La Malcontenta

Villa Foscarini la Malcontenta

La Villa Foscari est construite aux confins de la lagune, le long de la partie terminale de la Brenta, dans un domaine qui est appelé "La Malcontenta".

Il existe plusieurs hypothèses à propos de cette appellation. Un document de 1368 dit que le Senat vénitien est préoccupé par les eaux de la Brenta qui arrivent à Fusina "con massa imponene e disordinata e non potevano essere contenute o malamente contenute". Les riverains appelèrent cette partie du fleuve la "male contenuta", qui, par altération en latin, serait devenue ‘male comtempta".

La voix populaire explique quand à elle que quand on a creusé le canal de la Brenta, de 1431 à 1444, les habitants de cette région étaient si malheureux par les dommages causés à leurs biens que l’ensemble du district a pris ce nom.

Mais, ce qui nous plaît à vous rapporter, c’est la légende persistante à propos de cette bâtisse.

On vous racontera volontiers, sur place, que la maison est hantée par le spectre d’une dame blanche surnommée la malcontenta.

Après la chute de la République de Venise, la maison fut complètement abandonnée par la famille Foscari, et c’est alors, vers 1800 qu’elle serait réapparue

Fresques de la villa Foscari la malcontenta

Il se dit qu’une noble dame* veuve d’un noble Pisani, qui avait épousé en seconde noces Nicolò Foscari en 1555, Elisabetta Foscari fut envoyée, exilée en punition, dans cette maison abandonnée et loin de toutes et tous en raison de son comportement vicieux. Elle avait été ainsi punie pour sa vie dissolue et libertine qui avait abondamment alimenté les commérages dans la cité lagunaire. Peu encline à la fidélité conjugale, elle aurait été enfermée dans cette cage dorée où elle passa, dans la villa, les trente dernières années de sa vie.

Jamais elle ne put se faire à cette vie, et elle parcourait sans cesse le jardin en hurlant, à la recherche d’amants et de satisfactions. Le mystère reste entier sur la façon dont elle a réussi a survivre pendant toutes ces années, seule dans cette grande maison, sans personne et sans qu’on lui apporte la moindre nourriture.

Un jour on la retrouva morte dans le parc envahis par les mauvaises herbes.

Nombreux sont les témoins qui vous diront l’avoir vue, certains soir d’été. Certains affirment qu’elle portait une robe noire aux épaules nues, mais la plupart la décrivent dans une robe blanche diaphane. Tous s’accordent sur le fait de le spectre d’Elisabetta Foscari est une magnifique femme rousse à la peau laiteuse. D’ailleurs, vous pourrez la voir dans une fresque, sur un des murs de la villa.

* Sur l’identité réelle d’Elisabetta Foscari, on trouve plusieurs versions, soit qu’elle fut Elisabetta Dolfin, Elisabetta Cornaro ou encore Elisabetta Loredan, parfois épouse d’Alvise Foscari. Il existe même des historiens pour écrire qu’il pourrait s’agir de Pelegrina Gradenigo, mère de Giovani Foscari. Et il est bien difficile de si retrouver en réalité…

Villa Foscari la Malcontenta

L’histoire oubliée de la Zuèca

Aucun manuel touristique, et encore moins aucun livre d’histoire à la gloire de Venise, ne vous racontera l’histoire terrible que nous allons vous faire découvrir aujourd’hui.

La Giudecca, Giudèca en vénitien, était autrefois une série d’îles pleines de jardins et de vergers, lieu privilégié pour l’évasion festive des vénitiens, un peu comme Sant’ Erasmo de nos jours.

Giudecca

Puis ce fut l’époque de l’industrialisation, et ces îles sont devenues le siège d’importantes usines, pour lesquelles on a construit, tout au long du XIXème siècle des logements pour les travailleurs. Le capitalisme de l’époque se voulant paternaliste, les ouvriers étaient logés près des lieux de travail.

Puis, après la guerre, ce fut le déclin, et les usines ont fermé les unes après les autres (nous vous reparlerons de ces entreprises, Le Herion, où l’on produisait des tricots, et de l’usine des célèbres montres Junghans, dans de prochains articles).

La Giudecca est devenu un lieu a la réputation sordide, mal famé, un quartier délabré et même infâme, caractérisé par des ruelles étroites et sombre et des palais négligés, envahis par les rats et sans aucune commodités.

Alors, viendra l’époque où les autorités et ceux qui avaient des amis bien placés décidèrent de réhabiliter cette partie de Venise. Pour cela, les habitants pauvres de la Giudecca, seront expulsés en masse et déplacés hors de Venise, dans une ville nouvelle de la banlieue de Mestre appelé CITA.

Et c’est ainsi qu’a commencé l’exode des citoyens Vénitiens.

En témoignage de cette époque, il nous reste une chanson de lutte écrite par Alberto D’Amico, en 1973, que l’on trouvait à la fin d’un un album titré Ariva i barbari.

Dans le texte de la chanson, que nous reproduisons ci-dessous, il est fait mention de "Cipriani qui mange du beef-steak", à propos de Giuseppe Cipriani, entrepreneur, fondateur du Harry’s Bar de Venise , l’inventeur du cocktail Bellini et initiateur d’un empire dans le secteur de la restauration et de l’hôtellerie.

Eriunx et Iunga sont certainement les noms déformés vénitiens de deux usines qui se trouvaient sur ​​la Giudecca : la fabrique de tricots Le Herion, et l’usine de montres et d’armes de la société allemande Junghans.

En vénitien, les ghebi sont des canaux mineurs de la lagune. Mais dans le vers che vegna el prefeto co i ghebi il faut plutôt comprendre "mais que vienne le préfet et les képis" faisant allusion au chapeau, de cette époque révolue, dont étaient coiffés les gardes municipaux. On avait la même chose en France. Ghebi est donc le surnom des vigiles et, par extension, de la police et des gardes, comme cela se comprends dans cette partie de la chanson : i ghebi ti fanno gli occhi neri se ti ‎metti a scioperare (les ghebi te font les yeux noirs si tu fais grève).

C’est à cette époque qu’est apparu également le terme  vénitien PUA pour indiquer la Police.

Vous en avez appris des gros mots en vénitien aujourd’hui !

Montage et partage de Denis Silvano Femio

Le montage réalisé par Denis Silvano Femio nous permet de revivre La Giudecca à une époque dont il reste peu de souvenirs, sauf dans la mémoire des plus de 40 ans. Dans la tête de celles et ceux qui ont vécu cette époque dramatique pour beaucoup. De nos jours, La Giudecca est devenu un lieu de résidence à la mode, qui attire dans certains endroits des bo-bos du monde entier, et qui, dans les anciennes usines transformés en appartements, permet à de vrais vénitiens de continuer à vivre dans Venise, mais avec le confort de notre siècle.

Giudecca

Nous en reparlerons…

Giudèca nostra abandonada,‎
vint’anni de fame e sfrutamento ‎
e adesso s’è rivà el momento ‎
de dirghe basta e de cambià. ‎

‎’E scole co le pantegane, ‎
‎’e case sensa gabineto ‎
e quando ti te buti in leto ‎
te sogni sempre de lavorà. ‎

E i fioj se ciàman l’epatite ‎
in mes’ ai pantan de la Giudèca; ‎
Cipriani se magna la bisteca ‎
e da le case ne vò sfratà. ‎

E chi lavora se consuma ‎
da Eriunx a Iunga sui cantieri, ‎
e i ghebi te fa i oci neri ‎
se ti te meti a scioperà. ‎

‎’E contesse faseva el doposcuola ‎
co ‘a cipria e coi cioccolatini ‎
e el Pro- Giudèca dei paroni ‎
ai giudecchini i g’ha embrogià. ‎

Studenti, donne, operari, ‎
avemo ocupà el doposcuola; ‎
che vegna el prefeto co i ghebi; ‎
no se movemo, restemo qua! ‎

Giudèca nostra abandonada, ‎
vint’anni de fame e sfrutamento, ‎
e adesso s’è rivà el momento ‎
de dirghe basta e de cambià.‎

Alberto D’Amico – Gualtiero Bertelli – GIUDECCA
Mestre Piazza Ferretto 1 Mai 2011
(Vidéo de Stefano Gersich)

Ne venez pas à Venise pour ça !

Cela commence avec les ponts du mois de mai, et se prolonge tout l’été… circuler à Venise pour quelqu’un qui doit tenter d’y vivre normalement (d’y survivre serait un terme plus juste), relève d’une aventure surhumaine, et demande une quantité extraordinaire de patience et la nécessité de, constamment, prendre sur soi.

Venise l'été

Quand nous sommes dans la Venise estivale, nous trouvons que les moutons de nos montagnes des Alpes sont infiniment plus civilisés que les touristes des temps modernes.

Dès la fin du mois de juin, tout vénitien, de naissance ou de cœur, comprends que tenter d’utiliser les transports en commun est un défi qu’il est préférable d’oublier.

Venise l'été - 070

Dès le milieu de la matinée, nous commençons à subir des groupes, affalés sur les banques des fondamente, vautrés sur le marches des ponti, et qui sortent leur repas du sac (pas question d’acheter quoi que ce soit à Venise) pour faire leur agapes en plein milieu de nos voies de circulations, sans se soucier des difficultés qu’ils causent.

Venise l'été - 015

Et entre 11 et 14 heures, on pourrait croire que le monde entier est venu déballer son casse-croute dans cette belle ville.

Venise l'été

Venise l'été - 008

Certains, désormais sont encore mieux organisé et ont, visiblement prémédité leur crime : ils emportent même leur nappe vichy pour pique-niquer sur la plus belle place du monde, en dépit des pictogrammes d’interdiction affichés sur les poubelles près d’eux.

Venise l'été - 006

Et, ne pensez pas que la rusticité des mœurs est l’apanage des classes défavorisées, les nouveaux riches et les parvenus ont conservé les manières de manants qu’ils avaient à leur naissance. L’éducation et le respect ne sont pas liées à la fortune.

Venise l'été - 050

Donc, chaque jour nous assistons à ce spectacle désolant d’une société de con-sommation, en plein décomposition de ses mœurs. A Venise plus qu’ailleurs, nous comprenons à quel point notre civilisation de l’égoïsme et du capital est pervertie, comme toute société en déclin. La véritable crise est bien celle des valeurs humaines et humanistes.

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Nous ne sommes pas les seuls à voir et subir cela, et d’autres amis vénitiens, notent également un relâchement des moeurs, jusque dans la tenue et les attitudes inconvenantes, comme le montre ce reportage d’Enzo Pedrocco !

Et comme vous pouvez le constater, nous ne pouvons être taxés de raciste : toutes les nationalités de la terre se comportent de la même manière quand ils sont à Venise, y compris à la porte des lieux sacrés.

Venise l'été - 016

Après avoir souffert le jour, nous espérions que, passé 18 heures, quand les hordes de touristes low-cost apportées par les magnats du tourisme de masse seraient reparties dans leurs cages à lapins des hôtels "touristiques" ; nous pensions donc que nous retrouverions notre Venise "à nous", et que nous pourrions enfin vaquer à notre vie, normale…

Et voilà que désormais, Venise la nuit se transforme en auberge aux étoiles avec des campeurs sans scrupules…

Venise l'été

… ou en véritable cour des miracles qui nous ramène, des siècles en arrière, à l’époque du Moyen-Âge quand le cœur des cités du Vieux Monde n’était que porcherie et insécurité :

Venise l'été

Venise l'été

Venise l'été

Une fois que ces "touristes" sont partis, eux qui n’ont rien acheté sinon de quoi s’enivrer, eux qui n’emportent aucun souvenirs de la sérénissime cité lagunaire, ne manquent pas de nous laisser les traces de leurs passage, et les souvenirs de leur incommensurable manque d’éducation :

Venise l'été

Cela s’ajoute de plus en plus, et désormais, presque chaque jour la presse locale se fait l’écho de ces "mauvais touristes" qui dégradent le patrimoine de l’humanité.

Venise l'été - 100

Venise l'été - 101

De quoi donner des arguments à celles et ceux qui réclament, depuis des années, que l’accès à Venise soit limité par un numero chiuso (voir cet article écrit en 1987). Nos lecteurs ne s’étonneront donc pas si un jour, ce que nous avions écrit dans notre poisson du 1er avril dernier devient réalité !

Grazie a Pietro Bortoluzzi ; Antonella Ciappina ; Alessandro Dalla Cort ; Alvise Elvis Ferialdi ; Irene Galifi ; Davide Scalzotto ; Matteo Secchi ; Cecilia Tonon ; Anna Zemella et tutti i membri del gruppo di riflessione sur questo problemo, per loro collaborazzione.

Licinia Gradenigo, la Vénus de Botticelli

Nascita di Venere par Botticelli

La Naissance de Vénus est un tableau majeur de Sandro Filipeti, dit Botticelli, peint vers 1485 et conservé aux Offices de Florence. 

Selon l’Histoire officielle, le modèle de la Vénus était Simonetta Vespucci, fille de Gaspar Cattaneo della Volta et de Cattocchia Spinola de Candia, qui avait épousé Marco Vespucci et qui fut la maîtresse de Julien de Médicis. Elle était considérée comme la plus belle femme de son époque. Décédé de pneumonie à l’âge de 22 ans en 1476, tous les portraits célèbres de Botticelli la représentant sont posthumes : Portrait de Simonetta Vespucci (1476-1480), Portrait de Simonetta Vespucci (1480), Vénus et Mars (1480), La Naissance de Vénus (1485) Madonna della melagrana (1487).

Portrait de Simonetta Vespucci

Il en est de même pour les peintures de Piero di Cosimo dans lesquels est reconnue Simonetta Vespucci : Portrait de Simonetta Vespucci (1480), La Mort de Procris (1486-1510).

Mais à Venise, nous avons une autre version…

Sandro Filipeti venu en visite à Venise, alors qu’il passait sur le ponte de la Fava, croisa une jeune femme d’une grande beauté, qui venait juste de sortir de l’église. Il s’agissait de Licinia, une très belle vénitienne de la maison Gradenigo, dont il fut tellement touché, tant par la beauté et la grâce, que par sa douceur, qu’il décida de l’immortaliser.

Il obtint l’autorisation de la famille d’en faire plusieurs croquis, qu’il emporta avec lui à Florence.

Pour commémorer cet instant de grâce vécu par l’artiste, il la figura, dans son tableau, dans une coquille identique à celle qui se trouve encore sur le portail de l’église de la Fava.

Ce n’est peut-être qu’une légende, mais c’est ainsi qu’on la raconte à Venise […] venuto in visita a Venezia, passasse sul ponte de la Fava proprio mentre dalla chiesa usciva Licinia, una bellissima veneziana della nobile casata dei Gradenigo di cui rimasse talmente ammaliato per grazia e dolcezza che decise di immortalarne i tratti nel viso della sua celebre Venere nascente dalle acque. Per ricordare quel momento, si dice che il pittore volle raffigurarla su di une conchiglia uguale a quella che sovrasta il portale della chiesa.

Quand à Botticelli, il acheva de peindre La Naissance de Vénus neuf ans plus tard après la mort de Simonetta Vespucci, en 1485. Il fit la demande d’être enterré aux pieds de son modèle, requête accordée lors qu’il mourut 34 ans plus tard, en 1510.

 Sandro Botticelli - Autoportrait

Federico del Campo (1837 Lima, Pérou – 1927 Rome, Italie)

L’artiste péruvien Federico Del Campo est né à Lima, au Pérou en 1837, il a suivi des cours, puis travaillé comme assistant à l’Académie du peintre italien Leonardo Barbieri (c.1810-c.1873).

Lorsque Federico avait 30 ans, son patron, le sénateur Goynch, lui a payé un voyage d’études en Europe.

Federico voyagé dans toute l’Europe, en plus d’étudier l’art à Paris, il s’est rendu en Italie et en Espagne, à Madrid, où il complète sa formation de dessinateur à l’école des Beaux-Arts San Fernando. Il y côtoie le peintre madrilène Lorenzo Valles (1830-1910), qui, depuis 1853, travaille essentiellement en Italie.

Sur les conseils de Lorenzo Valles, Del Campo s’établit à Venise où il retrouve une importante communauté d’artistes de toutes nationalités qui, selon la tradition de l’époque, sont venus étudier et travailler en Italie.

Del Campo rencontre l’artiste autrichienne Antonietta Brandeis (1849-1920), se lie d’amitié avec le peintre vénitien Giacomo Favretto (1849-1887), et se mêle à la "colonie d’artistes espagnols" présente à Venise.

Cette communauté réunit des peintres comme Rafael Senet y Perez (1856-1926), Mariano Fortuny (1838-1874), ou Martin Rico y Ortega (1833-1908), tous déjà célèbres et prisés sur la scène internationale.

En 1880-1881 Federico Del Campo, a présenté des tableaux dans les expositions du Salon de Paris en 1880 puis à l’exposition internationale de Madrid en 1881. Dont, ses  "Vues de Venise"…

La plupart des œuvres de Federico, sont de images extrêmement détaillées. Doté d’une palette vive, d’une maîtrise technique remarquable et d’un grand souci du détail qu’il peint avec une extraordinaire précision, Del Campo est reconnu comme l’un des meilleurs peintres de "vedute" de la seconde moitié du XIXème siècle.

Les principaux acheteurs étaient de riches touristes américains et européens.

En 1887, Del Campo travaille en Sicile, puis à Naples, mais, tout comme son grand rival italien Rubens Santoro (1859-1942), l’essentiel de son œuvre consiste en des vues et scènes de Venise.

Célèbre de son vivant, Federico Del Campo est décédé en 1923.

Federico del Campo was one of the finest painters of Venetian views in the latter half of the nineteenth century. Born in Lima, Peru, Del Campo studied in Madrid with Lorenzo Valles (1830-1910), an artist who himself worked in Italy, dying in Rome in 1910. Del Campo exhibited a "View of Venice" in 1881 in Madrid and, since he had painted in Assisi several years before, it is clear that he had travelled extensively through Italy by this time. The main body of Del Campo’s work, like that of his rival Rubens Santoro (b.1859), who also painted in Capri and Naples, consists of Veneitan views.

Un canal pour Lupi

Les abominables hommes de la lagune existent, Anna Lombroso une de nos amies vénitienne les a rencontrés.

Ce n’est pas nouveau dans notre monde contemporain, des hommes de peu de poids veulent laisser leur marque dans l’histoire. Parfois ils veulent créer leur Tour de Babel ou leur pyramide faite des larmes, du sang et de la sueur de ceux qui les érigent pour eux. D’autres font dresser des autels à la célébrité unique.

Et puis, il y a les hommes politiques italiens, une race assurément à part dans cette chaîne animale particulière qu’est l’Homo politicus. Car celles et ceux qui ont choisi la politique pour que l’histoire se souvienne d’eux, sont, en général plus aptes à défendre les volontés de troupeaux de prédateurs que l’on désigne habituellement sous le terme générique d’hommes d’affaires. En Italie, la réalité de ces investisseurs cache souvent des voisins peu recommandables, de bergers qui ont plus de cadavres à leur actif que de moutons dans leurs troupeaux, mais qui dictent au monde leur volonté, en secret, depuis qu’il tiennent dans leur main les banques et la finance mondiale.

Ces gardiens de moutons ont donc jeté leur dévolu sur la lagune de Venise, achetant palais sur le Canal Grande, îles désertes de la lagune, et rackettant les entreprises de la région.

Les grands chantiers coûtent désormais de plus en plus cher, ne se terminent jamais et sont réalisés dans des conditions qui les rendent dangereux. Ainsi le MOSE qui est un gouffre sans fond et dont le volet judiciaire se prolonge, le Tav qui dépassera peut-être un jour le bout du tunnel… et les grands paquebots de croisière.

Désormais, ce que veulent les bergers, c’est qu’un canal soit creusé dans la lagune de Venise, pour que le décret Clini-Passera n’y soit jamais respecté.

st-george

Nous vous invitons à découvrir le billet plein d’humour… noir d’Anna Lombroso : Un canale per Lupi, abominevole uomo delle navi

Les fresques du palais ducal

"… 1552 adj 27 luio fo comenza’ a comper el muro del Gran Conseglio sopra la corte de Palazo per far do perzoli per aver fresco et del 1554 fo finidi come isto"

Au détours de quelques recherches historiques dans les méandres de la Bibliothèque Nationale Marciana, nous tombons parfois sur quelques énigmes, comme cette indication de Stefano Magno, dans ses Cronaca di Venezia (vol 1, BNV MVII513).

Le 27 juillet 1552, on commença donc à casser le mur de la salle du Grand Conseil au dessus de la cour du palais, pour y construire deux sortes de niches destinées à accueillir des fresques. Il semble donc qu’en 1554 tout ait été fini. Voilà, en une seul phrase trouvée dans un grand et vieux livre poussiéreux, une enquête peut commencer…

Giovanni Battista Ponchino (Castelfranco Veneto, c . 1500 – 1570), était à Venise en 1553, et il a été chargé de peindre les décorations dans le Palais des Doges. Vasari a déclaré qu’il a obtenu cette importante commande en raison de son lien avec l’influente famille Grimani, mais ensuite, invités par Ponchino, Véronèse et Zelotti se sont impliqués dans le projet.

Giambattista Ponchino : Mercurio e Minerva

Paolo Caliari, dit Véronèse, né en 1528 à Vérone et mort le 19 avril 1588 à Venise, est devenu le "peintre de la République". Il réalise notamment, suite à l’invitation de Ponchino et avec Zelotti, les fresques de la salle du conseil des Dix au palais des Doges. Véronèse exécuta notamment un médaillon qui décorait, en son centre, le plafond de la Salle des audiences : Jupiter foudroyant les Vices.

A cette période, Giovanni Battista Zelotti ou Battista Farinati (Vérone, 1526 – 1578) travaille sur les plafonds de la salle du conseil des Dix au palais des Doges (1553-1554), à la bibliothèque Marciana (1556-1557), et au palais Trevisan (1557) à Murano.

Mais, en Décembre 1577, un incendie a éclaté dans la salle voisine du Scrutinio a détruit toutes les décorations et gravement endommagé la structure de la pièce. On a donc décidé d’un nouveau décor qui a été confié à des artistes tels que Véronèse, Jacopo et Domenico Tintoretto, Palma il Giovane, selon un programme qui comprenait, sur les murs, des épisodes de l’histoire de Venise avec une référence particulière aux relations avec la papauté et l’empire, sur le plafond des actes de citoyens courageux et les Vertus, tandis que l’espace central a été réservé à la glorification de la République.

La salle que les touristes visitent aujourd’hui ne possède donc plus aucun souvenirs de ces fresques de 1554, dont nous n’avons réussi, à ce jour, à trouver aucun croquis et dessin préparatoire.

Interno della Sala del Maggior Consiglio - Palazzo Ducale, Venezia

Birra Venezia

Birra Venezia

Les origines de la Birra Venezia se perdent, en 1835 quand, à Santa Chiara a été créée une brasserie sous le nom de "Ditta Bibliotto" (Société Bibliotti) qui deviendra plus tard "Fabrica Birra Venezia".

 En 1908, la société s’installa à La Giudecca, près des Molino Stucky, sous le nom de "Societa Birra San Marco" et employait 130 ouvriers.

Birra San-Marco

 A partir de 1913, la fabrique devint "Birra Venezia" et, pendant plusieurs années produira une bière à la pointe de l’industrie vénitienne, élément omniprésent dans toutes les osterie de la cité lagunaire.

La Giudecca était alors l’île des chantiers navals, des studios de cinémas et le la brasserie vénitienne.

A l’époque, il y avait quatre brasseries à Venise, mais celle de la Giudecca produisait 150.000 hectolitres par an, employant des centaines de salariés et expédiant par trains entier jusqu’en Allemagne.

La brasserie sponsorisait des régates dans le canal de la Giudecca.

Birra Venezia

Blonde, brune ou rousse, la bière de Venise a connu un renouveau en 2004, mais l’usine n’est plus dans la lagune, le maître-brasseur Cristian Romano avec l’ingénieur-conseil Tullio Zangrando ont transféré la production dans la région de Trévise.

 

Birra Venezia

Parasol ou Parapluie ?

Costume Français. 1778

Ironie du sort, le parapluie, qui est connu depuis des milliers d’années, d’abord utilisé seulement pour se protéger du soleil, à l’instar des habitants des pays chauds.

En Europe occidentale, un parapluie est apparu en France au XVIIème siècle et a été appelé "parasol". La protection contre le soleil était alors la seule responsabilité du parapluie, à une époque où, maintenir une peau blanche était la marque d’une lignée aristocratique et où un visage bronzé était le signe évident d’un roturier.

Les premières images de parapluies ont été trouvés dans les images des pays "solaires" – l’Assyrie, la Chine antique et l’Egypte :

Lamech et ses deux épouses

Lamech et ses deux épouses. Paysage avec Lamech au centre, parlant de ses deux femmes: Ada et Tsilla assises devant une ferme à gauche, deux enfants jouant de la musique à l’extrême gauche, deux autres enfants au premier plan. Une des deux femmes se protège du soleil avec une ombrelle. Maarten de Vos, 1583.

Maarten van Heemskerck 1553

La découverte de Moïse. La fille du Pharaon découvre le bébé Moïse dans un cercueil, elle est accompagnée de deux servantes et est à l’ombre d’un parasol. Maarten van Heemskerck, 1553.

Amaravati

Dans les collections du British Museum, on peut voir cette pierre sculptée qui provient du village de Piprahwa qui a été identifié comme Kapilavastu, la capitale des Sakya, où le Bouddha a vécu pendant 29 ans. La sculpture représente le départ du prince Siddharta, de la coupole du Grand Stupa.

Culture Neo-Assyrian

Sculpture de la période néo-assyrienne.

Sémiramis en colombe

Sémiramis en colombe (Métamorphoses en rondeaux Mabre-Cramoisy 1676), Sébastien Le Clerc, dit le vieux. La reine Sémiramis debout sous un parasol supervise la construction de Babylone.

Il est à noter que, dans l’Antiquité, le parapluie certifiait un certain statut social : ne pouvait apparaître dessous que mandarins, pharaons ou autres personnes importantes. Le poids et la taille du parapluie étaient directement proportionnels à la position du propriétaire dans la communauté. En Chine, des parasols géants étaient particulièrement populaires, ressemblant à une pagode. Le roi de Birmanie est apparu en public, sous le couvert d’un parasol de 24 niveaux, chaque niveau brodé de fil d’or et orné de pierres précieuses.

G

Le Triomphe de Maria Foscari

Le triomphe de la dogaresse Maria Foscari

Le 15 avril 1423, Francesco Foscari est élu 65eme doge à seulement 49 ans.

C’est ce couronnement du bonnet ducal et le triomphe de Maria, sa jeune et resplendissante, autant que riche, épouse que José Villegas a représenté dans cette grande toile peinte au XIXème siècle.

Francesco Foscari avait épousé en 1395 Maria, fille d’Andrea Priuli "dal Banco" issue d’une famille patricienne très florissante, déjà active dans les entreprises orientales dès le XIème siècle.

La famille Priuli a donné trois doges Lorenzo (1556-59), Girolamo (1559-67) et Antonio (1618-23), un amiral  Francesco (vers 1430 – 1490), un littéraire et scientifique Alvise (1497-1560), et quelques cardinaux Lorenzo (1537-1600), Matteo (1583-1634), Alvise (1651-1720), Pietro (1669-1728), Antonio Mario (1707-1772).

Maria Priuli "dal Banco" avait donné quatre enfants à Francesco Foscarini.

Puis, en 1415, il épouse en secondes noces une autre Maria fille de Bartolomeo Nani, et c’est cette jeune femme qui triomphera le jour de l’élection de son époux, et que l’on voit ainsi célébrée dans ce tableau.

Mais le triomphe de Maria Foscari aura un goût amer. En 1445, son fils Jacopo sera accusé de haute trahison et de corruption, et le doge, sera contraint de le condamner à l’exil. Ce douloureux épisode fut choisi par le tristement célèbre Lord Byron, pour sa pièce dramatique Les deux Foscari.

Le doge Franscesco Foscarini fut déposé en secret, suite aux intrigues de son ennemi de toujours, Pietro Loredani, en 1457. Il est décédé peu de temps après. Comme il était resté très populaire, et que les vénitiens ne savaient pas qu’il avait été destitué par une intrigue, les autorités voulurent lui donner des funérailles d’État. Maria Foscarini refusa de leur abandonner le corps de son époux. Mais, finalement, elle dut se résoudre, par la force, à le faire. Toutefois, elle n’assista pas aux funérailles du doge.

Le tableau est désormais à Anderson house, un des lieux secrets les mieux gardés de Washington, léguée par Larz et Elizabeth Anderson à la Society of the Cincinnati dont elle est devenue le quartier général.

Dogaressa Maria Foscari

Histoire de l’ombrelle

Au XVIIe siècle, grâce aux efforts du parapluie français le parasol devient un accessoire de mode très fréquent, surtout pour les proches des cours royales d’Europe.

Le Chancelier Séguier - Charles Le Brun

Le Chancelier Séguier de Charles Le Brun, est un portrait équestre représentant le chancelier sur un cheval, placé au centre de la composition et entouré de six écuyers et pages à pied, habillés dans des tons bleu. Le fond est composé d’un ciel sombre. Ce portrait ne relate pas d’événement particulier. La richesse des parures et broderies couleur or sont en lien avec les honneurs fait au cavalier. Les deux parasols sont signes de protection. Ce symbole réfère à la personnalité du chancelier, protecteur des arts.

Elena Grimaldi

Anthony van Dyck. Portrait de la marquise Elena Grimaldi. 1623.

Marie Therese d'Austriche, Reine de France et de Navarre

Marie Thérèse d’Autriche, Reine de France et de Navarre, dessin de Jean-Baptiste Martin en 1682, gravé par Nicolas Bazin.

Avec le temps, ce parasol était devenu bien encombrant comme le raconte Henri Estienne dans ses Dialogues du nouveau langage françois italianzé en 1578 "devenu d’une grandeur démesurée, soutenu d’ un baston, et tellement faict, qu’estant ployé et tenant bien peu de place, quand ce vient qu’on en a besoin, on l’a incontinent ouvert et estendu en rond, jusqu’à couvrir trois ou quatre personnes" ; et Montaigne approuve en racontant "que ces parasols dont l’Italie se sert, chargent plus les bras qu’ils ne déchargent la tête".

La fille de qualité

Peu à peu, au milieu du règne de Louis XIV, on l’utilisait régulièrement. Les maîtres boursiers-colletiers-pochetiers qui avaient le droit de les confectionner, remplaçaient alors la toile cirée par du taffetas gommé, tendu sur de légères tiges en jonc. Avec un anneau glissant le long du manche, on pouvait le fermer ; pour le rouvrir, on remontait l’anneau et on l’arrêtait avec une grosse épingle. Peu d’écrits existent, seul Furetière le décrivait comme étant "un petit meuble portatif ou couverture ronde qu’on porte à la main pour défendre sa tête des grandes ardeurs du soleil, servant aussi pour se défendre de la pluie et alors quelques-uns l’appellent parapluie". Un ambassadeur anglais a mentionné en 1675 "de petits ustensiles forts légers que les femmes emploient ici pour se garantir du soleil et dont l’usage nous semble très commode". Avant la fin de son règne, Louis XIV accorde à un industriel, le monopole de fabriquer les parapluies "brisés ne pesant que cinq à six onces, vendus enfermés dans des étuis de sept à huit pouces de long sur un et demi de large.

Robe à la Versailloise de Gros de Naples

Pendant la Régence, le dais rond devenait l’ombrelle, montée sur des bambous des Indes, décorée de crépines d’or et d’effilés de perles, panaches de plumes et reflets de soie, prenant le charmant nom de "balancier des Grâces".

Bernard Lens

Une jeune femme à cheval sur une rivière, tenant un parasol, gravé par Bernard Lens d’après Jan Wyck, vers 1686, puis ​​republié dans les années 1720.

En 1757, le parapluie de taffetas étant très à la mode à Paris, il se transformait en parapluie-canne "on a imaginé pour la plus grande commodité des voyageurs, des parasols et des parapluies contenus dans une canne, de manière qu’en poussant un ressort qui est adhérent à la canne qui sert d’étui au parasol, on fait rentrer ou sortir celui-ci, suivant qu’on le juge à propos et qu’on en a besoin. Ainsi, l’instrument qui auparavant servait de point d’appui pour soulager la marche du voyageur est changé tout à coup en un autre pour le mettre à couvert de l’ardeur du soleil ou de l’incommodité de la pluie".

Dix années plus tard, l’usage voulait "de ne jamais sortir qu’avec son parapluie et de s’incommoder à le porter sous le bras pendant six mois pour s’en servir peut-être six fois ; ceux qui ne veulent pas se confondre avec le vulgaire aiment mieux courir le risque de se mouiller que d’être regardés comme des gens qui vont à pied, car le parapluie est la marque qu’on n’a pas d’équipage". Comme bien des gens étaient dans ce cas, un service de parapluies publics est créé en 1769, destinés surtout à la traversée des ponts, car il y avait suffisamment d’ombre dans les rues étroites. Une compagnie obtint le privilège pour la location de parasols "il y aura des bureaux à chaque extrémité du Pont-Neuf ; les parapluies seront rendus au bureau de l’autre côté, moyennant deux liards par personne".

Francisco Goya. L'ombrelle/Le parasol. 1776-78

June Cunningham, 1957

En septembre 1957, l’actrice anglaise June Margaret Cunningham pose en bikini sur la plage du Lido de Venise, en face de l’hôtel Elxelsior.

June Margaret Cunningham sur la plage du Lido de Venise en 1957

Elle est venue à Venise, du 25 août au 8 septembre, pour la Mostra de Cinéma, présidée par le réalisateur français Renée Clair.

La jeune actrice, de 22 ans à l’époque, a joué le rôle de Marlene Hogg dans une comédie The Smallest Show on Earth (Sous le plus petit chapiteau du monde) qui ne crèvera pas l’écran en dehors des îles britanniques.

The Smallest Show on Earth

En 1957, la Mostra consacrera le film  L’Invaincu (Aparajito) de Satyajit Ray qui se verra décerné le Lion d’Or, le New Cinema Award, le prix Fripesci.

L’autre grand vainqueur étant Fred Zinnemann pour Une Poignée de Neige.

Quand à June Cunnigham, elle tournera encore, pendant six ans, dans une quinzaine de films, dont aucun ne connaîtra une réelle notoriété. Après 1963 elle ne fit plus aucune apparition et l’Histoire du Cinéma semble l’avoir totalement oublié.

Il nous reste donc juste une photo sur une plage de Venise…

Previous Older Entries

Tous les articles des derniers mois…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 520 autres abonnés