La Belle Endormie
12 fév 2012 Laisser un commentaire
in Venise Tags:София Каиленская, Maria Nikolaïevna Tarnowska, Sofia Kailenskaya
La princesse Sofia Kailenskaya (София Каиленская), est née en Russie dans le petit village de Zabomzhevka (Забомжевка) le 20 février 1885. Ne cherchez pas ce village aujourd’hui sur une carte : situé près de Koursk (Курск) il est dans la région qui, de 1941 à 1943 fut le siège d’une immense bataille. Les troupes nazies dans leur avancée vers Moscou voulaient prendre la ville. Staline ordonna à son armée de ne plus faire un seul pas en arrière, utilisant le fameux mot d’ordre, “Un pas derrière vous, c’est Moscou !“.
De Zabomzhevka, il ne reste rien à présent, même pas quelque archive, à peine un nom gravé dans la pierre sur une tombe dans le cimetière de Venise, et sur place, une terre rouge gorgée du sang des cadavres.
Dans la vie, on appelait Sofia par son diminutif, Sonia, c’est ce prénom-là qui est sur la tombe et, trop souvent, l’État Civil de la malheureuse jeune fille est incorrectement traduit par Sonia Kaliensky. Décidément, la pauvre Sofia aura vécu toutes les infamies, durant sa courte vie et longtemps après sa mort.
Cette mort fait suite à une mauvaise rencontre.
En voyage pour Paris, peu de jours après son vingtième anniversaire, Sofia rencontra dans le train un couple qui se présenta ainsi : le comte Pavel Evgrafovich Kamarowskiy accompagnait la belle comtesse Maria Nikolaïevna Tarnowska.
Arrivés à Paris, la comtesse l’invite chez elle, puis, lors d’une fête donnée chez Etoile Poussi, et alors qu’elle comprends combien la comtesse Tarnowska est une femme diabolique, elle rencontre un beau garçon à la voix chaude et suave, avec un léger accent hispanique, peut-être argentin…
Le jeune homme a la peau mate, dorée comme du miel, le cœur de Sofia se met à battre très vite, elle suffoque et semble prise de vertige. Le jeune homme, sans se douter qu’il en est la cause, devine l’état de la jeune fille et l’invite à prendre un peu l’air frais dans le jardin. Sofia écrira plus tard qu’à ce moment, elle fut prise du syndrome de Stendhal.
L’air frais permet à Sofia de reprendre un peu ses esprits, bien que le temps ait paru comme suspendu. Les jeunes gens commencent à parler. “Je suis venu à cette soirée par hasard, parce que le marquise est une vieille amie de ma sœur” explique t’il.
Puis soudain, il s’excuse : “Pardonnez mon arrogance, mademoiselle, je ne me suis pas présenté, c’est impardonnable. je me nomme Edoardo Garcia, et je suis originaire de l’île de Cuba“.
“Sonia, je suis Sofia Kailenski de Koursk, en Russie” parvient murmurer la jeune fille. A ce moment, surgit la comtesse Tarnowska qui fait une horrible scène aux deux jeunes gens, accusant Sofia de jeter son dévolu sur le plus beau jeune homme de la soirée, sans même présenter ce dernier à sa meilleure amie à Paris.
En réalité, c’est la comtesse Tarnowska qui, en mangeuse d’homme qu’elle est, à déjà décidé que le jeune cubain serait sa prochaine victime. “Cet homme est déjà mien” rage t’elle entre les lèvres.
Le lendemain de la fête, la police française vient arrêter Sophie. La Tarnowska est allée porter plainte pour un prétendu bijou volé. Son avocat promettant un témoignage accablant d’Elisa perrier, la camériste de la comtesse, parvient à la faire enfermer.
C’est donc en cellule qu’elle passera de longs mois. Elle y fera la connaissance du père Galagovski, un vieux moine qui a voué sa vie aux prisonniers et qui a fait le choix de vivre lui aussi en cellule dans la prison pour en connaître les souffrances. Sofia lui demande alors d’écrire l’histoire de sa vie. Finalement, la comtesse et ses complices n’ayant jamais pu prouver la culpabilité de Sofia, la jeune fille est libérée.
Alors qu’elle veut revoir Edoardo, elle le découvre dans un lit et dans une position équivoque avec Maria Tarnowska et Elisa Perrier. Sofia s’enfuit a toutes jambes, le yeux noyés de larmes. Elle prend le premier train en partance pour l’Italie, en direction de Milan.
C’est dans cette ville qu’elle achète deux bouteilles de laudanum ; sa mère, déjà, avait fait une tentative de suicide avec ce même produit.
Pendant tout le trajet vers Venise, Sofia se remémore les moments passés avec Edoardo, regarde la photo qu’il lui a donné en même temps qu’une bague. “Père Galagovsky, pourquoi n’êtes vous pas avec moi ?“, pleure la jeune femme. Arrivée en gare de Venise, elle décide de faire porter ses bagages à l’hôtel tandis qu’elle part à pieds découvrir calli et campi de la ville.
Elle chemine sans voir la ville, et devant ses yeux encore les images de la chambre d’Edoardo. Soudain elle faillit. “Mademoiselle, vous vous sentez bien ?” demande en homme en la soutenant. Sofia, essuyant les larmes sur ses joues, lui demande d’où provient son accent. “Vous êtes cubain ?“.
“Je m’appelle Carlos de Alazabal, et je suis argentin” répond l’homme laconiquement. Doucement, il aide la jeune fille à rejoindre l’hôtel Danielli, tout en lui expliquant qu’il a été attiré par la beauté de la jeune femme, et qu’il a pris peur pour elle quand il l’a vu chanceler. A la porte de l’hôtel, alors qu’il demande s’il peut espérer la revoir, la jeune fille accepte et lui propose de venir la voir au Danielli, le surlendemain dans la matinée.
A l’hôtel, une missive du consul Soundy attends Sofia. Le lendemain elle se rend au consulat, où le consul Soundy lui propose son aide. Elle passe alors une journée qui semble agréable en compagnie de ce brave homme qui lui fait découvrir a ville.
Quand Carlos de Alabazal se présente au Danielli, ce matin du 6 février 1907, on lui dit que la princesse l’attend dans la chambre. Comme elle ne répond pas, une femme de chambre ouvre la porte et l’argentin découvre Sofia allongée sur le lit, une rose rouge sur le cœur, au bout de son bras qui pend en bas du lit, la photo d’Edoardo, et, dans la main, la bague qu’il lui avait offerte.
Le jour des funérailles, la neige avait recouvert Venise d’un fin linceul blanc. Le consul Soundy soutenait Caterina Teodorova, ma maman de Sofia venue de Dresde avec Anastasia, la camériste. Il y eût une cérémonie dans l’église des Saint Apostoli et une barque funèbre emmena le cercueil vers la gare où un train devait le ramener vers la terre natale.
Au cimetière, quelques moi plus tard, on inaugura le monument commémoratif que nous connaissons. Le père Galagovsky posa une main sur la tombe et demanda “Pourquoi ?”
Lorsque tout fut fini, il s’éloigna des autres et sur le quai, au bord de la lagune, il leva les bras au ciel et s’écria “Sofia, la douleur de ta perte m’est insupportable. Je ne peux tenir la promesse que je t’ai faite. L’histoire de ta vie, dans un siècle, c’est un autre qui l’écrira. Soit certaine qu’il te rendra hommage.”


















Olia & Klod au Carnaval de Venise