect d’un personnage de la commedia dell’arte, l’air fourbe et cruel d’un arlequin qui aurait tué Pierrot". Ferdinand Bac, ami de Marie qu’il surnommait "Notre-Dame des Papillons", croque Anna de Noailles en extase devant l’italien.

D’Annunzio sait se servir de son apparence pour séduire et dès sa troisième semaine en France, il réponds aux invitations du Tout-Paris, menant le vie la plus mondaine qui soit. Il est partout et ses deux principales occupations sont la littérature et les femmes.

Si le princesse Gouloubeff est sa maîtresse en titre car elle subvient à tout ses besoins d’argent, il la trompe le plus souvent possible. "La femme qui n’a pas couché avec lui devient ridicule" écrit Natalie Barney.

Marie connaissait D’Annunzio pour l’avoir croisé à Venise et rencontré lors de son passage à Paris en 1898 où il était venu à un "samedi" chez les Heredia. A cette époque, enceinte de Tigre, elle ne lui ‘avait suscité aucun émoi. Mais il lui jette à présent des regards admiratifs, et de la démarche nonchalante avec laquelle elle recueille au passage les hommages des hommes, elle écoute, amusée, les compliments excessifs du poète italien :

"Vous êtes la Nuit, je suis le Feu, le feu qui éclaire la nuit et l’embrase. Pour vous je serai Frate Foco et vous serez ma Cara Suora Notte, ma chère sœur de la Nuit".

Marie est une femme à la mode et a une réputation à tenir. Puisqu’il est de bon ton, dans la société qu’elle fréquente, de céder à D’Annunzio, elle sera sa maîtresse. Avec ses rodomontades, le personnage l’amuse. On lui prête tellement d’aventures, de scandales, de passions dévorantes evec tant de femmes du grand monde, tant d’actrice célèbres qui ont pleuré devant sa porte, que Mairie est curieuse de vérifier sa légende d’amoureux hors pair. Elle se rend donc chez ce "faune lubrique", mais, elle en ressort bien déçue. Le feu promis n’était qu’une petite flambée pour cette femme au fort tempérament.

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