Venise garde un fort mauvais souvenir du passage de Napoléon Bonaparte. Aussi, l’acquisition en 2003 d’une statue de l’Empereur destinée à une niche du Musée Correr, sur la place Saint-Marc, a provoqué un tollé au sein des habitants, farouches protecteurs de la mémoire de la ville. Les associations napoléoniennes étant, quant à elles, prêtes à prendre la défense de l’Empereur.
Haute de 2,5 mètres, la statue en marbre réalisée met en scène un Napoléon torse nu et musculeux, levant impérieusement sa main droite, un globe terrestre dans la main gauche.
Elle avait été commandée par des marchands vénitiens pour remercier Bonaparte d’avoir fait du port une zone détaxée et a trôné sur la place Saint-Marc de 1811 à 1814, année où la Cité des Doges a été prise par les Autrichiens, et où la statue a été transférée vers l’île de San Giorgio Maggiore, située non loin.
La dispute autour des mérites et des crimes de Bonaparte agite toujours la lagune plus de deux cent ans après la chute de la République entre les mains de Bonaparte. A l’origine, la décision prise par la mairie de Venise, avec le soutien du Comité Français pour la Sauvegarde de Venise, d’acheter chez Sotheby’s pour 335.000 dollars la statue en question. Exécutée par le sculpteur véronais Domenico Banti, elle avait été érigée à proximité du palais des Doges en 1811 pour remercier l’Empereur d’avoir concédé à la cité le statut de port franc. Trois ans plus tard, avec l’arrivée des troupes autrichiennes, elle descend de son piédestal.
Napoléon est considéré par beaucoup comme l’ange noir de la ville ; en 1797, l’invasion de Venise par les troupes françaises, avec son lot de destructions et de pillages, a tout simplement mis fin à la millénaire Sérénissime. Napoléon, coupable d’avoir détruit une soixantaine de monastères, quelques dizaines d’églises, des centaines d’écoles du culte, ainsi que d’avoir envoyé en France les points névralgiques de l’économie de la ville, et surtout des milliers de tableaux, sculptures, livres, incunables, tapisseries de la Sérénissime.
Désormais, la statue a été placée dans le Musée Correr, place Saint Marc, dans l’aile napoléonienne




Forum Venezia
mai 14, 2012 @ 09:07:17
Je recommande à vos lecteurs l’ouvrage Napoléon et Venise d’Amable de Fournoux qui explique et commente parfaitement l’attitude du corse face à Venise et permet de bien comprendre la hargne que nous ressentons toujours à l’égard de Buonaparte. je me permets aussi de vous renvoyer à deux billlets anciens de Tramezzinimag :
http://tramezzinimag.blogspot.fr/2006/01/19-janvier-1806-le-dbut-du-racket.html
http://tramezzinimag.blogspot.fr/2007/10/17-octobre-1797-la-trahison-de.html
Bravo pour votre travail toujours très agréable à lire.
Lorenzo
mai 14, 2012 @ 09:24:33
Le livre d’Amable de Fournoux fait, justement, l’objet du prochain article de la série "l’Aigle et le Lion".
Parution donc le 14 juin sous le titre "L’Aigle et le Lion – Napoléon et Venise (1796-1814)"
Puis nous marquerons certainement une pause dans cette série, non qu’il n’y ait plus rien à dire sur Bonaparte à Venise, mais nous devons aller chercher de nouveaux documents pour poursuivre… (en tout cas, l’article du 14 juillet n’est pas encore écrit …)
mai 14, 2012 @ 11:39:43
Intéressant en effet, pour la petite histoire, je précise que la statue à été livrée au musée Correr de nuit… sous haute protection!
Dommage que les vénitiens ne soit pas aussi de farouches protecteurs vis à vis de la mafia chinoise… j’ai toujours eu beaucoup de peine à comprendre pourquoi ils acceptent que le "péril jaune" grignotte le moindre espace commercial…. Giorgio (CH)
mai 14, 2012 @ 12:08:54
Nous avions, effectivement oublié de préciser cela !
Merci Giorgio.
Nous avons parlé du "péril jaune" récemment. Mais l’article a suscité peu de réaction et n’a pas eu un grand succès.
Peut-être n’était-il pas assez croustillant ?
La prochaine fois, nous irons enquêter dans les salons de massages, avant de faire le tour des cuisines et arrières sales.
Ceci dit, on observe le même phénomène dans toutes les grandes villes européennes touristiques.
Et il n’y a qu’à Venise que la lutte contre cette mafia semble exister (ce qui ne veut pas dire que son efficacité soit redoutée).